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d'Aberdeen er de MeGill, et quelques parlementaires présidèrent nos séances et nous apportèrent, avec les salutations amicules des grandes institutions anglaises, l'encouragement de leur parole autorisée et de leur haute situation.
Je ne veux souligner ici, sans commenter et sans appuyer autrement, que les idées maîtresses émises par les principaux orateurs, Un volume entier ne suffirait pas, Ni fallait analyser en entier les discours des uns et le verbiage des autres,
Le Congrès s'ouvrit le 2 juillet, à 10 heures, dans la salle académique de l'Université de Londres, sous la présidence de lord Rosebery.
Petit de taille, imberbe, cheveux droits et grisonnants, figure animée, geste sobre, martelant les mots et les phrases, lord Rosebery me rappelle immédiatement ce que li photographie et la tradition nous rapportent de Sir Georges-Etienne Cartier. La réunion devant laquelle il se présente, observe le noble lord, a une signification qui ne peut échapper à personne : c'est de l’impérialisme de bon aloi. L'empire requiert des hommes de caractère et de volonté, et de quelle source nous viendront ces hommes supérieurs si ce n’est de l'université? Les congrès se multiplient de nos jours: les uns sont utiles, d'autres sont superflus et ne sont que des prétextes à déplacement et à distraction; mais nul ne doute que l'idée qui a présidé à ce congrè des universités de l'empire anglais ne soit fructueuse, que le lien qui réunit aujourd'hui Oxford à Sydney, Cambridge à Calcutta, Glasgow à Montréal, Dublin au Cap de Bonne-Esp france, ne soit un lien productif de nobles efforts dans la s’mpathie et l'affection mutuelles des fils intellectuels de la grande famille anglaise. T1 y a quatrevingts ans, un congrès comme celui-ci n'aurait vu les représentants que de huit universités; aujourd’hui, cinquante-trois universités sont ici représentées par leurs délégués, et ce n'est
pas trop. Il y a un siècle, un seul premier-ministre — et il n'était pas toujours facile d'en trouver un! — suffisait à la tâche de gouverner l'empire. Aujourd'hui, la terre est couverte de parlements et c'est à qui arriveruit premier-ministre! Avec une population qui ne dépasse guère la moitié de la population de Londres, l'ambitieuse Australie possède sept parlements et autant de premiers-ministres; le progressif Canada en possède une dizaine, Ce sont les universités qui formeront les hommes de caractère et de volonté—lord Rosebery se préoccupe moins de l'intelligence—les hommes honnêtes appelés à présider à la vie morale, intellectuelle et industrielle de ces pays. Les universités doivent être des phares, des demeures de lumières, Ni elles ne remplissent pas cette souveraine fonc tions, elles sont infidèles à la mission que la Providence leur confie.
Lord /lopkinson voudrait que chaque université donnât sans doute l’enseignement général, mais se spécialisAt en même temps dans une classe d'études, ou dans un travail particulier de laboratoire. Cette différenciation se fera par le libre choix des directeurs et par la compétence individuelle des professeurs. Il ne faut pas qu’elle soit imposée du dehors. Car une pression extérieure étoufferait tout effort et toute ambition légitime.
C'est aussi l'opinion du docteur Warren, président du Collège Madeleine d'Oxford. Une université digne de son nom doit enseigner les lettres et les sciences et, pour atteindre ce but, elle doit posséder des laboratoires bien ountillés et un corps professoral compétent.
Sir Arthur Brucker ne blâme pas l'émulation, ni même la rivalité entre l°s universités. Il se demande pourtant s'il ne viendra pas un jour où il fandra limiter le nombre des universités du rovaume-uni. Un petit nombre d'universités réel-
lement compétentes vaut mieux que plusieurs universités
dont le programme d'enseignement serait insuffisant.
Le Principal Peterson, de l'Université McGill, exprime le désir qu’une entente entre les universités conduise à la connaissance de leurs programmes respectifs et à l'acceptation réciproque des grades conférés à leurs étudiants après cours (post-graduate).
L'après-midi de ce premier jour du Congrès se passa à table. Le gouvernement nous conviait à un banquet : ‘quel quelques centaines de congressistes et d'invités spéciaux participèrent joyeusement. Plusieurs hommes d'état furent présents, entre autres, le comte Beauchamp (prononcez Beecham), lord Grey, lord Harcourt.
