LE PETIT FRANÇAIS
Laisse ta pieuse souffrance
S'échapper en pleurs de tes j'eux !
Viens ! pour porter ton deuil, en France,
C'est nous qui cesserons nos jeux !
Mais quel nouveau désir éclaire
Tes regards soudain raffermis ?
LE PETIT BELGE
Venger mon père Et mon pays !
LF. PETIT FRANÇAIS
Allons ! notre victoire est sûre, Car elle a pour socle un tombeau ; Tes paroles, je te le jure, S'inscriront sur notre drapeau !
Mais quelle autre devise tière Prendras-tu, ton sol reconquis?
LE PETIT BELGE
Aimer, mon frère, Nos deux pays !...
Juillet 191 5.
L'Atlas
Robert, un grand garçon, et son frère, un bambin
De trois ans, ont cessé de courir au jardin ;
Et, sur un bel atlas, penchant leur tête blonde,
De leurs doigts impatients, ils parcourent le monde.
Bébé, sans se lasser, de sa petite voix
Interroge, et l'ainé lui répond... quelquefois!
« Qu'est-ce que c'est, ça bleu ? — La mer. — Ça? — Lamontagne !
« — C'est le portrait de quoi ça, Robert ? — De l'Espagne,
« Et puis voilà plus loin l'Amérique. — C'est grand ! »
Un rude émoi soudain... Un Empire allemand
Marron, qui sur TEmpire autrichien se repose.
Paraît, et dans un coin, un peu de France rose...
Robert pâlit... Bébé, de ses petites mains,
Poum ! soufflette d'un coup les empires germains,
Puis, cédant à l'instinct de sa sublime enfance,
Il se baisse, et dépose un baiser sur la France.
Le Souhait
Ces orplielins, pour ce grand jour vêtus de bleu, S'en vont Communier; c'est une fête austère... Comme on leur a tout pris, leur patrie et leur mère. Ces enfents ont besoin davantage de Dieu.
Ils regardent le prêtre et moi je les admire... Parmi ces chérubins qui montent à l'autel, Un surtout me paraît être plus près du ciel : Cette âme à Jésus-Christ a quelque chose à dire.
Que veut donc cet enfant, — Alsacien, je le sais.
Échappé du cachot qu'ils ont fait de l'Alsace, —
Que désire ce cœur ? quel bienftit, quelle grâce ?
<k Que demandais-tu donc à Dieu ? — D'être Français ! »
Juillet 1915.
Je
Le Consolateur
Un superbe bébé, joufflu comme une pomme,
Dans un jardin public promène ses quatre ans,
Er, bien mis, bien ganté, d'un air très digne en somme,
Regarde autour de lui les choses et les gens.
Un pauvre mutilé s'est assis sur un banc. Une balle a fauché le poignet du brave homme. Il songe tristement à son malheur; mais comme. Avec le gracieux sans-gène des enfants,
Bébé vient contempler l'héroïque victime, Le soldat lui sourit, en oubliant son bras. (Un enfant! Il en a peut-être aussi là-bas !)
Alors, sans se douter qu'il dit un mot sublime.
Bébé, d'un ton câlin et presque maternel :
« Tu la retrouveras ta main, elle est au ciel ! »
.\oùt 191 5.
La Leçon d'Histoire
L'élève n'a pas su bien raconter Sedan,
Cette affreuse journée, et le petit enfant,
Justement sermonné, pleure et baisse la tête :
Il n'a pas eu le cœur d'apprendre une défaite !
Et le maître fâché lui fait un long discours...
Le regard de l'enfant en vain cherche un secours,
Mais à côté de lui tout le monde se moque;
Un grand sanglot le prend ;\ la gorge, il suffoque,
Et le rire redouble autour de ce pleureur...
Au collège, malheur .\ qui faiblit, malheur !
Car il doit supporter, et pour bien peu, pauvre être!
Le rire de l'élève et le pensum du maître. . .
Enfin, humble et debout, on lui fait son procès :
« Et pourquoi n'as-tu pas appris ? Oh ! oui, je sais,
« Le paresseux est un très grand chercheur d'excuse. »
Et tout le monde rit. « Allons, voyons la ruse !
« Pourquoi ne sais-tu pas, dis-nous donc ta raison ?
— « C'est une lettre qu'on reçut à la maison.
— « Et cette lettre était de qui ? — De mon grand frère « Il vient d'être blessé; sa blessure est légère ;
a II est sous-lieutenant, de plus porte-drapeau. « Mon père nous a lu la lettre; c'était beau, « Avec tous les détails! Vraiment, c'était à croire « Qu'on se battait. J'ai dit : En voilà de l'histoire !
« Mes parents endormis, oubliant ma leçon,
« Je suis allé voler la lettre, sans façon...
« Et puis, près de mon lit, je me mis à l'ouvrage,
« Apprenant tout par cœur, mot à mot, page à page;
y Je ne me suis couché qu'une fois tout appris. »
Alors le maître, ayant peut-être dans l'esprit
Un doute, et regardant fixement son élève :
« Eh bien ! voyons, récite ! » Alors, d'une voix brève,
Sans gestes, mais avec de l'orgueil dans la voix.
Sans se reprendre et sans hésiter, cette fois,
Se redressant devant son professeur sévère,
L'enfant récite à tous la lettre de son frère.
Et il se passe ici quelque chose de grand :
Les élèves sont attentifs, le maître apprend ;
Il est humilié sous sa grise moustache.
Cette leçon, l'élève est le seul qui la sache!
Cet enfont sait ce que le maître ne sait pas !
C'est ainsi que, disant la gloire des soldats.
Et prenant par le cœur son petit auditoire,
Le mauvais écolier fait la leçon d'histoire!
Août 191 j.
Dialogues d'Enfants
Soldat ou Marin ?