SÉANCE SOLENNELLE D'OUVERTURE
La première séance s'est donc ouverte le 20 janvier, à 7 heures P, M. Plus de cent vingt paroïsses se sont fait représenter par des délégués ou par des représentants nommés par procuration et quelques-unes ont envoyé jusqu’à huit délégués ; en outre, des centaines de cultivateurs sont venus assister aux séances du congrès. Tous les membres de la convention de la société d'industrie laitière se pressent dans la salle; des députés, des conseillers législatifs, une cinquantaine de membres du clergé, les autorités municipales et les citoyens de la ville, un bon nombre de dames constituent une réunion d'environ un millier de personnes verues pour témoigner par leur présence du grand intérêt qu’elles portent aux choses agricoles,
Le vénérable évêque des Trois-Rivières, Mgr Laflèche, a bien voulu venir occuper un siège d'honneur et rehausser de sa présence les séances du congrès qui sont de plus égayées par les accords de la musique de la fanfare de la ville,
M. Ed. A. Barnard, secrétaire du congrès, lit une lettre du Révd M. S. Garon, président, qu’une tempête de neige a empêché d'arriver à temps pour ouvrir les séances. M. l’abbé Montminy, vice président, actuellement à l'étranger pour cause de santé, est par là dans l'impossibilité de remplacer M. le président, et l'assemblée nomme monsieur Ed. A. Barnard président temporaire, et M. J. C. Chapais, assistant secrétaire.
M. Barnard, présidant la séance, indique brièvement à l'assemblée ce qu'est l’œuvre des cercles et le but qu’elle se propose. Elle a pour fin l'amélioration de l’agriculture par l'instruction agricole, théorique et pratique. M. Barnard fait allusion au magnifique et savant discours prononcé la veille, dans une des séances (1) de l’industrie laitière par le Rév. père Herbreteau, S. J., et fait ressortir ce que l'éloquent orateur a dit au sujet de l'importance de l'éducation agricole. Il dit qu’il est d'autant plus heureux des paroles prononcées à ce sujet par le Rév. père qu'il sait et qu’il est à même de dire au congrès que Mgr l’évêque des Trois-Rivières entretient depuis longtemps l'idée de trouver le moyen de donner une bonne éducation théorique et pratique aux enfants pauvres de nos campagnes et que cette idée est sur le point de recevoir un commencement d'exécution. L'idée de Monseigneur
(1) Cette séance a vraiment été la première du congrès.
est d'exploiter le zèle et le dévouement des religieux dont les devanciers, les moines du moyen âge ont, comme l’a si bien démontré la veille le Rév. père Herbreteau, défriché l’Europe et créé les premières villés qui se sont élevées sur les ruines amoncelées par les hordes de barbares qui ont dévasté ies vieux continents dans les temps anciens. Il est sûr que le plan du vénérable évêque des Trois-Rivières recevrait une forte impulsion si le congrès l’appuyait de son approbation.
La proposition de M. Barnard est couverte d’applaudissements et tous les membres du congrès donnent une approbation unanime au projet de Mgr l'évêque des Trois-Rivières et expriment l’espérance qu’il sera accepté par ceux qui au moyen d’un généreux aide peuvent le mener à exécution. .
M. le président annonce à l'assemblée que Mgr Laflèche a bien voulu consentir à adresser la parole dans cette première séance du congrès et l'invite à monter sur l’estrade.
