‹ PrémicesChapitre 4 sur 32 · FANTASIAS · texte numérisé non relu

FANTASIAS

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Premier Janvier

Suivant une coutume aimable et surannée, Au lieu de souhaiter simplement le bonjour, En ce matin d'hiver, je venais à mon tour Plus solennellement vous dire : « Bonne année ! »

Le terme est aussi vieux, ma foi, qu'un mot d'amour ! Et je ne pense pas vous avoir étonnée... Cependant, devant moi, vous aviez l'air gênée Comme avec un galant qui vous eût fliit sa cour.

Je me souviens encor que votre main distraite Caressait un coffret, parmi d'autres épars Sur un meuble placé près de vous, au hasard.

Et, dans l'enchantement d'une exquise toilette. Votre être délicat, bien mieux que ce jo3'au, M'apparut un instant comme un divin cadeau...

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La Marquise

En fouillant d.ins un tiroir

Pour revoir Un peu quelques vieilles choses.

J'ai retrouvé le portrait

Tout parfait D'une marquise au teint rose.

L'artiste galant omit

Le marquis Sur la miniature étroite.

Marquise, au peintre souris :

C'est le prix De ce bijou qui miroite.

N'a ton ciiarme suranné

Point fané :

Tiens au peintre ta promesse !

Va, ne lui marchande pas.

Car il a Éternisé ta jeunesse !

Grâce à lui, vient voltiger,

Passager, Dans mon cœur un doux caprice, Et je viens de déposer

Un baiser...

Un baiser sur l'émail lisse !

26 mai 1909.

Le Sourire

Je note ce détail vite, avant que j'oublie. Je llAnais... Une femme a passé près de moi... Machinal, j'ai tourné le regard, et, ma toi ! La lille n'était pas jolie.

Elle ne plaisait pas : - Je ne sais donc pourquoi Mes tempes ont battu ce rythme de folie ! Elle dut dans mes yeux deviner cet émoi, Car la femme sourit... Mon histoire est finie.

Mais ce que j'en retiens d'utile et de charmant, (Est-ce ma vanité qui parle en ce moment ?), C'est que belle elle tût plus qu'on ne peut le dire.

Je lui prends donc, laissant son visage à l'oubli, Tout ce que le destin lui donna de joli, Et dans mon souvenir je garde ce sourire.

24 Juin 1912.

Mardi-Gras

Un bruit a couru la ville Sitôt que le jour a lui :

Carnaval, ce roi futile, Doit décéder aujourd'hui.

Bien vite chacun s'apprôte ; Le ciel aussi se fait beau.

Car tout doit se mettre en fête Pour le mener au tombeau.

Du roi, le joyeux délire A gagné le peuple entier ; Ce soir on cesse de rire :

Le meilleur, c'est le dernier.

De partout la foule émue Court vers le défunt royal.

Aujourd'hui, c'est dans la rue Que va se donner le bal.

Le plaisir, maître des âmes.

Va dire son dernier mot.

Et le fliible creur des femmes Danse cl rit comme un grelot.

Plus d'une .lui.i Ju cour.ifjc Gr;ke au masque qu'elle a mis ; Ainsi, se faisant plus sage, Le loup garde la brebis.

Hâtons-nous ! l'heure s'avance.

Le jour va bientôt finir...

Confettis, folle semence, Faites germer le plaisir !

Dans ce jour où tout est songe, Chacun peut rêver tout haut.

Sous le masque de mensonge.

Notre discours est moins taux.

Allons, vive la folie !

Son court règne me plaisait, Je ne reprends qu'à regret Le carême de la vie !

Madrigal

le vous dis : vous êtes jolie jusqu'au bout de votre soulier.

Vous le dire est une folie.

Mais j'ai peur que vous l'oubliiez.

Vous avez des yeux pleins d'adresse, Vos lèvres ont un joli coin, Li taille fière se redresse...

Mais tout cela n'importe point !

Votre esprit souple sait nous plaire, On vous écoute avec plaisir, Et l'on soullre à vous voir vous taire Presque autant qu'à vous voir partir !

Va même, sans vous avoir vue, On ne vous aimerait pas moins Si l'on vous avait entendue...

Mais tout cela n'importe point !

Que vous font les dires des autres ?

Q.UC pèsent ces propos flatteurs ?

Ce ne sont pas ces patenôtres Qui pourront remplir votre ccvur !

11 est un mot d'une autre sorte Qui saura convaincre toujours.

Ce mot là, c'est le mot amour :

Je vous aime... et cela m'importe !...

Septembre 1910.

