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INDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES APPLICABLES A LA FLUXION ET A LA CONGESTION

Maintenant que nous avons recherché historiquement sous quel point de vue , aux différentes époques de la médecine, on avait considéré cette» double question de la fluxion et de la congestion, tout en contrôlant les opinions des différentes écoles, les unes par les autres; maintenant que nous avons tracé l’histoire d’abord de la fluxion, et

dans sa partie physiologique, et dans sa partie pathologique ; maintenant enfin que nous avons également coordonné l’histoire de la congestion , en partant des faits anatomiques pour arriver à des conséquences pathologiques : il ne nous reste plus qu’à reprendre ces deux questions dans l’intérêt de l’art proprement dit, c’est-à-dire sous le point de vue thérapeutique.

Considérée ainsi (et c’est ce que Barthez a parfaitement compris), la fluxion est intimement liée

à l’ancienne doctrine de la révulsion et de la dérivation.

J’ai eu occasion de dire ailleurs, dans un Mémoire sur les Emissions sanguines, que si les médecins n’avaient jamais cru avoir à tirer du sang que dans les cas où il y a simplement exubérance de ce liquide dans l’économie, c’est-à-dire pléthore , ils n’auraient recherché dans les émissions sanguines que des effets de simple spoliation. Mais, comme dès les premiers temps de la science ils ont reconnu que le sang pouvait être dans l’économie tantôt en trop grande abondance , et tantôt inégalement distribué, en d’autres termes , qu’il pouvait être poussé , fluxionné vers certains organes en particulier ; ils ont attribué ou plutôt ils ont cru trouver dans les émissions sanguines d’autres effets qu’une simple spoliation : partant de là, sans diminuer autant la masse totale du sang, ils ont voulu soustraire une partie de la somme trop considérable dévolue à un organe , et alors ils ont tiré du sang le plus près possible de ce même orgaçie , dans son voisinage , afin de le soulager , ecconerare ; en même temps ils ont prétendu qu’à l’aide encore d’émissions sanguines , pratiquées loin de l’organe malade, iis opéraient une sorte de rétraction , et alors , pour arriver à ce dernier résultat, indépendamment des

émissions sanguines, ils ont recouru aux épispastiques.

Ces idées sont aussi vieilles que la science; nous les verrons tour à tour acceptées et rejetées à chaque époque médicale; nous leur trouverons encore aujourd’hui et des partisans et des détracteurs.

C’était donc et surtout pour combattre les mouvements fluxionnaires qu’on avait recours à la révulsion, tandis que , pour la congestion , c’était plus spécialement sur la dérivation qu’on insistait. Supposons qu’on ait cru reconnaître ^ un mouvement fluxionnaire vers une partie quelconque ; assurément dans cette théorie, on ne pouvait encore songer à la dérivation , c’est-à-dire à l’application de moyens sur ou dans le voisinage de l’organe qui allait être malade. C’eût été y appeler plus fortement les accidents de la fluxion; il n’y avait qu’une circonstance dans laquelle on aurait pu recourir alors à la dérivation , c’eût été si la fluxion avait présenté un caractère critique ; alors la théorie avait voulu qu’on favorisât le mouvement fluxionnaire libérateur ; mais dans toute autre circonstance, je le répète, c’est à la révulsion qu’on se hâtait de recourir, et alors on agissait sur des parties éloignées. Etait- ce cependant sur des parties diamétrale-

ment opposées? Nonj car déjà on avait remarqué que les organes sont liés entre eux par des sympathies, et qu’en agissant sur un organe qui sympathise avec un autre vers lequel tend le mou- . vement fluxionnaire, on agissait avec plus de force, on dérivait avec plus d’efficacité. Tel est le précepte donné par Galien : Fit reculsio sernper ad contraria, non sernper ad distantissima (1),

Mais d’un autre côté, comme on avait cru reconnaître que les sympathies s’exercent ordinairement des organes contenus dans une cavité à des organes contenus dans une autre , on révulsait par en bas pour combattre les mouvements fluxionnaires qui paraissaient se diriger par en hauteteice versa. C’est encore un principe adopté par l’antiquité : Revulsio in supernis deorsum , in infernis seorsum (2).

Dans tous les cas de mouvements fluxionnaires, lorsqu’on croyait devoir opérer une révulsion , le plus sûr était d’agir aussi loin’que possible des lieux où le sang tendait naturellement à se porter, à s’amasser ; tel est encore un des préceptes de la collection hippocratique : Ad eos igitur modos venæ sectiones faciendœ ; danda autem opéra ut quam

(1) De sang, miss., cap. 16.

(2) De humoribus.

maxime procul a locis in quitus dolores fieri, et sanguis colligi solet sectiones faciamus (1).

Ce qu’on cherchait surtout à obtenir par le moyen de la révulsion , c’était un changement brusque , une action énergique, capable d’agir en sens contraire du mouvement fluxionnaire , de changer sa tendance, soit que ce mouvement eût lieu pour la première fois, ou qu’une habitude se fût déjà établie dans l’économie ; alors la révulsion devait rompre cette habitude. C’était donc dans l’esprit des anciens un puissant moyen que cette révulsion dans le traitement des mouvements fluxionnaires , puisque par elle on pouvait faire cesser ces fâcheuses habitudes en vertu desquelles le sang tendait continuellement à se porter vers un même organe : Sic enim tum mutatio minime magna derepente continget , tum etiam consuetudinem tollendo efjcceris ut ne amplius in eumdem locum colligatur sanguis (â).

Galien, comme nous venons de le voir, avait complètement admis la théorie des effets révulsifs, et c’était ainsi qu’il combattait les fluxions ; pour opérer ces révulsions, il avait recours ou à

(1) De natura ossium^ cap. 5.

(2) Loc. cit.

la saignée générale ou aux ventouses , aux sangsues ou à des excitants appliqués dans un sens opposé à celui de la fluxion. La dérivation, au contraire, par lui comme par ses prédécesseurs, était dirigée contre la congestion. Le sang était amassé dans une partie, il la distendait; il fallait en débarrasser l’organe, pour cela il fallait dériver : Ut celerius partem ipsam affectam possit exonerari; et alors encore on ouvrait les veines

les plus grosses, les plus voisines du mal, celles

qu’on supposait en rapport direct avec les parties affectées : Qiiœ viciniores sunt et a directo raagis respondent affectis particulis (1).