Répondant à cette invitation, Monseigneur commence, avec l’éloquence ardente qu’on lui connaît, un discours qu’il nous est impossible de rapporter ici, mais qui, vu son importance ct son actualité, sera publié in extenso sous peu. (1) L'idée développée par Monseigneur est celle-ci : Trois grands principes sont la base de la richesse et de la force des nations : —Nécessité pour l’homme de se conformer à la loi du travail ; nécessité pour la famille de développer chez elle l’industrie domestique à son plus haut degré, et pour la nation, de développer l'industrie nationale dans la stricte mesure des besoins de ses membres; nécessité pour l'humanité entière de se conformer aux lois immuables de la justice, toujours et en tout. L’homme qui ne travaille pas doit mourrir de faim; la famille qui ne développe pas dans son sein l'industrie domestique se démembre; la nation qui ne suffit pas à ses besoins s’appauvrit et se désagrège, et celles qui se livrent à un excès d’industrie tombent dans l'injustice. Les trois principes mentionnés plus haut étant mis en oubli, les cataclysmes sociaux se produisent et les révolutions éclatent. L'œuvre des cercles est éminemment propre à sauvegarder les principes en jeu et à assurer la prospérité de notre nation.
Tel est le pâle et incomplet résumé que nous pouvons donner d’un discours de deux heures prononcé avec une vigueur d’accent, une chaleur d'expression, une hauteur de conceptions étonnantes chez un vieillard brisé par les fatigues d’une longue carrière consacrée à la conversion des sauvages, et semblant plutôt devoir rechercher le repos bien mérité par
(1) Voir ce discours, plus loin.
une vie d’incessant labeur, Mais non, l'âme ardente de Monseigneur l’évêque des Trois-Rivières l’entraîne, au détriment du corps, vers toute: les œuvres qui peuvent avoir besoin de son concours, et c'est ce qui nous a procuré l'inappréciable avantage de l'entendre dans le congrès.
De longs, chaleureux et enthousiastes applaudissements sont venus prouver à l’illustre orateur combien il a intéressé et instruit son auditoire, et les remercîments émus que lui a adressés M. le président n'ont été que l'écho des sentiments de tous les assistants.
Après quelques minutes de repos, consacrées à écouter la musi .e de la fanfare, la séance reprend son cours. M. le président dit que maintenant que l'œuvre des cercles a reçu l'approbation de l'épiscopat, il reste encore un pas à faire pour assurer sa vitalité et son efficacité. C’est celui de travailler à la multiplication des cercles. Un moyen d'arriver promptement à cette multiplication consistcrait à présenter une humble adresse à NN. SS. les évêques pour les prier de nommer, dans leurs diocèses respectifs, un prêtre zélateur de l'œuvre des cercles. Dans plusieurs diocèses un ou deux prêtres sont déjà chargés de promouvoir la colonisation. Or, rien ne serait plus facile que de nommer ces mêmes prêtres zélateurs pour les cercles. Eu effet, ces deux œuvres, les cercles et la colonisation, doivent marcher de pair, puisque ce n’est que lorsque l’agriculture sera prospère dans les vieilles paroisses que leur trop plein, au lieu de quitter le sol natal pour aller à l'étranger, fournira des bras robustes pour la colonisation.
L'assemblée décide donc à l'unanimité que les officiers du congrès soient chargés de demander respectueusement à l’épiscopat de vouloir bien nommer dans chaque diocèse de la province un zélateur pour l'œuvre des cercles, choisi parmi les membres du clergé.
Cette motion a été mise devant le congrès par M. le président temporaire, à la demande de M. l’abbé Garon, secondé par M. l’abbé Montminy, vu l'impossibilité où ils sont de venir en personne au congrès,
M. le président fait aussi, à la demande du signataire, la lecture d’une lettre de M. l’abbé Montmioy se plaignant d’une résolution du Conseil d'agriculture qui se montre hostile à l’œuvre des cercles, sous le prétexte que ces derniers sont en antagonisme avec les sociétés d'agriculture. M. l'abbé Montminy proteste contre cette résolution qui montre que le Conseil d'agriculture n’a pas du tout compris l’œuvre des cercles et il espère que le congrès protestera comme lui contre les insinuations erronées qu’elle contient, Voici cette lettre :
iv Vo ?l S, Agapit de Beaurivage, 29 déc. 1886.
Au RÉv, M. SaMuEL GARoN, PTRE, PRÉSIDENT DU CONGRÈS DES CERCLES AGRICOLES, TRo13-RIVIÈRES,
Monsieur le lrésident,—En réponse à votre bonne invitation de prendre la parole au premier congrès des cercles aux Trois- Rivières, je regrette d'avoir à vous informer que l'état de ma santé me force de faire immédiatement un voyage aux pays chauds.
