ARIETTES
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Notre Tâche
Son art le réclame ; Le poète entend Vibrer en son âme Le chant,
Et s il ne se lasse, Il pourra bientôt Sortir à sa place Le mot.
Par le rythme aidée Des termes d'airain, Jaillira soudain L'idée.
Ah ! certes, le chant Quelquefois est frêle !
Le mot est souvent Rebelle !
Mais on peut lutter.
Le barde superbe Arrive à dompter Le verbe.
Tandis qu'impuissants.
Nous quêtons l'aumône Du Dieu qui nous donne Le sens.
Juin 1912.
Chanson à ma Dame
J'ai tout chanté : l'Automne, Le Printemps qui bourgeonne, L'Été majestueux,
L'Hiver frileux ; Mai donna ses fleurettes, L'Hiver, Noël, des fêtes.
Et l'Automne, ses nuits,
L'Été, ses fruits.
J'ai chanté la prière
Du vent plein de mystère.
Et la forêt, l'oiseau
Et le ruisseau, Du bois, la verte mousse.
Du vent, la fraîcheur douce, La plainte de la mer.
Son flot amer.
Je t'ai chantée, ô belle !
Va, ne sois pas rebelle !
Suis l'exemple du vent
Et du printemps.
Du bois et de la brise.
Et paye en grâce exquise Cette chanson d'amour
Du troubadour !
mjxjmmmm^m^^
Aux Louis d'Or
Ma foi, je vous admire, en somme.
Sur le marbre de ce comptoir De brasserie où je consomme Mon rêve blanc, mon café noir.
Votre rondeur, qui vous l'acliève?
Quel est l'homme spirituel Qui donne cette roue au rêve Pour qu'il roule vers le réel?
Comme la Beauce ou bien ma strophe, Vous êtes plaies. Mais quel Dieu Vous donna la couleur du feu Et la froideur du philosophe ?
Mépris parfois, désir toujours, Tout homme ici-bas vous souhaite ; Mais quel est cet étrange amour ?
Dès que l'on vous a, l'on vous jette!
Si bien que, tel le Juif errant.
Dieu qui donne vous a maudites; Vous fuyez, portant dans la fuite Le Juif cinq sous et vous vingt francs.
Ce destin n'est plus si splendide.
Par ma toi, je viens de le voir :
Mon rêve est creux, mon verre est vide, Mon verre est blanc, mon rêve est noir.
BlïlIC.HfCA
Celui qui reste
{e connais un de ces poteaux
Que l'on voit, anciens ou nouveaux,
Porter toujours des écriteaux
Au coin des routes.
Celui qui passe et qui les lit Ne voit que ce qui est écrit.
Mais c'est beaucoup plus qu'il en dit
A qui l'écoute.
Il dit : « Je tiens, quoique lassé, Un écriteau qu'on m'a fixé Où, d'une flèche, on a tracé
La ligne preste.
De jour, de nuit, soir ou matin.
Qui me lit, vieillard ou gamin.
Plus tranquille suit son chemin.
Et moi je reste ! 11
11 dit : « Voyez sur les coteaux :
Les arbres disent : Pas trop tôt; Que chacun prenne son manteau,
Le mien, le vôtre !...
Et tout verdit, fleurit, sauf moi; Et pourtant, n'est-ce pas? je crois Que je suis aussi fait de bois Comme les autres:
tt Ainsi (Jonc, arbic condamne, Je suis sans feuilles ni gaité Tandis que retourne l'été
Que je redoute ; Ainsi donc, malheureux en tout, Je reste immobile et debout Pour toujours prisonnier, c'est tou !
Près d'une route ! »
Avril 191 1.
A une Feuille
A Mademoiselle M"*" A*"
J'aime les rêves, sans y croire ; J'en faisais de tristes, tandis Que je vous fixais, toute noire, Toute noire sous le ciel gris.
Au matin, la fenêtre ouverte Devant un horizon de feu.
Je vous aperçus toute verte, Toute verte sous le ciel bleu.
Quelques jours après, un dimanche, Je vous revis, spectre jauni.
Pendant au bout de votre branche, De votre branche sous un nid.
Depuis lors, je me dis sans cesse :
Feuilles, qui brûle votre corps ?
Est-ce la nuit et sa caresse ?
Le jour et ses brillants décors ?
Homme, pour toi, qui donc t'enlève Le plus ton pauvre temps qui fuit ?