Les préceptes généraux de l’antiquité sur les moyens de combattre les fluxions arrivent dans toute leur subtilité jusqu’à la renaissance. Fernel les adopte de tous points. Pour lui encore la révulsion est un appel exercé en sens contraire sur un mouvement fluxionnaire ; son texte est précis, il n’y a pas la moindre ambiguité , il s’agit positivement d’une fluxion à retenir, à arrêter : Est autem reçulsio illabentis humoris in contrariurn tractus. Quant à la dérivation , c’est encore à la congestion qu’elle est opposée. Toutefois il ne s’agit plus seulement de débarrasser directement

(1) Op. cit.

la partie congestionnée par une émission faite au dehors ; on peut par la dérivation transporter tout simplement l’humeur de la partie congestionnée dans une partie voisine : Derwatio est humons illapsi tractas in vicinum lotus (1). Tout à l’heure l’humeur tombait, illabentis humoris^ c’était la fluxion; maintenant elle est tombée, humons illapsi, c’est la congestion.

Quant à Botalli, dans le traitement des congestions actives , et il ne voyait guère que cela dans les maladies, c’est par la spoliation qu’il prétendait les traiter, s’embarrassant fort peu de la dérivation et de la révulsion. Il s’inquiète beaucoup plus de la quantité de sang à enlever que du lieu d’où on devrait le tirer : Dicemus plus interesse quantum detrahas quam unde (â).

Dans le siècle dernier, Quesnay et David rejettent les idées jusque-là admises sur la révulsion et sur la dérivation.

Mais Barthez, dernier représentant en quelque sorte des doctrines de l’antiquité sur les fluxions, n’a eu garde de rejeter la théorie autrefois si célèbre de la révulsion et de la dérivation. Et cette théorie, considérée dans la question qui nous oc-

(t) Op. cit., cap. 5.

(2) De cur. per sang, miss,, cap. 21.

cupe, a été ramenée par lui aux principes suivants.

Le premier principe n’est autre que celui que nous venons de trouver énoncé dans Hippocrate , dans Galien et dans Fernel. «Lorsque dans une maladie , dit Barthez , la fluxion sur un organe est imminente , qu’elle s’y forme et s’y continue avec activité , comme aussi lorsqu’elle s’y renouvelle par reprises périodiques ou autres, on doit lui opposer des évacuations et des attractions révulsives par rapport à cet organe (1). C’est précisément la traduction du passage de l’antiquité médicale cité plus haut par nous : Sic enim Pas-

sons au second principe : « Lorsque la fluxion est parvenue à Fétat fixe dans lequel elle se continue avec une activité beaucoup moindre qu’auparavant, et lorsqu’elle est devenue faible et habituelle , on doit en général préférer les attractions et les évacuations dérivatives qui se font dans les parties voisines de l’organe qui est le terme de la fluxion (â).

Substituez aux mots fluxion parçenue à Vétat fixe^ le mot congestion, car ce n’est autre chose, vous n’avez encore, dans ce prétendu principe de Barthez, que la traduction presque littérale d’un

(1) Loc. cit., p. 3 et 4.

(2) Loc. cit., p. 4.

autre passage emprunté à l’antiquité, et si bien résumé par Fernei dans l’aphorisme que nous avons cité tout à l’heure. Quant au troisième principe , il rentre entièrement dans le second. Le quatrième principe est fondé sur une supposition ou du moins sur un fait dont Barthez n’a pas donné les preuves. \ oici ce principe : « Dans les maladies où l’organe d’où vient la fluxion peut être assigné ou bien connu, l’affection de cet organe présente un autre ordre d’indications essentielles (l). » Je dis que ce principe était fondé sur cette ancienne supposition que dans toute fluxion il y a l’organe qui envoie et l’organe qui reçoit. Avouons cependant que Barthez aurait pu trouver dans les faits pratiques quelque chose de vrai sous ce rapport. Ainsi nous savons, pour l’avoir développé dans un autre lieu, qu’une partie étant congestionnée dans l’économie peut devenir la cause de congestions consécutives. Or, dans tout traitement bien entendu, c’est une circonstance à prendre en considération, et il peut devenir utile de diriger les moyens thérapeutiques, non sur les organes congèstionnés consécutivement, mais bien sur celui qui se trouve en quelque sorte la cause primitive du mal. Cinquième principe : « L’utilité de la dérivation

(t) Loc. cit., p. 5.

dans le cas où elle est indiquée, tient à cette sympathie particulière et puissante que les parties du corps vivant exercent entre elles à raison de leur voisinage (1). Nous avons vu que ce principe est formellement exprimé et par Galien et par Hippocrate. s .

C’est à ces cinq principes cependant que se réduisent toutes les inductions thérapeutiques de Barthez relativement aux fluxions , dans son premier mémoire. Et cependant il avait reproché à ses prédécesseurs de n’avoir pas su rappeler leurs observations à des principes fixes et ooiformes, et partant d’avoir donné des règles dé traitement douteuses et incohérentes. Yoyons maintenant quelles sont les règles de traitement que pour sa part il aura déduites de ses cinq principes empruntés mot pour mot a l’antiquité. ^

La première règle se réduit à ceci : « Quand les I fluxions tiennent à la pléthore, pour qu’une sai- I gnée ait de l’effet, il faut l’avoir fait précéder d’une

! autre, ou du moins d’une autre évacuation géné- I raie. » Ceci est une assertion, puisqu’on ne trouve pas de faits à l’appui.

Autre règle : « Lorsque la fluxion n’est qu’imminente, ou n’est point encore établie, il faut préfé-

(1) Loc. ciî., p. 6.

rer la saignée révulsive. » C’est la traduction des mots de Fernel : Illabentis humons reçulsio, etc., etc.

