‹ Premier congrès des Cercles agricoles Saint-Isidore, laboreur [microforme]Chapitre 11 sur 31 · IT · texte numérisé non relu

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Vous avez entendu, hier au soir, le magnifique exposé que vous à fait le révérend père, sur les bienfaits que l'agriculture procure à l’homme, comment cet art, qui est l’état normal de l’homme ici-bas, favorise admirablement son développement physique, moral et religieux, et comment il assure la prospérité et le bonheur aux familles qui s'y livrent conformément aux lois et aux vues de la Providence, et comment ces familles font la force et la richesse de la nation.

Mon intention, ce soir, estde vous entretenir du même sujet, mais à un autre point de vue; c’est de vous exposer les lois fondamentales que Dieu a établies pour assurer à l’homme l’aisance, À paix et le bonheur dans l'ordre des choses temporelles, e

Depuis un siècle et demi environ, des savants se sont occupés activement de l'étude des lois qui conduisent les nations à la prospérité et à la richesse. Ils en ont fait une science à laquelle ils ont donné le nom d’Æconomie politique. Puis, se plaçant à des points de vue différents, ils ont inventé différents systèmes qui ont sans doute du bon et du vrai, mais aussi qui pèchent par quelques côtés, en “e que la plupart de ces systèmes sont trop exclusifs ou

oussés au-delà des justes limites pour opérer le bien.

ans entrer dans l’examen de ces différents systèmes, je me placerai à un point de vue plus élevé, et mieux en rapport avec mon Caractère, pour vous dire avec certitude quelles sont les lois fondamentales de la véritable économie politique, c’est-à-dire les lois qui conduisent sûrement A famille et la nation à la prospérité et au bonheur dans l’ordre temporel. Ces lois, je les trouve dans l'Evangile, et formulées en quelques mots par le restaurateur de l’humanité lui-même. C’est une chose qui m'a toujours étonné que des hommes qui croient à l'inspiration des livres saints, et par conséquer.t à la cer-

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titude infaillible de toutes les vérités qui y sont contenues, aient cru que dans l'ordre scientifique comme dans l'ordre économique, les savants et les hommes d'état pouvaient se conduire sans en tenir compte, et que ans leurs différents systèmes, ils pouvaient sans danger admettre des principes et des conséquences contraires aux enseignements de la Révélation; comme s'il pouvait y avoir contradiction dans les œuvres de Dieu.

C’est donc une vérité bien consolante, Messieurs, que le Sauveur qui s'est fait homme pour relever et sauver l’homme, lui enseigne que le chemin du véritable bonheur ici-bas est en même temps celui qui le conduit le plus sûrement au bonheur éternel pour lequel il a été créé, et dont le désir irrésistible est la loi fondamentale de son être, Oui, Messieurs, le désir du bonheur est le premier besoin du cœur humain; c’est là le principe moteur de tous ses mouvements, de toutes ses aspirations, Le petit enfant, le jeune homme, l’homme fait, le vieillard cherchent également le bonheur, ils le poursuivent avec la même ardeur, avec une égale persévérance, sans jamais pouvoir l’atteindre complètement icibas, parce que l'âme humaine a des aspirations infinies que les biens périssables de la vie présente ne peuvent satisfaire, auxçuelles le Bien Infini peut seul répondre pleinement. Mais elle sent instinctivement aussi qu'il y a un certain bonheur relatif auquel elle peut atteindre ici-bas, et le Sauveur a bieu voulu lui enseigner en quoi consiste ce bonheur, æt par quelles voies elle peut y arriver. C’est dans l’admirable discours de la montagne que Notre-Seigneur donne ce sublime enseignement.

Il commence d’abord par exposer les conditions morales et religieuses de ce bonheur, les sentiments dans lesquels doit être le cœur de l’homme par rapport aux choses de la vie présente, par rapport au prochain et par rapport à Dieu pour trouver la paix et la félicité. Puis venant aux biens de la terre, aux choses nécessaires à la nourriture et au vêtement du corps, il commence par rappeler le dogme si consolant de la Providence, si

ropre à calmer les inquiétudes du cœur humain que es craintes et les incertitudes de l'avenir abreuvent si souvent d'amertume. ‘ Ne vous inquiétez point de votre “ vie, dit-il, de ce que vous mangerez; ni au sujet de “ votre corps, de quoi vous le revêtirez. La vie n'est-elle ‘ pas plus que la nourriture, et le corps plus que le “ vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment,

‘ ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers, ‘ cependant votre PÈRE CÉLESTE les nourrit, Ne valez- “vous pas plus qu'eux ?. Et pour ce qui est du vêtement, ‘“ pourquoi vous inquiétez-vous? Voyez les lis de la ‘“ campagne, comme ils croissent, cependant ils ne tra- “ vaillent ni ne filent, Or, je vous dis que Salomon, ‘“ même dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un “ d'eux, Si donc Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui ‘ aujourd'hui est, et qui demain sera jetée au four, com- “ bien aura-t-il plus de soin de vous, hommes de peu de foi ! * Ne vous inquiétez donc point, disant : Qu'aurons-nous à ‘ manger et à boire, et de quoi nous vêtirons-nous ? Car ce ‘ sont les païens qui ont de l'inquiétude pour toutes ces “ choses ; et votre PÈRE OÉLESTE sait que vous en avez ‘“ besoin.”

Voilà, Messieurs, en quels termes admirables le Sauveur rappelle le dogme consolant de la Providence |! Comment Il nous présente le bon Dieu comme le MEIL- LEUR DES PÈRES, ayant sains cesse les yeux ouverts sur les besoins de ses enfants, ne manquant jamais de leur donner le vêtement et le pain quotidiens, quand ils observent fidèlement sa sainte loi. C’est ce que constatait le roi prophète quand il disait : ‘“ J'ai été jeune et je suis devenu vieux maintenant, et je n’ai point vu le juste abandonné, ni sa race mendier son pain.” ps. 35-86.