Est-ce la vie ? Est-ce le rêve ?
Est-ce le jour? Est-ce la nuit ?
Juillet 1911.
Chanson de la Nuit
L'air se fait plus dense.
Mauve, violet, noir.
Un rythme commence Dans les champs le soir, Et l'ombre légère Du ciel descendant Se mêle à ce chant Qui vient de la terre.
Plus d'arbre empourpré Dont la feuille bouge, Et plus de toit rouge Dans le vert du pré.
Plus de blanche route.
Le soir gracieux Vous ferme les yeux Et vous dit : Écoute !
Sur le ciel laiteux, Quelques silhouettes Se détachent nettes.
Et lèvent pieux Agite en passant Le rameau qui penche, Caresse des branches Et chanson du vent.
Un rytlime vient, trèle, De se préciser.
Le vent comme une aile Vous donne un baiser.
La nuit se recueille Et c'est maintenant Le baiser du vent Et le chant des feuilles.
Septembre 1910.
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Visite
A Mademoiselle H'" M"" D"
Rappelez-vous, petite fille, L'autre année au mois de juillet :
Vous veniez me voir bien gentille Pour vous faire un petit bouquet.
Ah ! Tout mon jardin était vôtre ; Vous tendiez vos petites mains Et je croyais voir, c'est certain, Une fleur en cueillir une autre.
Et puis, la fête fut finie ; L'air avait autant de fraîcheur ; J'avais presque toutes mes fleurs, Mais vous, petite, étiez partie...
Avril 191 1.
La Statue
Dans un coin discret du jardin, l'ai découvert une statue Qui m'attend là, soir et matin, Majestueuse, calme et nue.
En vieil ami, je la connais...
Depuis le premier jour, du reste, Je lui revois le même geste Quand j'arrive et quand je m'en vais.
Le vent du soir qui se faufile Parmi les rameaux agités, En l'effleurant laisse immobile Sa toison de cheveux sculptés.
Souvent un rayon de lumière Jusqu'à son front vient se glisser.
Et chaque fois les yeux de pierre Ont dédaigné de se baisser.
Novembre la baigne de pluie ; L'hiver ensuite, sans façon, D'une bise froide l'essuie Sans qu'elle ait le moindre trissoui
Pourtant je chéris son silence, Et h cause de nos amours Est dans la noble indifférence Des saisons, des mois et des jours.
Elle ne comprend pas sans doute Les compliments que je lui fais.
Mais moi, voyant qu'elle se tait.
Je puis bien croire qu'elle écoute !
Et c'est pour cela qu'il m'est doux De retrouver, sous le même arbre.
Cette belle dame de marbre Toujours fidèle au rendez-vous...
Septembre 191 3.
Chansons
Au milieu du silence où le soir se recueille, Un murmure a passé, grave, doux et puissant. Quel est donc cette plainte immense qu'on entend ? C'est la chanson du vent qui chante dans les feuilles.
On a su réunir dans un décor de bal Tout ce qui peut charmer, enivrer et séduire. Plus ardent que l'amour et plus gai que le rire, Ecoutez donc le vin chanter dans le cristal.
Sur les rochers têtus, en vain persuasive, La mer en caressant a jeté sans raison Une plainte éternelle, un éternel frisson ; C'est la chanson du flot qui chante sur la rive.
Il est un chant parfois plus triste que la mer Et plus joyeux aussi que la chanson qui grise. Plus impalpable encor que la légère brise ; C'est la chanson du cœur qui chante dans les vers.
Avril 1912.
Danses
C'est le printemps, et tous ensemble, Les nuages tournent là-haut ; La chanson du zéphyr ressemble Au rythme frêle des pipeaux.
La poussière sur la grand'route, L'été, se lève en tourbillon, Et le vent puissant qu'on écoute A la caresse d'un violon.
Elles dansent, les feuilles jaunes, Autour des arbres nus et noirs ; J'entends les orgues de l'automne Dans le grand murmure du soir.
En leur farandole sauvage, Bondissent les flots de la mer.
La tempête souffle avec rage Dans l'aigre flûte de l'hiver...
Avril 19 12.
Soir d'été
Le ciel serein En or se peint; Le jour s'éteint.
Le soleil, en roi glorieux, Fait son départ majestueux En jetant de l'or dans les deux, Toujours de l'or, de l'or encore ; Le vent du soir mélodieux Se mêle à l'Angelus pieux Et fait ce départ gracieux
Comme une aurore.