Le Masque

Ce petit masque de satin Avec ses deux légères brides, Je viens de le prendre à la main ; Il me fixe de ses yeux vides.

Ce n'est qu'un souvenir de bal, Futile objet, détail infinie, Voilà pourtant que je m'anime Pour ce rebut de Carnaval !

Vous le portiez ce soir de fête Avec malice, avec gaîté.

Pourquoi l'aviez-vous mis, coquette ?

Pour nous cacher votre beauté ?

Pour dérober votre pensée, Le portiez-vous comme un défi ?

A ce petit jeu U\, rusée.

Votre visage aurait suffi.

J'admets tous vos jouets de femme :

Le miroir, l'éventail subtil; Mais un masque, chère madame, A quoi donc cela vous sert-il ?

Février 191 3.

Je

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Le Cid

Las, mais non épuisé, coiniiic lui vaillant lutteur, Le Cid s'est étendu le soir d'une victoire : Il repasse des noms de rois dans sa mémoire En essuyant son tront inondé de sueur.

Le soir, le campement semble une immense toire : On se vend le butin... Lui, le chef, est .songeur. Il partit conquérir un empire et un civur : Il sent le sien conquis, à son tour, par la gloire.

Le soldat, ivre un peu, donne pour de l'argent Ce qu'il a dans le jour acheté par du sang... Sur ce peuple, le sien, son regard se promène :

li est plus grand seigneur que s'il avait Madrid ;

Il sent Rodrigue, en lui, pâlir devant le Cid,

Et son cœur orgueilleux près d'oublier Chiniène. .

Voyage en Espagne

A mon compagnon Je route Henri C"

J'ai connu chaque merveille Du royaume de Madrid, Petit- neveu de Corneille En voyage chez le Cid.

Four ces voisins de la France Je m'étais pris d'amitié, Ayant lu Musset d'avance Et Théophile Gautier.

Les soirs où l'on se promène, Je comptais offrir mon bras A quelque jeune Chimcne Pour aller voir l'Alhambra.

En une fête galante, J'aurais, dans un tandango. Récité pour quelque Infonte Des vers de Victor Hugo.

Ce voyage littéraire, Pourquoi donc l'ai-je achevé?

Quelle sottise de faire Ce qu'on a si bien rêvé !

Et que mon âme fut sotte.

Alors qu'il tais.iit si chaud, De te suivre. Don Quichotte, Au lieu d'écouter Sanchol

Ainsi, j'ai vu Barcelone Où jamais Musset n'alla.

Je n'ai salué personne Tout le long de la Rambla.

Mais tous ces gens que j'ignore Semblaient me trou%'er mesquin, Comme s'ils étaient encore Des sujets de Charles-Quint !

Dès que le soleil se couche (Il s'y couche maintenant!) Tout recoin paraît farouche A l'étranger innocent.

Car ces seigneurs d'épopées.

Grands destructeurs de taureaux, Ont raccourci leurs épées A n'être que des couteaux !

Les sérénades sont-elles De ce pays sombre et fier ?

Les balcons sont des dentelles, Mais des dentelles de fer 1

Pauvres femmes, qu'on vous plaigne!

Car, dans ce pays, hélas!

On voit triompher la duègne Et désespérer Ruy Blas!

Vous devez, mes pauvres filles.

Plus esclaves qu'au serait, Ou pleurer sous les mainilles, Ou bâiller sous l'éventail!

Oh! ces heurts de castagnettes Dans les doigts de ces toqués !

Ils tout sur ni.i pauvre tête ■ Un bruit d'os entrechoqués!

Je ni'atVoIe et je sutfoque En août, sous ce ciel de plomb!

L'œuf qu'on me sert X la coque Me dit : « Tu n'es pas Colomb! »

Lors, sans perdre de journées, J'ai fui vers ces monts puissants Qui, depuis Louis-lc-Grand, Remplacent les Pyrénées...

Septembre 191 5.

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L'Orchestre

Un homme en liabii noir vient de lever la main Et le bruit clair des voix qui montait vers la voûte, Devant ce geste lar^e et magique sans doute, Doucement et sans heurt, s'allaiblit et s'éteint.

Un silence. La foule, avant d'entendre, écoute... Elle voit les arcliets qui s'inclinent soudain. Et l'absente harmonie, on la devine toute Dans chaque mouvement de chaque musicien.

D'un seul coup, la musique a rempli le théâtre, Hôte mystérieux qui règne et qui fait battre Les cœurs où le frisson des harpes a monté...

Puis quand tout, à nouveau, cesse de palpiter, Vers l'orchestre chacun penché voudrait encore Entendre et regarder tous ces gestes sonores.

Mars 1914.