Mais, me direz-vous, s’il en est ainsi, lhontne juste n’a donc qu'à se *roiser les bras et à attendre tranquillement que le bon Dieu lui donne «le pain tout cuit, et le vêtement tout fait ! ! Non certes, Messieurs, ce n’est pas là le sens de cet enseignement profond ; cet homme qui se croise les bras dans une lâche oisiveté, est loin d’être l’homme juste dont parle le saint roi David, puisque la paresse est la mère de tous les vices ! Ecoutez plutôt la conclusion que Notre-Seigneur tire de cet enseignement : ‘ CHERCHEZ DONC D'ABORD LE ROYAUME DE DIEU ET SA ‘ JUSTICE, ET TOUTES CES CHOSES VOUS SERONT DONNÉES ‘ PAR SUROROIT.” Math. vi-33.

Voilà, Messieurs, comment Jésus-Christ pose en trois lignes la base fondamentale et les véritables principes de toute économie politique—de la production, de l’administration et de l’usage des biens temporels ou de la richesse.

C’est dans l’observation des lois qu’il a établies ici-bas concernant ces biens et les choses nécessaires à la nourriture, au vêtement et aux autres besoins de la vie pré-

sente, c'est-à-dire concernant tous les biens temporels dont l’homme peut avoir besoin.

Or, le royaume de Dieu ici-bas, ou en d’autres termes, les sociétés civiles et politiques organisées selon le plan divin donné par Jésus-Christ, et selon les lois providentielles qu'il a établies, sont certainement les plus parfaites que l'on puisse concevoir, Il est donc important de rechercher quelles sont les lois que Dieu a établies dans ce royaume relativement aux biens temporels,

Ces lois, Messieurs, sont au nombre de trois, savoir : le TrAvair, l'Economie, la Jusriog. Oui! donnez-moi une famille, une nation où la loi du travail soit fidèlement pratiquée, la loi de l’économie constamment observée, et la justice toujours respectée, et je vous dirai sans crainte de me tromper, voilà une famille, voilà une nation où règne l’aisance et la prospérité, la paix et le bonheur.

‘“ Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu.” (p. 134, v. 15.)

Etudions Leon instants, Messieurs, ces lois fondamentales de la prospérité et du bonheur de l'individu, de la famille et de la nation, et sur lesquelles doit s’ap-

uyer nécessairement toute la science de l'économie poitique, si elle veut arriver à des conclusions pratiques, qui soient vraies et fécondes.

Et d’abord la loi du Travail est dans la nature même de l’homme, que Job proclame ‘‘ être né pour le travail comme l'oiseau pour voler ” (v. 7). Aussi la trouvonsnous inscrite en tête des livres saints, et avant même la chute de nos premiers parents, alors que la terre par la richesse de sa fécondité naturelle et la beauté de ses aspects divers était l’image du ciel, et opel le Paradis terrestre. Voici en effet ce que dit l'écrivain sacré : “ Le Seigneur Dieu prit donc l’homme et le mit dans le paradis de délices afin qu'il le cuzrivarT et le GARDAT.” (Gen. II, 15).

Vous le voyez, Messieurs, le travail de la culture, voilà la première loi que le Créateur donne à l’homme qu'il vient de créer à son image et à sa ressemblance. Mais dans cet heureux état de la justice originelle, où l’homme venait de sortir des mains de son Créateur dans toute la beauté et la perfection de sa nature, cette loi du travail

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n'avait rien de dur ni de pénible, elle n’était que l’exercice légitime de cette activité dont le Seigneur l'avait doué, et le moyen d'augmenter tous les iours la somme de son bonheur, en développant de plus en plus ses facultés physiques, morales et intellectuelles: car cette belle et riche nature ne lui donnait pas seulement le pain qui nourrit le corps, mais elle était encore un livre qui lui donnait l’aliment intellectuel et moral, en lui parlant éloquemment de la puissance, de la sagesse et de la bonté infinie de Dieu. C’est dans l'exercice de cette double activité corporelle et spirituelle que l’homme devait couler heureusement les jours de son épreuve, pour arriver ensuite, s’il était fidèle, au bonheur sans fin du paradis céleste.

ais à la loi du travail se joignait une autre loi, celle de la lutte et de la vigilance. Il devait cultiver le jardin de délices et le “ GARDER.” Il avait donc un ennemi jaloux de son bonheur, contre lequel il devait sans cesse se tenir en garde s’il voulait le conserver, C'était l'épreuve à laquelle Dieu le soumettait pour le mettre en mesure de faire la conquête du royaume éternel !

Or vous voyez ce qui est arrivé, l’homme a succombé dans la lutte. Il a violé la loi de son Dieu en mangeant le fruit défendu sous peine de mort. C’est dans l'abus d’un fruit de la terre que l’homme a violé la loi de son Dieu; c’est aussi dans les fruits de la terre qu'il sera d’abord puni et qu’il entendra cette dure sentence : ‘ Parce que vous avez mangé du fruit dont je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n’en tirerez de quoi vous nourrir it toute votre vie qu'avec beaucoup de travail. Elle ne produira que der épines et des ronces. Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front.” (Gen. 111, 17-18).