Au moment où je pénétrais dans la salle à manger, cherchant des yeux mon collègue de Montréal, M. Marceau, principal de l'Ecole Polytechnique, je suis abordé par le plus grand dignitaire de la noblesse catholique anglaise qui me dit sans plus de façon: “ Je sais que vous êtes un prélat romain délégue par l'Université Laval; moi, je suis le duc de Norfolk. Voyez l'honneur que l'on fait à Laval: vous êtes un des dix appelés à la table du président; je vous y conduirai ”. En effet, sur le livret du menu que l'on m'avait remis à la porte d'entrée (et que je n’avais pas encore ouvert), se lisait l’ordre suivant pour la table d'honneur: Comte Beauchamp, président; Son Altesse royale le Prince Arthur de Connaught, représentant la famille royale; M. Scott, Cambridge ; Dr Hamilton, Belfast: Professeur Allen, Melbourne; Professeur Ramsav Wright, Toronto; D: Bryant; Mgr Choquette, Laval ; Sir John Cockburn, Adélaïde; Principal Peterson, MeGill.
Répondant au toast royal, le Prince Arthur nous avertit de la gêne qu'il éprouvs en ce moment. “Car, dit-il, je me lève devant une assemblée qui renferme une sorte de quintessence de la sagesse des âges et de la puissance intellectuelle de notre époque. La famille royale que je représente en ce moment a
prouvé Ja considération qu'elle attache à l'enseignement universitaire, puisqu'elle à niis sous la tutelle de l'Université les héritiers du trône des deux dernières générations, et qu'elle réserve le même heureux sort au jeune Prince de Galles, ”
En parlant de gène, le Prince Arthur n'usait pas Simplement d'une précaution oratoire, I paraissait réellement ému comme nn ee eien qui débute devant ses camarades, et lorsque, en terminant la lecture de Ja fouille qu'il tenait entre ses doigts tremblants, il porta d'un geste Spontané et char: mant lai main sur son coeur, comme pour en comprimer les battements, il nous confirma à tous ses rovales sppréhensions.
Lord Harcourt, secrétaire des colonies, possède na: türellement plus d'assurance. IE se réjouit de pouvoir saluer dans cette salle une réunion d'hommes de cul ture et de savoir En sa qualité d'homme politique, il ne lui appartient pas, ditil, de parler de culture universitaire 3; il lui est permis toutefois de dire que, si, comme Fa écrit Bacon, scicuee est puissance, Tes sit es des arts et des sciences sont les trônes du pouvoir. Il conseille cependant aux savants de ne pas tendre à l'universalité. Un homme peut écrire l'histoire, an autre constinire un aéroplane, celuiei peut guérir une maladie, celui-là faire dn eroutchoue Svnthétiques; mais l'homme qui à Jui tout seul entreprendrait toutes ces choses, serait un homme irrémédiablement perdu,
Deux réceptions officielles remplirent Ia soirée Le Prince Arthur présida la première dans les salons de l'Université de Londres. Le costume universitaire était commandé, Un drapier de Chaneery Lane s'offrit à nous pourvoir de I toge el du képi règlementaires. Moyennant la modique somme de quelques shellings, sans plus de garantie de notre fidé- Hité à retourner les articles loués, nous pûmes, M. Marceau et
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moi, exhiber les couleurs vertes de la Faculté des Arts de l’Université Laval. Il ne nous sera plus donné, peut-être, de voir en même temps tant de couleurs universitaires et une telle diversité de teintes. Les larges corridors, les escaliers, les salons bruissaient partout du frou-frou ininterrompu de soies bigarrées. 11 y avait là, outre les délégués d'outre-mer, nombre de représentants des universités du royaume-uni. Des femmes mêmes, joyeuses de faire parade de leurs grades ou de leurs fonctions universitaires, avaient arboré leurs couleurs. Et vraiment — tous, nous l'avons remarqué et signalé — rien ne sied mieux à la femme que la toge aux larges manches et le petit bonne recouvert du rectangle de carton d'où pend la longue frange soyeuse.