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Les Mamans

Quand la danse recommençant Souligne chaque préférence, Je voudrais savoir ce que pense Le groupe attentif des mamans...

Est-ce un peu d'un passé troublant Qui, dans leur rêve, recommence ?

Sous le rythme léger des danses, Ne songent-elles qu'au présent ?

Ou bien ont-elles, amusées.

Imaginé les destinées

De tous ces couples d'un moment ?. ..

Pendant que valses et quadrilles Pour un instant prennent les filles, A quoi donc pensent les mamans ?

Avril 191 2.

Un Conte

Pour mes amis Robert C" et Jean K"

Je viens de le trouver tout bâti, l'autre soir. Dans la salle commune où se fait la veillée. Nous suivions, vrais enfants à l'àme émerveillée, Les miracles du feu luisant dans l'àtre noir.

Au-dessus de nous tous, la lampe, bonne fée. Nous donnait sa clarté de travail et d'espoir... Les millions de lueurs dont la nuit est peuplée, C'étaient les farfadets, hôtes des vieux manoirs.

Deux fauteuils somptueux que l'on voyait à peine Rappelaient le bon roi débonnaire et sa reine. De tous les contes bleus éternels figurants.

Dans la pénombre aussi, petite jeune fille. Votre cœur bat soudain et votre regard brille : Vous avez vu passer quelque Prince Charmant...

Avril 1912.

Valse

Vous l'avez oublié sans doute, moi j'y pense.

Mais croyez que tout seul je m'en souviens pour deux :

Ce ne sont là pour vous guère plus que des jeux,

Et cependant, pour moi, c'est presque une souffrance.

Car nous dansions ensemble, et nous étions heureux, Vous d'un plaisir fuyant, frivole, mais immense, Fait de luxe et d'entrain, de lumière et de danse, Et moi de ce bonheur d'être près de vos yeux.

Vous écoutiez alors cette valse légère

Dont la voix essayait peut-être de vous plaire,

Apportant ses accords les plus fins jusqu'.\ vous.

Elle égayait d'un rire, effleurait d'une plainte ;

Et de ce rythme-l;\ j'étais un peu jaloux :

Ne le trouviez-vous pas plus doux que mon étreinte ?

Mars 191 3.

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Musique

Elle est A son clavier, elle joue, et sans doute Kllc veut m'envoyer, quand je ne puis In voir. Ce messager qui sait me trouver dans le soir, Qi\e mon oreille entend, mais que mon cœur écoute.

Avec le chant lointain, nie parvient chaque fois La parole d'amour, par mui toujours comprise, Dans l'air mystérieux que m'apporte la brise. Subtil comme un parfum qui serait une voix...

Et la faible chanson m'effieure et me pénètre... Oh ! comme je bénis ce rythme ù qui je dois Si bien de ressentir jusqu'au fond de mon être La caresse légère et douce de ses doigts !

Novembre 1912.

A Pierrot

Où donc t'en vas-tu si triste ?

Oii donc t'en vas-tu si seul ?

Ta tunique de batiste Ce soir a l'air d'un linceul.

Hrrant dans cette nuit sombre, On dirait, pâle rôdeur.

Que tu cherches en vain l'ombre Pour y cacher ta blancheur.

Maintenant je te devine Sous les arbres du chemin !

Y cherches-tu Colombine, Ou bien luis-tu l'Arlequin ?

Je me demande en moi-même D'où donc te vient ta couleur :

L'amour seul te rend-il bleuie, Ou bien es-tu blanc de peur ?

En une neige éternelle

Nous te croyions tous sculpté ?

Ta neigeuse majesté

J'en suis tristement surpris, .Mais vraiment je ne puis croire Que sous ta calotte noire Se cachent des cheveux gris.

Va, crois-moi, pauvre bonliomme, Ta jeunesse ne t'a lui Qu'à force d'être un fantôme Errant dans l'ombre et la nuit.

En vain tu bats la campagne Pour retrouver ta gaité.

Ne crois pas qu'on la regagne Dans les molles nuits d'été.

Si tu gèles jusqu'aux moelles, Même pour l'amour de Dieu, Ce ne sont pas les étoiles Qui te donneront du feu.

Quitte-la donc, ta nuit brune, Oh ! mon pauvre ami Pierrot, l£t ne lui dis plus un mot.

Le soir, au clair de la lune !

Si tu veux qu'un sang vermeil Te ranime ce teint pâle.

Viens donc, comme la cigale, Chanter au clair du soleil !

Le Vieux Soleil

Tiens, bonsoir, Madame la Lune !

Je te vois avec émotion, Toute blanche dans la nuit brune Par esprit de contradiction.

