MORION
Mais en la revoyant, mon trouble renaîtrait ! Non, Liber, j'ai besoin, au lieu de ta science. De ta fidélité, pour une confidence.
Depuis ce doux salut qu'un hasard me donna, Tu connais mon amour pour la belle Minna, Femme de Lubrio.
LIBER
Cet amour, ô mon maitre !
Comment aurai-je fait pour ne pas le connaître ? Moi, que dès son début, l'on chargeait avant tout De procurer l'épouse et d'éloigner l'époux !
MURION
Il est vrai, mais, Liber, il faut qu'on me pardonne : Ma passion nouvelle à chaque instant m'étonne. Elle règne en mon cœur comme aux Enfers les Dieux. Que crois-tu donc ?
LIBER
Je crois que c'est très dangereux.
MURION
Cette façon de voir me paraît bien sévère !
Tu me connais bien mal si tu me crois austère. A cet égard, je veux l'expliquer nettement Sur ce point délicat, quel est mon sentiment. A ton âge, dit-on, il faut prendre une route. Deux chemins diflérents vont s'otirir à ton doute : Choisis suivant ton rêve ou suivant ton désir. (Qu'il esi heureux celui qui peut encore choisir!) Un de ces deux sentiers giavit une colline,
L'autre offre à ton plaisir sa pente qui décline,
Il faut te décider, voluptés ou vertus.
Mais avant de parler, écoute-moi, veux-tu ?
Ne tranche pas ainsi ce si grave problème :
Entre ces deux chemins, j'en découvre un troisième.
Si tu le prends, je puis te prédire où tu vas :
Il parcourt des pays toujours verts, toujours plats...
Ce n'est point le sentier trop rude ou trop propice,
Il évite la cime et fuit le précipice.
Or, mon jeune seigneur, souviens-toi, pour les Dieux,
Que la sainte vertu se trouve entre les deux.
MURIO.N
Je suivrai le chemin que Minna voudra suivre.
LIBER
Oh ! l'imprudent enfant qui parle comme un livre ! Mais si tu suis la femme, ému par ses attraits, .Maître, comment veux-tu qu'elle te courre après ?
MURION"
Voilà, me semble-t-il, une étrange pensée !
LIBER
Étrange, il se peut bien, mais néanmoins sensée. Le destin en amour m'ayant jadis instruit. Je me suis en tout temps adroitement conduit. La femme est une fleur, nous dirait un poète N'en a qu'une celui qui par force l'achète : L'homme qui sait la prendre, étant jeune et coquet, Pour rien doit en avoir tout au moins un bouquet.
MURION
Oh ! Liber, par Vénus, ta sentence m'étonne !