Lord Strathcona présidait l'autre réception, en sa qualité de commissaire du Canada. Les Canadiens présents à Londres et les amis du Canada S'y étaient donné rendez-vous. Les délégués de Laval, malgré l'heure avancée, ne pouvaient manquer cette occasion de célébrer Je jour du Dominion, Nous trouvâmes là, entre plusieurs autres notables, Sir Charles Fitzpatrick, Sa Seigneurie le juge Archambeault, l'honorable M. Pelletier, agent à Londres pour la province de Québec. J'eus le plaisir de rappeler à l'aimable lord président que làbas, sur les côtes du Labrado . à l'entrée du Lac Melville, j'avais visité la maisonnette où il commença sa carrière au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson. % Oui, me ditil. J'v ai résidé durant quelques années. Il y a de cela soixante-quinze ans: c'est un bien long temps passé!"
Le deuxième jour du Congrès, Lord Curson, ancien vice-roi des Indes, nous apportait le salut de l'Université d'Oxford. # La plus vieille et la plus illustre peut-être des universités ” se réjouit, nous dit-il, de l'épanouissement d'un si grand nombre de jeunes universités dont quelques-unes sont sorties de son sein. Elle ne les ja-
louse point. Les vieilles universités ne se contentent pas d’être les reliques vénérables d’un passé glorieux. Elles ne visent pas, il est vrai, à donner un enseignement technique en vue de la formation de praticiens et de contre-maîtres d'atelier. Leur rôle est de façonner des caractères et des intelligences capables d'étudier et de solutionner les problèmes de la vie des peuples et des individus. Toutefois, puisque les hommes de la finance, du commerce et de l'industrie tournent de plus en plus leurs regards vers Oxford, on a pensé qu'il convenait d'ajouter au programme traditionnel d'enseignement un cours préparatoire à la carrière commerciale, On accuse les vieilles universités de monopaliser le service civil, et une Commission royale a été constituée afin d'examiner si ces accusations sont fondées. Quel que soit le résultat des investigations, Lord Curion a la ferme conviction, Ini qui a administré de grands territoires et qui fut le chef du service civil le plus étendu de Tlunivers, que c'est de préférence dans le cours collégial donné par les vieilles universités que l'on trouvera les garanties de caractère et de sage administration qui sont choses plus précieuses que les diamants et plus efficaces que des régiments de soldats. Il souhaite que les jeunes nniversités, dont le nombre, avant un siècle écoulé, dépassera la centaine, continuent d'observer les universités anciennes et craignant Dieu comme autant de phares d’où la lumière leur sera départie.
M. Leathers, chef du service civil de la Grande-Bretagne, ne pense pas tout-à-fait comme Lord Curson. Il requiert une instruction pratique pour les hommes publies. A son avis, les mathématiques, plus que les autres sciences, ont élargi le champ des connaissances humaines. Ilne veut pas cependant trop de mathématiques spéculatives, car celles-ci jettent l’homme dans le royaume de l’irréalité et de l'imagination. L'économie politique est peut-être la branche de philosophie
la plus dangereuse, Cette étude ne convient pas aux jeunes
gens. Le programme que prône M. Lealhers renfermera l'histoire, la poésie, le drame, la rhétorique, avee un peu de droit, de politique et de philosophie. L'homme publie doit étre un homme d'action et l'action ne S'enseione pas à Funiversité. A défaut de ce programme, le Sien, qu'il n'aperçoit dans aucune université, il estime que ce qui se rapproche le plus de son idéal se trouve dans l'enseignement classique tie ditionnel,
Le professeur Syilhells, de FUniversité de Leeds, renchérit sur l'orateur précédent. Il plaide pour Fintroduction des études techniques et professionnelles düns le programme des universités, et il désire que l'on donne à ces exercices lat. tention et la considération que l'on accorde aux autres études,
Sir Oireu, vice-chancelier de Bristol, considère que les grades universitaires ne sont pas une garantie de la qualification technique. I propose la fédération des universités avec un progromme conimun À toutes et ui examen uniforme, quitte aux étudiants à se pourvoir plus tord de grades parti culiers.
Le professeur Louis, du Collège Anstrong, déplore le mépris des industriels à l'endroit des spécialistes gradués dans les universités. ‘Partout, dit-il, dans la Grande-Bretaone et ailleurs, on se laisse fasciner par le fétiche du praticien formé par l'apprentissage, ?