Au reste, pour abréger, nous reprendrons notre examen des règles posées par Barthez à cette partie du mémoire où lui-même les a résumées, en en présentant l’application au traitement des fluxions inflammatoires sur la poitrine. Barthez donne ces résultats comme ceux auxquels il s’est conformé dans le cours de sa pratique, avec toutes les apparences, dit-il, du plus grand succès (1).

« Dans le commencement d’une fluxion inflammatoire sur la poitrine, il faut révulser quelquefois par la saignée du pied. Dans l’état de fluxion,

il faut saigner du bras du côté affecté, et y répéter

la saignée suivant l’indication. Si la fluxion inflammatoire se renouvelle, il faut de nouveau révulser. Quant aux saignées, locales, elles peuvent être utiles dans ces cas, pourvu qu’elles aient été précédées d’autres saignées.» Voilà ce que Barthez appelle avoir fixé les règles du choix des saignées dans le traitement des fluxions (â).

Si nous cherchons à apprécier ces règles au critérium de nos idées actuelles , nous les trouverons

(1) Loc. cit., p. 18.

(2) Loc. cit., p. 19.

fort peu importantes et tout à fait d’un autre âge. Basées sur des idées qui appartiennent à l’antiquité, elles avaient été reprises avec intérêt par les Arabes. La découverte de la circulation par Harvey leur avait porté un coup fatal. Plus tard Quesnay avait cherché à en démontrer l’inanité. Toutefois elles sont restées, quant à leur principe, dans le langage de nos écoles ; mais Barthez en en faisant l’application aux inflammations de poitrine, ne me paraît pas avoir fait un heureux choix. Pour ces maladies nous disons aujourd’hui comme Botalli:Ce qu’il importe, c’est de déterminer là quantité de sang qu’un praticien judicieux et prudent doit enlever, et non s’il doit tirer ce sang du bras gauche plutôt que du bras droit. Aujourd’hui néanmoins, je viens de le dire, la théorie de la révulsion et de la dérivation est encore invoquée, lorsqu’il s’agit de traiter soit la congestion, soit les mouvements fluxionnaires qui peuvent la précéder. Toutefois, et je l’ai fait pressentir, cette opinion n’est pas générale. Quelques-uns nient complètement la.nécessité des saignées d’élection. Mais à vrai dire, si tant est que théoriquement on soit porté à les admettre, il faut convenir que dans la pratique on néglige à peu près complètement les principes de cette théorie quant aux saignées. Et M. Magendie nous paraît avoir étéunpeutropioin,

quand il a dit, en parlant de la pratique médicale : A-t-on une apoplexie à combattre ? il faut, s’écrie- t-on, clioisir l’artère temporale de préférence à toute autre, pour désemplir le système vasculaire, etc., etc. (1). En réalité ce n’est guère là ce qu’on dit dans la pratique médicale. Mais reprenons, non plus ce qui a été enseigné en d’autres temps , non plus ce qu’on doit penser de toutes ces dissidences, mais cherchons plutôt d’après ce même historique et d’après ces mêmes controverses, quelles sont leâ^ véritables indications thérapeutiques dans la fluxion et dans la congestion.

Nous avons, dans notre seconde section, examiné en quoi consistent les fluxions physiologiques d’abord, puis pathologiques. Il est évident que, pour les premières, nous n’avons aucune indication à formuler. Pour ce qui est des secondes, elles marquent l’invasion, avons-nous dit, de la plupart des maladies et elles se montrent de nouveau dans leur cours. Les fluxions initiales, avons - nous ajouté , tantôt se décèlent avec violence et tantôt se font d’une manière presque latente. Dans le premier cas, il est évident qu’on doit proportion-

Ij

ner l’énergie des moyens curatifs à l’intensité de >,

la réaction initiale. Dans le second cas, prévenus I

(I) Ofi. dt., P* 101. j

que nous en sommes, nous ne nous en laisserons pas imposer par une marche insidieuse ; quelle que soit la faiblesse apparente des mouvements fluxionnaires, nous n’en cherchons pas moins à constater l’état matériel des organes.

Cependant, bien qu’on ait cherché ainsi à modérer l’intensité des mouvements fluxionnaires , ceux*-ci n’en persistent pas moins, ils continuent à se manifester d’une manière générale, ou bien ils ont porté leur action sur un organe en particulier ; quelle sera la conduite à tenir? On aura d’abord à considérer si ces fluxions affectent le type continu ou le type intermittent. Dans le premier cas, on considérera quelle est la tendance de cette fluxion, si elle est vague, générale, ou bien si les mouvements fluxionnaires paraissent décidément se porter sur un organe en particulier. DanVce cas et plus tard^en parlant de la congestion des divers organes , nous entrerons dans quelques détails ; dans ce cas, disons-nous, on agira par des révulsifs sur des parties moins importantes que celles qui se trouvent compromises par la’fluxion. Nous remettons à indiquer ultérieurement ces moyens , la fluxion n’étant qu’un fait parfois véritablement instantané, c’est la congestion qu’elle détermine qu’on est le plus souvent appelé à traiter. Donc tout ce que nous aurons à dire se trouvera

bien mieux placé à. l’occasion de la congestion en général, ou de la congestion considérée dans les organes les plus importants de l’économie.

Nous pouvons dire précisément la même chose sur les fluxions intermittentes ou affectant une périodicité bien marquée. Nous ne pouvons que nous borner à mentionner l’indication générale, savoir, qu’il faut recourir à l’antipériodique pour enrayer

leur marche. Les autres détails trouveront leur place lorsque nous aurons à parler des congestions

intermittentes. Ici se présente cependant une question que nous ne pouvons guère différer, c’est celle des crises.

En effet nous allons voir que dans l’antiquité médicale la fluxion se rattachait nécessairement à la doctrine des Crises. Nous ne, pouvons donc nous dispenser d’examiner rapidement les fondements de cette doctrine j les phases par lesquelles elle a en quelque sorte passé, afin de rechercher quel rôle ori a fait jouer aux mouvements fluxionnaires dans la question des éliminations critiques.