La nuit à la pâle beauté S'en vient avec légèreté Avec sa toilette d'été
Faite de voiles ; Elle prend cette majesté, Y jette un rayon argenté, Et de ce grand manteau doré
Fait des étoiles.
Le jour a tui, L'étoile luit :
Voici la nuit.
15 avril 1909.
Belles de Nuit
Le blond matin leur tait la cour Depuis longtemps, en pure perte.
Sur le lit d'une feuille verte.
Elles sommeillent tout le jour.
Semblables aux fières sultanes.
On ne peut les apercevoir Que lorsque l'air jalou.\ du soir Les vêt de voiles diaphanes.
Mais, dès que le soleil s'enfuit, Parmi les ombres taciturnes, Elles s'ouvrent, ces frêles urnes, Comme pour embaumer la nuit.
Épanouissant leur corolle.
Elles invitent, dans un jeu, Les étoiles, ces fleurs de feu Qu'on voit éclore à tour de rôle.
Ainsi, tandis qu'un ciel serein Se pare de fleurs enflammées.
J'ai ces étoiles parfumées Pour orner mon petit jardin.
La Cigale
Sur ce pin sans doute, Ou cet autre-ci, Celle que j'écoute Chante en plein midi.
Le cri qu'elle lance Par-dessus les blés Perce le silence, .Mais sans le troubler.
L'oiseau se repose Et le vent s'est tu.
Seule, elle compose Son hymne pointu.
Cette note fraîche Dans l'air desséché Part comme une flèche Vers un but caché.
De ce dard sonore, L'insecte railleur Frappe et frappe encore Mon front de dormeur,
Et sa voix qui vise Le mur de l'enclos.
Sur la pierre grise Ricoche en échos.
Ce chant insensible.
Pour le décrocher.
Prend-il comme cible Le coq du clocher ?
Aigu, le son passe Et va, dans un jeu, A travers l'espace Trouer le ciel bleu,
Petites piqûres Qu'on verra ce soir, Brillantes blessures, Cribler le ciel noir...
Tu chantes, tu chantes.
Jetant sans repos.
Tes chansons méchantes, Subtils javelots.
Malgré moi, j'écoute Sans me détacher Cet air qui m'envoûte.
Musical archer.
Car ton chant de tlamme.
Étrange aiguillon, Lpingle mon .ime Comme un papillon !
Juillet 1914.
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La Chanson du Blé
Elle s'étendait dans la plaine Devant moi, la grande moisson.
Comme elle murmurait à peine, J'ai dû deviner sa chanson.
« Nous sommes dans ce champ immense « Des milliers de frères égaux, t( Enfants d'une même semence « Qui mourront d'une même faux.
« Déjà l'on a dû, pour nous faire
« Épis dorés, minces et lourds,
« Déchirer cette plaine entière
« En d'impitoyables labours.
« L'agile semeur, à mains pleines,
« Afin que plus tard nous naissions,
(I Tout le jour a jeté des graines
« Sur le flanc ouvert des sillons.
« Il faudra, pour qu'on nous moissonne, « Incliner des fronts en sueur, « Jusqu'à l'heure où l'Angelus sonne, <( Sous le travail et la chaleur.
« Par un soir d'août, on raccompagne
« Les chevaux traînant les cliars pleins..
« hcoutez donc dans la campagne
« Gémir les meules des moulins!
« Écoutez surtout la prière
« Q.ui monte de chaque maison
« Où l'on demande à Dieu le Père
« Le pain d'abord, puis le pardon !... »
Et toujours, dans la plaine immense Q.ui s'étendait devant mes yeux, Le vent balançait en cadence Les épis lourds et paresseux.
Juillet 1914.
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La Poussière
Par un jour où le bon mistral Soufflait d'une folle manière, En un rêve bien provençal, j'ai revu toutes les poussières.
D'abord celle que les troupeaux Soulèvent sur la grande route Et — le coquet, sans qu'il s'en doute ! Poudre à frimas le chemineau.
Celle encore qui, tracassière, Se cachant dans les bibelots.
Semble dire à la ménagère :
« Tu n'auras pas le dernier mot ! »
le pense à celle de nos classes Qui peignait de gris tous nos bancs.