La séance est terminée par un exposé de Vues concernant un échange de professeurs entre les universités du rovanme et les universités d'outre-mer. Le docteur Parkin, secrétaire du trust des Bourses de Rhodes, croit que la géographie, Fhistoire coloniale, l'anthropologie bénéficieraient de ce mouvement chez les professeurs.
Dans l'après-midi, lord Balfour quittait la Chambre des Communes pour venir nous entretenir du grand probième de
l'éducation des peuples orientaux. L'éducation, dit-il, est plus que la culture intellectuelle et plus que le savoir; elle est la formation de Fhomme (out entier. Nous sommies enclins à oublier ce principe dans les universités de l'ouest. Un conflit s'est élevé autour de nous entre lenseïonement toujours croissant des sciences et la tradition, les eroyances, Les anciens usages qui, après tout, sont encore les grandes ressources pour la formation du citoven. Flest résulté de cette lutte un changement, lentenient opéré, issu de concessions mutuelles, mais il faut prévoir que des difficultés surgiront inévitablement, si l'on procède de li même manière à l'égard de la civilisation orientale, mat préparée à subir le poids et la pression du savoir critique et scientifique moderne.
Sir Frédéric Lugard, chancelier d'' Université de Hong- Kong, a cherché, dès les débuts de cetr : université, à faire pénétrer la religion dans l'esprit des ét idiants. Pour atteindre ce résultat, il a autorisé diverses institutions religieuses,
chrétiennes et autres, à tenir des pensions, afin que le sentiment religieux pût s'exercer par les directeurs, par le choix judicieux des livres de lecture, aussi bien que par le choix de manuels d'easeignement où la vie des grands hommes de l'Orient et de l'Occident se révèle avec un réel caractère
de grandeur. Il s'est rendu compte que ces moyens ne sont que des expédients. Ce qu'il faut, c'est l'action personnelle et directe de professeurs.
Sir Théodore Morrison, membre du Conseil de l'Inde, affirme que l'éducation anglaise a assaini les services publics de ce pays et a élevé prodigieusement le niveau de l'honnêteté professionnelle. Il trouve la confirmation de son dire dans le mouvement de réforme sociale qui se fait sentir dans tous les rangs de la société de l'Inde.
M. Ewing, vice-chancelier de Punjah, Sir Thomas Raleigh, autre membre du Conseil de l'Inde, l'honorable Deva-
mt dé
prasad, de l’université de Calcutta — un digne noir coiffé du turban ou de quelque chose d'approchant—et le Rév. J.-M. Russel parlent sur le même sujet et abondent dans le même sens que Sir l'hcodore Morrison.
Ce même jour, Sir William Ramsay, le célèbre chimiste
découvreur des gaz rares de l'atmosphère, renonçait à la
chaire de chimie générale et inorganique, en présence des Faculiés de l'Université de Londres siégeant dans une salle voisine de la nôtre, et accompagnait son avis de départ de commentaires piquants. Sir William juge que les étudiants universitaires attachent trop d'importance aux examens. Bientôt il sera trop grand le nombre des gradués, hommes et femmes, qui couleront une vie de routine, sans stimulus. Ce malheureux état de chose se constate plus chez les chimistes que chez les autres étudiants. Les grades universitaires valent suivant la valeur des examinateurs. L'étudiant doit rechercher l'approbation de ses professeurs de préférence à l'estampille universitaire. Le bien-être physique des peuples est plus en progrès que leur bien-être intellectuel, parce que les ambitieux qui arrivent à la haute fonction de législateurs y parviennent, non à raison de leur compétence, mais grâce à la souplesse de leur langue. Les mandataires de la volonté du peuple ont atteint les profondeurs de l'ignorance ! Partout, sur le continent et dans les colonies, on respecte l'opinion des experts. Or les commissions royales d'experts suecèdent aux commissions @ exnerts, et rien ne change. Pour parler frane, la machine politique ne mérite que le dépotoir. Sir William souhaite que ceux qui l'écoutent, et qui demain seront des conducteurs d'hommes, visent moins à satisfaire les routiniers et plus à ce que leur action profite au bien général de la nation.