Nous ferons d’abord remarquer que, contrairement à ce qui a lieu dans toute doctrine réellement scientifique dont les notions d’abord simples, limitées, isolées, tendent progressivement à s’agrandir, à s’associer, à se coordonner ; on voit la doctrine des crises d’abord très-savante en appa-

rence, donnant la raison spécieuse d’une foule de faits, aller en s’amoindrissant, perdre successivement la plupart de ses dogmes, et nous arriver à ce point de n’avoir qu’une valeur très-contestable. On la trouve dans les premiers monuments de la science, elle fait le fond de plusieurs livres attribués à Hippocrate ; adoptée par Galien, elle traverse tout, le moyen âge. Plus tard elle est reprise avec ardeur par les médecins. Aujourd’hui c’est à peine si nous avons conservé le mot crise comme un reste des anciennes doctrines.

Dans les premiers temps, la doctrine des crises comprenait trois ordres de choses. Ce n'est que postérieurement qu’il y eut dissociation ; on commença par contester et par nier les dépurations critiques dans lesquelles entraient les mouvements fluxionnaires ; puis on mit en doute les jours critiques, pour s’en tenir uniquement à cjueiques phénomènes, et enfin on réduisit ceux-ci à peu près à rien.

Les trois ordres de dogmes d’abord enseignés j sont les suivants : Première hypothèse : on

admet en nous un être distinct qui saura provoquer toutes les fluxions destinées à amener les crises. La seconde hypothèse est celle d’une élaboration de la nature sur l’hétérogène, action telle que celui-ci passe de l’état de crudité à 1 état

‘ de coction, c’est-à-dire qu’il est devenu apte, au moyen d’une fluxion, à être éliminé. La troisième hypothèse enfin est celle qui consistait à admettre l’élimination au moyen d’un mouvement fluxioîinaire de la matière morbifique. C’était la nature qui suscitait le mouvement fluxionnaire , qui le dirigeait vers les meilleures voies; alors survenaient des flux divers qui entraînaient les matières peccantes.

Mais ces fluxions éliminatrices ne survenaient pas indifféremment à tous les jours de la maladie. D’après Hippocrate, et Galien, et même avec variantes, d’après Dioclès et Archigène , les mouvements fluxionnaires critiques s’effectuaient à certains jours plutôt qu’à d’autres. Les jours septénaires étaient regardés comme éminemment favorables : c’étaient les 7, , 14, 20, 27, 34. et 40. On les nommait jours critiques par excellence. On voit qu’ils n’étaient pas précisément distribués de sept en sept ; c’est que le jour médical n’avait pas tout à fait vingt-quatre heures.’ On plaçait en seconde ligne les jours qui "tiennent le milieu des septénaires, tels que les 4, 11 et 17. Quelquefois des fluxions critiques se manifestaient alors, mais on ne les regardait pas comme aussi sûres. Ces jours préparaient plutôt les dépurations critiques ; c’est pour cela qu’on les nommait indicateurs.

Les jours intercalaires ou incidents ne pouvaient donner lieu qu’à des crises qui n’étaient ni légitimes ni sûres. Quant aux autres jours, tels que les â, 8, 10, 1â, 13, comme ils n’étaient ni décrétoires ni indicateurs, et qu’ils ne devaient rien signifier^ on les appelait jours vides.

Pour quelques auteurs contemporains, la doctrine des crises ne serait plus fondée que sur ce seul fait, savoir que certains phénomènes saillants, notables, presque toujours imprévus, survenant tout à coup dans la période avancée des maladies, auraient une influerice décisive sur leur cours et sur leur issue.

Comme fluxions critiques, on’ a placé en première ligne celles qui se manifestent sur les membranes muqueuses, puis sur la peau, et qui déterminent des flux, soit de sang, de sérosité, etc., etc.; puis les fluxions se manifestant sur les appareils sécrétoires, ou bien donnant lieu à des éruptions diverses, des bubons, des parotides, des dépôts purulents, etc., etc. On a été jusqu’à mentionner des hydropisies.

Avant d’examiner la réalité des fluxions critiques, disons que cette doctrine, dès les premiers temps, avait été niée par des hommes d’une autorité impo-

santé : Asclépiade d’une part, Thémison d’un autre côté, avec les méthodistes, et même par Ceîse,

Thémison, avec toute son école , avait cherché à combattre Galien. On sait la fameuse anecdote d’une fluxion qui devait se terminer par une hémorragie nasale, hémorragie pronostiquée par Galien, et qui aurait eu pour témoins deux disciples de Thémison, qui se seraient retirés couverts de confusion.

Celse a trouvé qu’Asclépiade avait eu grande raison de répudier la doctrine des jours critiques. Ce n’est pas le nombre des jours, dit-il, qu’il faut considérer dans le cours des maladies, mais bien les accidents, les complications qui peuvent survenir : Medicus non numerare dies, sed accession nés intueri C’est à cette occasion que Celse re-

proche aux partisans de la doctrine des jours critiques de s’en être laissé imposer mr un prétendu pouvoir occulte, attribué à certains nombres par Pythagore : jBo5 Pjthagorici numeri fejellerunt(\).

Pour soutenir cette doctrine, de nos jours on a tour à tour invoqué l’autorité, des analogies et des faits. Comme autorité, on a demandé comment on pourrait nier une doctrine admise par Hippocrate, Galien, Duret, Baillou, Fernel, Sydenham,

(1) Celse, liv. 3.

Forestus, Stahl, Baglivi, Van Swieten, Stoll et Pinel.

Les analogies sur lesquelles on s’est fondé pour admettre ainsi des mouvements, des fluxions et des dépurations critiques revenant à jour fixe, sont les suivantes : On a rappelé les révolutions annuelles , mensuelles et diurnes ; les effets de ces révolutions sur les végétaux, la floraison, la maturation, etc., etc. Chez l’homme on a cité la puberté, la menstruation, on a vu là des époques, des périodes fixes, et on en a inféré des époques pour les fluxions et les dépurations critiques.

Comme faits, on objecte que Nibel et Bordeu ont rapporté des relevés pris dans des ouvrages d’observateurs dont la véracité est généralement reconnue, et qui ont vécu dans des lieux et dans des temps différents. Forestus, ajoute-t-on, a signalé dix-neuf cas jugés heureusement par des fluxions critiques. Mais il est évident que ces relevés ont été faits à dessein et dans des nombres assez considérables ; c’est ce qu’on est forcé d’avouer, et rien de plus facile, dans ces conditions, que de faire un choix en apparence très-concluant.

