HISTOIRE PHYSIOLOGIQUE ET PATHOLOGIQUE DE LA , FLUXION
Nous avons vu qu’il a été posé en principe par la plupart des auteurs, que la fluxion, considérée en elle-même, est un mouvement, une précipitation active d’un fluide quelconque vers et dans une partie de l’économie. Il résulte en outre de tout ce qui a été dit dans la section précédente, que par là les auteurs ont plus spécialement entendu un mouvement du fluide sanguin. Or , comme ces mouvements, ces courants, pour ainsi dire, ne sont que des variations des mouvements naturels, comme ils peuvent avoir lieu bien qu’avec des différences notables et dans l’état de santé et dans l’état de maladie, il convient ici , avant tout , de rappeler quelques faits physiologiques, de remonter à quelques lois primordiales.
Il y a, venons-nous de dire, des propulsions de liquides et plus spécialement du liquide sanguin dans l’économie ; or la première question que nous devons nous poser est celle-ci: quelles sont les puissances, les agents, les moteurs premiers de ces propulsions, de ces fluxions enfin normales et anormale^?
La circulation , considérée dans son ensemble , n’est à vrai dire qu’un système de propulsions, les unes qui se passent dans les cavités multiples d’un centre commun, les autres dans les tubes artériels, les autres dans les canaux veineux, et les autres enfin dans lés réseaux capillaires. Ces propulsions normales n’ont pas toutes le même degré de vitesse. D’après Spallanzani et Dœllinger (1), le sang circule plus lentement dans les branches veineuses que dans les troncs; les expériences de Dœllinger et de Reichel, conformes en cela aux expériences de Haller, établissent que le mouvement du sang est de moitié et même du tiers plus lent dans les veines que dans les artères. M. le professeur Gerdy avait aussi, et depuis longtemps, découvert les différences de vitesse que le sang présente dans son cours; il avait pressenti en outre que la tension des artères sur le sang est égale dans toutes. « Ce que la raison pressentait, ajoute M. Gerdy (â), l’expérience l’a prouvé. M. Poiseuille ayant introduit dans une artère quelconque l’extrémité d’un tube coudé a angle droit, contenant du mercure et un peu de sous-carbonate de potasse pour empêcher la coagulation du sang, et ayant incliné légèrement son tube de manière que l’une des
(1) Dœllinger, Mémoire sur la circulation du sang, p. 25.
(2) Dîct, de Méd,, 2« éd«, t, 8, p. 53.
branches fût horizontale et un peu relevée par son extrémité libre, que l’autre fût dirigée en haut et un peu inclinée , a vu alors, à son grand étonnement, le sang élever partout le mercure précisément au même degré (1).
C’était aussi l’opinion de Malpighi, que le mouvement du sang veineux est moins rapide que celui du sang artériel : Sanguis in vena continuato jluit irnpetu, minori tamen cum in arteriis succédai.
Mais c’est surtout dans les courants capillaires que la vitesse est inégale, et quelle subit de nombreuses variations, variations du reste assez en rapport avec les phénomènes relatifs aux fluxions.
Mais si les physiologistes sont aujourd’hui à peu près d’accord sur l’inégalité de vitesse des propulsions sanguines dans les divers courants circulatoires, il n’en est pas de même relativement aux puissances qui président à ces mêmes propulsions, à ces fluxions normales. Ici deux écoles principales se trouvent en présence :
M. Magendie ne reconnaît qu’un seul moteur pour les actes circulatoires ; il pense, avec Harvey et Haller, que les ventricules, ou plutôt le cœur, qu’il appelle une double pompe, est le seul agent de la circulation capillaire. Cette question mérite de notre part quelque attention, puisque, après
(1) Loc. cit.
tout, c’est dans ce même réseau capillaire que toutes les fluxions aboutissent, et c’est là aussi que s’établissent, que se forment les congestions dont nous allons avoir à parler. II nous importe donc d’examiner jusqu’à quel point sont fondées les opinions de l’école harveyienrie, celles de l’école de Bichat, et celles de l’école allemande contemporaine.
M. Gerdy ayant présenté des objections sérieuses à la théorie soutenue par M. Magendie , nous allons d’abord les mentionner. Admettons pour un instant, disait M. Magendie, une action
de la part des capillaires En se resserrant, ils
chasseront, je veux le croire, le sang; mais il n’y a aucune raison pour qu’ils le dirigent plutôt du côté des artères que du côté des veines. — Cela ne me paraît pas exact, répond M. Gerdy : l’obstacle que le sang veineux présente à celui des
capillaires n’est point invincible , tandis que celui du sang artériel, alternativement soutenu au principe de son système par le ventricule et les valvules sigmoïdes, l’est absolument. — Mais, reprend M. Magendie , une fois que le petit vaisseau sera vidé , comment se remplira-t-il de nouveau ? Ce ne peut être qu’ autant que le cœur y poussera du nouveau sang, ou bien qu’en se dilatant il attirera les liquides placés dans les vaisseaux voisins ; dans cette supposition, il attirera
tout aussi bien celui des veines que celui des artères. — Mais , réplique M. Gerdy, dans la supposition qu’il attire celui des veines comme celui des artères, ce n’est pas à dire que le premier doive y arriver aussi bien que le second..... Il est évident que le sang artériel, constamment poussé avec plus d’énergie, doit nécessairement empêcher le sang veineux de rétrograder et prendre la place que celui-ci vient d’occuper, sans que cela empêche qu’il puisse lui-même être mû ensuite par les nouveaux vaisseaux où il a pénétré (1).
Mais M. Magendie ne s’est pas borné à des preuves puisées dans le raisonnement ; il s’était appuyé sur quelques expériences. En comprimant et en relâchant alternativement les artères, il suspendait et remettait tour à tour la circulation veineuse en jeu. Or ces expériences , pour M. Gerdy, n’ont prouvé qu’une chose, c’est que les capillaires ne peuvent fournir du sang quand ils n’en ont pas , et qu’ils ne peuvent en fournir beaucoup quand ils en reçoivent peu (§). Il est bien vrai que M. Poiseuille avait imaginé quelques expériences , toujours dans l’intérêt de cette théorie; mais celles-ci , quoique plus délicates , ne sont encore rien moins que concluantes.
(1) Loc. cifc., 56«
(2) Loc. cit., 57.
Stieglitz trouve que ce passage du sang à travers les capillaires est encore entouré de beaucoup d’incertitudes. Quant aux troubles de la circulation locale , il les fait dépendre de troubles et d’altérations dans la vitalité des tissus. Ainsi Stieglitz paraît croire que dans ces circonstances , et plus
spécialement encore dans l’état morbide, des troubles circulatoires locaux , c’est-à-dire les fluxions partielles sont tout à fait indépendantes des mouvements du cœur. « La circulation générale, dit-il, est entièrement subordonnée au cœur. Mais cet organe ne peut lui imprimer aucune direction propre à engorger ou à priver de sang aucun organe en particulier. Mais il n’est pas d’accord avec Dœllinger et Kaltenbrunner, puisqu’il traite de rêveurs ceux qui accordent au sang une vitalité et un mouvement propres, mouvement qui s’exé-' cuterait dans certains cas hors des vaisseaux , et auquel on attribuerait les plus grands phénomènes de la circulation capillaire (1).
Si en effet il fallait en croire Dœllinger et Kaltenbrunner, le sang formé de toutes pièces , et avant toute trace d’organisation vasculaire , commencerait par éprouver un mouvement d’oscillation , et c’est par des oscillations de plus en plus prononcées
(1) Johann» y Patliologische Untersuchungen , Hanover,
1832, t. 1, p, 254 et seq.
qu’il se tracerait en quelque sorte des ornières , qu’il se creuserait des voies futures de circulation.
Ceci , comme on le voit , est très-important à examiner pour nous dians la théorie des fluxions. Supposez en effet , comme le veulent ces expérimentateurs, que le sang ait ainsi une force de spontanéité , qu’il se meuve de lui-même à travers les solides et indépendamment de ces mêmes solides, il sera lui-même l’agent des fluxions, il se portera tantôt vers une partie et tantôt vers une autre , de manière à y établir des congestions plus ou moins considérables.
Dœllinger attache une grande importance à ce mode de développement , et il le regarde comme un des plus heureux résultats de ses recherches. Il affirme qu’il a été observé pour la première fois par lui et ses élèves (1). Kaltenbrunner dit aussi l’avoir observé, mais plus tard, et sur les bords . des plaies en voie de guérison.
M. Gerdy convient qu’il serait curieux et important de déterminer ce qui se passe dans les capillaires, mais qu’on ne peut encore connaître que quelques éléments, éléments suivant lui qui sont de deux ordres. Et d’abord il leur attribue un double mouvement, un mouvement de contraction puisque le sang en est chassé, et un mouvement de dilatation puisqu’il y pénètre. Toutefois il ne veut rien
(I) Loc. cit., 23
préjuger sur la nature de ces propriétés , de peur de s’écarter de la vérité ; il avoue qu’en cela il n’a d’autre guide que l’analogie, et il en infère que les modifications accidentelles de la circulation doivent dépendre d’un changement dans la contraction vitale des capillaires (1).
Ainsi voici trois opinions : 1 ° celle qui rapporte à l’action du cœur , comme moteur primordial et unique, tous les mouvements fluxionnaires opérés dans les réseaux capillaires ; celle qui fait dépendre ces mêmes propulsions d’un mouvement individuel , spontané , propre enfin aux globules sanguins ; 3" celle enfin qui rattache à la contraction vitale des tubes capillaires et les mouvements normaux de progression sanguine et les fluxions proprement dites. Nous pourrions encore mentionner, d’après Stieglitz, l’opinion de certains physiologistes distingués de l’Allemagne > qui admettent une force d’attraction exercée de la part des solides en général ou de quelques organes en particulier sur le sang, et qui à l’état normal viendrait en aide à la force d’impulsion du cœur (insuffisante, selon ces physiologistes, pour chasser le sang dans toutes les parties de l’économie). Mais, pour admettre une opinion semblable , il faudrait,
d’après Stieglitz, s’appuyer sur des faits concluants, et c’est ce qui n’a pas encore eu lieu (â).
(1) Loc. cit., 61. — (2) Loc. cit., p. 260.
S’il nous était permis ici d’exprimer notre propre opinion, nous dirions d’abord que M. Gerdy s’est tenu d’abord dans une sage réserve en donnant ses opinions comme simplement déduites de l’analogie et comme très- probables; qu’il a eu raison de s’élever contre les écoles qui ont en quelque sorte dédaigné de remonter aux phénomènes de la circulation capillaire, phénomènes, dit- il, qui se
révèlent surtout dans les maladies , et qui intéres-
sent tant notre art. Pour notre propre compte, nous ajouterons comme résultat d’observations microscopiques répétées parM. Bourgery, dont l’habileté est bien connue , qu’on ne voit pas de mouvements propres de contraction de la part des vaisseaux capillaires , soit lors que les globules cheminent isolés dans les plus petits courants, soit en nombre plus ou moins considérable et dans des courants plus volumineux. Mais il est un certain ordre de capillaires véritablement pulsatiles et dans lesquels le sang est encore poussé par le cœur, nous reviendrons sur ce fait dans la section suivante. Ce que nous pouvons encore affirmer, après l’avoir examiné nous-mêmes , et ceci avait déjà été dit par Dœllinger et Kaltenbrunner, c’est que, si les courants les plus apparents ont des parois qui leur sont propres, les plus petits paraissent entièrement privés de parois. Voilà pour les dispositions matérielles, nous y reviendrons plus tard
avec plus de détails. Concluons qu’on ne saurait en inférer aucune loi positive, pas plus sur les agents de la progression que sur le degré de vitesse de cette même progression.
Il n’en est pas de même à l’égard du centre circulatoire ; son action a pu être étudiée avec plus de fruit dans les grandes divisions du système vasculaire. Il chasse le sang par impulsions égales à travers les artères. C’est par secousses qu’il agit sur la colonne sanguine renfermée dans ses canaux. On suit ses pulsations jusque dans leurs petites divisions. Or ici il y. a des lois plus uniformes, plus constantes 5 les variations du moins peuvent être plus rigoureusement appréciées. Nous saisirons même cette occasion pour mentionner ici quelques résultats obtenus par nous tout récemment, et qui doivent faire le sujet d’un mémoire particulier. Ayant expérimenté sur des animaux de diverses classes, nous avons dû d’abord noter comme un fait bien remarquable, que la nature a mis une grande analogie dans le rhy thme qu’elle a pour ainsi dire imprimé aux pulsations circulatoires partout où elles sont observables dans la série animale, c’est-à-dire , dans des organisations profondément différentes. Ainsi nous avons pu constater, grâce à l’obligeance de MM. Frédéric Cuvier fils et Emmanuel Rousseau, que le pouls, qui chez l’homme adulte bat comme on
le sait de soixante à soixante-quinze fois par minute environ, nous a offert dans l’ordre des batraciens, ''quatre-vingts pulsations par minute , chez la salamandre à peu près le même nombre; dans le groupe des astacoïdes, chez l’écrevisse, le cœur mis à nu en
a offert soixante-seize; il est inutile de dire que chez les mammifères les différences n’ont pas été non plus très-grandes : une hyène de forte taille nous a donné cinquante-cinq pulsations par, minute ; une panthère de taille moyenne, soixante; un tapir adulte, quarante-quatre; une vieille louve, quatre-vingtseize, et un lion adulte de forte taille, quarante.
Quant aux variations observées aux différentes époques de la vie, nous avons trouvé des résultats assez importants. On sait qu’un seule objection avait été faite à cette opinion générale des physiologistes, quela circulation, d’abord extrêmement rapide dans la première enfance, suit graduellement et continuellement une marche décroissante ; en d’autres termes, que la fréquence du pouls (pour ne pas parler delà vie intra-utérine) serait pour ainsi dire à son apogée chez le nouveau-né, et que, s’abaissant pendant tout le cours de la vie, elle arriverait à son minimum chez le vieillard. Une seule réclama-
pour la dernière moitié de la vie. MM. Leuret et
Meslivier avaient conclu de quelques observations
que le pouls des jeunes gens est plus lent que celui des vieillards. Mais d’une part ces observateurs avaient opéré sur;des nombres assez limités, et d’autre part, pour ce qui est de l’âge des vieillards, ils n’avaient pas été au delà de soixante et onze
ans, âge moyen. Par suite de recherches que nous avons faites sur une échelle bien plus considérable et avec l’aide de MM. Alpuente, Belinet Mercier, élèves distingués de cette Ecole, nous sommes arrivés à des résultats différents. Nous avons pu constater, relativement aux variations du pouls, cinq périodes très-distinctes dans le cours de la vie humaine, savoir : trois périodes marquées par le ralentissement du pouls, chez les nouveau-nés, dans l’âge moyen et dans l’extrême vieillesse ; puis deux autres périodes marquées par l’accélération du pouls , dans la première jeunesse et dans l’âge avancé. On nous pardonnera peut-être d’avoir inséré ici ces résultats , à raison de leur nouveauté, et parce qu’ils sont encore relatifs aux propulsions, aux mouvements imprimés à la masse sanguine.
On a vu, par ce qui précède, que la théorie des fluxions se trouve nécessairement liée aux théories adoptées sur la progression normale du sang. Aussi on verra tout à l’heure l’histoire générale des fluxions corroborer les arguments de ceux qui re-
gardent la circulation capillaire comme soumise à
d’autres lois que la marche du sang dans les artères et dans les veines. Ces fluxions seraiejot complètement inexplicables d’après une théorie \ exclusive. Comment en effet se rendre raison de ces singulières inégalités dans la distribution du sang, si le cœur était le moteur unique , le seul dispensateur de toutes les propulsions sanguines ; admettons que dans ces cas il précipite ses battements , que la circulation soit activée ; mais d’où vient que telle partie seule se congestionne, tandis que toutes les autres ne reçoivent aucun supplément de fluide sanguin? d’où vient cette élection pour un lieu, à l’exclusion de tous les autres ? Mais nous aurons encore occasion de revenir sur ce sujet ; signalons maintenant les fluxions normales les plus importantes.
S’il fallait en croire quelques observateurs allemands , il y aurait , même dans l’état de santé le plus parfait , un mouvement général de flux et de reflux en rapport avec la double révolution des fluides généraux de la terre. « Ainsi , dit Burdach , pendant que les phénomènes dynamiques de lumière et de chaleur, auxquels donnent lieu les rapports de notre planète avec le soleil, font une révolution simple, et atteignent leur maximum vers le milieu du jour, leur minimum vers le milieu de la nuit ; les fluides généraux de la
terre, la mer et l’atmosphère éprouvent dans vingt-quatre heures une révolution double , c’està-dire que deux fois ils s’élèvent et s’abaissent. A la périodicité simple de notre planète correspond l’alternative du sommeil et de la veille ; à la double périodicité de la mer et de l’atmosphère correspond également une double alternative dans le système sanguin (1). »
Cette assertion, émise d’une manière aussi positive , pourra nous paraître assez étrange ; si en effet la succession périodique de la lumière et des ténèbres peut avoir quelque influence sur le besoin du sommeil et sur le réveil , il y a loin de là à une influence du flux et du reflux des fluides généraux de la terre sur les phénomènes de la circulation sanguine. Mais il faut dire que Burdach ne donne ceci, plus loin, que comme une présomption ; il reste dans le doute , et les faits recueillis jusqu’à présent ne lui paraissent pas encore suffisants pour l’autoriser à admettre ou à rejeter une telle hypothèse. Toutefois voici les faits qu’il cite : « Suivant Knox, c’est vers minuit que les battements du pouls sont le plus rares ; Testa assure que le pouls offre environ un cinquième
(1) Burdach, Traité de Physiologie considérée comme science d*ob$ervation, tome 5, p^ 235»
<le moins pendant le sommeil que pendant la veille ; Hamberger rapporte que chez un garçon de huit ans le pouls tomba de cent pulsations à quatre-vingt-neuf, et chez un autre de quatorze ans , de quatre-vingt-deux à soixante-deux pendant le sommeil. Selon Martin, il descendit de soixantedix à soixante chez un adulte. Les inflammations sthéniques s’apaisent pendant la nuit , tandis que les, phlegmasies asthéniques et les fièvres de mauvais caractères s’aggravent. Knox prétend que la vitesse du pouls augmente vers trois heures du matin, qu’on ait dormi ou non. Les exacerbations de la lièvre hectique et du typhus , les hémorragies, notamment le crachement de sang et le flux hémorroïdal ont lieu aussi à cette époque , etc. A la naissance du jour, la circulation se calme, le pouls devient plus lent et plus fort..... A mesure que le soleil monte sur l’horizon, la vitesse du pouls augmente peu à peu et les fièvres continues s’aggravent ; vers le soir a lieu le second flux du sang , le pouls redevient plus vite et plus dur. Si on comptait soixante-cinq à soixantedix pulsations par minute le matin , il y en a maintenant soixante-quinze à quatre-vingts, au dire d’Autenrieth. Les exacerbations ont surtout lieu le soir, la menstruation se manifeste presque toujours à ce moment de la journée , ain.si
que les accidents déterminés par les hémorroïdes (1). »
On sent que, malgré toutes ces autorités , tout ceci n’est en quelque sorte qu’une vue de l’esprit , qu’un rapprochement ingénieux , si l’on veut , mais dénué de fondement. En admettant même l’exactitude de toutes ces obseîvations, serait-on en droit d’inférer la réalité de fluxions générales alternatives dans la masse du sang, d’après une simple différence dans l’accélération du pouls.
Notre conclusion générale est donc que rien n’est moins prouvé que ce prétendu flux et reflux de la masse sanguine; il n’en est pas de même des fluxions particulières dont nous allons parler.
C’est un fait bien connu en physiologie, que tout travail exagéré de la part d’un organe y attire une plus grande quantité de sang, de manière à constituer des fluxions passagères ou permanentes, et par suite de véritables états de congestion ; en première ligne, il faut citer le travail intellectuel. Quand ce travail est intense, fortement concentré ou trop longtemps prolongé, il ne tarde pas, chez certaines personnes, à déterminer les signes d’une fluxion évidente. Ce fait a été noté de tout temps, et le savant Rabelais a mis dans la
fl) Bürdacb, loc- cit.
bouche de Rondelet, médecin de Montpellier (en. scène dans ses œuvres sous le nom de Rondibilis), un tableau pittoresque et naïf de l’homme plongé dans une profonde étude. Contemplez^ dit-il, la forme d’ung homme attentif à quelque estude, vous vojrez en luj toutes les artères du cerveau bandées comme la chorde d’une arbalèste, etc. (1).
Une autre fluxion plus fréquente encore est celle qui s’opère vers les organes gastriques dès que la digestion va s’opérer, fluxion si marquée chez certaines personnes, qu’on peut alors observer des phénomènes ayant quelque analogie avec ceux qui sont liés au molirnen hœmorrhagicum, c’està-dire un frisson plus ou moins marqué, un pouls tendu et serré, etc.
Puisque nous parlons du molirnen hcemorrhagicum, ceci nous amène nécessairement à ce molimen naturel qui périodiquement revient chez les femmes, et qui a pour résultat la menstruation. Ici il est souvent difficile de faire la part de l’étal normal et de l’état anormal ; c’est surtout lors de la première apparition que ces phénomènes peuvent être tr;ès-marqués. Il est des femmes, dit Désormeaux , chez lesquelles chaque période mens-
(1) Kgbelais, livre 3 , c. 31.
truelle est, pendant toute la durée de la menstruation, marquée par le retour d’un certain nombre de ces phénomènes, parmi lesquels Bordeu place aussi les modifications du pouls. Suivant lui, le pouls simple de la matrice, ou pouls des règles, est ordinairement plus élevé, plus développé que dans l’état naturel. Ses pulsations sont inégales, il y a des rebondissements, moins constants à la vérité, moins fréquents et moins marqués que dans le pouls nasal, mais cependant assez sensibles. Il ajoute, avec raison, qu’il y a des femmes dans lesquelles la révolution des règles est pour ainsi dire presque insensible, et la crise se fait sans qu’il paraisse dans le pouls des changements bien considérables (1).
On voit que ce que Désormeaux a regardé comme vrai dans les observations de Bordeu est précisément le fait négatif ; pour cela, il lui donne raison ; quant aux modifications symptomatiques du pouls, il ne veut pas s’en rendre garant ; mais ces modifications n’existeraient pas, qu’il n’en est pas moins vrai que souvent dans ces cas d’autres signes annoncent qu’il se fait véritablement une fluxion. Cette fluxion a dû nécessairement préoccuper l’esprit des médecins ; ils ont dû en rechercher les con-
(1) Dict, de Méd., 2e édit. , tome 19 , p. 416.
ditions et les causes. De toutes les théories qu’on a inventées , nous nous bornerons à mentionner les suivantes : d’après Lobstein, c’est que depuis le commencement de la puberté le sang se porte habituellement à la matrice , et opère dans cet organe les changements nécessaires à la gestation ; hors le temps de la grossesse , il sort par les vaisseaux utérins; mais Lobstein laisse à expliquer pourquoi dès le commencement de la puberté le sang tend ainsi à se porter habituellement vers la matrice. M. Je prof. Paul Dubois fait remarquer trèsjudicieusement que l’hypothèse en vertu de laquelle on donne la menstruation comme subordonnée à la prédominance du système sanguin chezlafemme n’a aucun fondement. Cette remarque de M. P.Dubois est d’autant plus vraie, que les femmes lé plus abondamment réglées ne sont pas en général celles dont le système sanguin est le plus développé. Du reste ce professeur ajoute avec raison que toutes les théories qui ont été données de ce phénomène si constant et en même temps si essentiel n’ont pas une bien grande importance, et qu’à vrai dire on ne voit pas la nécessité de se perdre ainsi en conjectures et en théories , que cela n’est plus de notre époque (1). Aussi , suivant nousmêmes ce conseil, nous ne pousserons pas plus
(1) Loc. cit., 462.
loin ces réflexions, et nous n’irons pas non plus rechercher quelle est la cause de la périodicité de la fluxion menstruelle.
