‹ Préliminaires de la session de 1817;Chapitre 5 sur 5 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Nous nous sommes abstenu de toute réflexion sur le discon-rs 'du trône > parce que , comme il n'apparjrifeât qu'aux Chambres d'y répondre , il nous & paru aussi qu'il n'appartenait qu'à elles de l'examiner publiquement. . Nous nous bornerons à dire que c'est avec la plus vive satisfaction qu* nous y avons

( Sx ) trouvé l'annonce du terme prochain des charges imposées par suite de l'invasion de i8i5. Si nous sommes rassurés sur l'Europe , elle peut aussi l'être sur nous : que l'on se connaisse bien de part et d'autre , et -l'on cessera de se craindre et de se jalouser. D'ailleurs , nous sommes arrivés à une époque dans laquelle oh fait plus avec de la bienveillance mutuelle, qu'avec de la ruine, des sévices et des menaces, autant d'attributs des petits esprits- et des mauvais cœurs. La fin prochaine des cours prévôtales nous a aussi beaucoup réjouis... Autre inutilité de moins.. '.

Nous voudrions pouvoir exprimer la même satisfaction sur l'annonce d'un concordai avec le pape. Comme il n'est point connu officiellement , nous n'avons rien à fen dire, quant au fond.

Il y u deux mois, il avait' répandu dans Paris une alarme vraiment risible. C'était lai faire beaucoup d'honneur, car s'il est inutile, il n'est pas dangereux. Les libertés de l'église gallicane sont plus en sûreté soiis un gouvernement représentatif , qu'aveô tous les

(5i) parlements du monde. Le pape est une puissance d'opinion; s'il vient jamais à choquer un gouvernement d'opinion, on verra. S'il y avait en des gouvernemens d'opinion aux époques des Grégoire VII, des Boniface VIII, ils n'auraient pas fait tant de bruit. On peut donc être fort tranquille à cet égard. Mais ce qui peut" porter à d'autres réflexions , c'est , pour un peuple abîmé d'impôts, et dont la' moitié manque de pain depuis» deux ans, de voir une partie de sa fortune passer à multiplier des cathédrales. Il faut garder que l'érection des cathédrales ne sappe des autels; car le cœur des peuples pressurés, finit par se placer dans leur bourse.' En Belgique, pays au moins aussi religieux que la France , on ne s'est pas occupé un instant des prêtres, qui sopt traités sur le pied français , tandis qu'en France on ne cesse d'en parler depuis quatre ans. C'est une manie véritable.

Il paraît de plus que le pape revendique Avignon ; alors que deviennent le Congrès de Vienne et les Traités de Paris , qui ont assuré ce pays à la France?-

Le pape avait perdu ses états de deux manières:

La première, légale et conforme an droit public, pour avoir, en 1796, 'fait la guerre, terminée par le traité de Tolentino, qui se-/ para les légations de ses états. La perte ou le gain des états est le prix de cette espèce de jeu qu'on appelle la guerre; quand on ne veut . pas y perdre , il ne faut pas y jouer*

La seconde manière, violente, illégale, injustifiable.

La spoliation opérée, en 18 10, de cette partie de ses états , vulgairement appelée patrimoine de saint Pierre. En i8i4? I e P a P e se .remit de plein drçit en possession de cette partie sur laquelle personne n'avait rien à réclamer; au contraire, il n'osa pas toucher à la première, restée sous le séquestre de l'Europe, jusqu'à la remise que lui en fit le Congrès de Vienne, parce que le territoire faisait partie de la reprise faite sur 1e royaume "* d'Italie , auquel il était annexé , dont la disposition dépendait du Congrès, comme faisant partie d'un état reconnu par toute l'Eu-

(54) rope, par le pape lui-même, et qui, comme le patrimoine de saint Pierre, n'était plus l'objet de ses réclamations.

Il faut s'entendre. Les Traités sont-ils quelque chose ou ne sont-ils rien ? a-t-on le droit de revenir éternellement réclamer sur ce que l'on a fait , acquis ou cédé au même titre par lequel les autres états se trouvent liés ? Peut-on distinguer commodément dans le même principe d'autorité pour choisir et reconnaître ce qui est favorable, et rejeter ce qui est contraire ? où conduirait une pareille méthode? Ainsi, d'un côté, le pape revient sur ce qui était éteint par les Traités, décidé par le Congrès de Vienne, et d'un autre côté, il reconnaît ce même Congrès, lorsqu'il lui remet une autre partie de ses états ; il invoquerait cette autorité s'ils étaient menacés. On cherche quelqup accord dans cette conduite.

Dans son allocution du 4 septembre i8i5, après avoir dit que la restitution de la Romagne avait inondé de joie le cœur des bienheureux apôtres > le pape, qifi venait d'annoncer que le Congrès la lui avait rendue, a

protesté contre la non-rasjBftiiâoti d'Avignon. Y avait-il donfiiAmlfte * Congrès de Vienne deux principes differens d'autorité , que l'on puisse reconnaître ou méconnaître à volonté ? Tout cela est-il concevable et recevable au tribunal de la saine raison ?