D’un autre côté, Aymen, auteur d’une dissertation sur les jours critiques, après avoir dépouillé un nombre très-considérable d’observations dans les auteurs, a trouvé que les mutations, soit en bien

soit en mal, non-seulement ne, s’étaient pas opérées exclusivement aux jours dits critiques, mais qu’elles s’étaient faites chaque jour, sans exception, depuis le premier jusqu’au vingtième.

M. Andral a fait aussi quelques recherches à ce sujet, mais elles sont plutôt relatives à la durée des maladies qu’à la doctrine des fluxions et des dépuratio ns critiques.

On a fini,‘ comme toujours, par en appeler à de grands nombres. Disons d’abord que cette nécessité d’invoquer la statisti^e pour en faire sortir quelque résultat en faveur de la doctrine des fluxions critiques semble déjà^ prouver son peu d’importance. En effet, si l’on considère la nature des faits qu’on a invoqués] soit -pour soit contre, et d’autre part, que pour les partisans eux-mêmes de cette doctrine ce n’est plus qu’une question de fréquence, il est évident qu’elle a beaucoup perdu de sa gravité.

Reprenant donc, et pour la dernière fois, les questions comprises dans la doctrine des crises, nous dirons que relativement aux dépurations, c’est-àdire à l’élimination d’un hétérogène essentiellement nuisible, l’observation, de nos jours, n’a pas constaté leur réalité; que, relativement aux fluxions dites critiques, l’observation ne leur a reconnu de l’influence que dans un petit nombre de cas ; par

exemple lorsqu’il en est résulté des parotides, des bubons, certaines éruptions, un flux hémorroïdal, des sueurs, des diarrhées ou des urines abondantes, et qu’en même temps il y a eu un changement notable dans le cours de la maladie.

Quant aux jours critiques, l’observation journalière et approximative n’en a nullement confirmé la réalité. Voilà tout ce qui nous reste de cette fameuse doctrine qui, à d’autres époques, avait tant occupé les esprits des médecins ; aussi les inductions que nous avons à en tirer se réduisent à bien peu de choses. Sans compter sur les fluxions critiques, sans les attendre, on devra favoriser, activer leurs mouvements lorsqu’ils viendront à se manifester avec un caractère décidément critique, c’est-à-dire vers la fin des maladies , et qu’ils donneront lieu à des tumeurs inflammatoires, des éruptions ou des flux; dans ces circonstances on ne cherchera pas à combattre ces phénomènes par des médications intempestives ; on se bornera uniquement à une prudente expectation. j

Mais en voilà assez sur les considérations thé-

rapeutiques que nous avions à rattacher à la fluxion ;• nous allons maintenant, et sous le même rapport, nous occuper de la congestion.

Nous aurons d’abord à rechercher quelles auront été les conditions de la congestion ainsi éta-

blie dans un ou dans plusieurs organes. Les indications thérapeutiques en effet seront toutes différentes ; elles pourront même être entièrement opposées, suivant qu’il s’agira d’une congestion de nature active ou d’une congestion de nature passive. Nous allons d’abord parler du premier ordre de faits , c’est-à-dire de la congestion active.

Cette congestion, au moment où on aura à la traiter, pourra n’être qu’imminente, ou bien à son début, ou bien formellement établie. En parlant de la fluxion, nous avons indiqué d’une manière générale ce qu’il y avait à faire quand la congestion est imminente , puisque dans ce cas il n’y a encore que mouvement fluxionnaire. Mais la congestion a commencé , déjà une certaine quantité de sang s’accumule dans un organe quelconque, et il y a menace d’une accumulation plus considérable ; que faut-il faire ? C’est alors assurément qu’il importe d’insister et avec énergie , d’une part sur les émissions sanguines , et d’autre part

sur de puissants révulsifs. Les émissions sanguines

ne porteront pas, il est vrai, uniquement sur cette partie du sang qui se congestionne dans l’organe ; elles amèneront une spoliation dans la masse générale; mais par cela même, comme nous supposons la congestion active, elles diminueront l’afünx du sang.

Quant à la quantité de sang à tirer dans ces circonstances, on prendra pour base avant tout : l’état général des forces chez le malade, la gravité de la congestion , Timportance de l’organe congestionné, râge du sujet, son sexe, l’époque de l’année, l’état de la température , le climat , la constitution médicale, etc., etc. Nous n’avons pas à entrer dans l’examen de chacune de ces conditions; elles sont connues des praticiens , et c’est d’après elles qu’ils jugent approximativement jusqu’à quel point ils doivent porter dans un cas déterminé les émissions sanguines.

Quelles que soient les dissidences théoriques, l’expérience, ce grand maître en thérapeutique, a mis hors de doute l’influence des révulsifs dans les cas de congestion sanguine , à son début ou même déjà établie. Nous n’avons pas besoin d’énumérer en particulier chacun de ces révulsifs. Ce sont des irritants appliqués sur des parties ordinairement très-distantes du mal et beaucoup moins importantes à la vie que les organes congestionnés. Toutefois sur ce dernier point il y a un mot à dire. Il peut arriver que les organes sur lesquels on révulse soient après tout des viscères importants ; ainsi tous les jours on agit sur l’estomac , sur les voies mtestinales ; mais d une part on agit avec mesure , de manière à produire un certain

ordre d’effets ; et d’autre part il est prouvé en thérapeutique que les modifîcations opérées à dessein, artificiellement, n’ont pas à beaucoup près le degré de gravité des modifications vitales spontanément développées dans l’économie.

Il est un moyen révulsif très-puissant dont nous n’avons encore rien dit, applicable cependant dans les cas de congestion. Mais , comme il consiste dans l’emploi de moyens physiques, nous voulons parler auparavant d’un autre moyen tout physique aussi , et ' qui doit avoir la priorité.