J'aurais en effet été heureux de prouver une fois de plus l’intérêt que je porte comme prêtre et comme canadien aux cercles agricoles, j'aurais été heureux de discuter l’opportunité des cercles et de communiquer au congrès mon humble appréciation du bien
v’ils sont ed me à faire. Il me semble qu'après sept années D nnériaies ans le maintien d'un cercle agricole, après plusieurs expositions de paroisse faites uniquement par notre cercle, j'ai été à même de juger du bien produit non seulement dans ma paroisse mais même dans le comté.
J'ai donc été étonné en lisant la résolution suivante passée par le Conseil d'agriculture de cette province :
‘ Résolu : Que, tout en admettant que les cercles agricoles “peuvent avoir une certaine influence locale dans chaque paroisse, ‘ce conseil ne se croirait pas justifiable d’affecter une partie de “ l'octroi annuel aux sociétés d'agriculture en faveur des cercles ‘agricoles, dont l’action combinée devrait plutôt aider les socié- “tés d'agriculture dans leurs louables efforts à favoriser les pro- ‘ grès agricoles, au lieu de les paralyser par une action indépen- VE ir et SECTIONNELLE.”’ etc., etc.
Ma surprise a été d'autant plus grande qu’à plusieurs reprises les membres du conseil d'agriculture présents à nos réunions de la société d'industrie laitière dans lesquelles il a été question des cercles, ont donné leur appui chaleureux aux cercles, et encore l'an dernier l’hon. M. Beaubien M. P. P., proposait secondé par M. Casavant M. P. P., des résolutions en faveur des cercles qu'ils se chargèrent d'appuyer auprès de la législature.
En terminant, je me permets de souhaiter à votre congrès le plus grand succès.
J'espère que les bonnes »romesses qui nous ont été f:ites l’année dernière par nos hommes d’état et nos législateurs recevront cette année un commencement d'exécution. .
Je suis pour la vie, Monsieur le Président, votre très humble serviteur.
Ta. Monrmiy, ptre curé.
L'hon. M. Larue, membre du Conseil Législatif de la province, se lève et explique que c'est lui qui a provoqué la résolution du Conseil d'agriculture dont il est question, en allant dans un voyage fait exprès solliciter l'appui du Conseil pour les cercles. Il a obtenu comme on le voit un résultat bien contraire à celui qu'il espérait. Ilne faut pas pour cela se
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décourager. Il faut que les cercles soient aidés. Des députés de la Législature, membres du Conseil d'agriculture, se sont engagés l’an dernier à demander à la Législature de l'aide pour les cercles. Il y a eu des promesses solennelles de faites, et l’on finira par obtenir justice. Les cercles doivent former l'opinion de nos législateurs sur leur œuvre ; ils doivent faire tendre tous leurs efforts à convaincre l'Etat que loin d'’avoir un esprit d’antagonisme contre les sociétés d'agriculture, les cercles ont déjà contribué en certaines circonstances à en relever quelques-unes qui s’en allaient à la ruine. N'’est-il pas juste que si certaines sociétés fonctionnent mal et ne méritent pas l'octroi du gouvernement, cet octroi soit donné aux cercles qui, eux, ont ce qu’il faut pour développer l’industrie agricole. On a promis des conférences ; ce n’est pas assez, Il faut de plus un octroi pour encourager les expositions de paroisse. Il est l'ami dévoué des cercles, et il s'engage à leur donner tout l’apoui dont ils pourront avoir besoin dans le Conseil Législatif ou ailleurs.
Après ces remarques de l’hon. M. Larue, la séance est levée par M. le pare qui invite tous les membres du congrès à aller le lendemain visiter sa ferme expérimentale qui est située à cinq milles de la ville, dans la direction du St- Maurice, Des voitures y conduiront les visiteurs à des prix raisonnables,