Les souverains qui ont fait le Congrès de Vienne, après avoir opéré , par leurs armes, les changemens qui ont eu lieu en i8i4> ont exercé, d'après la nature même des choses, une espèce de dictature et de protectorat sur la partie vacante et troublée de l'Europe, ils. ont dû porter des décisions obligatoires également pour tous ceux qui s'y sont trouvés compris, et l'on ne voit pas que personne, hormis le pape, ait tenté de s'y soustraire d'un côté en s'y soumettant de l'autre..... On ne voit pas que l'on protestât contre les stipula* tioûs du Traité de Westphalie, après en avoir accepté d'autres. Mais telle est le génie de la cour de Rome; toujours prête à ériger les faits en droits, elle a toujours à ses ordres des réserves pour faire valoir les mêmes droits pendant toute l'ékernité.

On dit que le concordat parle de paix rendue à l'église* Nous savions bien qu'il y avait eu guerre entre le pape et Napoléon; mais nous ne nous étions pas aperçus qu'il y eût la guerre 4 dans l'église de France. Tout y paraissait fort tranquille et fort d'accord ; le mécontentement de quelques évêques , revenus d'Angleterre pour reprendre des sièges dont une partie n'existe plus , ne constituait pas un état de guerre pour l'église gallicane qui vivait en paix sans eux, comme elle l'eût fait avec eux....

Il n'y avait de controverse sur aucun point, ni de contestation entre personne. Les événemens de i8i4 avaient séparé les combattant; la paix se trouvait donc toute faite.

On n'aperçoit pas distinctement la liaison qui existe entre notre temps et celui de Léon X et de François I er . L'étoffe sur laquelle ils travaillèrent, la matière bénéficiale, n'existe plus parmi nous. On n'aperçoit pas plus clairement l'avantage qui peut se trouver à faire souvenir les hommes qu'un jour le roi donna le spirituel à un pape , et que le pape donna

<5 7 ) le temporel à ce roi. Toiit cela était fait, et n'était pas utile à rappeler.

De plus , le rappel du concordat de Léon X , rappelle et renouvelle la cause des troubles qui ont plusieurs fois divisé Rome et la France. Elle provient de l'inégalité que ce concordat établissait entre le pape et le roi de France , d'une manière très-préjudiciable à ce dernier. Par ce concordat , le pape peut refuser l'institution canonique au* sujets présentés par le roi, sans alléguer de motifs canoniques, et, de son côté, le roi n'a aucun moyen de contraindre le pape à instituer les sujets ca~ nonic/uement irréprochables. Il est évident que la condition était inégale entre les contraclans ; nouvelle preuve de la nécessité de se bien aviser avant de transiger avec Rome.

C'était pour rétablir l'égalité , terminer tous les différens actuels , les rendre impossibles à l'avenir, et couper le dernier lien par lequel Rome tient les souverains sous sa dépendance, que le dernier concordat avait été conclu.

Les évêques étaient institués dans tous cas de contestations avec Rome : l'église n'avait

point à en souffrir ; Tes souverains et le clergé retrouvaient leur liberté; on avait travaillé pour le monde chrétien autant que pour la France. Un jour , il regrettera les fruits perdus de ce travail. On n'aurait plus revu un prince aussi puissant , aussi allier que l'était Louis XIV, réduit à voir, pendant on%esaiaèes i ses nominations sans réponse de la part de Rome, trente-deux èvêchès vacans , «t ses nommés réduits À leur tour à se rèbrajcter et a s 3 humilier j à l'exemple du roi lui-même, qui n'ia? paisa Rome qu'au moyen de lettres qui furent long-temps pour elle un grand sujet de triomphe : -et cependant on avait alors JB&ssuet, les parlemens, l'université; elle secours de toutes ces màcliiùes ne put pas faire reculer Rome d'un pas» , .

Il faut bien se -garder de confondre le pape chef du culte catholique , avec la oonr de Rome : le premier doit «toujours être un objet de respect , «t la seconde un sujet de défiance : il y a aussi loin de l'un à l'autre - 9 q<re<de la religion à la: chancellerie romaine.

JDejpuis quelques années ^ il est devenu de

(«9) mode d'affecter la religion, de la ramènera tout propos : de même pour la Providence j pour la plu6 petite chose , on montre Faction directe et visible de la Providence ; c'est à se croire à Gonstantinople , an milieu de ceux qui crient vingt fois par jour allah y allah y Dieu est grand et Mahomet est son prophète.

Cette manie a surtout gagné chez les femmes qui, comme chacun sait, sont d'exceilens juges dans ces matières : elles ont oublié le précepte qui leur interdit de parler dans l'église, qu'elles ont toujours eu la fureur de régen* ter , et qu elles n'ont jamais manqué de troubler. Les femmes sont toutes passions, et l'église est toute calme , ennemie des passions* Les querelles religieuses ont été, pendant quinze cents ans, la fièvre continue dé l'Europe, avec redoublemens et transports par intervalle. L'intermittence durait depuis soixante ans, beaucoup de symptômes font craindre le renouvellement de la maladie. Chez beaucoup, la religion est considérée comme un instrument de domination et d'empire sur les peuples; chez d'autres, c'est une arme, un reproche,

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flnp accusation contre des ennemis; chez ua grand nombre , c'est tout bonnement une hypocrisie politique ou intéressée. Le trône et lautel se sont tout d'un coup trouvés environnes de légions de chevaliers y que Ton n'attendait giyère, et qui seraient bien embarrassés *de dire ce qu'ils font là, ni ce qu'ils y cherchent.

Dans l'histoire des quatre concordats , nous chercherons à mettre un peu d'ordre dans ces idées fort troublées, ainsi qu'A faire connaître ce qu'il y a de religieux et de national dans chacun de ces actes. C'est là le vrai point . de la question.

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