Voilà, Messieurs, comment la loi du travail, si facile et si agréahle à l’homme dans l’état de l'innocence, est. devenue une loi pénale après sa chute. L'homme est depuis cette fatale époque un criminel condamné aux travaux forcés, et cela sous peine de mort. Ce châtiment lui est infligé par un père miséricordieux, comme une

eine médicale pour l’aider à se relever de sa chute. e Seigneur-Dieu a bien voulu laisser encore un reste de bénédiction et de fertilité à cette terre qu'il vient de frapper de malédiction et de stérilité; mais à la condition que l’homme en arrache les épines et les ronces et

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que par un travail dur et pénible il l’arrose des sueurs de son front. Telles sont les conditions dans lesquelles la loi du travail s’impose aujourd’hui à l’homme !

La première loi du règne—ou royaume—de Dieu icibas concernant la production des biens temporels, est donc la loi du travail.

Mais le travail se divise er deux grandes sections : l’agriculture et l'industrie. Le travail agricole donne à l’homme les matières premières que ne en le sol ; le travail industriel les transforme et les adapte à ses divers usages et besoins, soit pour sa nourriture et son vêtement, soit pour son logement ou son agrément,

Le commerce, les institutions financières, les voies de transports, etc., sont des moyens subsidiaires de faire bénéficier davantage l’homme des produits de son travail par les échanges qui en peuvent être faits avantageusement.

Or je n’hésite pas à dire, Messieurs, que le travail agricole est celui de l’état normal de l’homme ici-bas, et celui auquel est pps la masse du genre humain. C’est aussi celui qui est le plus favorable au développement de ses facultés physiques, morales et intellectuelles, et surtout qui le met le plus directement en rapport avec Dieu. C’est ce que le révérend père Herbreteau nous a démontré à l'évidence, hier soir, dans son éloquente conférence sur les bienfaits de l’agriculture ; je n’ai donc pas à y revenir. Je me contenterai d’une seule remarque bien propre à vous donner une haute estime de votre état, Messieurs les membres des cercles agricoles, et que vous ne manquerez pas de redire aux cultivateurs de vos paroisses ; c’est que le travail agricole est le plus noble ici-bas parce qu'il se fait nécessairement avec le concours direct de Dieu. Vous êtes-vous jamais demandé qui a fait la gerbe de blé que vous récoltez dans votre champ au temps de la moisson ? Vous savez comme moi

w’elle est l’œuvre de deux ouvriers, de l’homme et de

ieu. Si le cultivateur n’était pas entré dans son champ au DE s’il n'avait pas débarrassé le sol des épines et des ronces qui le couvraient, s’il ne l'avait pas labouré profondément pour y déposer la semence du froment, il n’y aurait certainement pas poussé de blé. Voilà le travail du cultivateur; voilà ce que Dieu demande de lui. Quand il a accompli ce travail, il se retire de ce champ; il l’enclot avec soin, afin que rien ne vienne troubler le travail divin qui va succéder à son pénible labeur. Ce

champ devient pour lui quelque chose de sacré, sur lequel il doit veiller avec soin.

C’est que Dieu va y entrer à son tour et continuer le travail commencé, Il y enverra régulièrement la lumière de l’aurore et la rosée du matin, la chaleur du midi et la pluie du soir, et après quelques jours commencera ce travail mystérieux de la germination, la semence plongeant dans le sol une racine, qui va lui donner le point d'appui et la nourriture dont elle a besoin, et poussant vers le ciel une tige délicate qui grandira tous les jours jusqu’à ce qu'elle donne un épi chargé de 30, 40 ou 50 grains semblables à elle-même, Quand ce travail est fait, que Dieu a couvert d’une riche moisson ce champ si péniblement ensemencé, Il dit au cultivateur : voilà ce que je te donne pour toi et ceux que j'ai confiés à ta sollicitude. C’est donc une vérité, Messieurs, une vérité bien consolante et bien honorable pour le cultivateur, qu'il a Dieu lui-même pour collaborateur. On n’en saurait dire autant du travail industriel où le concours de Dieu n’apparaît pas aussi directement. Il n’y a que deux hommes qui travaillent ainsi conjointement avec Dieu, le prêtre dans l'ordre surnaturel, et le cultivateur dans l'ordre naturel.

Ne perdez donc jamais de vue, braves cultivateurs, la noblesse de votre condition et les avantages précieux que vous procure le travail de l’agriculture, et que le ue père Herbreteau vous a si éloquemment exposés

ier,

“ Le labourage et le pastourage, disait le grand ministre Sully, voilà les deux mamelles dont la France est alimentée, les vrayes mines du Pérou.”

Il faut dire la même chose de la Nouvelle-France, de ce beau pays du Canada que nous ont conservé, au prix de si grands sacrifices, et transmis nos vaillants et religieux ancêtres. Oui! la prospérité et l'avenir des Canadiens-Français se trouvent dans la culture et les pâturages de son riche territoire. Puisse le peuple canadien comprendre cette vérité importante, et ne la jamais perdre de vue, s’il veut accomplir les grandes destinées que lui réserve sans aucun doute la Providence.

Il convient donc de vous signaler ici un danger auquel sont exposés un nombre, hélas! trop grand, de nos com-

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patriotes, je veux dire le danger de l’émigraticn. Messieurs, quand un arbre a conduit à une heureuse maturité les fruits dont il est chargé, ces fruits s’en détachent sans efforts et sans dangers, et ils vont porter ailleurs l’abondance et la richesse, Mais quand ces fruits s’en détachent avant le temps, quand la morsure des insectes ou la violence de a tempête les blessent à mort ou les précipitent sur le sol, c’est une calamité dont cet arbre a grandement à souffrir, Il faut en dire autant d’une nation. Quand elle a grandi et qu’elle s’est développée au point de couvrir tout son territoire, alors l'émigration devient pour elle un bienfait, une source de richesse et de force pour les colonies qu'elle va fonder.