Lord Raleigh ouvre la première séance du troisième jour. Il se proclame un chercheur: sa vie a été une vie de recherches et de travaux spéciaux. D'après les statuts de Cambridge, l’un des premiers devoirs du professeur est de favoriser les recherches et de former, par son expérience et ses conseils, des chercheurs qui continuent son oeuvre, Il n'aime pas le gavage des étudiants sous prétexte de leur faciliter la tâche. Il veut que les universités se communiquent réciproquement leurs travaux et leurs succès en vue d'économiser le temps.
Ce sujet ne retient pas longtemps l'attention des auditeurs. Le docteur Hatheson, d'Oxford, la captive au contraire en proposant d'étudier la question des examens d'entrée aux universités. Voilà bien la question la plus pratique que le Congrès pût discuter et il semble que tous les congressistes se proposaient d'en faire l'objet principal de leur mission.
M. Hatheson ne veut pas oublier les deux principes de la ariété et de l’unité dont un système universitaire doit s'inspirer. Toutefois, il pense que, tout en sauvegardant ces deux principes, les universités pourraient se rencontrer sur un ter-
rain commun et se donner mutuellement un témoignage de considération et de confiance, en acceptant les grades conférés par les unes et par les autres.
Sir Ed. Bush prévoit que la proposition de M. Matheson, si elle est acceptée, aura un grand effet sur les programmes des cours. On peut s'entendre sur un programme commun à toutes les institutions d'enseignement, mais il ne faut pas perdre de vue qu'il v a dans ce choix un grand danger de viser en tout au müuinrton. % Déjà, dit-il, nous nous sentons glisser dans ce piège. Ninous n'v prenons garde, nous tomberons au niveau de certains étudiants allemands, lesquels, riches de connaissances cechniques, connaissaient néanmoins si imparfaitement la langue allemande, que les examinateurs ne parvenaient pas à comprendre leurs examens écrits. ” Il
demande la eréation d'un bureau central chargé de préparer un progranme unique conduisant à Fisoratriondtalion dans toutes les universités de Fempire anglais
Sir Cislopher Niron ne desire pas rendre trop difficile l'entrée à Funiversite. Ce serait fermer Ja porte à des hom mes de valeur dont les facultés se développeront par a suite
M. Jogynt Nouvelle-Zélande) s'oppose à Fexiomen ni versel, c'est-cdire à un progronmme unique pour toutes les universités, Il confesse pourtant que cette mesure grandi rait la responsabilité de chaque université. I prétend que l'examen d'énnatricutalion des universités de FAustralie et de la Nouvelle-Zélande mérite d'être reconnu et accepté par les jeunes universités de la Grande-Bretagne,
Sir Oliver Lodge (Birmingham) voit dans ce débat un aspect pratique du Congrès et il veut lui donner une conclusion pratique. Sans doute, l'élasticité, l'autonomie, l'expérience particulière sont choses désirables pour une université, mais par elles les universités doivent viser à un même niveau
d'enseignement et à l'acceptation réciproque des examens particuliers d'inmatriculation.
M. Hartog, de l'Université de Londres, est un lanceur de bombe! #“ Que sait, dit-il, un étudiant qui a passé l'examen d'immatriculation? Peut-il s'exprimer correctement en anglais? Peut-il écrire l'anglais? Souvent, la réponse sera négative. — L'aspirant a passé sur le français! Peut-il lire un article de tête d'un journal français? Saura-t-il se guider dans une gare de France?-[t a passé sur le latin! Lira-t-on Virgile: sans parler de Cicéron! Tout ce que nous exigeons présentement de l'étudiant, c'est qu'il conserve trente pour cent (30 p. €.) des points aloués à quelques exercices. Cette épreuve ne signifie absolument rien. Autant vaudrait vouloir prendre notre soupe avee une fourchette que de chercher à cons-
tater par ce moyen la culture intellectuelle d'un élève !
Lord Laleigh, vésumant les idées cinises tt cours d discussion, insiste à nouveau sur l'importance d'une ivsoue tion developpée, aussi bien pour les techniciens que, étudiants en sciences, HE fout que ceux-ci et ccux-l ment correctement en ahelais Fest certain qu'il gligence sui ce point chez les professeurs et chez Les nateurs.