Que la congestion n’en soit encore qu’à son début , qu’elle ne soit même encore qu’imminente, ou bien qu’elle se trouve établie, il est évident que le sang, par le moyen des artères, afflue continuellement dans la partie, et tend ou bien à l’établir formellement, ou bien à l’exagérer si elle l’est déjà. Or il est rationnel de penser que si l’on pouvait modérer dans les artères, sinon suspendre le cours du sang , par cela même on remédierait à tous les accidents de la congestion. Tel est le moyen qui a été proposé tout récemment encore par MM. Dezeimeris , Trousseau , Malapert, etc., etc., non pas exclusivement pour arrêter les progrès des congestions, mais aussi contre les névralgies, lé rhumatisme, la goutte, etc., etc.

M". Dezeimeris, dans un mémoire sur ce sujet, a rassemblé un grand nombre de faits tendant à prouver l’efficacité dé ce moyen. La première idée qui avait conduit Parry à l’employer était précisément de remédier aux différentes maladies dues à une impulsion excessive du sang dans les artères (1).

Le seul danger que Parry y voyait, c’est que l’usage longtemps continué sur des vaisseaux près du cœur pourrait amener les dilatations de cet organe et de la crosse dé l’aorte, peut-être même un commencement d’anévrisme. Toutefois il concluait que dans quelques cas particuliers de maladies de la tête, dépendant d’une augmentation de l’afflux du sang , soit primitive dans les vaisseaux du cerveau (congestion idiopathique) , soit par suite des contractions trop énergiques du cœur ( congestion symptomatique ) il pourrait y

avoir avantage à employer un tourniquet sur une

ou sur les deux carotides , comme moyen préventif ou curatif (â).

M. Dezeimeris a rassemblé un grand nombre

de faits sur ce sujet, au nombre desquels on compte des congestions. Ce qu’il dit en parlant de l’in-

(1) DezeimQviSy de la Compression des artères, Expérience) t. 1, p. G7.

0) Lüc. cit.

flammation peut avec plus de raison encore s’appliquer à la simple congestion. On va en avoir la preuve dans la citation suivante : Il est surprenant, dit M. Dezeimeris, qu’on se soit aussi peu occupé qu’on l’a fait d’étudier l’influence qu’aurait sur la marche d’une inflammation la compression de l’artère principale qui alimente la partie enflammée. L’influence exagérée de la doctrine reçue sur l’attraction active qu’exercent sur le sang les vaisseaux capillaires irrités est évidemment la cause principale de cette négligence ; car, si ôn eût été libre de toute prévention à cet égard, à peine conçoit-on ' qu’on eût pu se dispenser d’examiner si, en dimi# nuant l’abord du sang par des vaisseaux qui aboutissent à la partie malade, on ne diminuerait pas l’engorgement de celle-ci (1).

M. Dezeimeris a parfaitement raison; mais souvent les moyens les plus simples , les plus rationnels sont précisément ceux qu’on néglige et qui frappent en dernier lieu l’esprit des observateurs. La preuve en est que Quesnay et tant d’autres avaient raisonné tout à fait en dehors des préoccupations de doctrines , et cependant on ne songeait en aucune manière à diminuer d’une manièi e

(1) Loc. cit., p. 67.

aussi simple l’afflux du sang dans les parties congestionnées.

La compression des artères est donc un excellent moyen; mais il peut y avoir des difficultés dans l’application , dans le mode de compression, qui doit être tel que les parties voisines n’aient pas à en souffrir.

Quoi qu’il en soit , un avantage incontestable dans ce moyen thérapeutique , c’est d’épargner le sang des malades. Nous avons vu que les émissions sanguines diminuent l’intensité des congestions ; mais c’est au prix d’une perte de sang souvent très-considérable ; or il peut arriver, et il arrive très-souvent qu’il y aurait un immense intérêt à ménager le sang des malades. Chez tel individu, ce liquide a une fâcheuse tendance à se porter vers telle partie plutôt que vers telle autre, sur le cerveau» par exemple , ou sur l'utérus, et cependant ces individus, loin d’avoir trop de sang, sont déjà dans un état d’affaissement marqué ; donc le problème ici, c’est de remédier à cette inégale distribution du sang, sans diminuer sa masse totale. Ceci nous amène à un autre moyen dont nous voulions parler tout à l’heure, moyen également physique et non moins puissant, c’est-à-dire aux grandes ventouses. La compression exercée

sur les artères empêche le sang d’arriver en aussi

grande abondance dans le lieu congestionné ; les grandes ventouses , par une diminution considérable de pression faite sur une grande étendue, sur des membres entiers, par exemple, établissent par cela même une autre congestion distante de la première, toute artificielle, et dont on peut à son gré augmenter ou diminuer les limites. Comme dans les émissions sanguines, on enlève tout à coup une grande quantité de fluide sanguin au cours ordinaire de la circulation générale ; mais ce sang n’est pas perdu pour l’individu , il est momentanément attiré dans une sorte de diverticulum accidentel, puis il est restitué à la masse totale. Ce n’est plus un moyen direct, on agit loin des parties malades et sur des organes moins importants ; en un mot, on révulse, mais avec d’autant plus d’avantage, avec d’autant plus de chances de succès, qu’on agit au début même du mal, et, s’il se peut, dans sa période d’imminence; ceci confirme ce que nous avons dit ailleurs, que ce moyen conviendrait encore mieux à la fluxion qu’à la congestion. Toutefois on l’a employé souvent et avec succès contre ce dernier état, et depuis assez longtemps.