Mais au contraire, lorsque chez une nation qui en est encore au début de sa fondation, et n’a pas encore pu occuper et mettre en valeur le quart de son territoire, l’on constate déjà des courants d'émigration qui lui enlèvent une forte proportion de sa jeunesse et même de ses familles, il devient évident alors qu'il y a chez elle quelque chose d’anormal, et qu’elle est atteinte d’un mai qui pourrait avoir pour elle les plus graves conséquences. Or tel est le cas pour le petit peuple canadien, vous le savez comme moi. L'émigration de sa jeunesse a pris, dans ces dernières années, de si grandes proportions, que son clergé et ses hommes d'état en ont été alarmés. Mon intention n’est pas de vous exposer, ce soir, l'étendue et la gravité de ce mal, et les remèdes qu'il faudrait y apporter. Mais puisque l’occasion s’en présente, je vous dirai en passant que l’une des causes qui a conduit à l'étranger un si grand nombre de nos jeunes compatriotes, a été le refus de se soumettre à la loi du travail telle que je viens de vous l’exposer. Le défrichement et la mise en valeur du sol canadien leur a paru à un grand nombre un travail trop dur et par trop pénible. Au pain commun du courageux colon, ils ont préféré le pain blanc du maître américain, au travail isolé et libre du jeune cultivateur, ils ont préféré le travail enrégimenté des boutiques américaines. Voyez le résultat après une trentaine d'années. Des paroisses nombreuses qui ne laissent rien à envier aux vieilles paroisses, ont surgi comme par enchantement dans les colonies du Saguenay, des Cantons de l'Est et de l’Ottawa. Là des milliers de familles canadiennes par la langue, par le cœur et par la foi ont réussi à se créer une position honorable et indépendante ; elles font la force et assurent l'avenir de notre petit

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peuple. Telle est la récompense accordée à ces colons au cœur généreux, pour leur attachement au sol natal, et leür soumission courageuse à la loi du travail. Nos frères de l’'émigration, au contraire, ont eu à traverser la terrible guerre de la sécession, et l’on estime que 45 mille se sont engagés pour aller porter la guerre et la dévastation chez des populations qui ne leur avaient jamais fait de mai, et qu'environ 15 mille ont succombé dans ces luttes fratricides ! !

Et que de milliers ont ruiné en quelques années leur santé dans le travail délétère des manufactures américaines et sont morts à la fleur de l’âge! Ce qui est encore plus triste, c’est la perte des mœurs et de la foi pour un nombre beaucoup plus grand!

Efforcez-vous donc, Messieurs les membres des cercles agricoles, de faire aimer à notre jeunesse le travail de l’agriculture, et continuez avec persévérance à en perfectionner les méthodes, et à leur en faire comprendre les avantages précieux, et surtout à les convaincre que leur avenir et celui de leurs chers enfants est là.

Le travail de la culture incombe naturellement à l’homme, il est plus en rapport avec ses forces et ses aptitudes ; mais il ne s'ensuit pas que l’homme soit le seul soumis à cette loi. La femme doit aussi la subir.

Je regrette qu'il ne se trouve point dans cette réunion des Dames ni des Demoiselles, car j'aurais des choses fort inté-essantes à leur dire à ce sujet. Vous voudrez donc bien leur redire l’honorable et importante mission que Dieu leur a confiée à ce sujet et l'éloge magnifique que Salomon fait de la femme forte à la fin des Proverbes (31-10) :

‘“ Qui trouvera une femme forte, ” dit-il ? C'est-à-dire une femme à la hauteur de sa mission dans la famille ? ‘ Elle est le trésor de la maison, d’une;valeur plus grande que l’o:: et les pierres précieuses que l’on apporte des pays éioignés.”

Certes, voilà un éloge bien magnifique de la femme qui préside au gouvernement de sa maison comme le demande la loi de Dieu; et il paraît qu’au temps de Salomon, une telle femme se rencontrait assez rarement. En serait-il de même de nos jours? J'aime à croire le contraire ; car nos mères élevées en grande partie dans

ces asiles bénis que l’on appelle le cloître ou le couvent, y ont reçu cette éducation profondément chrétienne qui les a préparées d'avance à remplir dignement le rôle si important du gouvernement de la fimille. Aussi l’un des plus célèbres orateurs sacrés de notre temps, le révérend père Félix, en parlant du progrès par la famille chrétienne, s'est-il plu à relever le mérite de la femme canadienue, dans la chaire de Notre-Dame de Paris, dans l’uue de ses célèbres conférences sur le Progrès, Mais, Messieurs, c’est surtout à nos vénérables mères canadiennes, qui avaient conservé intactes les traditions patriarchales de l’ancienne France, que s’adressaient ces éloges du célèbre orateur. S'il parcourait aujourd’hui le Canada, s’il visitait nos grandes villes, s’il observait les usages et les costumes modernes d’un si grand nombre de nos familles canadiennes, ne croyez-vous pas, comme moi, qu'il hésiterait à répéter le même éloge de la femme Canadienne de notre temps et qu’au moins il serait forcé d'y mettre une restriction fort significative ? On ne peut se le cacher, les costumes et les modes des femmes étrangères à notre foi et à nos usages ont exercé une influence fort rpggrettable dans un grand nombre de familles canadiennes. Il peut être utile de le signaler ici, afin de les mettre en garde contre ce danger. Que les femmes canadiennes regardent donc comme l’un des biens les plus précieux que leur ont légués leurs religicuses ancêtres, ces habitudes d'ordre et d'économie, ces costumes modestes si conformes à la décence chrétignne, cette vigilance, cette activité et cette piété sincère qui ont été la source d’une bénédiction si abondante sur notre peuple.

Après avoir proclamé que la femme forte est le trésor de la maison, Salomon déclare qu'elle en fait aussi le bonheur, et que son époux repose en elle toute la confiance de son cœur, et qu'il l’a louée hautement et que ses enfants l'ont proclamée très heureuse.