Avant d’arriver aux fluxions pathologiques, nous devons encore signaler celles qui surviennent chez les gens timorés et pudibonds sous l’influence de la plus simple émotion morale. Ces fluxions , toujours rapides , se montrent à différents degrés ; tantôt c’est un léger incarnat qui colore les joues ; tantôt c’est une vive couleur pourpre qui s’étend sur toute la face, le long de la partie antérieure du thorax. C’est ici surtout qu’il serait impossible de trouver quelque explication satisfaisante pour rendre compte d’un semblable phénomène, non pas tant de la propulsion sanguine en elle-même, mais de sa localisation si formelle et de ses rapports mystérieux avec certains sentiments moraux. Ordinairement, je l’ai dit, il y a de la timidité chez les personnes qui offrent ce phénomène; toutefois ü en est qui avec une grande force de caractère y ont toujours été sujets ; d’autres n’ont présenté ces particularités qu’à une époque de la vie , et plus tard , comme on le dit , ils se sont fait un front qui ne rougit jamais.
Enfin, et comme exemple de fluxions qui concernent les congestions dites fonctionnelles par M. le prof. Trousseau , nous rappellerons qu’il suffit
d’une impression faite sur ! es sens, ou seulement de pensées, de souvenirs, pour déterminer des fluxions aboutissant à des organes organisés de telle sorte, qu’il s’établit à l’instant même une congestion portée au plus haut degré : nous voulons parler des tissus caverneux et érectiles. Chacun sait du reste combien sont variables, étranges même, les conditions sous l’influence desquelles ou bien s’établissent, ou bien ne s’établissent pas, malgré les plus violents désirs ces sortes de fluxions , preuve nouvelle des rapports intimes qui existent entre ces mouvements organiques et les divers états de l’intelligence.
Maintenant que par les développements physiologiques auxquels nous nous sommes livrés, notre point de départ est bien indiqué , il faut achever en quelque sorte pathologiquement ce qui a été commencé physiologiquement. Nous avons vu que les mouvements fluxionnaires entrent comme éléments dans l’accomplissement de certaines fonctions ; que , même accidentels, ils peuvent dans beaucoup de cas rester compatibles avec l’état de santé. Mais incontestablement les fluxions sont plus fréquentes , plus intenses dans l’état pathologique. Et d’abord on peut poser en principe que les mouvements fluxionnaires ouvrent la scène pour ainsi dire de la plupart des maladies , j’en-
tends des maladies graves et sérieuses , et même qu’ils se répètent plus ou moins fréquemment dans leur cours ; qu’on subordonne si l’on veut ces mouvements à des influences nerveuses préalables, ils n’en ont pas moins lieu, et avec la plus grande évidence.
Cette observation n’a échappé à aucun pathologiste, et elle a été rappelée tout récemment encore par Stieglitz, qui pose également en fait que, sauf un petit nombre d’exceptions , toutes les maladies générales et locales sont marquées, à leur début et dans leur cours, par des réactions du système vasculaire. Il met en dehors quelques en- ' gorgements lymphatiques, et encore les rattachet-il en partie à certaines lésions du sang (1).
Remarquons que les fluxions comme nous les entendons ici y, étant des actes , sont toujours actives. Il n’y a pas de fluxions passives. Les auteurs dans lesquels il est fait mention de mouvements fluxionnaires qui auraient eu ce dernier caractère se sont mépris. Ils ont voulu parler de certaines formes de congestions, de stagnations amenées par la déclivité des parties , par l’influence de la pesanteur, ou par des obstacles à la
(1) Stieglitz, Pathologîsche Untersuchungen, Hanover, 1832, t. 1, p. 264,
circulation, toutes circonstances dont nous aurons bientôt occasion de parler. Ceci est tellement vrai, que même dans les maladies essentiellement asthéniques , dans les affections scorbutiques par exemple, des fluxions viennent-elles à se déclarer, elles en changent pour ainsi dire mo-
mentanément le caractère , et dès lors on cherche une nouvelle dénomination. Le scorbut n’est plus froid, il est appelé scorbut chaud.
Voyons maintenant par quels symptômes se décèlent les fluxions initiales. Tantôt et avant tout , il y a un appareil de symptômes formidables j tantôt quelques symptômes locaux seulement, et tantôt les fluxions se sont opérées d’une manière tout à fait latente. Prenons un exemple pour rendre les faits plus sensibles. Voyons ce qui se passe au début de quelques pleuropneumonies. Très-fréquemment ce sont des symptômes généraux qui paraissent tout d’abord , c’est un frisson prolongé , une fièvre intense ; puis , la fluxion étant faite , les symptômes locaux se dessinent. Aussi les anciens, frappés de cet ordre de succession de symptômes , disaient-ils que les malades étaient alors atteints de fièvre péripneumonique. Mais, dans beaucoup de cas aussi , nous sommes forcés de le reconnaître, les fluxions se font d’une manière tout à fait latente. S’il s’agit
d’un parenchyme , vers lequel la fluxion s’est opérée, dès le but, à l’aide d’investigations physiques , on reconnaît que déjà une large congestion s’est établie.
Cette différence dans la marche des fluxions paraît tenir tantôt à des dispositions individuelles et tantôt à la nature des constitutions médicales. ' '
L’influence des conditions individuelles est irrécusable. Chacun sait que ces réactions vasculaires sont d’autant plus fortes , d’autant plus graves, et partant d’autant plus à redouter, que les sujets sont dans la force de l’âge , vigoureux , riches en éléments sanguins. Aussi, à l’égard de certaines maladies qui sévissent plus particulièrement dans de lointains climats, est-ce une condition fâcheuse pour les supporter que d’être doué de ces constitutions si avantageuses sous tant d’autres rapports.
Parmi les individus qui de nos contrées tempérées émigrent dans les régions équatoriales,
ceux qui déjà se trouvent dans un certain degré
d’affaiblissement échappent plutôt aux maladies que ceux qui se trouvent dans des conditions opposées; ou du moins, lorsqu’ils viennent à en être atteints , il y a moins de danger à redouter pour eux. C’est que par suite de ces dispositions, chez
eux les fluxions sont moins fortes et moins graves , tandis que les autres sont en quelque sorte tués par l’excessive intensité de la réaction.
Il y a encore des différences , avons-nous dit , à raison des constitutions médicales. En effet , dans la plupart des épidémies , il est à remarquer que des phénomènes généraux accompagnent les mouvements fluxionnaires ; il y a trois ordres de faits qui manquent rarement : symptômes, généraux; phénomènes du côté du système nerveux ; influence sur le moral des individus.
Mais puisque les mouvements fluxionnaires , comme nous venons de le dire , ouvrent la scène de la plupart des maladies, peut- on dès lors leur appliquer la division que nous avons vue admise par Marandel ? Ont-ils tout d’abord , les uns un caractère hémorragique , les autres un caractère inflammatoire , / ceux-ci un caractère hypertrophique , ceux - là un caractère sécrétoire ? Pour répondre à ^ cette question , il faut d’abord faire remarquer que Marandel avait , en quelque sorte , sauté par-dessus un des éléments de la question , nous voulons parler de la congestion. Gomment eu eflet les choses se passent-elles ? Le point de départ, nous le savons , est un mouvement fluxionnaire ; puis le sang s’accumule dans les vaisseaux de la partie qui se trouve , pour ainsi dire , Tabou-
tissant de la fluxion , et ce n’est que consécutivement à cet état de congestion que se déclarent ou l’hémorragie, ou l’inflammation , ou l’hypersécrétion, si l’organe est de nature à l’accomplir, ou bien enfin l’hypertrophie.
Tâchons de dilucider cette question, assez importante dans îa thèse qui nous occupe , et rappelons-en encore une fois les termes. Une fluxion quelconque est-elle de sa nature ou hémorragique, ou inflammatoire, ou hypersécrétoire, ou hypertrophique ? Nous répondons oui à l’égard de quelques-unes; non à l’égard de beaucoup d’autres. Nous avons vu déjà que, dans l’état physiologique, il est des fluxions qui ont un caractère final déterminé. Ainsi les congestions utérines mensuelles sont de lebr nature hémorragiques. D’autres, toujours dans l’état physiologique, ont encore un but arrêté; ce sont celles qui, se portant sur les glandes, vont en activer la sécrétion , ou bien qui entrent dans l’accomplissement d’autres fonctions.
Dans l’état pathologique, il faut distinguer ; si certaines fluxions ont un but déterminé , il en ,est d’autres qui ne le prennent qu’accidenteiiement. L’hémorragie étant un fait qui dans la plupart des cas suit de fort près la fluxion , à cause de cette circonstance, peut être donnée comme caractère spécial de ces mêmes fluxions ; de sorte que
telle fluxion qui se fait sur le cerveau paraît essentiellement hémorragique, telle autre qui se fait vers la membrane muqueuse bronchique paraît encore devoir être nommée fluxion hémorragique, de même pour l’utérus, etc. Ainsi primordialement , pour ainsi dire , ces fluxions paraissent hémorragiques ; seulement elles trouvent dans les conditions organiques locales, ou bien des causes d’obstacle , d’arrêt pour ainsi dire , ou bien des causes adjuvantes ; mais, si tout ceci paraît assez évident pour les hémorragies , c’est que l’écoulement du sang, comme je l’ai dit, peut suivre de très-près le mouvement fluxionnaire ; la congestion est bien encore un état intermédiaire, mais qui peut durer fort peu de temps. A l’égard des autres espèces de fluxions, il y aura des différences plus prononcées; et d’abord, pour ce qui est des fluxions dites sécrétoires , elles ne prennent ce caractère qu accidentellement et à raison de l’organisation des parties vers lesquelles elles se font. Il peut même arriver qu’au début de la fluxion toute sécrétion soit supprimée , puis la sécrétion n’est que modifiée; ce n’est enfin qu’en certaines circonstances qu’elle est activée : donc on ne peut pas dire , essentiellement parlant, que dans l’état pathologique il y ait un ordre de fluxions invariablement sécrétoires. Marandel, qui croyait ces fluxions essen-
tiellement sécrétoires , partait évidemment d’une hypothèse , quand il disait « que ces fluxions diffèrent des autres par la nature des matériaux qui affluent au point irrité (1). » Ces matériaux, suivant lui, étaient uniquement des matériaux de sécrétion, c’étaient des principes qui devaient être pris par l’organe sécrétoire et éliminés au dehors, tandis que, dans les fluxions qu’il appelait nutritives, les matériaux apportés par la fluxion devaient uniquement tourner au profit de l’organe. Evidemment c’étaient là des hypothèses ; car ni lui ni d’autres n’avaient pu pénétrer si le sang apporté par les fluxions avait ou non ces différences fondamentales.
Quoi qu’il en soit, ce que nous venons de men- i tionner relativement aux fluxions dites sécrétoires nous dispensera de revenir avec plus de détails s
sur certaines fluxions admises autrefois par les ■ auteurs , et même, comme nous l’avons vu, par ‘
Louis d’Oleron ; nous voulons parler des fluxions | bilieuses, séreuses, muqueuses, pituiteuses, etc., | etc. On ne saurait en effet, aujourd’hui^ admettre |
ces sortes de fluxions ; la sécrétion biliaire peut |
être activée, mais ce n’est pas une fluxion comme |
(î; Loc. cil,,
nous l’avons entendu, pas plus que pour la sécrétion salivaire, lacrymale, lactée, etc., etc.
Il peut y avoir des congestions séreuses, nous en parlerons; mais il ne peut y avoir, à proprement parler, de fluxions séreuses.
Quant aux fluxions qu’on. a appelées inflammatoires, ont-elles dans tous les cas, et de leur na- \
ture, ce caractère ? Nous répondrons encore non. Il en est, il est vrai, qui ont pour résultat inévitable ce caractère, mais il en est d’autres qui l’ont accidentellement. Expliquons-nous. Une fluxion bien formelle et intense a lieu sur un organe ; il peut se faire, et ceci arrive souvent, que ces résultats diffèrent en raison des dispositions dans lesquelles elle trouve cet organe. Il est possible que celui-ci se trouve dans des conditions de résistance tellement favorables qu’il ne se laisse ni transsuder ni déchirer; alors la fluxion ne sera pas hémorragique. Il est possible, si cet organe est sécrétoire, que la sécrétion ne se trouve pas altérée; il est possible encore que la congestion dont i! est le siège n’amène pas son inflammation ; il est possible enfin que ce même état de congestion n’amène pas non plus son hypertrophie : donc la fluxion, dans ce cas, ne sera encore ni inflammatoire ni nutritive. Nous irons plus loin ; noos dirons que, grâce aux conditions priînordiales de
lÜO
l’organisation, il est une foule de fluxions qui s’opèrent dans l’économie avec une innocuité complète ; ce sont en quelque sorte des flux et des reflux qui ne peuvent altérer sérieusement la santé.
Mais je reviens aux fluxions dites inflammatoires , et je fais observer qu’il n’est pas encore ici question positivement de la congestion intermédiaire. Il peut se faire, ai-je déjà dit, qu’une circonstance purement accidentelle donne à la fluxion un caractère purement inflammatoire qui pourra dépendre, par exemple, de la nature du stimulus agissant localement ; c’est le càs de la plupart des causes vulnérantes ; elles sont telles, que la plupart du temps les fluxions qu’elles déterminent sont inflammatoires. D’autres fois, bien que la nature du stimulus ne soit plus aussi évidente, et que la fluxion paraisse même spontanée, elle est encore inflammatoire ; enfin il n’est pas jusqu’à ces fluxions qui, ayant pour point de départ une action trop énergique du centre circulatoire, ne puissent aussi devenir inflammatoires. Ce sont, du reste,' les fluxions les plus nombreuses. Aussi Marandel avait-il proposé de les subdiviser en cinq modes primitifs qui forment autant de sections, suivant lui, dans l’ordre des fluxions inflammatoires. La première, dit-il, est fondée sur la tendance que manifeste la nature dans le développe-
ment de la fluxion qui a pour but de réunir les parties divisées, c’est l’inflammation adhésive ; dans la deuxième, il réunit toutes les inflammations aiguës dans lesquelles la nature semble avoir pour but d’élaborer et d’éteindre une cause irritante qui détermine tous les phénomènes ; son troisième mode est fondé, suivant lui, sur la nature même de la fluxion qui prendrait, dès son apparition, des caractères gangréneux; dans la quatrième section, il range les inflammations chroniques dont les caractères se tirent, dit-il, de la marche, de la durée et des phénomènes qui accompagnent la fluxion ; enfin dans la cinquième sont renfermées les irritations ulcéreuses, distinctes des précédentes par le produit, la dorée et le but que semble se proposer la fluxion dans ces cas, etc. (1).
Il nous reste à dire un mot de la fluxion dite nutritive ; celle-ci ne serait que la conséquence ou plutôt l’exagération d’un acte physiologique. Quelles que soient les théories qu’on adopte, on est forcé de convenir que c’est dans les réseaux capillaires que se passent les fonctions nutritives, et que le sang qui chemine dans ces mêmes réseaux est le véhicule des matériaux nécessaires à ces mêmes fonctions; or, et par suite de circonstances fort
fl) Loc. cit., 3t.
obscures , il peut arriver, comme je l’ai dit plus
haut , que cet excès de sang donne une nouvelle
activité aux fonctions nutritives. Tout ce que nous pouvons reconnaître , c’est que dans ces cas les
organes où ont abouti ces fluxions étaient en gé-
néral dans des conditions favorables, et que d’autre part les fluxions se sont faites progressivement et avec une certaine mesure. Supposez en effet des conditions contraires , c’est-à-dire que l’organe soit déjà altéré , la moindre fluxion ajoutera à cette altération sans augmenter sa nutrition. Supposez encore que la fluxion soit brusque , excessivement intense , elle pourra provoquer une hémorragie , une inflammation ou tout autre accident, elle n’augmentera pas sa nutrition. Ce sont là des faits d’observation journalière ; aller hors de là ce serait tomber dans des hypothèses, comme Marandel qui admettait, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que dans ces cas le sang n’apportait que des principes nutritifs.
Après avoir cherché à prouver que les fluxions n’ont pas aussi exclusivement que l’avait entendu Marandel un caractère qui serait invariablement le même, nous ne disconviendrons pas que ladéiiomi-
nation de ces caractères ne doive être conservée comme indiquant des conséquences assez variables, mais néanmoins réelles. Il peut même être utile
d’associer ces idées d’iiémorragie, d’inflammation , d’hypersécrétion et d’hypertrophie aux idées des fluxions. Nous allons voir d’ailleurs qu’il est des circonstances importantes à connaître, en raison de l’influence qu’elles peuvent avoir pour déterminer telle fluxion plutôt que telle^autre, toujours d’après les divisions de Marandel.
Sous ce rapport, l’influence des climats doit d’abord être signalée , soit comme prédisposant à de plus nombreuses fluxions , ou seulement à des fluxions spéciales. Ainsi l’activité du système vasculaire est plus marquée dans les climats froids et dans les pays de montagnes , et par suite les fluxions y sont plus fréquentes ; tandis que dans les climats chauds les liquides éprouvent une sorte d’appauvrissement , et par suite aussi moins d’activité dans leur mode de progression ; remarque faite
par Halle (1), et plus récemment par M. Rochoux (â). Puis on a observe que les fluxions ayant pour résultat d’amener des phlegmasies franches sont plus fréquentes dans les climats froids , tandis que les fluxions aboutissant à des inflammations hémorragiques des voies digestives sont plus frs;quentesdans les climats soumis à une haute tempe-
(1) Encyclopédie méihod,, article Afrique,
(2) Diçt, de MédeCf, article Acclîmatemenl,
rature ; d’autre part enfin que les fluxions hémorragiques des voies aériennes sont plus fréquentes dans nos climats tempérés et humides.
D’autres différences sont encore à mentionner à raison des âges, différences signalées surtout par Stahl, et sur lesquelles nous aurons souvent occasion de revenir. Rappelons seulement que dans la première jeunesse il y a à la fois des fluxions inflammatoires et hémorragiques dirigées vers la tête ; plus tard , vers les organes de la respiration; et dans un âge plus avancé enfin, vers
les organes abdominaux.
Ici il est besoin de quelques développements sur ces principes avancés , comme je viens de le dire, dans la fameuse thèse de Stahl sur l’influence pathologique des âges. On a dit dans ces derniers temps que ces principes étaient erronés , que trop longtemps on avait enseigné que chez les enfants les maladies les plus fréquentes ont lieu du côté de la tête , chez les jeunes gens vers la poitrine, et chez les vieillards vers les organes abdominaux. On a objecté que très-souvent les enfants même les plus jeunes succombent à des maladies aiguës de poitrine, spécialement à des pneumonies ; que c’était aussi le cas des vieillards , qui .très-fréquemment périssent par suite de. pneumonies ou d’hémorragies cérébrales. Mais ceci
n’infirme pas la loi posée par Stahl : cet illustremédecin n’a pas cherché à établir quelle est la proportion des terminaisons fâcheuses à ces trois grandes époques de la vie, en raison des diverses maladies ; il n’a voulu parler que de la tendance et de la direction , pour ainsi dire , des mouvements fluxionnaires, et ses observations ont été confirmées par la plupart des médecins. Pour ce qui est des enfants, il y aurait d’abord à noter que les cas si fréquents de pneumonie ont été spécialement remarqués parmi les classes les plus indigentes, dans les hôpitaux, et dans les saisons froides et humides ; toutes circonstances accidentelles qui peuvent modifier une loi sans l’infirmer. Donc, tout en faisant une large part à l’influence de ces causes accidentelles si puissantes, on pourra reconnaître que d’une part chez les enfants la direction des mouvements fluxionnaires, en se portant vers la tête, concorde avec les faits d’évolution, de développement physique et moral. Ces mouvements sont comme entraînés vers des centres d’activité organique et intellectuelle. Ultérieurement , et après la seconde jeunesse , c’est le système sanguin qui se reploie en quelque sorte sur lui-même , puisqu’à cette époque l’activité semble s’être reportée sur l’appareil connexe de la circulation et de la respiration. Quant aux vieillards enfin, cette obser-
lOfi
vation que beaucoup succombent a des hémorragies cérébrales , n’infirmerait pas encore la loi de Stahl ; car il n’est rien moins que prouvé que ces hémorragies soientla conséquence de véritables mouvements fluxionnaires qui se porteraient vers l’encéphale. Il reste à déterminer quelle est la part que le cerveau lui-même , dans ses conditions matérielles , prend à ces sortes d’accidents , qui alors auraient lieu sans afflux anormal de liquides.
Quant à l’extrême vieillesse, ainsi què l’a remarqué, Burdach, l’activité périphérique baisse alors, l’expansion diminue aussi dans quelques-unes de ses directions ; et l’on voit prédominer la concentration, qui exprime la tendance à s’isoler et à se retirer en elle-même, et le défaut de réceptivité pour les impressions du dehors (1).
Dans cet état d’extrême vieillesse, il y a bien moins de fluxions que nous n’en avons observé jusqu’à présent, puisque l’activité périphérique de la vie tend constamment à diminuer pour ne plus se relever. Il y aura bien encore à signaler des congestions, mais celles-ci seront d’une nature particulière; elles n auront plus été précédées de véritables fluxions, ce qui concorde encore avec les observations de Burdach, savoir que la chaleur baisse, les Cou-
(1) Burdach , Traité de Physiologie, t. 5, p, 138.
rants sanguins artériels s’affaiblissent, et la turgescence diminue. Il pénètre moins de sang dans les vaisseaux capillaires ; les veines acquérant moins de densité, il s’amasse davantage de sang dans leur intérieur, les veines cutanées font plus de saillie ; delà encombrement de sang et dans les sinus cérébraux et dans le système de la veine porte (1); toutes circonstances enfin qui peuvent, comme je viens de le dire, favoriser certaines congestions, mais qui n’ont plus de rapport avec les fluxions.
Quant à la différence des sexes, nous en avons déjà parlé ; elle amène nécessairement des variétés et dans le degré de fréquence des fluxions et dans leur direction. Chez les femmes, à partir de la puberté jusqu’à l’âge de retour, c’est-à-dire pendant toute la période d’activité menstruelle, il y a nécessairement prédisposition aux mouvements fluxionnaires. Périodiquement une fluxion se renouvelle ; au début même, elle peut s’établir avec difficulté; d’autre part, à l’époque de sa cessation, elle peut déterminer de graves accidents : ce sont là autant de conditions sous l’influence desquelles peuvent se manifester de nombreuses fluxions. Nous en avons déjà dit un mot sous le rapport physiologique, nous avons parlé de la tendance générale de
(!) r.oc. oit., IM.
ces fluxions périodiques. Nous aurions encore beaucoup à dire sur les anomalies de leur première apparition et de leur déviation pendant toute la durée de cette période. A l’époque de leur cessation, de deux choses l’une, ou bien il y a eu une disparition trop prompte de l’écoulement menstruel, ou bien il y a une prolongation anormale dans leur durée. Dans le premier cas, il survient et de la pléthore et des fluxions plus ou moins graves. Ces fluxions se portent très-fréquemment vers la tête, et alors les femmes se plaignent de bouffées de chaleur, de pesanteur vers cette partie du corps, parfois même de vertiges ou d’accidents plus graves. D’autres fois les fluxions se portent vers la poitrine, et alors surviennent de la dyspnée, de la toux, etc. D’autres fois enfin la fluxion se fait vers les vaisseaux hémorroïdaires, de là d’autres accidents.