On trouve dans la Bibliothèque médicale des citations du journal d’Hufeland, desquelles il résulte que les médecins anglais agissaient sur les membres

inférieurs, au moyen d’un grand cylindre métallique

qu’ils appelaient labotte de Jer-blanc; depuis, ces appareils ont reçu un haut degré de perfectionnement par M. Junod, et ont été souvent aussi appliqués avec succès. On a eu cependant quelques insuccès ; nous devons dire pourquoi. Si on a bien compris la théorie de la fluxion et de la congestion, il est évident que l’emploi des grandes ven- ;

touses est éminemment indiqué dans ces circonstances, et qu’ alors elles doivent souvent réussir ; tandis que ce même moyen étant appliqué ou dans le cas de lésions organiques avancées, ou dans le cas de cachexie, de fièvres continues avec altération des liquides, quand elles sont arrivées à leur dernière période, on doit s’attendre à le I voir échouer , si même il n’aggrave point la I position des malades ; or c’est là positivement ce que l’expérience a constaté. Ainsi dans les cas de grandes fluxions, et surtout de ces fluxions périodiques si évidentes des fièvres d’accès , on a vu les grandes ventouses appliquées sur les extrémités arrêter complètement la marche des symptômes. Dans le cas de simples congestions, et surtout à leur début, on a vu ce même moyen arrêter le mal dès son invasion ; enfin dans des accidents même inflammatoires, dès leur principe aussi, on compte (quelques succès. Mais d’autre part l’ex-

pérîence a prouvé que dans les conditions défavorables citées plus haut il n’y a rien à espérer des grandes ventouses. Un cas tout récent serait même

de nature à les faire regarder comme dangereuses

en ces circonstances : Une jeune personne de quatorze ans , non réglée, confiée aux soins de M. Collin , était arrivée au dernier terme d’une

fièvre typhoïde du plus mauvais caractère ; tous

les moyens rationnels jusque-là employés étaient restés sans effets.

Pour épargner au père le regret d’avoir négligé un moyen dont la voix publique lui avait proclamé les avantages, on consentit à l’application d’une ventouse , qui renfermait l’extrémité inférieure gauche jusqu’au-dessus du genou. Le membre sur lequel on avait agi avait doublé de volume ; il était bleu , tendu , dur et chaud. La malade parut rester complètement étrangère à l’opération et aux apprêts qu’elle exige. L’application de la, ventouse avait eu lieu à huit heures du soir, à minuit la malade agonisait ; à deux heures du matin , elle avait cessé de vivre. La jambe gauche n’avait rien perdu du volume et de l’aspect que lui avait donné

la ventouse. Il y avait eu là , suivant M. Collin ,

grâce à l’absence de réaction , soustraction d’une quantité de sang aussi réelle que si on l’eût fait couler par la lancette ou par des sangsues. M.Collin

n’attribue pas assurément l’issue funeste de la maladie a l’application de la ventouse ; dans son opinion, cette issue était inévitable; mais il croit qu’elle l’a avancée de quelques heures, peut-être même de quelques jours.

D’après ce qui précède, on voit que, par cette application de grandes ventouses, on établit artificiellement de grandes congestions précédées d’une fluxion qui peut avoir en certains cas des effets salutaires; mais que d’un autre côté, si ces congestions artificielles sont faites intempestivement , elles peuvent avoir de fâcheux résultats. D’abord, comme on vient de le voir, au lieu de causer une soustraction momentanée de sang, si raffaissement du sujet ne permet plus de réaction consécutive ^ ces congestions, de temporaires et médicatrices qu’elles devaient être, deviennent permanentes et positivement morbides ; ce sont de nouvelles maladies ajoutées à celles qui existaient déjà.

Quoi qu’il en soit , ce que nous venons de dire suffira pour faire comprendre que la fluxion peut être traitée par une contre-fluxion , s’il nous est permis de nous exprimer ainsi ; que la congestion peut être également traitée par une contrecongestion. On comprendra en outre que des maladies autres que la fluxion et la congestion peuvent être traitées par des fluxions et des congestions

artificielles. Nous avons vu que la théorie tout entière de la révulsion est fondée sur ces principes.

Cette théorie, appliquée à la cure de la conges- , tion, prouve que les médecins ont cherché par de nouveaux mouvements fluxionnaires à agir sur la cause inconnue de la congestion. En effet, dit M. Andral , en tirant du sang,on dégorge mécaniquement la partie congestionnée , on peut diminuer avec avantage la masse du sang , et l’on soustrait ainsi de l’économie une cause d’excitation. Mais par les saignées soit générales , soit locales, on ne détruit en aucune façon cette autre cause inconnue sous l’influence de laquelle un organe s’est hyperhémie (1).

L’école italienne moderne a bien senti cette vérité , ajoute M. Andral ; convaincue de l’insuffisance des émissions sanguines pour combattre la cause première de toute congestion , elle a cherché s’il existait des substances qui pussent attaquer directement cette cause. Ces substances contrestimulantes ont-elles été trouvées? M. Andral n’a pas cru devoir chercher la solution de cette question de détail; nous l’imiterons, et nous dirons à son exemple qu’ici nous devions seulement faire res-

(1) Op. cit., 1. 1, p. 25.

sortir les indications majeures qui se présentent à remplir (1).

Mais la congestion, quand elle est le résultat d’une fluxion intermittente et périodique, peut être, au moins dans ses commencements, intermittente et périodique aussi. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle devient permanente et qu’elle reçoit périodiquement encore des accroissements successifs. Dans ces circonstances, de nouvelles indications se présentent à remplir. En effet, dès que les phénomènes pathologiques tendent ainsi à se renouveler d’une manière périodique, de manière à constituer des accès ayant des rapports entre eux, il est un remède auquel le praticien doit recourir : c’est l’antipériodique par excellence, le quinquina et ses préparations. Nous avons dit ailleurs que rien n’est plus étrange et en même temps plus obscur dans ses causes que ce phénomène de la périodicité. Nous en dirons autant sous le rapport thérapeutique. D’où vient que des maladies rebelles à toute méthode de traitement, souvent escortées de symptômes formidables, deviennent en quelque sorte guérissables dès que leurs phénomènes affectent cette même périodicité

(1) L OC, cit., p. 26,

dans leur retour? Et ceci s’applique de tous points à la fluxion et à la congestion. D’où vient qu’un mouvement fluxionnaire, jusque-là rebelle, opiniâtre tant qu’il reparaissait à époques irrégulières, peut être enrayé dans sa marche dès qu’il a pris un type intermittent périodique? D’où vient enfin qu’une congestion, un état définitivement matériel peut être aussi traité par le même moyen , si c’est une fluxion périodique qui lui a donné naissance et qui l’entretient ? Ce sont là des questions dont la solution est impossible. Quant aux détails , aux modes suivant lesquels on doit administrer l’antipériodique, c’est un sujet que nous ne pouvons

aborder ici. Tout au plus reviendrons-nous tout à l’heure sur quelques circonstances particulières.