Que fait donc cette femme forte pour mériter de la bouche même de l'écrivain sacré de si magnifiques éloges ? Elle observe fidèlement la loi du travail dans le soin et le gouvernement de sa maison. Ecoutez en effet ce qu’en dit Salomon. ‘“ Elle a cherché la laine et le lin, et elle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses. Elle a porté sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le fuseau.” Vous le voyez, elle pourvoit au vêtement de sa famille, Elle ne va pas l'acheter dans le magasin aux dépens des sueurs de son mari. Oh non! elle les

trouve dans le filage et le tissage de la laine et du lin que lui a remis son époux! Aussi elle ne redoute ni le froid ni la neige, parce que tous ceux de s4 maison ont un vêtement double. Après avoir ainsi pourvu au vêtement journalier de sa famille, elle la revêt encore de lin et de pourpre pour les jours de fête et les grandes solennités ; son mari paraît avec honneur dans l'assemblée des juges, lorsqu'il siège avec les sénateurs de la terre.

Elle va plus loin, elle pourvoit à l’ameublement et à la décoration de la maison, en confectionnant des tapisseries, des rideaux, des garnitures de lits. Elle fait aussi des étoffes et des ceinturons qu’elle livre au commerce; en sorte qu'elle est comme le vaisseau du marchand qui apporte de loin son pain.

Certes, Messieurs, vous conviendrez avec moi qu’une telle femme est à juste titre appelée le trésor de la maison. Mais ce n’est pas tout, elle pourvoit aussi à la nourriture de la famille; et pour cela elle se lève même avant le jour, elle assigne à chacun son travail de la journée, et tient prête la nourriture nécessaire à chacun, Elle a aussi son jardin, y plante la vigne et y cultive les fruits nécessaires à sa maison.

Après avoir ainsi pourvu aux divers besoins” de sa maison, sa sollicitude s'étend sur les nécessiteux, elle ouvre sa main à l’indigent et tend ses bras vers le pauvre, et sa vigilance sur tout le personnel de sa maison est si exacte qu'elle n’éteint point sa lampe pendant la nuit.

Voilà en peu de mots, Messieurs, l’éloge admirable que l'écrivain sacré Fait de la femme forte à la fin du livre des Proverbes. Inutile d'y rien ajouter. Qu'il me suffise d’exhorter les femmes canadiennes à bien étudier cet admirable modèle, et à s’efforcer de l’imiter autant qu'il leur est possible.

Il est donc évident que la loi du travail ainsi comprise, et ainsi pratiquée dans nos familles canadiennes y amènera infailliblement l’aisance, la prospérité et le bonheur, À vous, Messieurs les membres des cercles agricoles, à faire comprendre encore plus par votre exemple que par vos paroles, que le peuple canadien peut et doit trouver sur le sol que lui ont légué ses ancêtres, par un travail convenable, la nourriture et le vêtement qui lui sont nécessaires, et que c’est à cette condition qu’il arrivera à ce degré de force et de prospérité qui assureront son avenir et celui de ses enfants.

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Si la loi du travail dûment observée doit amener l’abondance dans la famille, il est une autre loi tout aussi nécessaire pour en assurer la conservation, et y maintenir une prospérité toujours croissante, Cette loi, c'est celle de ‘“ l'Economig.” Oui! l’économie, et surtout l’économie domestique, est le corollaire nécessaire du travail. C’est en vain que le travailleur apportera les fruits abondants de son activité à la maison, si l’absence d’une sage économie les dissipe au fur et à mesure. Il sera en quelque sorte condamné au supplice des Danaïdes char-

ées de remplir un tonneau qui n’avait point de fond.

ous me permottrez de vous citer l'expression originale quoique triviale, dont se servait un brave Canadien marié à une femme sauvage, dans l’une de mes missions, pour exprimer la même idée : ‘“ Comment voulezvous, Monsieur le Curé, que l’on puisse faire prospérer une famille, quand le ceq seul gratte, et que la poule ne ramasse point ? ”

Il faut donc, Messieurs, pour assurer la prospérité et le bonheur de la famille, qu'une sage économie administre avec prudence et intelligence les biens que produit le travail.

Or l'homme doit faire trois parts des biens que Dieu lui donne : 1° une part pour Dieu; 2° une part pour le prochain; 3° et la troisième part pou lui-même et les siens. Tel est l’enseignement des livres saints, et aussi celui de la conscience et du cœur humain |

La part de ses biens que l’homme doit faire à Dieu, sont les dépenses nécessaires pour le culte divin ; pour la construction, la décoration et l'entretien des édifices sacrés ; pour la vie, le logement et l'entretien des personnes consacrées au culte de Dieu, etc. C’est ce que dans tous les temps et chez tous les peuples l’homme a toujours reconnu comme un devoir sacré, même chez les peuples infidèles et les nations les plus barbares. Rien de plus conforme à votre raison et au sentiment de la reconnaissance, que de retourner ainsi à la gloire de Dieu uno petite partie de ces biens que sa Providence nous donne avec tant de bonté et de générosité!