Que si, persistant au delà du terme voulu , la tendance fluxionnaire continue de manifester ses effets vers l’utérus, c’est sur cet organe presque exclusivement que porteront les désordres ; de là les métrites chroniques, les hémorragies et les diverses dégénérescences.
Maintenant que nous avons suffisamment insisté sur la fluxion considérée au point de vue physiologique , puis sur la fluxion au point de vuepatho
logique , en la considérant en elle-même, quant à ses modes, quant à ses natures diverses, quant à ses conditions de développement; maintenant, disons-nous, et puisque nous avons posé en prin-
cipe que la fluxion ouvre la scène de la plupart des maladies, il convient de rechercher rapidement et avec quel caractère et sous quelle forme elle se présente dans les groupes principaux de maladies.
En premier lieu nous devons nous occuper des fièvres; là les fluxions initiales et consécutives sont manifestes à ce point, que certaines écoles les ont toujours citées de préférence, pour montrer avec quelle spontanéité, avec quelle énergie la nature réagit contre les causes de trouble. Mais de tous les ordres de fièvres, c’est incontestablement comme l’avaient remarqué les stahliens dans l’ordre des intermittentes, que se manifestent les fluxions avec le caractère le plus général et le plus intense. C’est là qu’ils avaient cru trouver, ainsi que nous
l’avons indiqué ailleurs, une double fluxion telle , qu’ils la nommaient le flux et le reflux de la mer du microcosme, avec d’autant plus de raison, suivant eux, que ces flux et reflux reviennent à des époques périodiques: d’abord, fluxion générale qui se propage de la périphérie au centre , puis qui du centre revient à la périphérie. Ils insistaient sur ces faits d’ailleurs bien connus, que dans le pre-
mier stade , dit à cause de cela stade de concentration, les liquides semblent en effet abandonner en grande partie les régions les plus excentriques pour se porter rapidement et abondamment dans le sein des viscères parenchymateux, de telle sorte que la fluxion finit par laisser dans ces viscères de véritables états de congestions, congestions instantanées ou permanentes sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Il serait inutile d’insister avec plus de détails sur les faits qui tendent à prouver que dans le second stade, dit à cause de cela stade d’expansion, il y a en quelque sorte une fluxion générale inverse, c’est-à-dire un retour du sang à la périphérie. Remarquons seulement ici une circonstance importante, c’est que si dans la fièvre intermittente, simple et légitime, telle que l’avaient choisie les
stâhliens, si dans cette fièvre, dis-je, les mouve-
rnents fluxionnaires centripètes" vont en général et de préférence se porter vers la rate, dans les fièvres intermittentes pernicieuses , les mouvements fluxionnaires n’offrent pas la même prédilection ; de là la diversité des accidents observés pendant la vie, et des lésions organiques trouvées après la mort. On peut en effet constater que tantôt ces mouvements fluxionnaires ont eu lieu vers la tête, tantôt sur les organes contenus dans le thorax, etc.
Ceci nous amène à une considération assez importante , celle de la périodicité dans ses rapports avec la fluxion. Par elle-même, c’est déjà chose à la fois obscure et étrange que cette périodicité dans les maladies. Nous ne nous attacherons pas à en rechercher la cause. On sait que pour les fièvres intermittentes dont nous venons de parier, plu-
sieurs théories ont été émises à ce sujet depuis Pythagore jusqu’à nos jours. De toutes ces théories, il n’est guère resté que celle de M. Bailly et celle fort ingénieuse de M. Roche.
Ce qui nous paraît important à dire ici , c’est que cette périodicité se prononce presque exclusivement par des mouvements fluxionnaires. Nous venons d’abord de signaler les fièvres intermittentes dans le cours desquelles les fluxions générales sont incontestables. Presque sur la même ligne sous le rapport du degré de fréquence , on a placé les névroses, sur-lesquelles nous allons revenir en peu de mots. Puis en seconde ligne on a placé les hémorragies ; puis en troisième ligne les inflammations. Or dans toutes le phénomène prédominant, c’est la fluxion. Pour la fièvre intermittente , la périodicité porte sur une double fluxion. Pour les hémorragies périodiques, elles sont nécessairement précédées de fluxion. Et quant aux inflammations, si la fluxion préalable était douteuse, il faudrait la
chercher dans les inflammations périodiques. Qui ne sait enfin que dans l’état phy siologique les phénomènes périodiques les plus marquants sont encore exprimés par des fluxions. Un mot maintenant sur les névralgies et sur les névroses périodiques. Assurément dans cés circonstances on ne pourrait, comme dans les cas de fluxion sanguine , démontrer l’existence d’un fluide faisant irruption sur telle partie plutôt que sur telle autre; mais dans combien de cas les malades n’accusent-ils pas une série de sensations propres à démontrer que certains changements organiques apparaissent vers un lieu déterminé, puis se propagent pour en gagner un autre plus ou moins distant , à la manière des fluxions sanguines. Ceci est tellement vrai, qu’usant alors d’une thérapeutique à peu près analogue à celle employée dans le cas de véritable fluxion, telle que des révulsifs, des compressions, des ligatures , on est parfois parvenu à arrêter ou
du moins à suspendre ces espèces de propulsions
nerveuses.
Ainsi, et c’est un fait notable en pathologie , les fluxions affectent très- souvent le mode ou du moins le type périodique , quel que soit d’ailleurs leur caractère de généralisation , ou leur tendance à se localiser sous forme congeslionnelle.
Un second ordre de fièvres dans lequel les
fluxions sont encore très-marquées, c’est le groupe des fièvres éruptives. Ici ce phénomène, est tellement prédominant, que tous les autres lui paraissent subordonnés. Ainsi il y a une période préliminaire dite d’incubation , d’invasion ; pendant
tout ce temps il semble que la nature se prépare à cette grande et universelle fluxion qui doit partir du centre et aboutir à toute l’étendue des surfaces tégumentaires externes. Pendant les jours qui précèdent, il y a une anxiété, un malaise inexprimables ; il semble qu’il y a là quelque chose qui tend à se faire jour au dehors , et que l’économie ne peut être débarrassée, soulagée qu’à ce prix. Avant cette grande fluxion , la maladie est dans le sein de l’économie elle-même ; tout l’organisme^ est en souffrance. La fluxion s’est-elle faite, et par suite la congestion s’est elle établie à la périphérie? Téconomie est libre, ou du moins , si elle souffre, c’est à , raison des accidents qui résultent de la congestion disséminée aux surfaces. Ainsi on pourrait presque dire qu’une fièvre éruptive n’est après tout qu’une fluxion centrifuge.
Dans le groupe des fièvres continues , les fluxions sont moins évidentes ; cependant elles se manifestent encore avec assez d’intensité. Ce sont encore des phénomènes de réaction, une précipitation dansle mouvement circulatoire précédée
iU
d’un frisson initial, puis avec des alternatives,
des temps de rémission et des temps d’exacerbation , tous phénomènes qui révèlent üexistence de mouvements fluxionnaires. Nous parlons de fièvres continues bénignes, dont la terminaison est ordinairement favorable , à moins que les propul-
sions sanguines, qui entrent comme éléments
dans toute fièvre , ne trouvent pendant cette période d’agitation un organe mal disposé, qui lui devient en quelque sorte l’aboutissant de ces vagues fluxions; car alors celles-ci, perdant pour ainsi dire leur caractère de généralité , se localisent dès qu’un organe se trouve pris ; dès lors la maladie, de générale quelle était, est définitivement locale , avec plus ou moins de gravité.
Dans les fièvres continues graves, il y a encore
des mouvements fluxionnaires prononcés. Suivant
M. Andral , ces fluxions ont pour caractère de se porter aux surfaces tégumentaires, puis sur les vis« cères de l’économie (1).
Pour ce qui est maintenant des affections locales, nous l’avons déjà dit , si rationnellement on est souvent obligé de les rattacher à un état général de l’économie , c’est précisément par le mouvemeiit fluxionnaire qui les a précédées. Ainsi pour lesgrandes hémorragies actives, ainsipour les phleg-
(1) Dieu de Médec.f Ire édit., article Typhus,
masies graves. Ici il y a encore quelques tendances à indiquer relativement aux tissus et aux organes vers lesquels se font les mouvements fluxionnaires. Nous avons déjà dit qu’on doit placer en première ligne les surfaces tégumentaires internes et externes , c’est-à-dire les membranes muqueuses et la peau. Ceci était évident dans le cas de maladies générales et de fièvres primitives ; le fait n’est pas moins constant dans le cas d’affections localisées. Ainsi , pour parler encore des hémorragies précédées de mouvements fluxionnaires , c’est par les membranes muqueuses surtout qu’elles se font jour ; donc dans ces cas les mouvements fluxionnaires sont spécialement dirigés vers une partie des surfaces tégumentaires internes , que ces hémorragies soient d’ailleurs symptomatiques ou critiques. Dans ce dernier cas, il y aurait à discuter si le mouvement fluxionnaire n’est pas plutôt critique que l’évacuation sanguine; on serait porté à le croire, quand on considère que parfois il a suffi de deux ou trois gouttes de sang pour amener un soulagement inespéré. Quoi qu’il en soit ,
I nous voyons que les membranes muqueuses sont en première ligne comme aboutissants des mouvements fluxionnaires. Nous ferons remarquer que le poumon, bien que désigné sous le nom d’organe parenchymateux , après tout joue aussi le rôle de
surface tégumentaire interne. Donc il ne fait pas exception à la règle sous ce rapport. S’il y avait une exception à faire, elle devrait plutôt être faite pour la rate , comme aboutissant des mouvements fluxionnaires qui se font de la périphérie au centre. Il faut placer ensuite le cerveau comme centre d’irradiation , et qui par cela peut souvent devenir aussi l’aboutissant des mouvements fluxionnaires. Puis enfin il faut placer les membranes séreuses et synoviales comme surfaces de frottemeiit, de glissement viscéral, ou plutôt les tissus sous -séreux et sous - synovial , comme nous aurons occasion de le dire en traitant de la congestion. Jusque-là ne préjugeons pas la question ; car nous aurons à parler de la vascularité de ces mêmes membranes.
D’après tout ce qui vient d’être dit, on voit que dans beaucoup de cas il nous est donné de reconnaître là où aboutissent les fluxions , de reconnaître quels sont les tissus, quels sont les organes sur lesquels se sont portés les mouvements fluxionnaires, et qui ont été ainsi congestionnés, enflammés, etc., etc. Est-ce à dire que nous admettions cette opinion des anciens, que dans toute fluxion il y a un organe qui envoie , pars mandons, des voies particulières par lesquelles chemine le liquide, et un organe qui reçoit, pars recipiens?
Non assurément ; que savons-nous sous ce rapport? En s’en tenant à la rigoureuse observation des faits, voilà ce que nous pouvons dire : Il y a des cas dans lesquels les liquides abandonnent en partie les régions les plus excentriques, pour se porter vers les parties centrales. Il y a un afflux de liquides vers ces dernières ; il faut que ce liquide vienne de quelque part; il vient des parties les plus excentriques, mais celles-ci n’envoient rien^, ne poussent rien ; elles perdent une partie de leurs fluides, elles se décolorent, elles se refroidissent, s’amoindrissent , c’est-à-dire perdent de leur volume ; voilà tout ; nous n’en savons pas davantage.
Dans d’autres circonstances, une grande hémorragie va avoir lieu, des phénomènes analogues se déclarent, les parties les plus éloignées se refroidissent encore, il y a de la pâleur, du frisson, etc., etc. Il est évident qu’une certaine quantité de sang éprouve une sorte de retrait ; mais ce sang n’est envoyé par aucun organe. Dans tous ces cas, comme on le voit , il n’y a qu’une seule chose de bien connue, c’est que, consécutivement à ces symptômes, un afflux de sang a eu lieu vers un organe déterminé , il s’est congestionné.
Il est bien vrai que dans d’autres circonstances il est un organe qui paraîtrait jouer le rôle de pars mandans; mais cet organe, après tout, c’est
l’organe chargé de distribuer lé sang à toute l’économie , c’est le cœur. Nous avons dit que parfois, hypertrophié ou non, il précipite ses battements avec une telle force, qu’il congestionne certaines parties ; donc il aurait été l’agent de la fluxion. Mais d’abord il envoie à tous également, il ne fait aucun choix , donc il n’est point pars mandons ; et si', par suite de cette exagération d’action, certains organes sont de préférence congestionnés, il faut en chercher les causes, ou dans la constitution propre de ces mêmes organes, ou dans un autre ordre de faits, ce qui va nous amener à un dernier examen de la théorie des fluxions.
Nous devons d’abord revenir en peu de mots sur la théorie émise à ce sujet dans la collection hippocratique. D’après cette théorie, il faudrait admettre d’abord que certains organes jouissent de la propriété d’attirer, d’aspirer en quelque sorte à eux les humeurs, à la manière des corps spongieux.' <pucriç (jt.£V aÙTsotctv tî ffiroyyw^sç, y est-il dit en parlant des glandes. Tantôt les organes, agissant en sens contraire, les poussent au dehors par des courants : È^w êmoc'ziXkzi to tùào'* «tto tôv powv (1). D’autres fois, et par leur propre poids, les humeurs retombent d’une cavité supérieure
(1) Loc. cit., 272 , 21
dans une autre qui est inférieure : To açi)to[/.svov
(fXéyiLoc èç ttîv 3coi7^lt)v Dans d’autres lieux, c’est
une vapeur qui s'élève des liquides échauffés comme d’une eau en ébullition dans une chaudière : Oç yàp aTTO TWV )^£ê7]TWV aTJJLOÇ ^l£p)(^£Tai
é^'ojxsvou TOU u^aToç (1). Ainsi, ce sont des idées, empruntées à la physique vulgaire de tous les temps, c’est la pesanteur qui agit pour déterminer les fluxions à se faire dans telle ou telle cavité.
Ou bien c’est la légèreté de prétendues vapeurs , ce sont des parties qui attirent, d’autres qui repoussent ; voilà tout; à proprement parler, il n’y a pas là de théorie. Ces idées, adoptées par Galien, ont régné pendant un grand nombre de siècles, de sorte que nous devons arriver pour en trouver de nouvelles à l’époque de Stahl.
Nous avons vu que, pour l’école de Stahl, il y a toujours une intention dans les actes de l’organisme, la matière est essentiellement inerte ; un principe intelligent, principe d’activité, sollicite les organes à agir. Ce sont les solides qui, mus ainsi, agissent sur les liquides de manière à produire des fluxions, et par suite des congestions actives. Pour bien faire connaître sa théorie à ce sujet, Stahl a soin de distinguer les congestions ac-
(1) Beflatîbus, 998, 15.
tives des congestions passives; car à ces dernières il n’applique '"pas ses principes : Congestionis çocem tanquam çere activum potius quîddam quam simpliciter passivum indicantem phicet omnino his rebus adhihere (1). Dans cet acte, il y a une intention, un but, une fin ; l’intention est toujours salutaire le but c’est de débarrasser l’économie d’une matière nuisible : Proximum autem simpUciter actum ad congestiones formandas excreet intentio exonerationis (â). Il n’y a pas d’explication à chercher pour une théorie placée dans une sphère aussi élevée et aussi insaisissable. Voyons plutôt quelles sont aujourd’hui les questions en litige.
Nous trouvons d’abord la théorie du stimulus, qu’on dit empruntée à Hippocrate , bien que le Père de la médecine ait recouru, comme nous l’avons vu, à des explications bien moins subtiles. Cette théorie, adoptée par l’école de Bichat, part de ce principe, que les tissus étant doués de certaines propriétés vitales, si par un stimulus matériel ou immatériel, physique pu chimique, direct ou indirect, idiopathique ou sympathique, on
(1) Stahlü Theoria medica vera, Ha!æ , 1737. De Congestionibus sanguinis, 60t.
(2) Loc. cit., 609.
agit sur ces propriétés vitales, on les exalte, on les irrite, par cela même on appelle vers la partie malade un afflux de liquides, on produit une fluxion.
D’autres supposent que par le fait d’un irritant encore , ou par une simple action mécanique, les globules s’arrêtant dans un ou plusieurs vaisseaux capillaires,' le sang ne tarde pas à s’accumuler autour de ce point, en, même temps que la vitesse du cours de ce fluide augmente dans les artères, les veines et vaisseaux environnants, comme si l’affluence du sang devait être compensée par une activité plus grande de la. circulation (1).
Enfin, dans ces derniers temps, M. Magendie, pour expliquer les mouvements fluxionnaires, invoque les faits suivants : Il est, dit-il, une expérience que l’on cite comme convaincante, et même qui depuis des siècles sert de base à bon nombre de doctrines médicales. On dit : Prenez le mésentère d’un animal vivant, et faites- y une piqûre avec la pointe d’un stylet ; l’endroit piqué devient un centre de fluxion, le sang y abonde de toutes parts. Pourquoi les courants changent-ils de direction, deviennent-ils rétrogrades dans certains capillaires? Il faut donc qu’il y ait une force qui les at-
(1) Kaltenbrnnner, Op. cit., 47.
tire, une force plus énergique que le cœur luimême, puisque les globules cheminent souvent
contre l’impulsion de cet organe On reproduit
ainsi le mémorable axiome : Uôi stimulus ibi Jluxus. J’ai répété cette expérience , poursuit
M. Magendie; or voici ce que j’ai vu : dans le cas où on pique un capillaire mésentérique, le sang s’échappe par l’ouverture, et les globules des vaisseaux environnants y affluent, quel que fût le sens dans lequel ils marchaient auparavant. Si au contraire la pointe du stylet est simplement enfoncée dans lé tissu delà membrane, sans intéresser aucun capillaire, le cours du sang continue à se faire avec -Kf la même régularité'. Il ne survient rien d’anormal dans la marche des gl obules (1).Voici,s uivant M .Magendie, comme il faut comprendre ces phénomènes : quand vous percez la paroi d’un capillaire,
le sang, trouvant moins de résistance vers ce
point que dans le reste du vaisseau, s’échappe par l’ouverture et coule tant que l’élasticité des tunique vasculaires n’est pas épuisée. Mais nous savons que ce capillaire ne marche pas isolé, qu’il communique par une multitude de branches avec Jes capillaires voisins, et que la pression est également répartie dans tous. En agissant sur l’un de
(1) Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. 3, p. 330»
ces vaisseaux, vous agissez en même temps sur tous les autres. Les globules les plus éloignés ont autant de tendance à sortir que ceux qui sont plus près de l’ouverture, car l’équilibre tend à se rétablir (1).
Cette explication de M. Magendie est certainement très-ingénieuse ; mais unique, elle serait insuffisante pour rendre compte des phénomènes fluxionnaires. M. Magendie l’a senti lui-même, puisqu’il cherche à établir, dans un autre endroit du même ouvrage, qu’il suffit d’un défaut d’har-
monie entre le diamètre des capillaires et le volume des molécules sanguines, pour que de nouveau les phénomènes d’une fluxion apparaissent.
Mais ces mêmes fluxions se développent dans des circonstances où il est impossible qu’on puisse les supposer dues soit à une diminution de pression , soit à toute autre cause physique. Les observations microscopiques elles-mêmes, malgré leur précision et leur exactitude, ne peuvent rendre compte que de quelques faits particuliers. Les obstructions dont nous parlions tout à l’heure, dues elles-mêmes à d’autres causes qu’au défaut de proportion entre les globules sanguins et le
(1) Magendie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vîe^ t. 3 , P» 431 .
diamètre des capillaires, ont été observées par plusieurs expérimentateurs sur des animaux à sang froid et même à sang chaud , sur des mésentères de jeunes chats et de taupes. Mais ces obstructions ne sont pas toujours suivies d’afflux d’une plus grande quantité de fluide sanguin ^ par la raison d’abord, ainsi que nous l’avons déjà dit, que les courants capillaires ne sont pas soumis à des lois uniformes et régulières, que tous ne sont pas limi-
tés dans des espaces canaliculés et conséquemment soumis à une égale pression ; du reste voici ce qui arrive dans les capillaires' même d’un certain volume : on voit parfois des globules s’arrêter, et former une sorte de digue ; alors arrêt et dilatation consécutive , c’est un commencement de congestion mécanique. D’autres fois la distension augmente', et certains globules peuvent continuer à cheminer entre ceux qui sont agglomérés et la paroi voisine, distendue. D’autres fois il y a comme une débâcle, et le courant recommence. Quand
l’arrêt est permanent, les globules privés de mouvements se décolorent et se ramollissent.
C’était surtout pour répondre aux inductions de
M. Broussais que M. Magendie a fait -remarquer
la grande influence d’une moindre pression sur les courants capillaires. Nous avons constaté , avait dit M. Broussais, que les molécules des fluides
circulant se précipitent de toutes parts en convergeant, même à travers les veines, vers le point que l’on a irrité en y implantant une épingle , et s’y accumulent jusqu’à former une congestion ; qu’ensuite celles de la circonférence peuvent se dégager et prendre une direction inverse, si l’on établit un nouveau point d’irritation dans le voisinage du premier (1). Comme on le voit, M. Broussais avait pris ce fait comme tout à fait confirmatif de la doctrine de l’irritation. M. Magendie a prouvé que dans beaucoup de cas ce fait est susceptible d’une tout autre interprétation. Mais ces deux expérimentateurs n’avaient opéré que sur un ordre particulier de capillaires. Quoi qu’il en soit, laissons les explications, et voyons ce qui a été observé. Nous l’avons déjà dit , sous l’influence d’un agent exerçant sur une membrane vasculaire excessivement tenue une action mécanique, physique ou chimique, on observe souvent, et dans une zone plus ou moins étendue , des .mouvements fluxionnaires ; les courants ont plus de précipitation , plus tard il y a arrêt et dilatation des capillaires par encombrement de leur capacité , c’est la congestion qui a succédé à la fluxion. Mais si l’obstacle n’est pas levé , ou si l’action des agents
(1) Encyclopédie f 143.
nous avons dû signaler la congestion, véritable état anatomique dont il nous reste maintenant à nous occuper. -
C’est pour cela qu’ici, prenant un autre point de départ, laissant là toute considération sur les faits physiologiques préalables, nous devons constater ce qui est ou plutôt ce qui s’est fait , ce qui s’est établi matériellement dans l’économie, sauf à en indiquer ensuite les conséquences pathologiques.
D’après ce principe, ce qui doit d’abord nous occuper, c’est le siège général ou partiel de toute congestion; ici nous n’entendons encore parler que de la congestion sanguine. Sur ce point, il paraîtrait que des difficultés sérieuses ne sauraient véritablement s’élever. Tous les auteurs en effet ont à
peu près répété que le siège est dans les vaisseaux capillaires; que ceux-ci, encombrés, dilatés par une quantité anormale de sang, deviennent plus volumineux, plus colorés , et en apparence plus nombreux que dans l’état ^ordinaire. Ceci est vrai ; mais, par suite de recherches microscopiques auxquelles nous nous sommes livrés dès longtemps , nous nous croyons fondés à faire ici quelques distinctions.
Dans la section précédente, nous avons fait près-
sentir qu’il y a plusieurs ordres de capillaires. Lors de la mémorable découverte de la circulation.
Harvey entendit que les extrémités capillaires des artères s’abouchent directement avec les extrémités capillaires des veines. C’est ainsi qü’il comprit que devait se compléter le cercle parcouru par le sang; et, comme conséquence, il n’admit d’autre moteur que l’organe central de la circulation. Plus tard Malpighi, à Taide du microscope, vit positivement cet abouchenieat, cette continuation directe des artères et des veines dans les organes pulmonaires, c’est-à-dire dans la portion supérieure du 8 de chiffre formé par la circulation. D’autre part, Loewenhoek put de son côté observer le même mode de continuation dans le mésentère d’animaux à sang froid. Gowper, en 1697, observa le même fait sur le mésentère d’animaux à sang chaüd, de jeunes chats , c’est-à-dire dans la portion inférieure du 8 de chiffre circulatoire ; ce qui complétait expérimentalement la circulation haiveyienne. Mais depuis , d’autres ordres de capillaires ont été également observés à l’aide du microscope. Ce sont des capillaires d’un plus petit diamètre, dont les uns finissent par ne plus avoir de parois apparentes, d’autres qui paraissent ne consister qu’en des traînées de globules qui semblent pour ainsi dire filtrer dans la trame des tissus.