Et sur laquelle l'enfant trace Des bêtises, les jours de vent;
A celle que l'on voit paraître Dès que passe un rayon vermeil, Et dont le rôle semble n'être Que de vivre dans le soleil...
Entendez la plainte précise Que, dans le silence pieux.
Fait la poussière de l'église Sous les pas traînards des curieux,
Et la poussière heureuse et bonne, Lourde de pollen au printemps, Jusqu'à la poussière d'automne Que font les feuilles en tombant...
Plus longuement, je pense à celle Qui pour nous autres est la fin, Et que le prêtre nous rappelle Chaque année en trois mots latins...
Ainsi le vent de poésie A mêlé dans un même essor Et les poussières de la vie Et la poussière de la mort...
Avril 191 1.
Petite Pluie
Regarde : la pluie Sur notre prairie
Descend.
Notre toit l'accueille Et l'arbre où la feuille Pend.
Et puis elle glisse Sur la tuile lisse,
Et choit Sur la terre humide Où l'herbe timide
Croit.
De la branche frêle, Vois, elle ruisselle
Encor Sur les tiges folles Ou sur les corolles
D'or...
Mais le vent s'impose Laissant découvert.
Sous un ciel plus bleu, notre toit plus rose Et l'arbre plus vert...
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La Chanson d'Amour
Dans le )our qui s'efface, La livlère qui passe, 1-raiche, mais un peu lasse De s'en aller toujours.
Au saule qu'illumine Le soleil qui décline, Murmure, humble et câline, Une chanson d'amour.
Le vent du soir, très tendre Et galant, va surprendre La branche qu'on voit pendre Prête à s'abandonner.
Il la berce sans cesse, Et sous cette caresse, La trop frêle maîtresse Se prend à frissonner.
Une cloche qui sonne
Chante de sa voix bonne :
(( Aimez-vous, Dieu l'ordonne ;
« Il bénit tout hymen ! »
Vers Dieu, naïve et fière,
Monte cette prière,
Et la nature entière
Dit un immense : Amen !
Juillet 1910.
L'autre Noël
J'aime ces Noëls sans tapage, Si modestes, mais si jolis, Que célébraient dans leur village Les bonnes gens de ce pays.
Vous vous imaginez sans doute Le père, la mère et le « fieu »
Dans l'ombre se mettant en route Vers la chapelle du bon Dieu.
Ils ont leurs habits du dimanche, Un bruit de cloche les conduit Sur cette neige encor plus blanche^ Sous le ciel sombre de minuit.
Tous ils ont pris une lumière Pour mieux se guider en chemin ; Chacune brille à sa manière Comme une étoile dans leur main.
Je revois le vieux prêtre austère, D'un geste divin bénissant La coiffe blanche de la mère Et les cheveux blonds de l'enfant :
Et puis le réveillon suave ; Le grand-père qui s'attendrit Auprès des mioches à l'air grave.
Et l'aïeule qui leur sourit !
Avec nos brillantes veillées, Nous devons avoir l'air, je crois, D'imiter toutes les années Le superbe Noël des Rois.
Mais eux, dans leur modeste veille.
Les villageois, sans y songer, Ce qu'ils célébraient à merveille, C'était le Nocl du berger !
V\sa4^rta 4r\-5ii/v w^^^^n; W'\;âiiy%. Sr^sîAL*'^
Cravates
Vous avez beaucoup de prestige A mes yeux, car en vous je vois Comme le suprême vestige Des élégances d'autrefois.
En nouant l'étoffe rebelle Aux replis souples et soyeux, Je songe aux jabots de dentelle Que portaient nos graves aïeux.
Et tous les matins je constate.
Comme vous tous — n'est-ce pas vrai ?
Que, lorsqu'on noue une cravate, On fait un geste bien français.
Des vieux siècles de courtoisie C'est tout ce que l'on a sauvé.
Et nos habits n'ont conservé Que ce reste de fantaisie.
C'est pourquoi je vous aime tant, Car c'est en vous que je vénère Le dernier de tous les rubans Des marquis de Monsieur Molière.
15 Août 191 2.
m^m^mm^mimâ
Aux Vieilles Malles du Grenier
Vous êtes toutes entassées Dans une chambre, sous les toits, N'ayant plus rien dans vos pensées Des longs voyages d'autrefois.
En avez-vous commis des crimes, Cortres de bois garnis d'acier !
Je me rappelle vos victimes :
Les étoffes que vous froissiez...