La part de vos biens qu'il faut faire aux nécessités et au soulagement des misères du prochain est peut-être le A évangélique le plus formellement formulé par

otre-Seigneur Jésus-Christ, et c’est comme souverain

juge des vivants et des morts qu'il le proclame. C’est à l’accomplissement de ce précepte qu’il promet le royaume éternel, comme aussi il menace de la damnation et du feu éternel ceux qui auront refusé de l’accomplir,

Enfin la troisième part de vos biens, Messieurs, doit être employée pour le soutien et l'avenir de vos familles,

Je dois ici vous signaler une grave erreur au sujet de ces biens, et vous rappeler une vérité que l’on oublie

eut-être trop souvent : c’est que l’homme n’en est pas e maître absolu, et qu’il n’est pas libre d’en user et d’en abuser comme bon lui semblera ; il doit se souvenir que ces biens appartiennent d’abord à Dieu, et que, lui, l’homme n’en est à proprement parler que l’économe ou l'administrateur. Notre-Seigneur a jugé cet enseignement si important qu’il nous l’a donné dans une parabole admirable, afin d’en faciliter l'intelligence à tout le monde et de le graver plus profondément dans les cœurs, je veux dire la parabole du Père de famille et de l’économe infidèle. Vous le savez comme moi, ce Père de famille, c'est Dieu, maître absolu de tous vos biens: l’économe, c’est l’homme, à qui Dieu en confie l’administration; et l’économe infidèle, c’est l’homme qui abuse de ces biens, en les employant à la satisfaction de ses passions, ou à tout autre objet que la loi de Dieu réprouve.

Vous savez également, Messieurs, quel compte sévère ce Père de famille fait rendre à son économe de temps à autre, et comment il le punit en les lui ôtant, quand il le trouve coupable de prévarication. Voilà ce qui nous explique les divers fléaux et accidents, qui frappent souvent les travaux de l’homme, qui amènent les mauvaises récoltes, les perturbations commerciales et industrielles, etc., car c’est toujours la même loi providentielle qui châtie l’homme par où il pèche, et qui l’afflige dans les biens temporels. Quand il dissipe et abuse de ces biens, Dieu les lui retire en tout ou en partie pour lui apprendre à en faire un meilleur usage,

Permettez-moi de vous signaler ici deux violations considérables de la loi de l’économie dont le peuple canadien s’est rendu coupable depuis un bon nombre d’années, ce sont les sommes énormes qu'il a dépensées pour les boissons enivrantes et les objets de luxe. Combien de familles à l’aise et même riches, ont été mises à la gêne et même ruinées par ces folles dépenses ! Combien de Canadiens et de Canadiennes ont été forcés d’abandonner le pays par suite de ces excès lamentables! Vous

seriez étonnés des sommes jetées dans le gouffre de l'ivrognerie et du luxe depuis une quarantaine d'années, c'est-à-dire depuis que la plaie de l’'émigration aux Etats- Unis s’est attachée au flanc du peuple canadien, Je n’hésite pas à le dire, ces sommes se chiffrent par des millions et des millions de piastres, — et les émigrés à l'étranger, par des centaines et des centaines de mille !! À vous, Messieurs les membres des cercles agricoles, de bien comprendre la gravité de ce mal, même au point de vue purement économique, et à y appliquer le remède convenable par vos paroles et surtout par l'exemple de vos familles en mettant en honneur l'observation des lois d’une sage économie, et en tenant à la règle de ne jamais faire de dépense inutile et encore bien moins de dépense criminelle.

N'est-il pas évident, Messieurs, que ces deux lois du royaume de Dieu sur la terre, relativement aux biens temporels, la loi du travail et la loi de l’économie, renferment le secret de l’aisance et de la prospérité des familles et par conséquent de la nation ?

Reste maintenant à vous dire quelque chose de la troisième qui est celle de la justice.

Ah! Messieurs, que de dépenses, que de larmes, que de sang épargnés aux familles et aux nations, si cette loi de la justice était bien comprise et bien observée par tous les hommes! Voici ce qu’en dit l’apôtre $. Jacques, au chapitre 4 de son épître : ‘“ D'où viennent les guerres et les procès entre vous ? n’est.ce pas de vos passions qui combattent dans votre chair ? Vous êtes pleins de désirs, et vous n'avez pas ce que vous désirez; vous tuez, et vous êtes jaloux, et vous ne pouvez obtenir ce que vous voulez; vous plaidez et vous faites la guerre les uns contre les autres, et vous n’avez pas néanmoins ce que vous tâchez d’avoir, parce que vous ne le demandez pas à Dieu.”

Examinons d’abord ce que demande la justice dans la famille sous le rapport des biens temporels. Nous venons de voir que les parents ne sont que les administrateurs de ces biens, et cela dans l'intérêt et pour le plus grand bien des enfants. La justice demande donc que les parents fassent les dépenses nécessaires pour leur entretien convenable, pour leur éducation et leur établisse-

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ment à venir, et que pour remplir ce devoir si important, ils fassent toutes les épargnes et les économies en leur pouvoir, Est-ce ainsi ge les choses se passent en général dans notre pays ? Hélas! combien de familles sont entraînées das les dettes, mises à 1 gêne et souvent ruinées, par suite des folles dépenses auxquelles on se laisse aller pour les exigences des jeunes gens et des jeunes filles !

Combien de familles ont été obligées de se disperser avant le temps par suite de ces folles dépenses, de s'expatrier après avoir dissipé un bel héritage que leur avaient légué leurs laborieux et économes ancêtres, pour aller se mettre au service de maîtres étrangers qui s’enrichissent du produit de leur travail, souvent aux dé-

ens de la santé, de l'honneur, et même de la vie de eurs enfants auxquels ils devaient transmettre l'héritage paternel !

Mais c’est surtout dans les associations industrielles que la loi de la justice doit être observée, pour le maintien de l'accord et de la paix entre les patrons et les ouvriers.