Ces faits, comme on va le voir, sont très-
ii s’enflamme, c’est-à-dire il se ramollit, et il ne tarde pas à sécréter des produits nouveaux.
M. Broussais a dit quelque part ; Les tissus sont malades dynamiquement avant de l’être matériellement, et il a ajouté qu’on devait se hâter de les guérir avant qu’ils ne fussent ainsi altérés. On pourrait faire ici jusqu’à un certain point l’application de ce principe. Dans l’état de simple congestion, il n’y a véritablement encore qu’une simple disproportion dans la somme des liquides et des solides. Ceux - ci sont comme raréfiés , ceux-là sont accumulés.
Quoi qu’il en soit , la congestion , comme nous venons de l’entendre, si ce n’est à son début, coïncide constamment avec un ralentissement du mouvement circulatoire. M. le professeur Andral, partant d’un autre point de vue que nous venons de le faire tout à l’heure, établit que les désordres de nutrition, de sécrétion, etc., résultent de ce même ralentissement dans le cours de la circulation. Il en est, et sur ce point nous devrons nous ranger
complètement à son opinion, qui dépendent d’une suspension complète de la circulation ; tels sont certains changements dans la coloration , et les ramollissements en détritus gangréneux.
M. Andral admet ce qu’il appelle plusieurs degrés dans l’hyperhémie ou la congestion. L’hyperhé-
mie au premier degré, dit-il, est celle où il y a contraction des vaisseaux, et par suite augmentation nécessaire de la rapidité du cours du sang, soit parce que les vaisseaux exercent alors sur ce liquide une action plus énergique , soit parce qu’il accomplit dans cette occasion une loi d’hydrodynamique, èn vertu de laquelle le cours d’un liquide quelconque doit s’accélérer, lorsque, coulant à pleins tuyaux , il vient à passer d’un endroit plus large dans un moins large (1).
La plupart de nos subdivisions {pathologiques , celles surtout qui délimitent le cours des maladies en périodes et en degrés , n’étant que des faits de convention, il est facile de s’entendre. M. Andral voit un premier degré de la congestion là où nous ne voyons encore qu’un mouvement fluxionnaire ; ce qui n’empêche pas que nous ne reconnaissions la vérité des faits admis par M. Andral. Pour qu’il y ait congestion pour noos, il faut que le sang soit déjà arrivé en plus grande quantité qu’à l’état normal ; donc , si les vaisseaux sont dans un état de contraction , ou si le sang n’a fait que passer de voies plus larges dans des voies plus étroites, nous disons, il va y avoir, mais il n’y a pas encore
(1) Aîidral , Précis d* Anatomie paiiiologiqne, Paris , 1829, t. I,
sur les divers degrés qu’on continuera à admettre ou qu’on n’admettra pas dans l’état de congestion ; maintenant que nous avons fait pressentir que ces degrés ne devraient s’entendre que de l’étendue de la congestion, de la quantité de sang accumulée et de la distension des vaisseaux, regardant toutes les autres circonstances comme des accidents de complication, nous devons rechercher s’il y a un état de congestion générale et un état de congestion locale , puis nous verrons s’il y a des congestions aiguës et des congestions chroniques.
Sans doute il peut exister dans l’économie une trop grande quantité de sang , mais on ne saurait appliquer à cet état le nom de congestion; nous préférons avec M. Andral nous servir du mot pléthore ou poîyhémie. Le nom seul, en effet, de congestion indique un fait de localisation. Le sang, par suite d’une fluxion, s’est porté, s’est accumulé, s’est amassé (mm, gerere) dans une partie quelconque de l’économie ; toutefois il y a des analogies dans l’état de pléthore ; ainsi il y a plus de sang (]ue de coutume, mais dans tout le système sanguin à la fois, et par suite tous les vaisseaux ont éprouvé une distension, une ampliation, artères, veines et capillaires , la coloration générale est plus vive, il y a comme une turgescence universelle. Ce n’est pas tout ; comme tous les observa-
leurs l’ont remarqué depuis Hippocrate, la pléthore prédispose à toutes les congestions. Nous avons vu que Stahl l’a mentionnée comme la cause la plus formelle. Ce sont alors les organes qui sont à la fois les plus sensibles et les plus vasculaires, qui tendent surtout à se congestionner. Dans la section précédente, en parlant du degré de fréquence des mouvements fluxionnaires vers telle ou telle partie, nous avons place en première ligne les surfaces tégumentaires internes. Quand il y a pléthore 5 ou lorsque d’autres organes sont déjà congestionnés, on peut, comme l’a dit M. Andral , établir encore une échelle dans la facilité avec laquelle les différents organes sont frappés d’hyperhémie à l’occasion de la congestion primitive de l’un d’eux. Au premier degré, dit-il, doivent être placés sous ce rapport les centres nerveux, le tube digestif dans sa portion sous-diaphragmatique, le poumon, le cœur, l’enveloppe cutanée (1).
Je reviens à la pléthore, pour faire remarquer
que non-seulement elle prédispose aux états de
simple congestion que nous avons définis plus
haut, mais encore, et directement, soit à des in-
flammatioos , soit à des hémorragies, ou même à
(1) Loc. cit., 15.
des congestions qu’on pourrait appeler séreuses. Il n’y a pas à insister sur la prédisposition aux différentes phlegmasies ; c’est un fait signalé dès la plus haute antiquité. Les hémorragies ainsi produites n’ont été passées sous silence par aucun auteur ; ce sont ou des épistaxis ou des hémoptysies, plus rarement des hématémèses, plus rarement aussi des métrorragies et même le flux hémorroïdal; car ici on doit faire la part des hémorragies symptomatiques, puisque souvent elles n’ont aucun rapport avec l’état de pléthore. Quant aux congestions séreuses , elles ont ici un caractère remarquable d’activité, d’acuité, et se présentent sous un tout autre aspect que lorsqu’elles dépendent d’un obstacle à la circulation.
J’ai déjà parlé de l’état fébrile et de ses diverses formes , comme pouvant donner lieu à des fluxions variées ; je me bornerai donc à ajouter ici que le point de départ de cet état fébrile peut consister dans la pléthore elle-même; et alors encore il pourra arriver, ce que nous avons indiqué dans la précédente section, savoir : ou bien que l’état fébrile persistera jusqu’à la lin avec ses caractères de généralité, avec ses alternatives de fluxions indéterminées ; ou bien un organe se trouvera plus particulièrement affecté par le fait d’une congestion plus ou moins grave. Mais c’est assez par-
1er de l’état de pléthore; revenons aux congestions proprement dites.
Nous nous sommes demandé si les congestions peuvent être tantôt aiguës , tantôt chroniques. Cette division peut leur être appliquée , mais elle restera essentiellement arbitraire ; en effet, quand est-ce qu’une congestion sera aiguë , quand est-ce qu’elle sera chronique? On ne peut guère invoquer qu’une différence de temps et quelques phénomènes secondaires ; ainsi on pourra regarder une congestion comme aiguë , quand elle succédera immédiatement à une fluxion , ou quand elle sera entretenue , ravivée en quelque sorte par des fluxions secondaires. Elle sera chronique , quand elle existera depuis un temps notablement prolongé ^ et sans phénomènes de réaction bien sensibles. Ajoutons cependant qu’il est un ordre de congestions qu’on pourrait peut-être regarder comme essentiellement chroniques ; ce sont celles qui sont survenues sans mouvements fluxionnaires, qui se sont établies soit par le fait d’une débilité profonde de l’économie, soit par certains états du sang , soit par des obstacles à la circulation , toutes congestions dont nous aurons bientôt à parler : ainsi, et pour nous résumer sur ce point, la congestion qui succédera à la fluxion peut être tantôt aigsjsë et tantôt chronique; celles qui sur-
viennent sans mouvements fluxionnaires préalables sont ordinairement et de leur nature chroniques.
Mais c’est surtout dans les cas de congestion chronique qu’on remarque les colorations anormales dont nous avons parlé , non celles qui tiennent au ramollissement et aux escarres , mais seulement les colorations foncées indiquées par tant de pathologistes. Ces colorations diffèrent dans la congestion chronique à raison de l’organisation des parties ; ainsi , sur les surfaces tégumentaires externes , c’est une coloration jrouge foncé, quelquefois même bleuâtre ; pour les membranes muqueuses ce sont des colorations brunâtres , ardoisées , grises , etc. Nous aurons à y revenir en nous occupant de la congestion considérée dans les principaux tissus de l’économie.
La congestion est-elle tantôt idiopathique , tantôt symptomatique , et tantôt sympathique ? S’il est difficile dans plusieurs circonstances défaire application de ces principes aux différentes espèces de congestions , nous croyons cependant qu’il est des cas dans, lesquels on peut les appliquer; ceci résulte même de nos études sur les rapports qui existent entre la fluxion et la congestion. Une congestion qui succède à un mouvement fluxionnaire général tel que ceux qui se manifestent par exemple à l’occasion d’agents extérieurs, ou qui même n’est
liée qu’à l’étal de pléthore , peut être dite idiopathique ; elle est analogue à ces inflammations franches suscitées sous l’influence des mêmes agents.
La congestion symptomatique n’est pas moins fréquente, si même elle ne l’est davantage ; nous avons déjà parlé des fièvres intermittentes, comme pouvant donner lieu à des congestions viscérales ; celles-ci sont symptomatiques; de même pour certaines fièvres continues la fièvre typhoïde en particulier; mais ensuite nous trouverions des congestions symptomatiques bien plus nom»breuses encore, si nous les cherchions dans l’ordre des congestions par altération du sang ou par causes mécaniques. Enfin certaines congestions paraissent localisées de telle sorte qu’elles sont presque nécessairement symptomatiques. Telle est la congestion de la langue.
Quant aux congestions sympathiques , il faut regarder comme des exemples fort remarquables les congestions suscitées dans d’autres parties du corps, alors qu’il en existe déjà une bien prononcée dans un organe. C’est une condition fâcheuse mais réelle que celle-ci, qu’une congestion tende ainsi à se répéter dans d’autres organes, par cela qu’eîïe existe déjà dans l’on d’eux. Les congestions sympathiquement développées ont été signalées parti-
cuiièrement par M. Andra!, qui en a déduit des considérations générales importantes. Qu’une congestion sanguine ait lieu, dit-il, sur l’estomac, la peau sera tantôt fortement injectée, tantôt déco- •lorée, tantôt d’une pâleur cadavérique. L’encéphale et ses membranes environnantes seront tantôt gorgés de sang , tantôt vides de ce liquide , et notablement plus pâles que dans l’état normal. Parmi ces phénomènes, les uns, on le voit, sont dus à la répétition de l’hyperhémie , les autres dépendent aussi quelquefois de ce qu’en même temps que le sang s’accumule dans un organe, les centres nerveux ne reçoivent plus une quantité de sang
égale à celle qui doit parcourir leurs capillaires ou y séjourner (1).
Il faut encore distinguer les congestions latentes ; ceci est en quelque sorte une conséquence de ce que nous avons dit dans la précédente section, savoir, que certaines fluxions se font d’une manière telle , que ni le malade ni l’observateur n’en ont la conscience. C’est ainsi que certaines congestions peuvent s’établir , et durer d’une manière latente , ou du moins n’offrir que des symptômes équivoques. Et cependant quand ces congestions se sont ainsi établies , et ceci arrive dans
(1) Loc. cit. , 15.
le cours des maladies chroniques déjà fort graves 9 elles peuvent hâter singulièrement la perte du malade.
Quant au temps d’apparition , il y a encore à distinguer la congestion primitive et la congestion * consécutive. La congestion primitive, établie tout d’abord et par suite d’une première fluxion , peut rester solitaire , ainsi que nous l’avons fait pressentir ; mais d’autres fois elle pourra se compliquer, nous l’avons vu, de congestions consécutives et secondaires. 11 pourra se faire que la congestion primitive cesse ou du moins existe à un degré beaucoup moins considérable, dès que d’autres congestions se seront développées ; mais malheureusement dans beaucoup d’autres cas, que la congestion consécutive ait lieu sur un organe peu important , ou sur un viscère essentiel à la vie, il pourra se faire que la congestion première n’en soit nullement améliorée. Quand cette amélioration cependant a lieu , et à plus forte raison quand il y a disparition complète de la congestion primitive , quelques auteurs ont considéré ce fait comme un transport métastatique. Ceci s’observe plutôt dans les inflammations que dans les congestions. Nous devrions cependant le signaler, et avec d’autant plus de raison, que plusieurs médecins ont regardé l’affection rhuma-
tisrnale , si obscure quant à sa nalure, comme devant être rattachée à la doctrine des fluxions. Donc il fallait parler ici de ce genre de métastase. Nous ferons remarquer que les congestions secondaires ’ sont plus fréquentes chez les individus très-impressionnables ou affaiblis par des maladies antérieures que dans des conditions opposées. Mais, quand des congestions multiples existent ainsi dans l’économie y il ne faudrait pas croire qu’elles soient toutes sousla dépendance les unes des autres; très-souvent aussi elles ont reconnu des causes parfaitement indépendantes ; mais, une fois développées , pour peu qu’ elles soient étendues, et qu’elles affectent des oi’ganes un peu importants , nécessairement elles se compliquent, c’est-à-dire qu’elles s’influencent réciproquement.
Mais maintenant que nous supposons la congestion établie , quels peuvent en être les résultats, les terminaisons? Pour ce qui est de la durée, nous en avons déjà parlé; les unes, développées sous l’influence de causes passagères et chez des individus jeunes, dureront peu, leur marche sera aiguë. Mais dans beaucoup d’autres circonstances, ou bien elles disparaîtront pour revenir de nouveau, soit à époques périodiques ou irrégulières , ou bien elles tendront à persister indéfiniment, et cela avec d’autant plus de ténacité qu’elles sont
comme des centres de fluxion qui provoquent des congestions secondaires;Dans les circonstances les moins défavorables, ces congestions permanentes n’amènent aucune altération de tissu, les vaisseaux restent dilatés , engorgés de sang, parfois même avec > un peu de sérosité dans les mailles du tissu cellulaire,^mais sans altération dans la texture même de l’organe. Dans ces cas, suivant nous, il y a toujours congestion, mais rien que congestion. Mais dans d’autres circonstances, et nous devons le prévoir d’après tout ce qui a été dit sur la fluxion, par suite d’une congestion permanente qui dépasse les limites indiquées par nous plus haut, le tissu ne tarde pas du à se ramollir, ou à s’indurer, ou à s’atrophier, ou à s’hypertrophier, ou à devenir enfin le siège de nombreuses dégénérescences. A cet égard, M. Andral a fait remarquer un fait important en pathologie, c’est que s’il nous est donné de reproduire, en quelque sorte à volonté, des congestions, en agissant physiquement sur les tissus, nous ne saurions en aucun cas faire que de ces congestions, les unes amènent
des hypertrophies, les autres des atrophies, celles-ci des indurations, célles-là des ramollissements, ebc., etc. Ces phénomènes secondaires se
passent dans une sphère d’action tout à fait en
dehors de notre portée. Admettrons-nous que les congestions, toujours identiques dans leur principe, finissent, au bout d’un temps plus ou moins long, par offrir entre elles de notables différences? On serait porté à le croire, en considérant que toutes n’offrent dans le commencement qu’une simpie accumulation de sang dans le réseau capillaire, tandis qu’ultérièurement se montrent tant et de si diverses altérations de tissus. Mais nous nous sommes déjà expliqués sur ce point ; ce ne sont plus alors des congestions, mais bien des effets qui sont venus compliquer leurs causes.
Essayerons - nous maintenant d’établir quelle différence il y a entre la congestion et l’inflammation? Pour nous la distinction sera fort simple. Nous avons admis que toute congestion sanguine, dans son état de simplicité primitive, n’est caractérisée que par l’accumulation du sang dans un certain ordre de capillaires, sans autre altération de stru.cture que cette disproportion entre les solides et les liquides. Or nous savons que dans toute inflammation bien caractérisée, bien développée, il y a d’autres phénomènes , et surtout friabilité du tissu qui en est le siège, avec tendance à la formation de produits nouveaux. Néanmoins nous conviendrons que le passage du premier de
ces états au second , se faisant quelquefois, par nuances insensibles, il serait difficile d’en établir les limites.
Mais jusqu’à présent nous n’avons guère parlé que de la congestion liée à la fluxion, c’est-à-dire . de la congestion active, sthénique si l’on veut ; il nous reste à rechercher si la congestion ne peut pas aussi s’établir sous l’influence de conditions toutes différentes.
Tous les médecins ont signalé dans I histoire de la congestion l’inflaence de la pesanteur, si
remarquable chez les individu» affaiblis par des maladies antérieures , par une mauvaise alimentation , par l’babitation dans des lieux insalubres , ou seulement par les progrès de l’âge, et chez lesquels les liquides sanguins et séreux tendent à s’accumuler dans les parties les plus déclives. De
là un genre de congestions en dehors de ceux dont nous venons de nous occuper. C’ëtait ce que
Stahl avait désigné sous le nom de stagnation , de I stase passive des liquides. Du reste des effets fort graves encore peuvent résulter de cette espèce de congestion, indépendamment de l’état général, qui lui-même peut être fort sérieux. Arrêté dans son cours , le sang peut en partie se coaguler , oblitérer les cavités qui le renferment, donner lieu à des ulcérations et même à des gangrènes.
Dans les maladies de longue dure'e et de mauvais caractère , on a assigné en quelque sorte comme
première période, aux gangrènes qui se déclarent, un état de congestion. Dans ces mêmes maladies de longue durée , des congestions tendent encore à s’établir dans les parties les plus déclives des organes , surtout lorsque les malades , par leur extrême faiblesse , restent constamment dans la même position.
Nous avons dit qu’une congestion active peut exister au début des inflammations , qu’elle peut en être comme le premier degré ; eh bien , si ces inflammations ont été graves, ou bien ont duré un fort long temps, et chez des individus affaiblis, il peut se faire que ces inflammations, une fois terminées, laissent après elles des congestions non plus activés, comme celles qui étaient primitives, mais essentiellement passives.
Il est des cachexies qui dans leur, cours sont encore accompagnées de congestions offrant ce caractère ; nous voulons parler des cachexies scorbutique , syphilitique , scrofuleuse et cancéreuse.
Nous avons dit tout à l’heure que la pesanteur pouvait suffire chez certains individus pour qu’une congestion plus ou moins considérable s’établisse dans les parties les plus déclives. Nous avons dit
aussi que certains pathologistes avaient désigné ce genre de congestion sous le nom de stagnation. Or ceci pourra encore arriver par le fait d’obstacles mécaniques apportés à la circulation. Un simple ralentissement lapporté au libre cours
du sang suffira , et alors il y aura deux sortes de
stagnations : une stagnation sanguine et une slagnation séreuse. Les obstacles pourront résider ou bien dans l’organe central de la circulation ,
dont les cavités ne seront plus dans la proportion normale, dont les parois seront amincies ou épaissies , dont les orifices ou les valvules auront éprouvé de notables altérations. D’autres fois , et bien plus souvent encore , Tobstacle résidera dans un point quelconque de la circulation veineuse , plus rarement cet obstacle intéressera la circulation artérielle ; de là, et dans tous les cas, accumulation du sang dans les réseaux capillailaires ; de là aussi stagnation de liquides purement séreux. Nous ne croyons pas avoir à nous occuper ici de ce que certains auteurs ont nommé les congestions séreuses , désignées par d’autres sous le nom d’infiltrations et d’épanchements, et réunies enfin sous le titre collectif d’hydropisies ; car alors nous aurions à mentionner beaucoup d’autres conditions sous l’influence desquelles peuvent s’établir ces congestions séreuses, telles que
(indépendamment des obstacles apportés au cours du sang et de la lymphe) certaines phlegmasies, quelques états particuliers du sang, des maladies des reins, etc., etc.;..
Les obstacles mécaniques dont nous venons de nous occuper causeront des congestions tantôt fort étendues , tantôt au contraire très-locali-sées ; ceci dépendra, bien entendu, des parties où se trouveront ces memes obstacles. Placés sur un tronc
veineux peu important , ils pourront déterminer une congestion partielle peu étendue aussi et peu grave ; placés au contraire sur un tronc principal , ils seront de nature à congestionner une vaste étendue de tissus. C’est ainsi que leurs effets porteront sur des appareils entiers. Un obstacle propre à ralentir ou à intercepter le sang que ramène la veine porte déterminera une congestion dans les parties dépendantes de ce système veineux. Un obstacle à la circulation pulmonaire aura des effets plus graves et plus étendus , puisqu’ils porteront et sur la circulation pulmonaire et par suite sur la circulation générale. Les caractères anatomiques de ces congestions offriront quelques différences ; déjà nous avons fait connaître ceux qui tiennent à la marche , aux formes de ces congeslions ; nous avons fait pressentir que cette marche est entièrement subordonnée à la cause matérielle.
Lorsque l’obstacle peut être levé, la circulation reprend son libre cours , et ces congestions disparaissent rapidement ; lorsqu’au contraire l’obstacle est permanent , les émissions sanguines ou- des dérivatifs peuvent bien apporter une diminution notable ou même, dès les commencements, la disparition de ces hyperhémies, mais elles ne tardent pas à reparaître , elles deviennent permanentes comme leurs causes ; leur volume, leur étendue sont également subordonnés au temps depuis lequel existe l’obstacle , et à. sa nature ; la coloration est le plus souvent d’un brun violacé , sans élévation de température. Lorsque la distension est considérable, le sang peut transsuder à travers les parois vasculaires et de là des hémorragies symptomatiques. Presque toujours enfin , dans ces mêmes cas, les tissus , loin d’avoir conservé leur consistance normale , se laissent alors déchirer avec facilité.
Il est encore quelques congestions qui peuvent tenir à des variations brusques ou dans la pression atmosphérique ou dans la température. Lorsque la pression vient à être considérablement diminuée ou sur une partie très-limitée de l’économie , comme à l’aide de ventouses , ou sur des membres entiers, comme ceci arrive au moyen des cylindres creux de M. Junod , il en résulte aussitôt on
de petites ou de vastes congestions qu’on peut ainsi provoquer à volonté. En amenant des changements considérables de température , on peut aussi produire des effets remarquables : par l’application de la glace, M.Poiseuille est parvenu à ralentir d’une manière notable la circulation capillaire , et il a remarqué que, dans ces cas , le sang a une grande tendance à s’extravaser dans les tissus.
Il nous reste maintenant à parler de certains états du sang et de l’innervation. On ne peut se dissimuler que dans beaucoup de congestions dites passives, asthéniques, la composition du sang n’entre pour beaucoup dans la production des congestions. Il ne nous est pas donné de pénétrer quelles sont dans tous ces cas les altérations queie sang a pu éprouver ; mais certainement on doit tenir compte, ainsi que l’a dit M. Magendie (1), des proportions de sérum et de fibrine renfermés dans le sang. Il résulte de quelques expériences faites par ce physiologiste , que les animaux auxquels on avait artificiellement épaissi le sang, pour ainsi dire, ont succombé ayant les poumons gorgés de ce liquide (â).
Il paraîtrait résulter encore de quelques expé-
(1) Leçons sur les phénomènes physiques de la vîe^ t. 1, loO.