J'aime bien tes simples manières, Car tu t'installes sans façon Dans ton ciel fleuri de lumières, Monarque doux et bon garçon !

Mais je voudrais mieux te connaître.

D'où viens-tu donc, astre ignoré ?

Pour moi, je crois que tu dois être Quelque vieux soleil dédoré.

Dans ta jeunesse, sur le monde, A l'heure ardente de midi, Tu jetais de la clarté blonde :

Tes rayons, plus tard, ont pâli.

Mais toute une foule t'écoute Dans le ciel calme de minuit :

Les étoiles, qui sont sans doute Des soleils encore petits.

Tandis que sur terre sont closes Nos paupières et nos maisons, Tu dois leur donner sur les choses De délicieuses leçons.

Car il faut que chacune sache Les saisons, les mois et les jours, Pour que, lorsque viendra son tour, EUc remplisse bien sa tAchc.

Et, tandis que tu les instruis Pour nous, ici-bas l'on ignore Que, dans le silence des nuits, Tu nous prépares des aurores !

Mars 191 2.

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Le Rayon de Lune

je suis l'étrange amoureux Qui teint de blanc la nuit brune.

L'amant regarde les cieux ; Moi, ie tombe de la lune.

Que je plains ces Roméos

Qui s'élevaient vers leurs belles !

Ce sont de piteux héros !

C'est moi qui descends vers elles.

Pâle et fier, toujours nouveau.

Flamboyant comme une épée.

Je mêle en mon blanc manteau Le lyrisme et l'épopée.

Moi, j'ignore les barreaux, Je ne sais rien qui m'arrête :

Je passe entre les rideaux.

Une vitre me reflète.

Je ne vieillirai jamais.

Moi, qui connus les ondines.

Avant-hier je m'endormais Sur le lac de Lamartine.

— go —

Jamais un de mes rivaux De mes succès ne s'irrite :

J'ai caressé devant Faust Les cheveux de Marguerite.

Pourquoi donc, triste et rôveur. Philosoplie solitaire, Promené-je ma pâleur Le soir dans les cimetières ?

Par quel impossible sort Doit toujours ma forme blanche Tomber, mystique avalanche.

Dans l'amour et dans la mort ?

Août 1910.

A la Lune

(A la manière de...)

Dans la nuit calme, elle brille Nette sur le ciel bruni.

Montre ton manche, faucille !

Point, as-tu perdu ton i ?

Œil, où donc est ta prunelle ?

Fleur, j'ignore ton partum...

Où donc est ta sœur, mamelle ?

Crâne... mais de quel défunt ?

Quel monument t'a pour socle ?

duellc femme pour miroir ?

Quel gourmand t'a pris, drageoir ?

Quel dandy t'a mis, monocle ?

Sans pudeur tu te permets.

Religieuse facétie, D'être la chrétienne hostie Puis croissant de Mahomet I

Es-tu frais, œuf à la coque ?

Quelle est ta fièvre, bouton ?

Quel est ton gilet, breloque ?

Toque, on cherche ton mitron.

Une meunière infidèle T'a dû, d'un geste malin.

Jeter, bonnet de dentelle, Par delà tous les moulins 1

Le Petit Poucet, sans doute, Vient de te semer, caillou.

Pour trouver demain sa route...

Qui donc t'a ployé, genou ?

C'est la calotte du pape !

Qui monte comme un ballon ?...

Quels convives sont en rond fout autour de cette nappe ?

Es-tu donc le pot au lait Que vient de briser Perrette ?

Es-tu dalle d'oubliette Ou, tout simplement, cachet ?

Haut perché sur un nuage, Quelque stupide corbeau Vient de te lâcher, fromage, Pour montrer qu'il chantait faux !

Attends-tu, boule de crème, D'être boule en chocolat ?

Houppe, poudres-tu — problème - La marquise ou le prélat

Es-tu porte vénérable Où l'on rentre en paradis ?

Es-tu l'horloge du diable ?

Mais Musset l'a déjà dit...

Cette boule enfarinée Cache un rusé sans pareil ! . . .

Du louis d'or qu'est le soleil Serais-tu donc la monnaie ?

Elle montre un blanc gosier, Cette bouche qui veut mordre.

Elle est blanche dans quel ordre, La rosette d'officier ?

Pâle ventre de statue, Ou médaillon sans portrait ?...

Mais ma verve s'évertue, S'affaiblit et puis se tait...

Pour finir en noctambule, Laisse-moi, tant bien que mal.

Croissant, te mettre en virgule, Pleine lune, en point final.

.\oùt 1912.

Sb^

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