Un fait remarquable, c’est que plus le travail est organisé, moins l’ouvrier a le produit de son travail, la plus large part revient toujours au capital, qui fournit la matière première, les outillages et la direction ; et le pauvre ouvrier, lui, qui porte le poids du jour et de la chaleur, a toujours la plus petite part, qui est souvent insuffisante pour le soutien de sa famille. De là ce contraste douloureux de fortunes colossales, à côté de misères sans nom. De là aussi ces murmures, ces plaintes sourdes des multitudes ouvrières qui rappellent les grondements des volcans, ces grèves qui mènent à des désastres pour les patrons et les ouvriers, et qui dégénèrent en guerres civiles. Voilà, Messieurs, où conduisent la violation de la justice et de l'équité, dans les rapports du capital et du travail. La loi naturelle aussi bien que la loi évangélique exige que le salaire de l’ouvrier ait une proportion juste et équitable avec les bénéfices que le patron tire de son travail, et qu’il puisse trouver dans cesalaire le soutien convenable de sa famille. D'un autre côté l’ouvrier ne doit pas oublier les droits du patron, et exiger un salaire trop élevé et ruineux pour son maître.

Ah! Messieurs, que de dépenses, que de larmes, que de ruines n’entraînent pas pour les individus, pour les

, ——35— familles et pour les nations la violation des lois de la justice et de l'équité!

C’est donc avec infiniment de raison que le Sauveur a résumé son enseignement relatif à l'acquisition et à l'administration des biens temporels par ce principe fondamental : ‘ Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses, c’est-à-dire les biens de la terre, vous seront données par surcroît.” C'est-à-dire, ob. servez exactement les lois du Travail, de l’'Æconomie et de la Justice, et vous arriverez à l’aisance, au bien-être et au bonheur relatif que les biens temporels peuvent procurer à l’honime ici-bas.

Les bienfaits de l’Agriculture.

(Discours prononcé par le Rév. Père Herbreteau, S.J., devant le premier congrès des cercles agricoles, le 19 jan. 1887.)

‘“ Non oderis opera laboriosa, et ruslicalionem crealam ab Allissimo ”

(Eccl., VII, 16.)

MonsEIGNEUR, MESDAMES, MESSIEURS,

Qu'un prêtre, un religieux, un professeur de dogme et de métaphysique prenne la parole dans un Congrès des Cercles Agricoles, pour parler d'agriculture, c’est au premier abord une chose assez étrange. N'avons-nous point ici des spécialistes aussi exercés dans l’art de bien dire que compétents dans les questions d’agronomi ? Ne vcyons-nous point parmi nous, présidant cette assemblée, et sachant parler de tout avec un charme toujours plus apprécié, le Chrysostome de nos évêques du Canada ?

Mon excuse, Messieurs, est que je ne suis à cette tribune que pour faire désirer davantage ceux qui parleront après moi, et ménager un intérêt qui doit aller en grandissant, Une autre excuse, si j'en dois donner encore, c’est que je n’ai point choisi moi-même l'honneur de porter la parole en cette assemblée : l'amitié de M. Barnard me l’a imposé. Puisse-t-il n'avoir point à s’en repentir,

Ensuite, Messieurs, j'ai fait réflexion qu'un prêtre peut,

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aussi bien qu'un autre, avoir son mot à dire dans les questions d'agriculture, N'est-ce point le pe qui bénit les semences et les prémices des moissons ? N'est-ce pas lui qui consacre le

ain et le vin, faisant germer sur l’autel le froment des élus Sont vivent les mes Prêtres, nous sommes vêtus de lin, nous brûlons sur l'autel la cire des abeilles, nous employons les fleurs des champs à parer le tabernacle, nous versons l'huile sur les membres des infirmes, et nous portons le nom de pasteurs, Volontiers, dans l'ordre surnaturel, nous disons avec Notre-Seigneur parlant de la moisson des âmes: “ Mon Père est agriculteur : Pater meus agricola est” (Jean 15,-1.) Bien plus, dans l’ordre naturel, beaucoup de prêtres, se souvenant de leur jeunesse passée à la campagne comme celle de Moïse ou de David dans la garde des troupeaux, peuvent dire avec une belle fierté : ‘ Je suis fils de laboureur ; Pater meus agricola est.” Ce sont les familles des laboureurs qui, par une disposition providentielle que le concile de Trente luimême a notée, fournissent au clergé ses meilleures recrues. Le prêtre a donc aussi son mot à dire dans les questions d’agriculture,

De même comme religieux, Messieurs, je me trouve assez dans mon rôle en parlant au milieu d'un congrès des cercles agricoles. Je ne songe jamais sans fierté, (un écrivain mal inspiré nous a reproché de le dire avec jactance), que les jésuites furent un peu les colonisateurs du Canada. ‘* Partout, dit M. “ Lefebvre de Bellefeuille, le prêtre a suivi de près le premier ‘ colon, et quelquefois l’a devancé... Le prêtre pénètre toute t ]a société canadienne, toute l’histoire du Canada; ses œu- “ vres se retrouvent partout, et avec lui on voit l’église catho- “ lique qui, après avoir fondé notre peuple, le conserve en- “ core et le protège dans les luttes qu'il soutient.” (Revue Canadienne, t. VI, p. 717).

A côté des forts qui garantissaient la sécurité des colons et de leurs premières moissons sur le sol canadien, les missionnaires s’efforgaient de fixer aux travaux de l’agriculture et les tribus vagabondes des sauvages et les rares familles des immi-

és français. Le père Buteux, arrivé aux Trois-Rivières

ans les derniers jours de juillet 1635, n’eut rien de plus pressé, après avoir fondé l’église de la Conception à côté de sa hutte de pieux et de branchages, que d'appliquer ses nouveaux paroissiens à la culture de la terre. Il écrivait peu de temps après son arrivée: ‘“ Si Capitanal vivait encore, (Capitanal “ était un chef sauvage, ami des français), il favoriserait “ sans doute ce que nous allons entreprendre ce printemps ‘“ pour pouvoir rendre les sauvages sédentaires petit à petit.