(2) Loc, cit., 151,
riences faites par le physiologiste que nous venons de citer, qu’une condition contraire du. sang, c’est-à-dire un défaut de coagulabilité , un défaut de viscosité met obstacle à sa libre circulation dans ses canaux, que sa partie séreuse, s’extravase dans les tissus et amène ainsi des engouements pulmonaires.
Enfin, si l’innervation joue un rôle important dans le développement des fluxions si souvent suivies de congestions actives, il paraîtrait que ces phénomènes ne sont pas étrangers à la production d’autres espèces de congestions. Ainsi des chiens à qui on avait coupé la huitième paire d’un côté, au bout de plusieurs mois, ont offert du même côté le poumon profondément' altéré et réduit souvent à une masse hépatisée. Toutefois il faut dire que ce résultat ayant été annoncé une autre fois par M. Magendie chez un animal qui six mois auparavant avait été soumis à celte expérience, le poumon correspondant fut trouvé parfaitement sain (1).
Après avoir considéré la congestion d’une manière générale et en elle-même , après avoir recherché ses conditions de développement et surtout ses rapports avec la fluxion, après en avoir
(1) Loc. cit., t. 1, p. 203.
dilférencié les espèces, établi les caractères distinctifs , après en avoir enfin suivi les principaux éffets, mais toujours d’une manière générale, nous
allons maintenant examiner ce même état de con-
gestion dans les principaux tissus de l’économie, puis dans les principaux organes, tout en y adjoignant alors des faits pathologiques.
Nous commencerons par rechercher les caractères de la congestion dans les membranes séreuses et dans le tissu cellulaire. Mais ici une question préalable se présente à résoudre : les membranes séreuses peuvent-elles se congestionner? On sait que des physiologistes, ;des pathologistes ont nié l’existence de vaisseaux sanguins dans l’épaisseur de ces membranes ; quelques-uns même leur ont refusé toute trace de vascularité. Or là où il n’y a pas de vaisseaux sanguins, il ne peut pas y avoir de congestion.
Pour résoudre cette question, il faut d’abord en appeler aux faits, puis nous devrons nous expliquer sur la valeur de ces faits, en donner l’interprétation. Et d’abord il est incontestable qu’on a vu des membranes séreuses injectées, c’est-à-dire dans l’épaisseur desquelles existaient des vaisseaux sanguins très-apparents. Nous pourrions ici invoquer l’autorité de M. le professeur Roux. Lors d’un voyage scientifique an Italie , on a montré à ce
professeur des portions de membranes séreuses qui lui ont offert une injection très-prononcée. Pour lui l’existence de vaisseaux sanguins dans l’épaisseur de ces membranes n’a plus été douteuse. Mais nous pouvons parler de faits dont on pourrait encore aujourd’hui vérifier l’exactitude. Nous avons eu ces jours-ci entre les mains une large portion de plèvre que nous avait confiée M. Bourgery, portion qui dans toute son étendue était le siège d’une admirable injection. Les vaisseaux étaient très - apparents à la simple vue , mais à un grossissement de vingt-huit diamètres seulement M. Bourgery nous a fait voir des particularités extrêmement remarquables ; il y avait là, en quelque sorte, toute une pathogénie à étudier, pathogénie qui concorde parfaitement avec les principes que nous avons établis au commencement de cette section. Nous avons dit, en effet, que dans toute congestion les vaisseaux capillaires d’un certain ordre, d’un certain diamètre, sont seuls distendus par le sang ; donc dans toute congestion primitive la membrane séreuse reste intacte, puisqu’à l’état normal elle ne renferme aucun ordre de vaisseaux sanguins. C’est là un premier fait à noter, que les membranes séreuses ne peuvent en aucun cas être le siège d’une congestion primiîive, ou, pour mieux dire, de congestion an-
térieure à tout travail d’inflammation. Mais nous avons établi qu’une congestion s’étant faite sur un organe, celle-ci peut devenir le point de départ d’un travail phlegmasique. Or c’est ce qui arrive fréquemment à l’égard des membranes séreuses. Il y a sous ces membranes, dans les mailles de ce tissu cellulaire qu’on appelle sous-séreux, de nombreux vaisseaux capillaires qui peuvent se congestionner, et par suite un travail inflammatoire peut se développer dans ce même tissu. C’est là ce que les faits pathologiques révèlent tous les jours, soit et surtout dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, soit dans le tissu cellulaire sous-pleural, sous -péritonéal , etc., etc., et c’est précisément parce que dans la grande majorité des cas les choses se passent ainsi, qu’on a nié la possibilité d’une inflammation dans les séreuses ellesmêmes.
Mais ce que tout le monde sait encore , c’est qu’un travail de phlegmasie quelconque peut par extension se propager de proche en proche à toutes les parties circonvoisines. Il y a plus; ce même travail d’inflammation peut amener le développement de véritables vaisseaux sanguins là où il n’y en avait pas, et c’est le cas des membranes séreuses. Remarquons bien qu’il ne s’agit pas de vaisseaux charriant des fluides blancs à l’état nor-
mal et qui accidentellement admettraient des globules rouges ; il y a bien des vaisseaux de cette nature dans l’épaisseur des membranes séreuses , on peut les distinguer au microscope, mais ils n’ont pas la forme , la constitution des vaisseaux sanguins même accidentels. Ils sont rectilignes, et s’anastomosent sur des angles uniformément aigus, tandis que les vaisseaux sanguins sont flexueux et arborisés. C’était du reste l’opinion de M. Dujardin que ces vaisseaux blancs peuvent anormalement s’injecter de sang rouge. Mais cette opinion tombe d’elle-même pour ce qui est des membranes séreuses , car là on peut suivre en quelque sorte pas à pas le travail d’organisation vasculaire. Sous ce rapport la pièce de M. Bourgery nous a paru trèsintéressante : aussi, pour en donner une idée, nous ajouterons une planche à la fin de cette dissertation.
Mais comment s’opère le travail d’organisation
vasculaire dont nous venons de parler ? Voici à ce
sujet les idées de M. Bourgery , idées dont il nous
a prouvé l’exactitude non point par des raisonnements, mais de visu, par des investigations microscopiques. Sur la pièce pathologique dont nous parlions tout à l’heure, nous avons pu voir en effet avec un grossissement seulement de 28 diamètres : 1 "quelques globules qui s’étaient en quelque sorte glis-
ses un à un du tissu cellulaire sous-jacent dans la membrane séreuse ; plus loin agglomération de globules en îlots sans épaisseur appréciable ; 3" réunion des îlots en< traînées sans contours déterminés ; 4° succession des traînées en lignes flexueuses, parallèles, et déjà ayant une apparence canaliculaire ; 5" formation de canaux évidemment cylindriques ; 6° apparition dans les polyèdres intercalaires de vésicules organiques sphéroïdes, atteignant le volume de à 15 diamètres des globules sanguins : les uns situés en plein sur les vaisseaux accidentels , les autres auxquels aboutissaient ces mêmes vaisseaux; 7“ agglomération de ces vésicules en îlots sans épaisseur apparente ; 8“ agglomération en épaisseur et en largeur de ces vésicules , de manière à former un tissu nouveau.
M. Bourgery a établi cet ordre de succession dans la formation des nouveaux vaisseaux sanguins ; et de fait nous les avons vus à ces différents états sur les pièces pathologiques. Ces vaisseaux sanguins une fois établis donnent à la membrane séreuse une organisation nouvelle, et dès lors cette membrane qui n’était pas susceptible de se congestionner par défaut absolu de vaisseaux sanguins , qui ne pouvait même s’enflammer que par extension, devient un tissu congestionnable comme tous les autres. C’est ainsi , et à ces con-
ditions que nous pouvons reconnaître comme un
fait la congestion des membranes séreuses.
Mais les fausses membranes elles-mêmes peuvent-elles devenir le siège de congestions ? Cette question rentre dans la précédente et doit être résolue par les mêmes explicationSj ou plutôt ne peut être admise qu’aux mêmes conditions. Lorsqu’une fois ces fausses membranes sont organisées à ce point qu’elles contiennent des courants san-
guins parfaitement canaliculés , au nombre de leurs lésions subséquentes on doit compter la congestion. Nous ne sachions pas que quelqu’un aujourd’hui mette en doute l’existence de ces vaisseaux dans les fausses membranes ; on les a vus à différents états de formation. M. le professeur Trousseau a remarqué sur la séreuse d’un cheval que ces vaisseaux affectaient presque toujours une direction parallèle.
Les membranes synoviales sont-elles dans le cas des membranes séreuses^ ne peuvent-elles aussi se congestionner qu après avoir été enflam mées? Nous ne rapporterons pas les faits observés à ce sujet ; tout ce que nous pouvons dire , c’est que, dans les cas où nous avons observé des injections, celles-ci ne paraissaient jamais se prolonger jusque sur cette partie des synoviales qu’on dit adhérer aux surfaces cartilagi-
neuses. Nous ne les avons jamais trouvées , et encore alors au-dessus de la membrane , qu’au pourtour des surfaces articulaires;
Avants de terminer ce sujet , nous devons dire que quelques objections ont élé faites à la théorie de formation des vaisseaux sanguins dans le cas d’inflammation. Rasori prétend que c’est une illusion, mais nous allons voir que ses objections ont peu de valeur. Il croit que ceux qui ont admis cette opinion sont tombés dans une erreur dont voici » les causes. En examinant, dit-il, à l’aide d’une loupe le réseau capillaire dans les cadavres où il n’y a pas eu inflammation, mais où il est resté néanmoins une assez grande quantité de sang, on voit l’arbre veineux ainsi que ses capillaires remplis de liquide sanguin, et l’on trouve ces derniers en si grand nombre et tellement petits , qu’il serait aisé de comprendre qu’il suffit, pour que le réseau inflammatoire paraisse, qu’il y ait plus de sang que d’ordinaire , sans qu’on ait besoin d’imaginer qu’il y a eu d’autres vaisseaux nouvellement produits (1).
Evidemment c’est croire les observateurs capables d’une grossière erreur, que de supposer
(1) Rasori , Théorie de la Phlogose , trad. de Fitalieo par Sirus Pirondi, t. 2, p. 16.
qu’ils auraient pris dans tous' les cas une simple stase veineuse pour des vaisséaux sanguins de nouvelle formation. Les faits que je viens de décrire tout à l’heure sont d’un' ordre tout différent. Ainsi cette première objection de Rasori est nulle ; sa seconde, tirée du raisonnement, ne vaut guère mieux. Si Ton veut réfléchir, dit-il , à ce que les capillaires aussi ont commencé à exister avec la vie de l’animal, et se sont développés lentement par
la suite, proportionnellement à tous les autres organes, c’est-à-dire, dans un long laps de temps, comment pouvons-nous concevoir que de nouveaux vaisseaux naissent soudainement parmi ceux qui existaient déjà (1)?
Rasori est lui-même tombé ici dans une erreur formelle, en objectant qu’il faut un fort long temps pour l’organisation de nouveaux vaisseaux. Dans l’œuf couvé , et il s’agit ici d’évolution normale, dès la trente-sixième ou la quarantième heure , on voit chez le poulet qui se développe le mouve-
ment du sang saccadé d’une manière très-manifeste. Spanlanzani l’a vu à la quarantième heure , et Dœllinger l’a observé dans les jeunes poissons comme dans l’œuf couvé. Mais ceci deviendrait une digression; nous en avons dit assez pour
(1) Loc. cit., p. 17.
prouver pourquoi et comment les membranes séreuses peuvent devenir le siège de congestions. Passons au tissu cellulaire.
Il y a de l’analogie entre l’organisation du tissu cellulaire et celle des membranes séreuses. Il y en a aussi relativement à leurs fonctions. Qu’est-ce en effet, dit M. Andral, qu’une membrane séreuse , si ce n’est une grande vacuole de tissu cellulaire (l).** Par contre on pourrait dire, qu’est-ce qu’une vacuole celluleuse , si ce n’est une cavité séreuse en miniature? Ici donc on doit s’attendre à retrouver quelques analogies pathologiques.
A l’égard de la congestion sanguine , lorsqu’elle vient à se faire dans le tissu cellulaire , elle est caractérisée par l’ampliation des blets capillaires qui le traversent, et qui tantôt s’y trouvent en fort grand nombre, tantôt y paraissent plus rares. Quoi qu’il en soit, pour peu que la congestion y soit active, les tissus deviennent le siège d’une infiltration séreuse , rénitente, surtout dans les parties les plus déclives de l’économie ; de là l’œdème actif; souvent même, si par suite de la congestion les vaisseaux y ont éprouvé un gonderaent considérable, des infiltrations sanguines peuvent y avoir pénétré. Dans les cas de conges-
(1) Op. cit., t. % p. 568,
lions asthéniques, une sérosité considérable, nous l’avons déjà dit , vient infiltrer ce tissu. Ce qu’il y a d’assez remarquable dans la congestion du tissu cellulaire, c’est qu’elle peut être disséminée de manière à former des taches circonscrites; mais alors il ne faut pas confondre l’état simplement congeslionhel avec l’extravasation du fluide sanguin dans les mailles de ce tissu.
Les membranes muqueuses sont très-fréquemment le siège de congestions ; les dispositions vasculaires peuvent offrir certaines particularités remarquables. M. Magendie a observé sur une anse d’intestin qui avait été injectée à dessein, des capillaires formant une succession d’arcades à branches flexueuses, qui se recourbaient en décrivant des portions d’arcs de cercle. Mais la disposition vasculaire n’était plus la même sur les membranes muqueuses ; c’étaient des espèces de pinceaux I placés les uns à côté des autres , d’où s’irradiaient j des canaux d’une ténuité prodigieuse (1).
Mais rien n’est plus variable que cette injection vasculaire des membranes muqueuses , ainsi que leur mode d’agglomération. Tantôt la congestion paraît uniforme; d’autres fois elle est disséminée par taches; ailleurs ce sont de belles arborisations , des réseaux d’une admirable régularité ,
(1) Op. cit., t. 3, p. 307.
des vaisseaux de différentes dimensions, quelquesuns déformés par le sang. (Voyez la planche placée à la fin de ce travail.)
L’organisation même des membranes muqueuses apporte de nouvelles variétés dans les formes de leur congestion. Dans certaines régions, ces membranes sont couvertes de nombreuses villosités ; ailleurs elles sont parsemées de follicules. Or il peut survenir que la congestion siège plus particulièrement et exclusivement dans ces mêmes villosités. D’autres fois ce sont les follicules qui en paraissent le siège , et alors autant de colorations diverses. Quand la congestion réside dans la membrane muqueuse elle-même, il peut encore arriver que „des épanchements de sang se soient établis au-dessous d’elle, ce qui ajoute une nouvelle variété de coloration , tantôt brune et tantôt noire. Ici
nous ferons la même observation que pour les
surfaces tégumentaires externes, c’est-à-dire qu’on peut n’observer que des taches parfaitement délimitées , d’étendue et de forme diverses. Quand la coloration se montre sous forme pointillée, les villosités peuvent être seules congestionnées , et alors elles ont pris une teinte rouge ou une coloration très-foncée. M. Andral a rencontré plusieurs fois sur le cadavre cette belle coloration noire à la surface interne du ' tube digestif, et
dans quelques cas de ce genre il s’est convaincu que cette coloration insolite avait son siège dans les villosités intestinales. Cette teinte noire des villosités se confond ^ dit-il , par une série de nuances, avec leur teinte rouge. On voit insensiblement cette dernière teinte brunir et arriver peu à peu au noir le plus foncé... Pour que s’opère ce changement de couleur, il ne faut souvent d’autre condition qu’une simple diminution dans la rapidité de la circulation capillaire (1).
Quelques auteurs prétendent qu’à l’aide d’une simple pression on peut faire disparaître les rougeurs qui tiennent à mie simple congestion dans les membranes muqueuses , tandis que la rougeur due aux phlegmasies résisterait à l’emploi de ce moyen. Ici il aurait fallu distinguer si les rougeurs qui ont ainsi cédé à des pressions avaient leur siège ou dans l’épaisseur des membranes rmi^^ queuses elles-^mêmes , ou dans les villosités dont nous parlions tout à l’heure. Une question souvent très-importante à résoudre dans les cas de congestion des membranes muqueuses, c’est de déterminer si ces congestions sont d’abord pathologiques, ou le résultat d’un simple effet cadavérique ; et, dans le cas où elles sont pathologiques, de déterminer si elles sont primitives ou conséciilives
(1) Op. cit., t. 2, p. 38.
à un travail d’irritation. Nous donnerons plus tard des notions propres à faire distinguer celles qui tiennent à des effets cadavériques ; quant aux autres, il faut prendre en considération la structure des organes tapissés par la membrane muqueuse. Ainsi, pour ce qui est des voies digestives, M. An- | dral a prouvé que les points où on rencontre le |
plus souvent les hyperhémies dues à des irrita- | tions , sont l’estomac et la partie inférieure de l’iléum ; viennent ensuite le cæcum, le colon, le rectum, le duodénum, la partie supérieure de l’iléum et le jéjunum (1). |
Ce que nous avons dit de la congestion en gé- .
néral nous dispense d’entrer dans beaucoup de ’ détails applicables à la congestion considérée dans les membranes muqueuses ; ici nous ne devons chercher qu’à indiquer les caractères spéciaux qui résultent de ce siège. Comme fait remarquable, I
nous devons noter la fréquence des congestions < dans ce système , fréquence expliquée à la fois et j par la grande vascularité de ces membranes, et par la grande sensibilité de quelques-unes, et par les fonctions des organes qu’elles tapissent, et enfin par la multiplicité des mouvements fluxionnaires qui aboutissent à ces membranes.
(1) Loc. cit., t. 2, p. 39.
Une fois établies elles peuvent être ou passagères ou de longue durée , exister avec des phénomènes ’d’acuité ou avec des caractères passifs ; elles peuvent être simples , n’exister qu’en un seul point des muqueuses , ou multiples , c’est-à-dire dans plusieurs endroits à la fois ; elles peuvént disparaître pour revenir de nouveau à des époques fixes, périodiques, ou à des époques irrégulières.
Les congestions asthéniques sont encore trèsfréquentes dans le système muqueux ; et alors, ou bien elles consistent encore en arborisations espacées , ou bien elles donnent à la membrane une rougeur foncée et uniforme.
Nous dirons, pour terminer, que la congestion dans les membranes muqueuses peut se montrer à toutes les époques de la vie, chez les enfants nouveau-nés, comme chez les individus avancés en âge ; qu’on les a même observées chez des enfants trouvés morts dans le sein de leur mère.
Pour ce qui est des surfaces tégumentaires externes de la peau, il faut distinguer les cas dans
lesquels les colorations appartiennent au tissu cellulaire sous-cutané, et qui tiennent alors à des congestions établies dans ce tissu. Les congestions cutanées peuvent d’abord survenir, dans l’état physiologique ; nous en avons déjà parlé. Elles paraissent alors et disparaissent avec la plus grande ra-
pidité. Artificiellement on peut faire naître ces congestions; il suffit, comme on sait, de mettre les surfaces en contact avec un liquide irritant, ou seulement d’une température élevée. Les sinapismes produisant ainsi des rougeurs dues à des congestions locales non élevées au degré de l’inflammation, cette rougeur est ordinairement uniforme et vermeille. Là aussi la congestion peut être de plusieurs sortes ; tantôt elle est marquée par une rougeur vive, une chaleur modérée; d’autres fois elle tiendra à une gêne de la circulation ; elle sera livide , bleuâtre , et parfois avec abaissement de la température; elle pourra aussi succéder à une inflammation préalable , elle pourra colorer d’anciennes cicatrices. Chez les individus débilités et surtout dans les temps froids et humides, les extrémités restent ainsi congestionnées, d’une couleur violacée et avec une tuméfaction plus ou moins prononcée, etc., etc. (Pour les détails microscopiques voyez la planche.)
Le tissu musculaire peut-il offrir un véritable état d’injection? ( Ici nous ne parlons encore que des muscles de la vie animale.) Ce fait a été révoqué en doute ; on a dit que, dans le cas où on avait cru observer une injection du tissu musculaire, cette injection résidait dans des capillaires appartenant au tissu cellulaire inteffibrillaire. Ce que
nous avons à remarquer ici, c’est que la congestion donne rarement lieu dans les muscles à . une inflammation ayant ses véritables caractères, qu’elle y reste presque toujours à l’état de simple congestion, que les capillaires injectés sont excessivement nombreux, à raison de la grande vascularité du tissu. Toutefois l’état de congestion paraît s’y comporter comme dans le tissu cellulaire, c’est-àdire que souvent il y a en même temps infiltration d’une sérosité plus ou moins épaisse. On a ajouté que dans ces cas la coloration rouge due à la congestion ne disparaît point par le lavage.
Le tissu osseux nous offrira des particularités plus remarquables relativement à sa congestion. Les artères et les veines y sont en quantité prodigieuse. Les vaisseaux, dit M. Gerdy, y forment des réseaux très-fins à parois excessivement minces qui se répandent dans tous les canalicules, et qui s’y anastomosent sans cesse à travers les trous de communication et au sein de la moelle qui les enveloppe (1).
Puisque les inflammations, comme l’a démontré M. Gerdy, sont très-fréquentes dans !e tissu osseux, on peut en inférer qu’ils sont souvent atteints de congestion. Celies-ci peuvent donc se mon-
(1) Gerdy, Archives générales de Médecine, 3® série, 1. 10, p. 130.
trer dans le tissu compacte, dans le tissu réticulaire, le tissu canaîiculé et le tissu celluleux (1).
Les canaux vasculaires, circonstance bien peu connue avant le travail de M. Gerdy, les canaux vasculaires du tissu compact peuvent se dilater à ce point, que les parois de la cavité médullaire , très-épaissies, présentent dans leur coupe un aspect analogue à celui du tissu canaliculaire de l’intérieur de l’os (â).
Alors, dit plus loin M. Gerdy, les vaisseaux ramifiés, multipliés avec excès,- y sont probablement plus gros qu’à l’état normal ; mais leur augmentation de volume y est moins évidente que dans les sillons et les trous vasculaires de la surface de l’os, et surtout que dans le conduit nourricier, lorsqu’il est largement dilaté (3).
Dans l’ostéite que M. Gerdy appelle conden-
santé, les conditions ne sont plus les mêmes ; le tissu compact est épaissi et quelquefois plus dense ; on ne peut donc plus y trouver le même degré de congestion. On voit dans le même travail de M. Gerdy que l’ostéite peut être compliquée de l’inflammation du tissu médullaire. Dans certains
(1) Loc. cit., p. 131.
(2) Loc. cit., p. 133.
(3) Loc. cit., p. 134.
cas la moelle est comme ecchymosée , et présente de véritables épanchements sanguins (1).
Nous avons cru pouvoir nous appuyer sur les faits si bien observés par M. Gerdy pour en déduire quelques notions sur la congestion des os , ou si Ton veut quelques conjectures assez probables, M. Gerdy, il est vrai, n’a pas décrit Fétat de congestion simple ; mais ce qu’il dit d’abord du degré de vascularité des os, de la fréquence de l’inflammation dans leur tissu , de la propagation facile de cette inflammation d’une partie à une autre J et surtout d’une forme spéciale d’ostéite^ celle qu’il a nommée raréfiante, nous porte à établir que par cela même la congestion des os, soit primitive, soit et surtout consécutive, est une altération fréquente dans ces organes.
Cette conclusion est du même ordre que la conclusion générale tirée par M, Gerdy de ses propres observations. N’est-il pas évident, dit ce professeur, que les os étant beaucoup plus vasculaires qu’on ne l’a cru jusqu’à présent, leur inflammation étant beaucoup plus fréquente qu’on ne l’a pensé , leurs vaisseaux doivent , comme ceux des parties molles , sécréter , former des tissus morbides nouveaux, etc. Fondés sur une conclusion
(1) Loc. cit., p. 139.
aussi logique , nous dirons aussi : N’est-il pas évident que les os étant ainsi plus vasculaires , ainsi susceptibles de fréquentes inflammations , leurs vaisseaux doivent aussi et se laisser distendre, s’encombrer par plus de sang que dans l’état normal , et devenir le siège de fréquentes congestions.