Toujours pesantes, toujours lasses, Vous nous disiez à tout moment Que la beauté tient de la place, Qu'un souvenir est encombrant.
Maintenant voilà qu'il se venge, Le passé, car il vous a fui :
Il vous laisse, vieillards étranges, Vides de songes, pleins d'ennui !
Vous gardez d'un passé splendide Du papier sur votre caisson.
Comme ces voyageurs stupides Qui ne retiennent que les noms.
Croyez-vous qu'on vous eut placées Dans cette chambre sous les toits Si, voyageuses harassées, Vous pouviez parler d'autrefois ?
Septembre 1910.
uuu§^MMU§^i^i^^i^^M^MUï^uu
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La Mort du Chat
On l'a trouvé mort ce matin, Les poils brouillés, le regard vide.
Étendu sur la terre humide Sous un banc de notre jardin.
Depuis dix ans, j'étais le maître De cet être souple et léger.
Et, à force de le connaître, Aurais-je pu ne pas l'aimer ?
J'en ai gardé dans ma mémoire Un portrait fidèle et précis :
Son œil jaune à prunelle noire, Son ventre blanc et son dos gris.
Je le revois courir encore, Tour à tour rapide et prudent.
Au jardin où, depuis l'aurore. Il s'amusait comme un enfant.
Le jour, étalant sa paresse.
Dédaignant gouttières et toits, Dans sa fourrure bien épaisse.
Il prenait des airs de bourgeois.
Mais, dès que la nuit s'était faite.
Il profilait sur le ciel gris, En pittoresque silhouette, Ses membres soudain amaigris.
Moustachu comme Don Quichotte, Il rappelait, en miaulant faux.
Qu'un des siens a chaussé la botte Dans un des contes de Perrault.
Mais, le jour, ce croquemiiaine Se ressouvenait, gros et gras.
Qu'il avait été magistrat Dans les Fables de La Fontaine.
En le voyant, on aurait dit.
Tantôt c;\lin, tantôt féroce, Une pelote un peu trop grosse Ou bien un tigre trop petit.
Et quelle inquiétante nature !
Il nie donnait, capricieux, La caresse de sa fourrure Et la menace de ses yeux.
Quelle lugubre promenade Et quel lamentable regard, Quand il se traînait tout malade Avec des gestes de vieillard !
Lui toujours vif, toujours alerte, Méfiant, même quand il dort.
Il est là, sur la terre, inerte, Impuissant, immobile, mort !...
Août 1912
f^îgcspPîgîPf^si^M^S^
Aux Chapeaux de Paille
Puisque mon âme est résolue A remplir son devoir, souffrez, Vous qui si souvent saluez, Qu'à votre tour on vous salue !
Car l'on vous aime, je vous dis, A cause de vos façons d'être, Encor bien plus que votre maître, De purs citoyens du Midi.
J'en atteste vos grandes ailes, Toujours prêtes à voler quand Le moindre petit coup de vent S'en vient à passer auprès d'elles.
J'en atteste votre couleur Qui, petit à petit, se dore.
Comme si, malgré le faucheur, La paille mûrissait encore.
D'être privé des oripeaux De l'ancien temps l'on se console.
Car nous avons, sous ce chapeau, L'air de porter une auréole.
Vous me scmblez, fils de l'été, Tissés de soleil, de manière Q.ue notre front est abrité Sous un couvre-chef de lumière,
Si bien que ce sort sans pareil Nous fut donné par notre chance :
Nous avons tous, fils de Provence, L'air d'être à l'ombre d'un soleil !
Voilà pourquoi je réitère
Pour vous mon salut volontiers,
Et je retire, pour le faire,
Le plus neuf de mes canotiers 1
La Chanson du Poète
Devant le soir tombant, Devant le jour naissant, Devant l'amour, devant
Mon rêve, Je sens naître en mon cœur Un rythme qui, charmeur.
Rend l'heure sans fadeur.
Trop brève.
Comment sentir l'ennui Devant la belle nuit Q.ui recouvre sans bruit
La terre, Quand, rêveur curieux.
On cherche de son mieux Des nuits le gracieux
Mvstère !
Quand je souffre, je cours Me noyer dans le jour, Dans les bois, dans l'amour.
Seuls charmes :
Je donne au ciel joli, Par le matin pâli, Mon chant, et à l'oubli
Mes larmes !
30 Mai 1909.