SCÈNE III
MURION, MINNA
MURION, avec passion.
Oh ! Minna !
MINNA, le rappelant à l'ordre.
Murion !
MURION
Et quoi ! Tu me repousses ?
Hier, tu m'as dit pourtant des paroles plus douces !
MINNA, insouciante.
Les paroles s'en vont, c'est leur grande vertu.
.\IUR10N, amoureux.
Faisons comme elles, alors, allons-nous-en, veux-tu ?
.MINNA, calme.
Nous en aller : Où ça, mon cher, et pourquoi faire ? On est très bien ici !
.\1URI0N', passionné.
J'ai besoin de mystère Pour t'aimer à loisir, ô mon trésor, chéri ! Allons-nous-en chez toi, viens donc.
MINNA
Et mon mari !
MURION, décontenancé.
Ton mari... ton mari ?...
MINNA, insistant.
Mon mari...
MURION, s'emportant.
Par Hercule, Laissons-le de côté, cet homme ridicule ! Faut-il toujours subir le nom de ton époux ? Je n'y pense pas, moi !
MINNA
Non, mais il pense à nous
MURION, naïvement.
Il te Ta dit ?
MINNA
Enfant ! Mais ce qu'un liomme pense, Époux, aman: ou tils, sans une confidence, Une femme finit toujours par le savoir. Notre beauté n'est pas notre plus grand pouvoir ; Kt le Dieu qui sculpta ma vivante statue La fit d'abord pour voir, et puis pour être vue.
MUR ION', ironique.
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense à Liber : N'es-tu pas comme lui philosophe ?
MlNNA
Mon Cher, Il n'est pas toujours temps de rire... ou d'être tendre, Lubrio me soupçonne et pourrait nous surprendre : Que ferions-nous alors ?
MURION
Par Zeus ! Le beau malheur !
Car enfin, pourrions-nous avoir un .sort meilleur ? Que Lubrio nous voie et qu'il te répudie. Mais c'est la liberté de notre amour 1
MINNA
Folie !
Tu ne peux m'épouser pour ton père et ton rang : Je perdrais un époux, sans gagner un amant.