‹ PrémicesChapitre 9 sur 32 · GEORGES · texte numérisé non relu

GEORGES

Moi, c'esl sur la mer immense, Plus tard, que je me battrai.

Sur le flot cruel et gai Qui tue et qui danse.

Cette mer que tu redoutes, Qui pourrait dire à mon cœur Sa forme ou bien sa couleur ?

Elle les a toutes !

A sa caresse méchante, Tu préfères les champs lourds Pour leurs tombes, leurs labours, Où l'on sème et plante.

Le flot qui monte et retombe Pour nous, les pêcheurs, eh bien !

C'est là notre gagne-pain C'est là notre tombe !

Juillet 1915.

Les Tout Petits

Et vous, petits enfants de l'âge le plus tendre, Oh ! vous qui bégayez et qui chantez encor Dans les bras des mamans le doux langage d'or Que Dieu ne permet pas à l'homme de comprendre,

A la guerre pourtant vous pensez, n'est-ce pas ? Et sous votre bonnet minuscule en dentelle, Sans doute votre tête, entants, s'explique-t-elle Les larmes des mamans, le départ des papas ?

Cette guerre, surtout, c'est votre grande affiire, Car, de chaque côté, n'ètes-vous pas l'enjeu ? Et c'est pour vous construire au nord une barrière Qu'on a mêlé la chair et l'acier et le feu !

Je sais, dans vos regards aucun rcve ne bouge ; Je vous vois confiants et gais. Et cependant, Avec vos grands yeux bleus, avec vos lèvres rouges Qui rendent les baisers mis sur votre front blanc.

Enfants, vous, notre amour, et vous, notre espérance, Avenir du pays si robuste et si beau, N'ètes-vous pas pour nous, aussi bien qu'un drapeau, Le symbole éternel et vivant de la France ?

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La Foi

Ils sont verts, les lauriers ! Français, tu t'en souviens ! Tu vois, l'espoir a donc la couleur de la gloire ! La foi prime la force aux luttes de l'histoire. Il est venu le jour de croire, ô citoyens!

Il faut faire en nos cœurs cet effort méritoire, Il faut vaincre le doute! Il faut briser ses liens ! A l'éternel credo que nous disons, Chrétiens, Ajoutons tous ces mots : « Je crois en la victoire ! «

Oui, nous vaincrons par notre haine et notre amour !

Il n'en faut pas douter, pas plus que du retour

Du soleil, quand la nuit nous couvre de ses voiles ;

Pas plus que nous n'avons, un seul instant, douté De la présence auguste, au ciel, de leur clarté, Quand le manteau du jour nous cache les étoiles !

Prière aux Morts

Moi qui ne puis donner, hélas ! que ma prière

En ces heures d'efforts, Je crois juste, baissant mon regard vers la terre,

De la donner aux Morts.

Quand je ne puis offrir ma jeunesse meurtrie.

Je dois sur un cercueil Déposer ma pensée, ô Morts pour la patrie !

Et porter votre deuil.

Je dois, quand la fiaiblesse implacable m'exile

D'un plus glorieux sort.

Unir dans ma prière à ma vie inutile

Votre féconde mort.

A genoux sur la tombe où votre ombre sommeille,

Grands ancêtres ! héros !

Il taut que j'embellisse avec ma pâle veille

Votre illustre repos.

Il faut que j'accomplisse en votre honneur ce rite.

Moi l'indigne héritier, Qui vous dois tout son cœur, alors qu'il ne mérite,

Morts, que votre pitié !

Ecoutez donc la voix de celui qui vous aime,

Recevez son encens !

Celui qui vient hanter vos tombes, tout de même

Est un de vos enfants.

Il s'est dit qu'au séjour de la paix souveraine,

On peut craindre l'oubli, Et qu'en vous arrachant à cette noble peine

Il serait ennobli.

Il vient donc, oh 1 le plus modeste des apôtres,

Vous prêcher à genoux Que le sol national qui nous porte, nous autres,

Vous le soutenez, vous;

Que toutes les nations renaissent de la cendre

Que gardent les tombeaux, Et que chaque soldat que l'on y voit descendre

Sert d'exemple aux héros ;

Que vous prenez tous part à toutes nos batailles,

Que le soldat français Devine l'ancien preux debout dans la mitraille

Près de lui, je le sais ;

Qu'il n'est pas de soir sombre, et non plus d'aube grise

Ou d'opaque brouillard, Pour nous cacher au Ciel l'exemplaire devise

Du chevalier Bayard ;

Qu'à détruire le temple, on fait une œuvre vaine ;

La ruine d'un clocher N'effacera le nom de Jeanne la Lorraine

Pas plus que son bûcher!

Soldats des vieux récits et de nos épopées

De Cent ans et d'hier, Sachez que nous avons l'appui de vos épées,

Que chacun en est fier !

Sachez que nos drapeaux, martyrs d'une autre guerre,

'Vous ont tous ralUcs, Et qu'ainsi notre armée a vu sortir de terre

De nouveaux alHés !

Soldats des vieux combats, dont s'illustrent nos plaines,

Bataillons de héros, Combattez, cependant que vos grands capitaines

Guident nos généraux !

Ainsi nous vous devrons, nobles morts, de survivre

A l'horrible danger !

Vous nous avez légué la Victoire à poursuivre

La défaite à venger ;

Les peuples dont les tils ont la plus belle histoire

Sont toujours les plus forts.

Et chacun la possède au cœur de sa mémoire

Écrite par vous. Morts !

Août 191 >.

Ifl

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