Le vessie de la séance est consacré à la diseussion ports entre luniversité et le monde des affaires ct cu tr
Sie Ccorge Gibb, président de Ja commission des el mins de fer du royaume-uni, demande la pratique de la sélee tion dans le recrutement des hommes d'affaires. L'univer sité ne doit pas être étrangère à la vie commerciale et indus trielle. L'agitation ouvrière dont on souffre actuellement en Angleterre ne se serait peut-être pas produite si, depuis cinquante ans, les patrons des usines et les financiers eus: ent eu plus d'instruction. On a amélioré les instruments avail aussi bien que les outils de la finance, on n'a rien ter, : pour améliorer les hommes qui manient les uns et les autres. “On me demande souvent, dit Sir George: “ Mon fils doit entrer dans la carrière des affaires, dois-je l'envoyer se préparer à l'université?" Je réponds invariablement : # Certainement oui, si vous le pouvez. Ce sera peut-être pour votre fils deux à trois ans de retard sur son camarade qui entrera immédiatement au comptoir, mais il reprendra bientôt ce temps et il
sera prêt à occuper les plus hautes situations, ” Ni j'avais à
faire le choix entre un jeune homme qui aurait donné les deux-tiers de sa jeunesse aux études techniques et le reste aux sujets littéraires, et un autre jeune homme qui aurait cinployé toutes ses jeunes années au développement classique de son intelligence, je n'hésiterais pas une minute et je choisirais le second. Si l'Angleterre veut garder le rang qu'elle ocenpe dans l'industrie, il lui faut des hommes d'une intelligence
cultivée. :
Au surplus, il faut populariser l'enseignement et voiturer l'université jusque dans les campagnes, nous disent, durant l'après-midi, plusieurs professeurs de collège, Il ne s'agit pas de faire naître, chez le travailleur de la terre, non plus que chez l'ouvrier des fabriques, l'envie de prétendre aux grades universitaires, Cette ambition n'existe nulle part. Mais combien d'hommes et même de vieillards sont avides d'instruction, L'âge moyen des auditeurs de la campagne aux cours populaires de l'université est de 25 à 99 ans; on a vu même des étudiants de 60 ans, et récemment on en à trouvé un de 70 ans !
L'Université de l'Etat du Wisconsin, par exemple, est aujourd'hui à la tête de toute: les niversités relativement à l'enseignement populaire, A cette fin, elle dépense annuelle ment 25,000 louis et l'Etat est disposé à voter n'importe quelle somme pour favoriser ce mouvement,
Le grand obstacle, en Angleterre, à cette louable entreprise — cet aven des professeurs anglais vaut d'être noté — est la passion du «port. Il ne faut pas prohiber les amusements légitimes, mais il conviendrait de faire comprendre que ceux ci ne doivent pas occuper lt première place dans Ta
vie ociale,
Le quatriense jour doit marquer la clôture du Congres. Déjà plusieurs délégués sont partis. Les banquettes, habituellesont remplies jusqu'au dixième rang, montrent des vides nombreux. Et c'est dommage, car ces absents nant ront pas Le plaisir d'entendre Île président de la séance du matin, de vénérable commissaire du Canada à Londres, lord S'rathconds, nous dire que ses quatre-vinet-douze ans se réjouissent de participer à nue réunion qui pour la premiere fois dans Fhistoire de l'Angleterre, ot en pré-
senee deux classes d'universités : les universités des Iles
Britanniques et les umsersités coloniale iles unes et les autres avec leurs traditions, leurs aspirations, leurs ambitions. fl espère qu'une cooperation plus efficrce au ben général de la uation résultera de cette rencontre, [dit qu'on pent suivre les pas des pionniers de race anglaise sur toux les points de l'empire, Ces pionniers furent redevables de peu de chose à l'éducation universitaire et ceux qui les suivirent sur les mûmes chemins ne connurent gaère mieux la discipline académique, [est digne de remarque toutefois que, partout où un groupe d'Anglo-Saxons à formé un noyau de colonie, IE s'est élevé immédiatement un collège où une université. Lorsqu'elles se séparèrent de la mére-patrie, les colonies anglaises de l'Amérique du Nord comptaient sept universités. Le jour où lord Strathecona Vraversa an Canadait vo de cela 75 ans (applaudissement")— quatre établissements d'enseignement supérieur existar t déjà. Toutes ces universités d'ontremer ont profité de l'assistance et de la direction des universités continentales par un échange de vues et principalement par un échange de professeurs. Il souhaite que le Bureau central d'informations, dont on discutera ce matin lopportunité et la formation, puisse prolonger cette tradition et en augmenter les heureux effets.