Mais jusqu’à présent nous n’avons parlé que du traitement de la congestion liée à la fluxion, c’est-àdire de la congestion active. Il est évident que, pour les congestions passives et mécaniques, les médications ne seront plus les mêmes. Dans la congestion asthénique reconnaissant pour cause un état particulier du sang, une altération des liquides de l’économie, c’est contre cette altération qu’il faudra diriger les moyens thérapeutiques^et, pour le faire avec succès , on ne s’attaquera pas directement à ces états particuliers, d’ailleurs à peu près inconnus,

c’est contre leurs causes qu’il faudra diriger ses moyens.

Si en effet les liquides se sont trouvés ainsi altérés sous l’influence d’une mauvaise alimentation, de passions tristes, d’habitations insalubres, de travaux excessifs , etc., etc ce sont ces condi-

tions qu’il faudra changer pour des conditions dia» métralement opposées ; et c’est ainsi qu’on pourra guérir les congestions sanguines passives compliquées ou non de congestions séreuses.

Quant aux congestions dont la cause mécanique aura été reconnue, si ces obstacles sont de nature à être levés, ce sera la première indication à remplir. Dans le cas contraire , c’est-à-dire lorsque les obstacles qui agissent spécialement sur le cours du sang, qui le rendent moins libre, moins facile et quelquefois impossible, lorsque ces obstacles, dis-je, et ceci n’arrive que trop souvent, se sont développés spontanément dans l’organisme et ne peuvent être levés ; c’est à des moyens palliatifs qu’on est obligé de recourir pour combattre les progrès de la congestion sanguine et de la congestion séreuse qui l’accompagne ordinairement. Dans les premiers temps on peut encore tirer de grands avantages des émissions sanguines qui, en diminuant la masse du sang, rendent du moins pour quelque temps son fcours plus facile, malgré

la permanence des obstacles. Puis on est obligé de recourir à des émissions séreuses, obtenues soit à l’aide de diurétiques, soit à l’aide de purgatifs. Dans ce cas, cependant, il est encore un moyen physique dont on a obtenu quelquefois des avantages, je veux parler d’une compression méthodique exercée sur les parties qui sont le siège de congestions sanguines et séreuses. J’aurais pu dire plus haut que cette même compression, lorsque les organes étaient de nature à le permettre, a été parfois employée avec succès pour combattre des congestions même actives.

Maintenant que nous avons indiqué quelles sont les principales indications thérapeutiques à remplir dans la fluxion et dans la congestion considérées d’une manière générale, il ne nous reste plus qu’à indiquer quelles sont les principales modifications qui doivent être apportées en raison des organes, c’est-à-dire de faire l’application des principes que nous venons de poser à quelques cas de congestion dans les principaux organes.

Conformément à ces principes , nous devrons reconnaître que la congestion du cerveau peut être active ou passive , continue ou intermittente, ou bien ptirement mécanique. Active, continue , elle réclamera les moyens de traitement que nous avons indiqués tout à l’heure, et ce sera surtout le

cas d’employer la compression des carotides, et comme moyen révulsif les grandes ventouses sur les extrémités inférieures. Intermittente , elle pourra, avec d’autres symptômes, constituer une véritable fièvre larvée, et nécessiter impérieusement l’emploi de spécifiques. Mécanique « elle pourra tenir à des vêtements mal appliqués, aux progrès de certaines tumeurs susceptibles ou non de guérison, etc.

La congestion du poumon nécessitera également de.s médications variées, suivant qu’elle sera aussi idiopathique ou symptomatique , active, ou purement mécanique. Le plus souvent , et nous l’avons dit, on trouvera qu’elle est symptomatique, et l’on aura une autre maladie à traiter. Nous le voyons , chacun de ces organes principaux est soumis plus spécialement à un mode particulier de congestion. Pour le cerveau , c’est surtout la congestion active ; de là les indications curatives le plus souvent nécessaires. Pour le poumon, c’est plutôt la congestion symptomatique. Pour le foie, c’est la congestion mécanique. Pour l’utérus et pour le testicule, c’est la congestion qui succède à des inflammations préalables. Pour les hémorroïdes, ce sont des congestions liées à des fluxions. Nous ne pouvons que mentionner ces faits afin de faire pressentir d’une manière très-générale quelles sont le

plus souvent les indications thérapeutiques à remplir. Nous terminerons par ce qui a trait à la rate.

Nous le savons déjà, la congestion de la rate est le plus souvent due à ces fluxions intermittentes périodiques qui caractérisent les fièvres d’accès; Ici donc c’est le cas bien indiqué de recourir au quinquina et à ses préparations. Que si son intumescence pouvait être rattachée à un état de pléthore , il faudrait l’attaquer à l’aide des émissions sanguines. Tandis que, comme je viens de le dire, si on reconnaît qu’elle est liée à des fièvres intermittentes, le sulfate de quinine est indiqué, suivant la méthode de M. Bally, méthode que nous avons déjà fait connaître.

D’après les recherches récentes de M. Nonat, la quantité de quinine devrait varier suivant le degré d’intumescence de la rate. Remarquons que la saignée employée seule est presque sans action sur la congestion fébrile de la rate. Mais, ainsi que M. Nonat s’en est assuré, la saignée locale après l’emploi du sulfate de quinine peut singulièrement hâter la résolution de cet engorgement viscéral.

Nous ne pousserons pas plus loin l’exposition de ces indications particulières. Notre intention était seulement de montrer en quoi les indications générales' applicables à la congestion devaient être

modifiées ^ en considérant les formes principales et la nature de la congestion dans les organes les plus importants de Téconomie : de même qu’ayant à décrire la congestion dans la section précédente, après avoir traité de la congestion en général, nous avons cru devoir donner quelques détails anatomiques et symptomatiques sur la congestion considérée dans les principaux organes de l’économie. D’après nos idées et dans l’état actuel de la science, il nous a semblé que c’était seulement ainsi que la question pouvait être complétée.

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