‘ Comme ces pauvres barbares sont dès longtemps accoutu- “ més à être fainéants, il est difficile qu'ils s'arrêtent à culti- ‘€ ver la terre, s'ils ne sont secourus, Nous avons done des- “ sein de voir si quelque famille veut quitter ses courses ; s’il “sen trouve quelqu’une, nous emploierons au renouveau ‘ trois hommes à planter du blé-d'inde proche de la nouvelle # habitation des Trois-Rivières, où ce peuple se plaît grande- “ ment... Quant aux hommes que nous désirons employer ‘# pour leur assistance, M, de Champlain nous a promis qu’il ‘‘ nous en accommodera de ceux qui sont en l'habitation des “ Trois-Rivières... Nous satisferons pour les gages et pour ‘ ]a nourriture de ces ouvriers à proportion du temps que ‘“ nous les occuperons à défricher et cultiver avec les sauvages, ‘ Si je pouvais en entretenir une douzaine, ce serait le vrai ‘ moyen de gagner les sauvages.” (Relations de 1635, p. 20.)

Ce que les jésuites firent aux Trois-Rivières, eux-mêmes, d’autres missionnaires non moins méritants le firent à Québec, à Tadoussac, à Montréal, au Sault-Ste-Marie, tout le long du Saint-Laurent et tout le long du Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans. Il existe au Cap-de-la-Madeleine, tout près d'ici, un vieux monument restauré pour le service de la Poste : ce vieux monument, le peuple l'appelle encore le Moulin-aux- Pères. Les jésuites furent, je crois, les premiers meuniers des Trois-Rivières et du Cap.

Mais ce n’est pas au NEA seulement que les prêtres et les religieux ont été les fondateurs de l’agriculture : l’histoire nous apprend que les moines ont aussi défriché le vieux continent de l'Europe. ‘“ Les trois huitièmes des villes et bourgs “ de France, a écrit M. de Montalembert, doivent leur exis- ‘“ tence aux moines.” (Moines d'Occident: Préface). Il en est de même, à peu de différence près, en Angleterre, en Irlande, en Italie, en Allemagne et en Suisse. Les moines, toujours fuyant les centres habités, toujours recrutant des vocations sans nombre, allèrent de forêt en forêt, de désert en désert, et firent partout fleurir la solitude, Du Ve au XVe siècle telle fut la mission providentielle des innombrables disciples de St Benoît et de St Colomban. Quand ils avaient défriché et assaini, les populations venaient se grouper autour des monastères, et ce furent les commencements d’un grand nombre de villes aujourd’hui illustres: elles ne se deucent guère qu’elles eurent leur berceau dans les monastères,

St Benoit avait jeté dans le désert de Subiaco, en Italie, les fondements du célèbre monastère du Mont-Cassin. C'était au Ve siècle. Des Goths, des Hérules, après avoir véeu de pillage se sentaient pris de repentir, et allaient chercher l’ex-

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piation dans la solitude. Benoît les recevait, les revêtait d’un froc, attachait à leur ceinture un2 serpe qu'ils ne devaient quitter ni jour ni nuit, leur mettait à la main la bêche ou la cognée, et les envoyait exercer leur robuste énergie à extirper les broussailles ou à défoncer le sol, Un jour un Goth, malhabile à son métier, laisse tomber sa cognée au fond du lac formé par l’Anio au pied de la montagne. Benoît était là; Benoît fait un miracle, et la cognée revient du fond du lac se remettre aux mains de l’ouvrier. “ Prends ton fer, dit Benoît ‘ au bûcheron barbar:, prends, travaille et console-toi.”

‘{ Paroles symboliques, s’écrie de Montalembert, où l’on ‘ aime à voir comme un abrégé des préceptes et des exemples ‘“ prodigués par l’ordre monastique à tant de générations et “ de races conquérantes : Ecce labora.” (Ibid.)

J'en ai dit assez, n'est-il pas vrai, Messieurs, pour vous faire admettre que, prêtre et religieux, j’ai quelque droit à parler d'agriculture, Vous le saviez bien d’ailleurs, vous, Messieurs, qui mettez dans chaque paroisse vos cercles agricoles sous le contrôle et la direction de messieurs les curés. Je tiens, Messieurs, à vous féliciter de cette juste notion que vous avez de la colonisation, Si vos cercles agricoles se composaient un blason je voudrais y mettre une croix en sautoir sur une charrue, avec cette devise empruntée aux moines: “ Cruce et aratro: par la croix et la charrue.” Dans vos cercles agricoles, Messieurs, le prêtre représente la croix, et le laboureur la charrue ; tous deux y sont à leur place.

Si donc il m'est loisible de parler d'agriculture, j'espère que vous me permettrez, Messieurs, de philosopher un peu sur ce sujet, en laissant à d’autres les détails techniques. À chacun son métier. Les habitués de l’économie rurale vous diront leurs expériences sur le drainage, sur les prairies et les pâturages, sur le succès des silos, sur l’alimentation pour l’amélioration des troupeaux, sur les procédés de production du lait et de fabrication des fromages, sur bien d’autres choses encore. On pourrait établir scientifiquement combien il est regrettable de laisser se perdre en infectant l'air, ou de jeter au fleuve par les égoûts de nos villes les meilleurs trésors de l’agriculture; on pourrait démontrer par des calculs irréfutables combien il est important de rendre aw sol pzx les engrais organiques, ce que le sol a donné aux moissons, ce que les moissons ont donné à l’homme et aux animaux. La loi de cette rotation merveilleuse où les éléments de la vie se transforment et se rajeunissent perpétuellement sans jamais s’épuiser, constitue la base même des procédés d'agriculture, et fournirait un beau sujet, bien scientifique et bien pratique, à développer

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