Ici se borne ce que nous avions à dire sur la congestion considérée dans les principaux tissus. Nous disons principaux, car nous n’avons prétendu signaler sous ce rapport que les faits les plus importants. Et d’ailleurs il est encore d’autres tissus dont nous allons parler à l’occasion de quelques appareils dans lesquels s’effectuent si souvent de graves congestions, tels que le tissu nerveux , les parenchymes pulmonaire , splénique , etc. Jusqu’à présent nous nous sommes presque exclusivement borné aux faits anatomiques ; tel devait être d’ailleurs ici notre point de départ : nous ne pouvions guère parler encore des symptômes au moyen desquels se traduisent pendant la vie toutes ces lésions. Nous prenions le fait en général , tissu séreux, tissu muqueux , peu importait d’abord quel fût l’organe revêtu par ces membranes , quelle fût la cavité tapissée par elles. Maintenant, et pour donner plus d’intérêt aux faits que nous allons citer , nous y joindrons quelques observations sur les symptômes remarqués pendant la vie. Il ne
nous suffira plus de connaître l’étendue d’une congestion , sa forme , sa nature ; nous chercherons à distinguer par quels signes cette congestion se sera révélée pendant la vie, quels sont les graves accidents auxquels elle aura donné lieu. Mais pour cela nous ne devons plus seulement considérer des tissus, noüs ne devons plus seulement chercher la congestion dans des systèmes généraux , nous devons la considérer dans des appareils. Ce sera encore nos systèmes généraux , mais qui se seront pour ainsi dire formulés en appareils d’organes afin de nous fournir en quelque sorte des accidents pathologiques.
En première ligne sous le rapport de l’importance des faits, sous le rapport surtout de la gravité, de la rapidité des accidents signalés pendant la vie des malades, par le fait de congestions, nous devons placer ici le coup de sang ou la congestion cérébrale ; en d’autres termes , ceci nous fait une nécessité de traiter d’abord cette question : de la congestion considérée dans le centre nerveux cérébral.
Vues à l’aide, même d’un faible grossissement, les fibres nerveuses qui composent les substances grise et blanche paraissent parallèles et arrangées de manière à être comme superposées les unes aux autres ; les capillaires passent entre ces fibres,
ils en suivent la direction, de sorte que, si on observe au microscope une petite tranche de substance à la fois grise et blanche, on voit les capillaires suivre parallèlement l’une des deux substances, tandis que ceux qui appartiennent à la substance voisine paraissent comme coupés de champ. Nous pouvons inférer de ces dispositions que dans la congestion cérébrale les capillaires dilatés ont nécessairement pour effet de comprimer les substances dans toute la masse cérébrale à la fois et de tous les côtés.
Nous ît’avons pas remarqué que la substance grise fût moins pourvue de vaisseaux que la substance blanche; mais ici il est besoin de tenir compte de certaines circonstances qui pourraient en imposer sur cet état de congestion. La congestion du cerveau peut n’être qu’apparente, ou du moins purement accidentelle ; l’exposition prolongée à l’air, la position déclive peuvent donner Heu à un certain degré de congestion, en dehors des faits pathologiques. La rougeur qui dénoncé une véritable congestion a été distinguée en coloration rouge pointillée et coloration rouge uniforme. Mais, comme lendit foçt bien M. Andral, la première espèce de rougeur ne peut être décidément considérée comme le résultat d’une congestion active du cerveau, que lorsqu’elle est très-pronon-
cée ; et encore, dans ces cas, faut-il toujours avoir égard aux circonstances au milieu desquelles la mort est survenue (1).
Nous ferons remarquer cependant que cette coloration pointillée, en admettant les circonstances confirmatives dont parle M. Andral, est tout à fait propre à caractériser la congestion comme nous l’avons définie. Ce pointillé prouve que le sang n’est pas sorti des capillaires, et des capillaires d’un certain volume. Ces milliers de gouttelettes sont fournies par leurs bouches béantes, c’est véritablement la congestion; tandis que, dans les diverses nuances de rougeur uniforme, il y a des indices ou d’extravasation ou même de travail inflammatoire diversement localisé. Il est impossible d’attacher une même signification à ces colorations rouge-amarante, violette, lie de vin, chocolat, teinte d’acajou, etc., etc., décrites par les auteurs ; ajoutons qu’on a même parlé de teintes brun verdâtre. M. Andral a bien vu que ce n’était plus là un simple état de congestion, quand il les a comparées à la teinte rouge de l’irritation aiguë, qui peut se transformer^ sous riofluence de diverses causes, en teintes bran ardoisé, etc.
Mais, puisque nous allons tout à l’heure parler
(1) Loc. cit., t. 2. p. 753.
des symptômes, nous devons d’abord nous demander si ceux-ci dépendent toujours d’une compression générale exercée dans la masse encéphalique par la simple dilatation des capillaires de la substance nerveuse. M. Rochoux est disposé à regarder avec Bayle les vaisseaux des méningés comme étant bien plus que ceux de la substance cérébrale le siège de la congestion sanguine. Mais il avoue qu’il ne peut raisonner sur ce point que d’après des conjectures (1).
La congestion cérébrale ou le coup de sang, dont nous venons d’indiquer les conditions anatomiques, est ordinairement une affection de courte durée. Toutefois des symptômes graves peuvent en résulter, ainsi que nous allons le voir ; on cite même des cas dans lesquels l’issue a été mortelle. La science est redevable à Ml Bricheteau de deux mémoires qui établissent d’une manière incontestable que la terminaison peut en être funeste.
Tantôt la congestion cérébrale est le résultat d’une véritable fluxion qui s’est faite vers les organes encéphaliques ; alors la face est rouge , vuîtueuse , le pouls fort, développé, fréquent, la respiration reste assez libre. J’ai eu tout récem-
(1) Eochoux^ Recherches sur C Apoplexie, etc,, 2^ édit.> Paris, 1833, p. 219.
ment l’occasion de donner des soins à un chirurgien dentiste qui offrait ces symptômes bien caractérisés ; après une saignée copieuse, il reprit la connaissance qu’il avait totalement perdue. D’autres fois la congestion sanguine ne se manifeste pas sous la forme apoplectique ; il y a des symptômes d’aliénation mentale , des symptômes d’excitation. Mais la congestion sanguine du cerveau •peut aussi s’établir sans fluxion préalable, elle résulte d’un obstacle apporté à la circulation dans le cerveau. Dans le cas de fluxion, nous avions comme cause occasionnelle une vive émotion morale , un violent accès de colère , un état anévrismatique du cœur, toutes circonstances qu’on n’a pas à mentionner dans les cas où il n’y a qu’une simple stase sanguine due à des obstacles matériels.
Ici s’applique une remarque que nous avons faite en parlant de la congestion en général , savoir que des congestions peuvent se répéter dans plusieurs organes, et alterner l’une avec l’autre. A ce sujet nous trouvons dans la Clinique médicale de M. Andral des faits extrêmement curieux. Il est d’abord question d’une femme « qui commença par garder pendant une quinzaine de jours une forte céphalalgie accompagnée d’éblouissements continuels , de vertiges, de bruits m-
commodes dans les oreilles ; elle chancelait en marchant comme si elle eût été ivre. Ces signes de congestion cérébrale disparurent, en même temps que survint une épistaxis très - abondante qui se renouvela plusieurs jours de suite. A peine ces épistaxis eurent-elles cessé que des douleurs commencèrent à se faire sentir vers les lombes, les membres inférieurs s’engourdirent, et bientôt apparut une métrorragie qui persista pendant une trentaine d’heures. La malade, âgée de trentesept ans, n’avait pas eu^ ses règles depüis trois mois ; ce fut à peu près vers l’époque ordinaire
de leur retour qu’eut lieu la métrorragie Un
mois après, les règles ne reparurent pas ; mais sans toux, sans dyspnée antécédentes, du sang fut craché en assez grande quantité pour remplir le quart d’un verre ordinaire. Après que cette hémorragie eut cessé, des signes de congestion cérébrale reparurent, et ils persistèrent avec des degrés variables d’intensité pendant utie vingtaine de jours. Au bout de ce temps, nouvelle scène : les accidents cérébraux disparaissent, mais la malade rend par les selles du sang pur, et ce nouveau flux a lieu pendant une douzaine de jours Cette hémor-
ragie intestinale dure encore , lorsque arrive l’époque des règles, qui ne paraissent pas. A l’époque suivante elles se montrent, mais sous
forme d’hémorragie assez abondante pour qu’une saignée assez^ copieuse soit jugée nécessaire. A dater de ce moment, sa santé se rétablit » (1);
Certes voilà un exemple bien remarquable de
fluxions et de congestions multiples. La première fluxion aboutit au cerveau, et pendant près de quinze jours nous avons des signes de congestion cérébrale ; les hémorragies nasales y mettent fin, mais une nouvelle fluxion se déclare , et cette fois ce n’est plus le cerveau qui en est l’aboutissant, c’est l’utérus, et il y a une congestion hémorragique. Puis ce sont les poumons, autre congestion hémorragique^ puis les intestins, puis de nouveau l’utérus.
Il est assez rare qu’une congestion cérébrale simple amène la mort : mais , quand des fluxions multiples font que de graves congestions se succèdent rapidement, l’existence est nécessairement compromise. Un homme de cinquante ans environ entra à la maison royale de santé avec tous les signes qui caractérisent une forte congestion cérébrale : une saignée, ne les enlève pas : tout à coup le malade est pris d’une dyspnée extrême, qui va toujours en croissant et amène la mort au bout de quatre heures. A l’ouverture du corps, on
(l) Andral , Clinique médicale, 3® édit., t. 5^ p. 280»
trouva ia masse cérébrale gorgée de sang ; aucune autre lésion dans l’encéphale ; mais dans les deux poumons existaient des masses dures et noires qui présentaient tous les caractères de la lésion connue sous le nom d’apoplexie pulmonaire. Les parois du cœur étaient hypertrophiées (1).
Ainsi voici deux congestions, l’une interstitielle, l’autre hémorragique, amenées par deux mouvements fluxionnaires rapides et violents. Une autre observation empruntée à la Gazette des Hôpitaux tendrait à prouver qu’un tournoiement rapide et longtemps prolongé serait de nature à susciter de graves congestions. Nous allons voir qu’une congestion multiple occupera à la fois la substance cérébrale, le parenchyme pulmonaire, celui de 1a rate, celui du foie, et jusqu’aux parois intestinales. Dans un bal public, un étudiant valsait avec ardeur depuis quelque temps ; tout à coup il tombe privé de sentiment et de mouvement ; des soins lui sont administrés , une saignée est pratiquée , mais c’est en vain , il est mort. Les renseignements ont appris que sa santé était excellente , et qu’il venait de faire un repas copieux. Le cadavre fut ouvert trente-six heures après la mort ; on trou>/a dans le crâne les vaisseaux des mem-
(1) Loc. cit., 282.
branes gorgés de sang , et la substance cérébrale sablée dans toute son étendue. Les poumons étaient gorgés d’une énorme quantité de sang noir et visqueux. Le cœur volumineux ne présentait d’ailleurs aucune lésion ; ses cavités droites étaient remplies de sang, les gauches étaient vides, ainsi que Fadrte. Dans l’abdomen , il n’y avait autre chose de remarquable qu’une congestion veineuse très-forte des parois intestinales , et un engorgement sanguin considérable du foie et de la ' rate.
On voit par ces observations que, sous le rapport de l’âge des sujets, la congestion cérébrale n’est pas entièrement analogue à l’hémorragie ; ce ne sont pas des vieillards qui plutôt que d’autres ont le privilège d’être frappés de coups de sang, ce qui confirme ce que nous avons dit ailleurs sur la doctrine de Stahl en ce qui concerne les prédispositions aux mouvements fluxionnaires , savoir que la fréquence des hémorragies cérébrales dans le dernier âge de la vie n’infirme pas sa théorie , puisque ces hémorragies ne sont véritablement pas fluxionnaires. Du reste , aux congestions cérébrales sont applicables nos remarques sur l’intermittence des fluxions , et même sur leur périodicité ; à tel point qu'en observant cette dernière forme on a pu
se demander si on n’avait pas affaire à des fièvres intermittentes larvées (1).
Bien que la congestion cérébrale n’ait pas ordinairement, comme nous l’avons vu plus haut, une issue funeste , c’est toujours un accident grave , surtout s’il tend à se répéter chez les individus , et parce que la congestion de simple qu’elle était peut devenir hémorragique ; il est en effet d’observation que le coup de sang a été souvent le prélude, l’avant-coureur d’une véritable attaque d’apoplexie.
Nous avons parlé plus haut de cette opinion de Bayle , que partageait M. Rochoux , savoir que les vaisseaux des méninges seraient bien plus que ceux de la substance cérébrale le siège de la congestion , sanguine. Il est probable que dans ces cas il y a congestion dans ces deux ordres de vaisseaux. Mais, à l’égard de la moelle épinière , la congestion sanguine paraît réellement plutôt se faire dans le réseau de la pie-mère
spinale et dans les sinus vertébraux, toujours sous l’influence ou d’une fluxion préalable ou d’un obstacle au' retour du sang dans le torrent de la circulation. C’est à des congestions de cette nature qu’on a attribué l’affaiblissement dans les
(1) Andral, loc. cit., 287.
mouvements des jambes , les fourmilléinents avec diminution ou exagération de la sensibilité chez des malades qui n’accusaient d’ailleurs ni pesanteur de tête, ni vertiges, ni somnolence. Mais M. Galmeil dit avec raison que les motifs qu’on a avancés , d’ailleurs très -spécieux, auraient besoin, pour entraîner tout à fait la conviction^ d’être appuyés sur un certain nombre d’ouvertures de corps.
Ce n’est pas cependant que sur beaucoup de cadavres on n’ait constaté des traces de congestion dans le réseau de la pie-mère spinale , et même dans la substance de la moelle. Tantôt cette congestion existe sous forme de plaques fortement colorées , quelquefois même elle s’étend à la presque totalité de la pie-mère. Suivant M. Calmeü, on aurait remarqué que la face antérieure du cordon rachidien est plutôt épargnée (1). Mais dans ces cas, il faut l’avouer , il s’agissait plutôt encore d’un travail inflammatoire, puisqu’on parle en même temps de pus et de lymphe plastique.
Nous terminons ce sujet par deux observations de congestions encéphalo-rachidienoes , Tune que nous trouvons aujourd’hui même dans la Gazette des Hôpitaux^ empruntée à M. Bellingieri, professeur à Turin ; l’autre prise dans le Traité des
(1) Drct, de Médecine, t. 20, p. 104.
Fièçres, de M. Maillot. Voici la première : Un jeune homme, âgé de seize ans, est entré le â7 octobre à l’hôpital de S. "Maurice et Lazare, pour être traité d’un violent mal de tête dont il était atteint depuis huit jours. Le sujet est scrofuleux, des chapelets de glandes couvrent les parties latérales de son cou , et un goitre assez volumineux remplit la partie moyenne de cette région. Son visage est pâle , le cou et la tête sont tirés en arrière et à droite , l’œil est naturel , le pouls légèrement fébrile et peu dur, les réponses du malade sont régulières , il n’attribue à aucune cause particulière son indisposition. On prescrit repos , diète , eau sucrée. >
Le lendemain 28, le malade est dans un état d’assoupissement stupide ; cependant il a des intervalles lucides, et se plaint de céphalalgie. Visage pâle , œil peu rouge , pupille dilatée , tête tirée en arrière, un peu de trismus, tronc légèrement fléchi en arrière et convexe en avant ; goitre plus saillant que la veille; respiration difficile, langue un peu rouge sur les bords , muqueuse dans le milieu; ventre naturel et indolore à la pression; chaleur dermique naturelle , fièvre légère , pouls contracté.
On diagno.stique une congestion de tout l’encéphale , surtout des hémisphères , vu l’état d’as-
soupissement et de stupidité, congestion intéressant aussi le cervelet, vu l’état d’opisthotonos ; saignée de 500 grammes , huile de ricin 30 grammes. Le sang n’est pas couenneux; l’huile n’a pu être avalée , attendu l’état de contraction des mâchoires.
Le â9, l’opisthotonos est plus prononcé ; roideur légère aux avant-bras avec flexion ; stupidité continue ; réponses par monosyllabes ; yeux et face ut supra; trismus ; fièvre légère. On répète la saignée deux fois dans la journée ; lavement purgatif. — Le 30, décubitus dorsal, tronc très-courbé en arrière, convexe en avant ; tête sub-apoplecti-
que , réponses tronquées ; goitre plus volumineux,
visage pâle, œil injecté, pupilles dilatées; avantbras fléchis spasmodiquement. On diagnostique la propagation du mal à la moelle épinière, surtout à l’origine des cordons nerveux postérieurs, vu l’état d’opisthotonos.
On prescrit une saignée de la jugulaire, qu’on ne peut pratiquer, attendu l’état d’engorgement des glandes du cou. On la remplace par douze ventouses scarifiées à l’épine, lesquelles donnent 310 grammes de sang.
Mieux ; le malade reprend ses sens , l’opisthotonos est moins prononcé , le goitre a diminué des
deux tiers. On ordonne une prise de calomel et
de jalap; une autre saignée pour le soir, des sinapismes aux mollets. — Mort.
Autopiie. — On ouvre d’abord le crâne et la gouttière rachidienne. Les méninges sont légèrement injectées , mais les sinus veineux latéraux du cerveau et le sinus longitudinal de la moelle et du cervelet sont remplis de sang noir grumelé. La surface du cerveau et du cervelet est très-injectée ; cette injection est plus prononcée que les plus heureuses injections artificielles ; la couleur des vaisseaux est noirâtre, ce qui confirme le diagnostic de la congestion veineuse. L’injection est plus abondante sur le cervelet. Les plexus choroïdiens sont très-gorgés de sang veineux. La masse cérébrale est très-développée , les parenchymes du cerveau et du cervelet sont rouges.
La surface de la moelle épinière est très-rouge
et gorgée de sang. L’artère et la veine spinales moyennes sont pleines de sang ; la surface postérieure de la moelle est plus rouge que l’antérieure ; les capillaires sont très - développés ; les faces latérales du même organe près de la sortie des nerfs sont à l’état presque naturel.
La queue de cheval est elle-même fort injectée, chaque cordon qui en émane est rouge jusqu’à sa sortie de l’arachnoïde.
Le reste de l’organisme, examiné avec soin, n’of-
fre rien de remarquable. — La glande thyroïde présente le double de son volume normal (1).
Nous allons voir maintenant un autre exemple d’un même état congestionnel amené sous l’influence de fluxions fébriles périodiques :
Penyr, soldat à la légion étrangère, âgé de 27
ans , entra à l’hôpital de Bone , le §3 décembre 1834» le dixième jour d’une fièvre quotidienne fort simple. Il était à sa quatrième récidive depuis le commencement de l’année, ne conservant néanmoins aucune trace de maladie antérieure. Il n’éprouvait aucun malaise, point de faiblesses, point de douleurs, point de soif, point d’anorexie. La langue était uniformément rouge et humide. Il n’y avait donc d’autre indication à remplir que celle de prévenir le retour des accès. (Diète ; limonade ; 24 grains de sulfate de quinine en potion à prendre de suite en une fois.) Le soir profond coma , le pouls est plein, large, peu accéléré, la peau sans la chaleur mordicante de la fièvre, mâchoires fortement serrées l’une contre l’autre ; résolution complète , cris plaintifs quand on pince fortement la peau* (Saignée de la temporale, de 14 â 16 onces ; 20 sangsues sur le trajet des jugulaires ; 2 vésicatoires aux cuisses ; 2 sinapismes aux jambes ;
(I) Giornale cleMe Scienze medîce dî Torino, 1839.
lavement avec 60 grains de sulfate de quinine.)
Le lendemain , coma moins fort , trismus moins prononcé; yeux fixes, grandement ouverts. (Limonade ; 60 grains de sulfate de quinine en lavement ; 40 grains en portion qu’on fait avaler au malade en lui pinçant le nez et en plaçant une cuiller entre les arcades dentaires.) Après midi, l’amélioration observée le matin a fait quelques progrès; Penyr paraît avoir la conscience de ce qui se passe autour de lui, mais il ne peut articuler aucune parole. Il y a eu pUTsieurs selles dans la journée. (48 grains de sulfate de quinine en potion pour la nuit ; â sinapismes aux bras ; vésicatoire à la nuque.) Le surlendemain tous les accidents ont empiré, le coma est plus profond que jamais,
.le pouls est devenu petit, accéléré, fuyant sous le doigt, le malade est à l’agonie, il meurt à onze heures du matin.
Ouverture du cadavre quatre heures après la mort. Tête : sinus et vaisseaux qui rampent à la • surface du cerveau gorgés de sang, pulpe cérébrale dense et résistante, la substance grise a une couleur très-foncée, la substance blanche est tellement congestionnée, que si après l’avoir divisée on la comprime légèrement, le sang en sort comme en nappe. Il est de meme du cervelet. Sérosité sanguinolente dans les ventricules.
- Moelle ëpinière : injection assez forte des membranes, moindre cependant que celle de la substance nerveuse. La substance grise de la moelle est beaucoup plus injectée que la blanche. Je n’ai jamais rencontré, assure M. Maillot, une injection de la moelle aussi bien dessinée que chez ce sujet. Cettè injection existe dans toute l’étendue de la moelle à des degrés divers, jusqu’à un ramollissement rouge de dix lignes environ au niveau des premières vertèbres dorsales.
Poitrine •• rien de remarquable. — Abdomen: ramollissement général de la membrane muqueuse des voies digestives La rate, beaucoup
plus volumineuse que de coutume , est ramollie , couleur lie de vin. Rien de remarquable dans le foie (1).
D’après M. Maillot, dix accès quotidiens s’étaient répétés chez cet homme avec la plus grande bénignité, et voilà que le onzième jour une congestion profonde générale de l’axe cérébro-spinal se révèle par le coma, par le trismus. Ce raptus s’opère si violemment que ni les saignées ni les révulsifs ne peuvent le faire avorter. Légèrement amendée par les déplétions sanguines, l’irritation
(1) Maiïlot , Traité des Fièvres ou irritations cérébro-spinales inter-> mittenteSy diaprés des observations recueillies en France^ en Corse et en Afrique, Paris, Î836, p. 65.
fluxionnaire reprend bientôt toute son intensité, probablement sous l’influence d’un nouvel accès, ' ou mieux d’un paroxysme, puisqu’il n’y a plus d’intermission (1).
En voici assez sur la congestion considérée dans Taxe cérébro-spinal ; nous allons maintenant passer à la congestion considérée dans les organes pulmonaires. Avant d’aborder ce nouveau sujet, nous dirons que si l’affection désignée sous le nom d’oreillons n’était pas plutôt constituée par un' travail inflammatoire que par une congestion simple, c’eût été encore pour nous l’occasion de faire remarquer, dans cette circonstance, et la variété et l’intensité des mouvements fluxionnaires; à l’égard des oreillons en effet, ces mouvements sont tellement marqués, et ont une telle influence sur d’autres maladies, que bon nombre de médecins les ont regardés comme critiques : ajoutons qu’ici encore les mouvements fluxionnaires quittent une partie pour se porter sur une autre : ainsi on a vu tout à coup les oreillons disparaître, et le scrotum se tuméfier et devenir douloureux ; mais hâtons-nous de parler de la congestion considérée dans le poumon.
Nous devons nous attendre à trouver très-fré-
(1) Loc. cit. 68.
quemment les poumons congestionnés, et à des degrés bien différents. Organes d’hématose, leur tissu, éminemment spongieux, contient naturellement une grande quantité de sang, et que de causes peuvent faire varier cette quantité! Les fluxions actives, les embarras dans la circulation, les dégénérescences organiques, la faiblesse des individus , la pesanteur des liquides, la déclivité , une longue agonie, etc., etc.
Ici nous aurons, non pas précisément deux degrés, mais deux états bien distincts de ce qu’on nomme congestion pulmonaire, et à la rigueur même il y en aurait trois. Tantôt en effet le sang engorgera les ca^llaires du poumon ^ mais il ne sera pas extravasé, il n’aura pas quitté ses réservoirs; d’autres fois, et sans ruptures apparentes, par extravasation les cellules aériennes se trouveront remplies de sang; d’autres fois enfin, la violence du raptus aura été telle que la substance du poumon en aura été déchirée, le sang se trouvera épanché
dans des cavernes , parfois même il aura pu pénétrer ainsi dans les cavités pleurales.
Cet engorgement, dit Laënnec, toujours partiel, est ordinairement étendu d’un à quatre pouces cubes, d’une couleur rouge noir très-foncé, semblable à celle d’un caillot de sang veineux... C’est à peine si on peut distinguer autre chose de la tex-
ture naturelle du poumon , que les bronches et les plus gros vaisseaux... Quelquefois le centre de ces indurations est ramolli par un caillot de sang pur (1)
Laënnec a décrit cette maladie sous le nom d’apoplexie pulmonaire, et il a eu raison. Ce rapprochement est exact ; telle est aussi l’opinion de M. le professeur Cruveilhier. Ce n’est plus là une simple congestion , pas plus que l’apoplexie cérébrale n’est une congestion du cerveau. Voici ce qui arrive dans la véritable congestion : des capillaires rampent au pourtour des canaux labyrinthiques décrits par M. Bourgery ; pour peu que ces capillaires soient congestionnés, ils diminuent nécessairement l’ampliation de ces canaux; ils tendent même à les faire disparaître par le contact de leurs parois, dans un tissu d’ailleurs éminemment vasculaire; de là et aussitôt gêne de la respiration; toutefois les bronches sont encore perméables à l’air, et le sang est spumeux.
Il résulte de cet abord plus considérable de sang, que le poumon peut avoir éprouvé une dilatation générale évidente. Nous avons vu que, dans l’apoplexie pulmonaire , l’espace infiltré est trèsdistinct , parfaitement délimité , entouré d’un
(1) Laënnec, Traité de V Auscultation médicale, 3« édition, t. p. 363.
tissu tout à fait sain; ce fait se retrouve dans Thémorragie cérébrale; à deux ou trois ligues du foyer, la substance cérébrale peut être intacte. Dans la congestion simple du poumon, encore une analo-gîe avec la congestion cérébrale : Fengorgement peut en occuper la totalité ; il en résulte, et nous en citerons tout à Fheure des exemples , que le malade peutsuccomber à une asphyxie rapide; mais comme la constitution du tissu pulmonaire n’est pas la même après tout que celle du tissu du cerveau , comme dans le poumon il y a des aréoles, des vacuoles et des canaux aériens, le sang congestionné dans ses vaisseaux, dépasse bientôt ses limites naturelles, et ne tarde pas à s’inj<rer dans tous ces espaces interstitiels ; de là cette autre forme, par suite de laquelle le poumon présente un engorgement noir, quelquefois avec diminution de volume; tantôt alors le sang est rejeté au dehors; d’autres fois les malades a’ont pas eu de crachement de sang. Quant aux accidents qui peuvent résulter de la congestion pulmonaire, il suffira des exemples suivants pour en donner une idée.
Nous citerons d’abord une observation rapportée par Dionis, fort intéressante, quoique privée des détails qui aujourd’hui dorment une haute valeur aux faits en pathologie. « ]^e 3 novembre 1703 , le
sieur Besnier^ chef du gobelet du roi, tomba
mort en servant Monseigneur le duc de Bourgogne à son dîner: Une mort si prompte étonna tout le monde. Pour en découvrir la cause, je fis le lendemain l’ouverture du corps, en présence de 'M. Bourdelot, médecin ordinaire du roi, et de M. Duchesne, premier médecin de Monseigneur le duc de Bourgogne.
» Je trouvai la capacité de la poitrine moins spacieuse qu’elle rie doit être, tant par sa conformation naturelle que par le diaphragme , qui montait très-haut et qui pressait les poumons , dont la substance était d’une couleur brune tirant sur le noir, et embarrassée d’un sang grossier, qui en remplissait toutes les petites cavités , de manière que les poumons , qui doivent être spongieux , ' étaient parenchymateux , leur substance étant assez semblable à celle de la rate. Le cœur était gros; j’en ouvris les ventricules, il y avait beaucoup de sang dans le droit, il n’y en avait pas une goutte dans le gauche. Le reste des parties tant de la tête que du bas-ventre était parfaitement bien conformé, et tel qu’il devait être pour que l’homme vive longtemps.
» J’attribue, ajoute Dionis, la cause de cette mort subite à un manquement de la circulation du sang, laquelle, ayant été interceptée, a fait
tomber la machine tout d’un coup (1). » C’est à une semblable cause que Dionis attribue la mort de Louvois, arrive'e le 16 juillet 1691.
Ontrouve dans le Journal général de Médecine, t* 1 ” , 3* série , une observation de M. Plisson sur une congestion sanguine interne et subite des poumons, avec hémoptysie et avec symptômes de suffocation. La longueur de cette ob- ■ servation m empêche de la rapporter ici , malgré 1 interet quelle pourrait offrir. Cette congestion, au rapport de l’auteur, aurait été rapidement mortelle , s il n avait recouru à dès saignées abondantes et à des révulsifs puissants. Il y avait des altern.atives de retour et de cessation des accidents, selon la cessation ou le rétablissement de l’irritation aux extrémités. Fait très - remarquable ,
^ en ce sens qu’il indiquerait de nouveau le rapport
I de la congestion pulmonaire avec des fluxions i préalables.
On sait combien souvent les congestions pulmonaires sont liées a un vice de conformation du thorax, à une disposition héréditaire, et enfin a 1 existence de tubercules dans les poumons , soit que ceux-ci , agissant à la manière de corps
(1) Dionis, Dissertation sur la mort subite ^ 2® édition Paris 1717
etrangers , établissent dans les poumons un centre de fluxion, soit que leur développement ait été lié à des congestions antécédentes ; nous n’insisterons pas sur ces faits d’ailleurs bien connus , pas plus que sur les congestions amenées par de violents efforts des organes de la respiration ou par de brusques changements dans la pesanteur atmosphérique.
Les nialadies du cœur, et spécialement les affections portant sur les cavités gauches, sont souvent des causes de congestion pulmonaire. Ainsi agissent les lésions du cœur, qui empêchent le passage du sang à travers les ouvertures auriculo-ventriculaires gauche et aortique. Le rétrécissement de ces orifices s’accompagne presque constamment de tous les signes qui nous révèlent l’existence d’une congestion pulmonaire. C’est là en effet ce que nous avons constaté plus d’une fois, et tout récemment encore à la clinique de l’Ecole, lorsque M. le prof. Rostan a bien voulu nous confier son service pen« dant le trimestre de l’automne dernier. Nous avons constaté aussi que le resserrement congénital ou accidentel de l’aorte peut produire des effets analogues. Les maladies des cavités droites du cœur peuvent aussi amener la congestion pulmonaire. On conçoit que l’hypertrophie du ventricule droit, en activant le cours du sang dans les ramifications
de l’artère pulmonaire^ soit capable de déterminer la congestion des poumons ; mais, ainsi que tous les pathologistes le savent, Thypertrophie du ventricule droit est une lésion rare.
Quant aux altérations qui ralentissent le cours du sang dans les cavités droites du cœur, elles peuvent également produire la congestion pulmonaire, mais elles ne la déterminent qu’après avoir occasionné la congestion dans les capillaires du système veineux général.
La congestion pulmonaire reconnaît quelquefois pour cause l’état même du sang. Ainsi la physiologie expérimentale démontre que l’injection de substances particulières dans les veines, telles que l’huile, la solution de gomme, le carbonaie de soude , des matières putrides , etc. , produit entre autres phénomènes la congestion du parenchyme des poumons.
Il n’est pas douteux que dans la fièvre typhoïde, dans toutes les affections miasmatiques , Fétat du sang ne joue un grand rôle dans la production de la congestion pulmonaire qu’on observe si fréquemment à différents degrés dans^ ce groupe de maladies.
Le sang , devenu trop riche , trop visqueux , est également capable d’amener cette même affertîon*
U est un autre genre de congestion pulmonaire, observé pendant la dernière épidémie désignée sous le nom de grippe, congestion dont nous devons dire ici quelques mots. Une observation empruntée à M. Nonat nous paraît tout à fait propre à prouver qu’il y avait dans ces cas , comme il le dit, non pas inflammation, mais engouement passif du parenchyme pulmonaire, engouement qu’on rencontre chez tous les sujets qui meurent dans un état d’asphyxie.
« Une jeune fille, âgée de vingt-deux ans, rachitique, portait une déviation du rachis à droite; elle avait en outre un ^.catarrhe pulmonaire chronique, des battements de cœur et une dyspnée habituelle ; cette jeune fille était à l’hôpital depuis six semaines, lorsque la grippe devint épidémique. Le 2 février, elle fut prise de tous les symptômes de la maladie régnante, avec frisson vague, bientôt suivi d’une douleur de gorge , d’une toux sèche par quintes , enrouement , etc. ( Boissons pectorales, julep avec morphine, looch, pédiluves sinapisés , lavement émollient.)
Le 3 , asphyxie imminente, teinte bleu violacé de toute la surface du corps , respiration des plus pénibles , haute , fréquente , comme chez les animaux placés dans un air raréfié. Tous les muscles qui concourent à la respiration entraient en action,
les narines se dilataient, la bouche restait ouverte , la voix était complètement éteinte ; lit malade avait conservé son intelligence, elle se sentait menacée de suffocation, le pouls était fréquent, à 140, petit, presque insensible, les extrémités froides , la peau et les chairs molles et flasques.
L’oreille appliquée sur la partie antérieure de la poitrine distinguait à peine le bruit respiratoire , mêlé de râle muqueux à petites bulles. En avant la percussion donnait un son clair (saignée de huit onces, eau de Sedlitz , vésicatoire à chaque cuisse, sinapismes promenés sur les membres), sang peu consistant , caillot non couenneux.
La saignée fut suivie d’un peu de soulagement, la teinte bleue de la peau diminua, l’eau de Sedlitz procura plusieurs évacuations alvines.
Le deuxième jour, la malade se trouve un peu moins oppressée, la teinte bleue n’existe plus qu’aux extrémités et aux lèvres. On continue les révulsifs sur la peau et les boissons chaudes pectorales.
Le troisième jour, les accidents se sont reproduits comme le premier jour, la cyanose générale a reparu , la respiration est extrêmement difficile , laborieuse , le pouls insensible , les mains froides
et glacées , Tasphyxie est croissante , et la mort
survient dans la journée.
Le cadavre de cette jeune fille fut transporté au collège de France pour les leçons de M. Magendie. Je n’ai point eu, dit M, Nonat, l’occasion d’examiner les altérations anatomiques ; mais M. Cazalis, prosecteur de M. Magendie, m’a raconté qu’il avait trouvé les bronches obstruées par des mucosités abondantes et spumeuses , et leur surface interne d’un rouge très-foncé uniforme ; en outre les poumons étaient gorgés de sang noir dans les deux tiers postérieurs.
M. Cazalis laissa les poumons sur la table de dissection, après les avoir incisés en différents sens; le iendeniain, leur tissu était presque entièrement dégorgé , revenu sur lui-même. Ce phénomène nous prouve, ajoute M. Nonat, que l’engorgement sanguin des poumons n’était point le résultat d’un travail phlegmasique, mais d’une simple stase passive (1).
M. Magendie, témoin de ces faits et de beaucoup d’autres relatifs à cette épidémie, s’est demandé quelle était la nature dë la grippe, et pourquoi le poumon pouvait ainsi se congestionner.
(1) Nonat, Recherches sur la grippe et sur tes pneumonies observées a l’ Hôtel-Dieu^ etc., 7.
Considérant que, dans ses expériences, une altération artificielle du sang amenait des accidents analogues, il en'a conclu, ou plutôt il en a présumé, que là aussi il y avait altération du sang. « Voici ma pensée tout entière, disait-il ; je crois que les phénomènes morbides par lesquels se traduit l’épidémie dépendent d’une altération dans la composition du sang (1). »
Comme dernière espèce de congestion pulmonaire, nous signalerons celle qu’on a observée chez les nouveau-nés, et que M. Devergie a placée au nombre des maladies développées chez l’enfant encore dans l’utérus, et qui peuvent amener sa mort naturelle. C’est pour lui l’engouement des poumons ; il peut être local ou général. Dans le premier cas, ce seront toujours le bord postérieur et la partie inférieure du poumon qui seront engoués. Alors la partie antérieure de l’organe offrira la couleur de la texture du tissu sain. Dans le second cas, tout le poumon imbibé de sang présente une texture granuleuse, il est flasque, pesant et doué d’une solidité assez grande pour qu’on ne puisse rompre son tissu sans un certain effort. Le sang s’écoule en nappe des incisions faites aux poumons qui, mis à dégorger dans l’eau pendant
(1) T.oc. cit., t. 2, p. 139.
quelques heures, colorent fortement le liquide en perdant de leur coloration (1).
Mais les organes de la circulation, réagissant en quelque sorte sur eux-mêmes, peuvent aussi devenir le siège de congestions diverses, soit dans
les cavités centrales, soit dans les divers ordres de leurs vaisseaux. Jusqu’à présent, il est vrai, nous avons parlé et toujours des- vaisseaux eux-mêmes, mais ce n’était guère que des capillaires que nous considérions comme parties constituantes d’autres organes. Ici nous voulons parler des gros vaisseaux et du cœur, considérés non plus quant à la quantité de sang que leur capacité renferme, mais exclusivement quant à leurs propres parois, et particulièrement à l’état de ce qu’on a appelé les vasa vasorum. Toutefois, dans le cœur, il y a un parenchyme épais, un tissu qui, de même que
les autres organes, peut être congestionné d’une
manière plus ou moins prononcée. Mais ici surtout il faut prendre garde de se méprendre et de confondre des altérations pathologiques ayec des altérations qui ne seraient que cadavériques. Suivant M. Andral, c’est à une altération cadavérique qu’il faut rapporter un grand nombre de colorations rouges du cœur, qui trop souvent ont été
(1) Devergie, Médecine légale théorique et pratique, t. 1**', p. 608.
regardées comme des résultats de cardite (1). Toutefois les congestions pathologiques sont parfois irrécusables dans le tissu du cœur, et elles peuvent aller au point de se terminer par une apoplexie musculaire. Avouons cependant que cette apoplexie, si bien décrite par M. le professeur Cruveilhier, n’offre pas avec la simple congestion les mêmes rapports que nous avons trouvés dans le poumon et dans le cerveau. On trouve souvent alors que le sang a perdu de sa coloration, qu’en même temps des ramollissements se sont opérés
du centre à la circonférence, et plusieurs produits
morbides qui attestent un travail de phlegmasie préalable.
A l’égard des gros vaisseaux, nous l’avons dit tout à l’heure, rien de plus fréquent que d’y trouver des rougeurs diversement étendues , tantôt d’apparence vermeille , tantôt foncées et livides. Mais, comme ces colorations peuvent aussi survenir morfem , nous remettons à nous en occuper quand nous parlerons des congestions cadavériques.
Il nous est arrivé dans le cours de ce travail de mentionner par avance, et très-fréquemment, la congestion de la rate. Plus d’une fois nous l’avons
(1) Loc. -2,5p. 278.
prise en quelque sorte pour type de l’état congestionnel le mieux dénoncé , le mieux caractérisé, et des rapports si nombreux de la congestion avec la fluxion. Ici nous allons parler enfin et tout spécialement de la congestion considérée dans la rate.
Le tissu de cet organe , nous l’avons déjà fait pressentir, est pour ainsi dire merveilleusement adapté à la production de l’état congestionnel. Il y a dans son parenchyme , indépendamment de ses propres capillaires, des espaces inégalement quadrangulaires, cloisonnés par des membranes dans l’épaisseur desquelles rampent et des capillaires artériels et des capillaires veineux. Si la congestion est modérée , si elle est plutôt active que passive , les capillaires artériels en se dilatant tendent à comprimer, à effacer les cellules naturellement remplies de sang. Mais, dans les congestions considérables, ce sont ces cellules qui s’engorgent, qui se dilatent avec ou sans ramollissement du tissu propre.
La moindre pression exercée sur le parenchyme de la rate suffit pour faire écouler le sang qui la distend. D’ailleurs, si l’on soumet son tissu à unlavage prolongé , on parvient à le séparer presque entièrement du sang qu’il contient , et alors on peut s’assurer que dans la plupart des cas son tissu n’a subi
aucun changement dans sa consistance. Du reste la congestion de la rate peut aussi être accompagnée d’un ou de plusieurs foyers apoplectiques creusés dans la trame même de son parenchyme. Enfin on cite quelques cas de déchirures de la rate , soit à la suite d’une violence extérieure , soit même par suite d’une nouvelle congestion active survenant pendant le cours d’un paroxysme fébrile.
On le conçoit donc, tout ici se trouvait pour ainsi - dire préparé à l’état congestionnel. Aussi voit-on cette affection se montrer dans un grand nombre de circonstances. Il suffit même d’augmenter la quantité du sang, à l’aide d’une injection d’eau dans les
veines , pour faire naître la congestion de la rate ; c’est ce qui résulte des expériences de M. Magendie et de beaucoup d’autres physiologistes. Immédiatement après l’injection, la rate prend un accroissement remarquable.
Ce que l’on produit en déterminant une pléthore artificielle survient sans aucun doute sous l’influence de la pléthore spontanée. Toutes les causes qui appellent le sang vers l’estomac sont capables de congestionner la rate. Ainsi, durant le travail de la digestion, la rate est plus grosse qu’au moment où l’estomac est dans le repos. On peut aisément constater le fait chez les animaux vivants.
L’irritation aiguë ou chronique de l’estomac ,
les maladies du foie qui amènent la stase du sang dans les ramifications de la veine porte, les affections organiques du cœur ou des gros vaisseaux, l’engorgement des poumons, sont autant de causes qui peuvent amener encore la congestion de la
rate.
Dans la plupart des maladies aiguës fébriles, on voit également cette lésion de la rate se produire. Qui ne sait, par exemple, que chez les individus affectés de fièvre typhoïde, la rate a constamment augmenté de volume , qu’elle est gorgée de sang et déformée.
Mais de toutes les circonstances pathologiques qui 'favorisent le plus la congestion de la rate, c’est assurément la fièvre intermittente. Nous l’avons annoncé lorsqu’il a été question de la doctrine de
Stahl. Maintenant nous allons insister sur ce point.
L’intumescence de la rate à la suite des fièvres d’accès est un fait qui avait frappé même les médecins de la plus haute antiquité. Ce fait est signalé dans plusieurs parties dé la collection hippocratique ; il a été mentionné par Galien (1) et par ceux qui l’ont suivi. - -
(1) Galeni, De differeniîis febrium, lib. 2, Laureiîtio Laurentiano interprète. Lugduni , 1548, in-18, p. 65.
Il suffit parfois d’un très-petit nombre d’accès
pour amener une intumescence notable de la rate.
On r a vue dans l’espace de deux ou trois septénaires acquérir un volume énorme.
Chez les individus affectés de fièvre intermittente, la promptitude avec laquelle s’opère la congestion de la rate est donc un fait bien digne de fixer l’attention des médecins. Nous avons vu comment on a essayé d’expliquer le mécanisme de la production de cette intumescence. Nous avons vu que toujours on a cru en trouver la raison dans cette concentration des liquides qui survient au début de chaque paroxysme. Cette interprétation à nous-mêmes nous a paru satisfaisante. Cependant on pourrait se demander pourquoi la rate, tout en tenant compte de sa structure si éminemment appropriée, avons-nous dit, à ce genre de lésions , pourquoi disons-nous si souvent elle est exclusivement le siège de la congestion. On serait donc porté à croire que, dans cette fluxion de la périphérie au centre, il y a quelque chose de spécial dans cette action si élective sur la rate.
Quoi qu’il en soit, la cause fébrile exerce décidément une action spéciale sur le parenchyme de la rate. On a eu tort d’attribuer parfois cette congestion à l’influence du quinquina. Sans doute elleapu se manifester pendant l’administration de
ce médicament. Mais c’est une erreur d’avoir regardé ce spécifique comme ayant une part quelconque à la production de cette congestion.
Bien que dans le plus grand nombre des cas de fièvre intermittente il y ait simple congestion, quelquefois à cet état morbide vient s’ajouter un travail de nature inflammatoire.
Nous nous abstiendrons de consigner ici des observations tendant à prouver les rapports des congestions de la rate avec les causes que nous lui avons reconnues et surtout avec les fièvres intermittentes. Les travaux de M, Bally, sur lesquels nous aurons à revenir, ceux de M. B.ayer, ceux plus récents de M. Nonat ont jeté beaucoup de lumière sur ce point de pathologie.
On ne saurait mettre en doute la congestion du pancréas , on a même observé des foyers apoplectiques dans son tissu ; mais nous possédons trop peu de notions sur ces états du pancréas, pour en tracer ici l’histoire générale. Nous allons immédiatement passer à la congestion considérée dans le foie.
A l’exception de ce qui a été dit de l’influence si spéciale des fièvres intermittentes sur la rate , la plupart des conditions que nous avons reconnues pour la congestion de ce dernier organe pourraient être signalées de nouveau relativement à la
congestion du foie, qui lui aussi cependant, hâtons-nous de le dire , peut être, quoique d’une manière moins formelle et moins fréquente , congestionné par des accès fébriles. Sa congestion active est aussi très-fréquente. On y observe aussi des congestions passives, mais surtout des congestions qui tiennent à des obstacles mécaniques de la circulation. Il y a deux substances distinctes dans le parenchyme du foie : une substance jaunâtre et une substance spongieuse ou rouge. Cette dernière est en quelque sorte contenue dans la substance jaunâtre ; mais c’est dans celle-ci que rampent les vaisseaux sanguins d’un calibre assez considérable. Ceux-ci , par le fait de leur congestion, ont pour premier effet, indépendamment de l’augmentation de volume qu’ils donnent au foie , de comprimer la substance spongieuse. Le foie congestionné peut alors dépasser de plusieurs travers de doigt le rebord cartilagineux des côtes. Sa coloration extérieure peut offrir une teinte rouge générale ou partielle ; cette teinte, on la retî ouve dans toute l’épaisseur du parenchyme , qui ne paraît plus alors, comme dans l’état normal, marbré par des lignes tortueuses et entre-croisées, dont la couleur pâle tranche sur celle de la substance spongieuse. Alors le parenchyme est uniformément rouge et gorgé de sang ; lorsqu’on y fait
des incisions, on voit ruisseler le sang de toutes parts. La congestion générale peut conrnie dans la rate s’établir et disparaître rapidement , surtout lorsque, la congestion étant toute mécanique , on est parvenu à rendre la circulation plus facile.
La congestion du foie peut être partielle, n’exister que dans une partie de son parenchyme ou dans plusieurs à la fois. On reconnaît ces congestions partielles aux limites de leur coloration foncée, de l’augmentation de volume , et surtout au sang qui s’en écoule quand on divise cet organe. Dans certaines cachexies et spécialement dans la cachexie scorbutique, on trouve le tissu du foie gorgé d’un sang noir. Il y a quelquefois, en même temps que congestion mécanique, des traces de congestion active. Enfin dans le foie aussi la congestion peut être portée à ce point qu’il y ait extravasation du sang, qu’il y ait une véritable hémorragie. Telle était la pièce anatomique que M. Honoré a montrée à l’Académie. Le tissu du foie s’était creusé de plusieurs cavités contenant du sang pur avec des traces de congestion simple dans les autres parties du même organe.
La congestion du foie, bien décrite dans ces derniers temps , avait été signalée par un grand nombre d’auteurs. Les observations anatomiques ont prouvé, disait Portai, que le foie atteint d’un
engorgement sanguin était plus ou moins gonflé,
plus ou moins rouge Il a ajouté : Il y a peu de
parties dans le corps humain qui soient plus su*^ jettes aux engorgements sanguins que le foie ; et sans doute cela provient non-seulement de la grande quantité de sang qu’il reçoit , mais encore de ce que les veines hépatiques sont les seules qui rapportent dans la veine cave le sang excédant à
la sécrétion qui s’opère dans le foie, etc., etc
Le foie est ordinairement engorgé de sang, ajou^
tait Portai, lorsque l’oreille droite en est pleine
Le volume du foie en est quelquefois considérablement augmenté, et lorsqu’on y fait quelque incision il paraît imbu de sang dans sa totalité (1).
Saunders admet que, préalablement à tout travail de phiegmasie dans le foie, il y a toujours une congestion sanguine de cet organe. Suivant lui, le sang y est nécessairement attiré en quantité plus ou moins considérable, et les vaisseaux qui s’y
distribuent sont alors notablement distendus. Si
on dissipe à la hâte cette congestion, dit-il, les vaisseaux conservent encore leur ton naturel et reprennent leurs dimensions ordinaires. Mais, si
(1) Portai, Cours d’ Anatomie médicale ou Éléments de l'Anatomie de l'homme, Paris, au xii, t. 5, p. 296,
au contraire on laisse prolonger la congestion et la distension qu’ils éprouvent, les forces toniques qui les animent s’affaiblissent, et il faut que les moyens curatifs tendent alors à diminuer la quantité du sang et à augmenter la faculté contractile des vaisseaux. Tels sont du moins les principes que Saunders applique à la congestion du foie (1).
Nous avons dit que dans les fièvres intermittentes le foie pouvait aussi devenir le siège de congestions; cette circonstance a été observée à Walcheren, par le docteur Haroilton, dans les mêmes fièvres. Après la rate, dit-il, l’organe le plus affecté était le foie ; il avait généralement un volume extraordinaire (â).
Le docteur Kinglake a donné aussi quelques notions sur la congestion du foie. Il a principalement signalé les formes latentes, circonstance qu’il attribue au peu d’excitabilité du foie; ce qui fait, dit-il, qu’il peut éprouver des désordres réels et souvent sérieux, sans que le malade même s’en aperçoive (3).
Enfin la Clinique médicale de M. Andral ren-
(1) Saunders, Traité de la structure, des fonctions et des maladies du foie; trado de l’anglais par Thomas. Paris, an xm, p. 178.
(2) Extrait du 25® volume du Medical and Phijsical Journal, par M. Macartan.
(3) Bibliothèque médicale, t. 133.
ferme des observations intéressantes sur ce sujet. Voici le résumé des deux premières : Un ferblantier, âgé de quarante-six ans, disait être asthmatique depuis sa jeunesse. Un an avant son entrée à la Charité, léger œdème autour des malléoles; puis gagnant de proche en proche, Thydropisie avait gagné l’abdomen ; elle disparaît, puis quand le malade entre à l’hôpital elle est à peu près générale. Alors respiration gênée , position assise , battements de cœur faibles, irréguliers ; pouls presque insensible; hypocondre droit tendu, indolent. On y reconnaît un cori^s arrondi, qui se termine par un bord mousse près de la région ombilicale. Par suite d’une large saignée, le pouls redevient régulier et la respiration libre. En même temps notable changement dans l’hypocondre droit, il est souple, oo n’y sent plus de tumeur. Etat stationnaire pendant trois semaines environ. Alors gêne excessive de la respiration; pouls faible et irrégulier; teinte livide de la face, le foie semble redescendre dans Thypocondre, où le palper peut facilement le reconnaître. Les émissions sanguines restent sans efficacité. Asphyxie prononcée ; le malade succombe.
Ouçerture du cadaçre* — La cavité du ventricule droit du cœur ne s’affaisse pas, ses parois sont hypertrophiées ; la cavité du ventricule
gauche a aussi de très-grandes dimensions , et ses parois une épaisseur considérable ; orifices libres ; poumon engoué, mais sain.
Dans l’abdomen, le foie est remarquable par son volume ; il dépasse de plusieurs travers de doigt le rebord cartilagineux dès côtes ; par l’incision et une pression légère, on en fait ruisseler une énorme quantité de sang ; son tissu , de consistance ordinaire , présente une teinte rouge à peu près uniforme, plus foncée cependant là où existe naturellement la substance spongieuse ou caverneuse (1). *
C’est là en effet , comme le dit M. Andral , un exemple remarquable d’une de ces congestions sanguines toutes mécaniques , dont le foie peut devenir le siège chez des individus atteints d’une affection organique du cœur. Maintenant nous allons voir un exemple non moins remarquable de congestion sanguine active du foie, sans altération de sa texture.
Un ouvrier de la monnaie , d’un âge moyen , entre à la Charité , atteint d’ictère avec fièvre. Il avait d’abord ressenti une gêne insolite, une sorte de pesanteur vers l’hypocondre droit. On palpe l’abdomen , le foie s’étendait depuis le rebord car-
(1) Op. cit., t. 2, p. 342.
tilagineux des côtes josqn’on peu au-dessus du niveau de Tombilic ; on en circonscrit assez facilement le bord tranchant ; la tumeur indolente ne dépassait pas la ligne blanche. (Vingt-cinq sangsues à l’anus, tisanes émollientes.) Le jour suivant, fièvre intense, teinte ictérique plus prononcée. (Vingt sangsues sur le trajet de chaque jugulaire ; sinapismes aux jambes ; lavement avec une once de sulfate de soude.) Bientôt coma profond, agitation, cris aigus. (Saignée le soir, sang couermeux.) Les jours suivants , accidents cérébraux , assoupissement, résolution générale ; d’ailleurs même tumeur dans Thypocondre droit ; persistance de Ficière. Le malade succombe dans une sorte d’état apoplectique.
Ouçeriure du corps. — Méninges vivement injectées ; substance du cerveau piquetée; ainsi, congestion cérébrale. Le premier objet qui frappe en ouvrant la cavité abdominale est le volume du foie; il dépassait de plusieurs travers de doigt le rebord des côtes ; vu extérieurement , il était d’un rouge intense ; chaque incision qu’on, y pratiquait en faisait écouler une grande quantité de sang: d’ailleurs son tissu , à peu près uniformément rouge, ne présentait pas d’autre altération appréciable. Veines injectées, qui rampaient en assez grand nombre dans le tissu cellulaire sous-
muqueux de l’estomac et de l’intestin grêle. Grosses veines gorgées de sang dans le mésentère.
M. Andral fait suivre cette observation de réflexions générales fort judicieuses. Il pense, d’après un assez grand nombre de faits , que les congestions sanguines actives du foie , telles que celleci , ne sont pas très-rares , soit comme maladies primitives , soit comme consécutives à d’autres affections. Il a vu plusieurs individus chez lesquels ces divers symptômes ne duraient que peu de jours , et après leur disparition la santé se trouvait parfaitement rétablie. Chez d’autres, il y avait une singulière disposition au retour de ces congestions hépatiques (1). Ceci concorde parfaitement avec ce que nous avons dit sur la congestion en général , tant sous le rapport de sa durée , que de ses récidives. Nous allons maintenant dire quelques mots sur la congestion considérée dans le tissu des reins.
Les reins peuvent présenter des colorations trèsvariées.Lorsqu’ilssont sains, leur couleur extérieure est en général rougeâtre, comme le fait remarquer M. Rayer. L’exagération de cette teinte,' dit-il, est
(!) Loc, cit., p. 345.
un des caractères de Thyperhémie; la décoloration caractérise ranhémie(l).
Si l’on veut avoir quelques notions sur la congestion sanguine active des reins, il faut en quelque sorte en saisir les indices avant qu’un travail inflammatoire soit venu causer dans leur tissu d’autres altérations. C’est d’après ces principes que nous pouvons trouver dans l’ouvrage de M. Rayer quelques-uns de ces caractères. Ainsi nous verrons que le volume de la totalité ou d’une partie des reins est augmenté suivant que l’affection est générale ou partielle ; de plus, que les reins offrent alors une teinte rouge morbide plus ou moins foncée, ou quelquefois d’un brun d’ecchymose ; que les vaisseaux corticaux sont plus apparents, et les petits polygones veineux delà surface extérieure du rein ordinairement bien dessinés. Nous trouverons en outre, toujours dans l’ouvrage de M. Rayer, qu’on peut alors distinguer, même à l’œil nu, à la surface extérieure du rein, une foule de petits points d’un rouge vif sans aucune saillie, et souvent entourés d’un réseau vasculaire extrêmement délié, visible à la loupe (2).
(1) Rayer, Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire, Paris, 1839, t. 1, p. 13.^
(2) Loc. cit., p. 314,
Comme on le, voit, les détails fournis par M. Rayer sont extrêmement délicats, et jusqu’à présen^t ils avaient été à peu près ignorés des médecins.
, A la loupe, poursuit M. Rayer, la substance corticale offre également un grand nombre de ces petits points rouges distincts des orifices des vaisseaux divisés,, points disposés en lignes, plus rarement en groupes, et qui ne sont autre chose que les glandules de Malpighi très-injectées. Quelquefois aussi ces glandules apparaissent à la coupe, et souvent à l’extérieur du rein, sous la forme de petits points noirs isolés ou rapprochés, soit en groupes ou en stries. Quelquefois aussi la surface des reins présente une teinte rouge inégale, parsemée de petites plaques d'un rouge plus vif que les parties voisines. Ces plaques sont formées par les plexus veineux qui entourent les aires des petits polygones, et qui, fortement injectés, offrent une véritable imbibition de sang(1).
Il n’est nullement probable qu’une simple congestion sanguine puisse amener l’endurcissement rouge des deux substances ; c’est sans doute par suite de l’inflammation, et telle est l’opinion de M. Rayer, que cet endurcissement est ainsi produit.
(1) Op. cit., p. 315.
Toutefois âl y a souvent alors une remarquable hyperhémie. Si l’on les divise, M. Rayer assure qu’en comprimant ces reins durs et d’un rouge brun entre les doigts, la quantité de sang qui s’en écoule est toujours plus abondante que dans l’état sain. Disons cependant que M. Rayer a vu plusieurs de ces reins très-rouges qui laissaient suinter peu de. sang à la coupe et même à la pression (1).
Mais, s’il est difficile de trouver la ligne de démarcation qui sépare en quelque sorte dans les reins la congestion active de l’inflammation , il n’en est pas de même à l’égard de la congestion passive. On observe très-fréquemment celle-ci, et précisément dans les mêmes circonstances que nous avons signalées à l’égard des congestions du foie, c’est-à-dire lorsqu’il existait quelque obstacle au libre retour du sang, particulièrement dans les maladies du cœur et des gros vaisseaux; ce qui nous dispense ici de nous étendre davantage sur ce qui concerne la congestion considérée dans les reins.
Quant à l’utérus, indépendamment des espèces de congestions dont nous venons de parler dans les tissus dont il vient d’être question , il y a de
(1) Op. cit., p. 315.
plus ici des états de congestion qu’on pourrait appeler fonctionnelle; d’abord celle qui survient pendant le cours de la gestation, et qui donne à l’utérus une organisation si différente de celle qu’on observe dans l’état de vacuité , de celle surtout qu’on observe avant une première conception. Dans l’état de vacuité, dit M. Velpeau , l’organisation de l’utérus semble n’être qu’ébauchée. C’est pendant la grossesse qu’elle se perfectionne , qu’elle se développe. Les fibres se ramollissent , deviennent plus rouges ; les branches artérielles, cédant au relâchement général, s’allongent peu à peu... Les veines s’élargissent et se développent plus rapidement encore que les artères. La membrane muqueuse , dont l’existence est si difficile à prouver hors de la grosses.se, devient plus rouge, plus villeuse... A mesure que les vaisseaux utérins se déploient , le sang s’y précipite, et la matrice finit par ne plus former qu’une éponge gorgée de fluides (1).
Dans notre partie physiologique nous avons dit que l’utérus devenait à chaque époque mensuelle le siège d’une véritable congestion^ qu’il y a en même temps des signes de fluxion : pesanteur aux lombes , sensation de gêne, de chaleur, de tension dans la région hypogastrique ; symptômes qui per-
(1) Velpeau, Traité de l*artdes accouchements^ t, 1, p. 164.
sistent quelquefois pendant toute la durée de Té» roulement.
Toutefois, malgré des signes aussi prononcés de fluxion utérine , il ne faudrait pas croire que la congestion périodique de l’utérus fût portée dans tous les cas très-loin. Cette congestion peut n’être en rapport ni avec les symptômes qu’on observe , ni avec la quantité de sang perdu par les femmes. De Graaf dit avoir eu plusieurs fois occasion de faire l’ouverture de femmes qui avaient succombé dans l’imminence de l’éruption menstruelle , c’est-à-dire à cette époque où on devait s’attendre à trouver les vaisseaux utérins fortement congestionnés. Or , dans ces circonstances , s’il a trouvé quelque turgescence dans le tissu de Futérus, cet état ne pouvait correspondre à la quantité de sang qui ordinairement est éliminée : In mulieribus instante mènstruorum Jluocu subitanea morte exstinctis , ac dissectis , uteri vasa mirum in mo^ dum distenta inçaniri deberent ; at illud nunquarn invertir e potuimus, nec ab aliis inventum legimus; et licet aliquantulum magis quandoque turgerentj illud profecto parurn facere posset ad quantita-^ tern singulis mensibus expurgari solitam (1).
(1) Regneri de Graaf, De mulierum organis generationî inservientibus, Lugduni, 1678, p. 140.
Quelques auteurs se sont demandé quels sont dans cet état de turgescence sanguine les vaisseaux donnant issue à l’écoulement menstruel. On sait, à n’en pas douter, qu’il n’y a aucune solution de continuité, que la sortie du sang a lieu par une sorte de transsudation. Celte question avait été agitée par Mauriceau. Les uns veulent , dit -il , comme Columbus et Primerose , que ce soit toujours par
les vaisseaux qui se terminent au col de la ma-
trice , « et Columbus dit l’avoir remarqué devant plusieurs personnes, en l’anatomie d’une femme nommée Sainte^ qui avait ses menstrues dans le temps qu’elle fut pendue pour avoir défait son enfant, ayant trouvé les vaisseaux qui se terminent en cet endroit tout remplis de sang , et beaucoup plus gios que ceux qui aboutissent au fond de la matrice (1). »
Mais , iudépendamment du temps de la gestation et de l’époque menstruelle, l’utérus peut éprouver de nombreuses congestions. Suivant Portai, tout ce qui peut diminuer , retarder , supprimer l’écoulement mensuel peut amener une congestion active (â)...
Des observations particulières, rapportées par
(1) Mauriceau, Traité des femmes grosses, Paris, 1740, U 1, p. 47.
(2) Portai, Anatomie médicale, t. 5, p. 517.
Boivin , tendent à prouver que l’afflux du sang vers Tutérus peut s’y faire avec une grande énergie, et de manière à déterminer des accidents fort graves. A l’ouverture d’une femme qui avait reçu des soins de M. le professeur Duméril et de Boivin, on trouva l’utérus d’mi rouge bran; les vaisseaux ovariques gorgés de sang. Chez une autre, traitée en 1827 à la maison de santés l’utéros présentait plus de volume que dans F état naturel... Le museau de tanche était rouge, gorgé de sang , plus volumineux du double qu’il ne Test d’ordinaire chez les femmes qui n’ont point eu d’eidants. La paroi postérieure contenait une tumeur ronde fibreuse, de quinze lignes de diamètre. JVP® Boivin se demande si cette tumeur était la
cause de la congestion dont le col de l’otérus of-
Irait des traces. Mais, comme en même temps il y avait eu embarras dans la circulation, Boivin pense que la congestion a pu être accrue par cette dernière cause (1).
Quoi qu’il en soit , dans ces circonstances , la tuméfaction peut être générale, ou porter plutôt sur le col. Mais de toutes les espèces de congestions, la plus fréquente est incontestablement celle qui affecte une marche chronique , soit établie
(1) Madame Boivin et Dugès, Traité pratiqua aes maladies de l’utérus, U 2, p. 388.
primitivement, soit établie consécutivement à une métrite aiguë, ou même à la suite de couches laborieuses. M. A.-C. Bandelocque nous a cité plusieurs exemples de cette dernière espèce.
Nous ne ferons que mentionner un autre organe qui très-souvent est le siège de congestions sanguines. Nous voulons parler du testicule. C’est presque toujours à la suite d’un engorgement inflammatoire que cette congestion reste établie dans son tissu , et plus particulièrement dans l’épididyme ; de là une augmentation du volume et du poids de l’organe, qui peut durer pendant plusieurs mois, toute la vie même, sans qu’on ait toujours à redouter pour cela une dégénérescence quelconque.
Il ne nous reste plus qu’à dire un mot d’une dernière congestion spéciale, la congestion hémorroïdale. Nous avons suffisamment parlé ailleurs des rapports de cette congestion avec les fluxions. Tantôt la congestion est accompagnée d’un écoulement sanguin, d’un flux ; d’autres fois il n’y a que congestion, tantôt intermittente, périodique même, tantôt permanente.
Nous n’en mentionnerons pas les causes , ceci nous entraînerait trop loin. Nous ajouterons seulement que la congestion ainsi localisée peut offrir des conditions anatomiques qu’on ne trouve
nulle part ailleurs. Dans l’état le plus simple , les vaisseaux engorgés sont plus particulièrement les veines ; elles sont dilatées , tortueuses , offrant çà et là des dilatations variqueuses. Mais souvent aussi, comme il peut se faire des déchirures, comme il peut survenir des inflammations, les tissus éprouvent des changements très-variés. Tantôt ce sont des tumeurs dites érectiles , des marisques, etc., etc...
Ici se termine tout ce que nous avions à dire et sur la congestion considérée dans les principaux tissus, et sur la congestion considérée dans les principaux organes. Comme complément, nous résumerons les caractères de la congestion purement cadavérique.
La congestion sanguine opérée après la mort ne reconnaît plus qu’un seul ordre de causes, elle n’est que l’effet des lois générales qui régissent la matière, telles que la pesanteur, la capillarité, les affinités chimiques. C’est surtout dans ses propres réservoirs que le sang est alors inégalement accumulé. Il remplit, il distend certains ordres de vaisseaux ; il laisse les autres dans une vacuité presque complète, et il peut donner à leurs parois des teintes rouges plus ou moins prononcées. L’accumulation, dans certains ordres de vaisseaux
plutôt que dans d’autres, peut tenir ou à un simple
effet de la pesanteur ou à la nature des fonctions accomplies par les organes et au genre de mort qui a emporté les sujets. Ainsi, comme fait de pesanteur, c’est dans les parties les plus déclives que le sang est surtout accumulé. C’est à la partie postérieure du tronc que la congestion des téguments est surtout marquée ; de même pour les organes intérieurs, pour l’engorgement des poumons qui a pu commencer pendant l’agonie et s’achever après la mort, toujours dans les parties les plus déclives; de sorte que toutes ces congestions peuvent différer totalement, en raison de la position qu’on donne aux cadavres.
Ainsi le cadavre est-il placé sur le dos, et c’est la position ordinaire, on trouvera, comme nous venons de le dire, au nombre de parties plus spécialement congestionnées, la région occipitale des méninges, la partie postérieure du cerveau, les points déclives de l’estomac, etc., etc., etc. Si le cadavre est placé sur le ventre, les parties postérieures seront exsangues, et les parties antérieu-
res congestionnées.
A l’égard des congestions qui tiennent aux derniers efforts de l’agonie, on peut en trouver les conditions dans le mode d’extinction, de cessation des divers actes de l’économie. Ainsi, si le sang est surtout amassé dans les veines caves, dans les ca-
vités droites du cœur, dans les capillaires du poumon, c’est que ce sang s’est trouvé en quelque sorte retenu dans le parenchyme pulmonaire, et ne peut plus passer dans les cavités gauches du cœur ; de là la vacuité presque complète de cellesci, des artères et de leurs principales divisions. Par la même cause, les organes éminemment vasculaires, riches surtout en capillaires veineux, ou dont le tissu est aréolaire, caverneux, sont alors aussi fortement congestionnés ; tel est l’état duj'foie, delà rate, des reins, du pénis, etc.
Mais, indépendamment et des effets de la pesanteur et des phénomènes de l’agonie, le sang, de ses réservoirs peut passer dans le sein d’autres organes, par une sorte 'd’exhibition ou de capillarité, de manière à colorer diversement tantôt les propres parois de ces réservoirs , tantôt des organes plus ou moins distants. De là des difficultés dans la distinction de ces congestions partielles. Lorsqu’en effet la congestion cadavérique tient aux conditions précédemment énumérées, on ne peut guère s’y méprendre et croire à l’existence d’une congestion pathologique. On sait toujours distinguer la nature de ces congestions hypostatiques et de ces accumulations de sang veineux dans les grands viscères de l’économie : mais il n’eo est pas de même de simples rougeurs sur la mem-
brane interne des vaisseaux, sur les membranes muqueuses et séreuses, celles-ci peuvent revêtir toutes les formes, je ne dirai pas des rougeurs inflammatoires , mais des rougeurs tenant à de simples congestions pathologiques.
En effet pour les rougeurs inflammatoires nous pouvons avoir quelques caractères particuliers , tels que , ou des produits nouveaux , ou du moins un ramollissement notable , une plus grande friabilité des tissus, un épaississement. Mais comment distinguer des rougeurs qui tiendront dans les deux cas à une congestion dont les conditions matérielles seront à peu près les mêmes , mais dont les unes devront dénoncer une maladie, tandis que les autres ne seront que l’expression de changements cadavériques ! Ces dernières auront pu être favorisées par l’élévation de la température, le contact de l’air, le long temps qui se sera écoulé depuis le moment de la mort , une diminution dans la coagubilité du sang , etc.
Une attention minutieuse pourrait peut-être permettre de suivre eu quelque sorte quel a été le trajet du sang de ses réservoirs dans les membranes voisines qu’il a été congestionner ; d’autre part, on pourrait peut-être reconnaître que le sang, passé ainsi par transsudation, par une sorte d’exosmose, n’est pas contenu dans les vaisseaux , dans les ca-
pillaires de la partie en apparence congestionne'e, mais qu’il est uniformément répandu dans la trame celluleuse ; toutefois on devra s’aider d’autres circonstances pour ne pas commettre d’er-reurs. On prendra en considération les dispositions propres de ces colorations^ l’état d'intégrité des parties , leur voisinage des troncs veineux et artériels, leur situation déclive ou non, le temps écoulé depuis le décès ^ l’état de la température atmosphérique, et enfin les circonstances antécédentes, c’est-à-dire les symptômes observés pendant la vie des sujets.
Nous n’irons pas plus loin dans cet examen de la congestion cadavérique ; nous ne chercherons pas ce qu’il pourrait y avoir de plus spécial , soit dans chaque tissu, soit dans les principaux organes de l’économie ; nous croyons en avoir dit assez pour faire saisir les caractères les plus saillants de la congestion cadavérique.