Le docteur Parkin nous rappelle que les universités continentales et coloniales de l'empire anglais sont responsables de l'instruction d'un cinquième de la population de la terre et que leur influence s'exerce sur un cinquième de la surface du globe. Il déplore le fait que les vieilles universités ignorent les jeunes et que celles-ci, d'autre part, tentent de se fraver un chemin, sans consulter leurs aînées, Cet isolement est déplorable; car, pour remplir intégralement leur fonction, les universités doivent être en relation les unes avec les autres et toutes avec les universités du rovaume-uni Mais comment, se demande-til, arriver à cette
union? Par la création d'un Bureau central d'informations.
ire
Ce Bureau pourrait étre organisé par les universités elles mêmes et rester sous leur contrôle, I] publierait un annuaire dans lequel ehaque institution apparaltrait avee son pro ere d'enseignement vénéral et Spécial, la série de ses classes et de ses grades, les matières de ges CXAINOUS, On v trouverait pareillement les noms des professeurs disponibles en telle où teïle branche d'études, de même que Jes dernandes et les conditions d'emploi, Les boursiers de Rhodes, venus des coiunies et des Etats-Unis, après avoir complété Jeu State en Europe, entraînent dans leurs pays respectifs plu sieurs étudiants anglais. Quel aviütauce pour ceux-ci si le moyen leur était donné de pénétrer l'organisation et les besoins des universités d'outre-mer !
Trois délégués australiens opinent dans le même sens que le docteur Parkin. TIs nous disent combien il est difficile de constituer, aux antipodes, un corps professoral. Le Bureau Central aplanirait ces difficultés.
Touchant la question de donner entrée aux professeurs et aux élèves gradués dans le gonvernement de l'université, le docteur Sadler, vice-chancelier de l'université de Leeds, remarque que celui qui ne consulte que les annuaires et les statuts d'une université ne trouve pas facilement quelle autorité la dirige et quels hommes sont revêtus de cette autorité, Dans sept universités qu'il connaît parfaitement, la direction n'est pas 1à où l'on croit Ja voir, et il faut être bien avisé pour la découvrir. Et pourtant il convient que les directeurs soient en centact constant avec les facultés et que leur esprit soit ouvert à toutes les suggestions du dedans, de même qu'ils doivent se renseigner sur les progrès et l'expérience du dehors. M. Sadler souhaite que les professeurs et les gradués soient admis, par leurs délégnés, à faire partie du bureau des gouverneurs, et il demande que les femmes n'en soient pas exclues,
La séance de l'après-midi est consacrée aux résolutions et aux voeux par lesquels se traduiront les conclusions du Congres.
Aucune voix ne s'élève contre les deux premières propositions, à savoir : Lo le Congrès des universités de l'empire uhglais Sera convoqué tous les cinq ans; 2o les universités du rovaumeuni se réuniront chaque année,
Le projet d'une réunion annuelle des universités de cha cune des colônies fait aussi l'objet d'un voeu. Il ne rencontre d'opposition que relativement à l'expression annuelle qu'on rer place par le mot sériodique.
KRestait le projet de la formation du Purcau central d'in. opnalions, que Le docteur Parkin avait énoncé le matin en termes genoraiux CE Qu'il émet à cette heure sous une forme concrète, propose: To qu'un comité éhoisi parmi les men bres du Congres soit chargé d'aviser aux moyens de constituer 4 Londres un fureau ceatral des Unirersités: Lo que les universités représentées à ce Congrès soient invitées à défraver, durant cinq ans, les dépenses du Rureau central, par des souseriptions dont la plus grosse ne dépassera pas cent louis, — Malaré linsistance éloquente du promoteur, ce pro: Jet ne recoit pis, en son enties, l'assentiment général des délégués. L'un d'eux fait remarquer que La Hinerra, publiée ou Aflomaigne, renicime des informations sur les universités
au monde ensier FE confesse, toutefois, qu'il est désirable Ï
que nous sovions indépendants de cette publication ét
riiuère, d'autant que celleei abonde en inexactitudes concernant les universités de Fnde par exemple, et que les noms + sont atrocoment défigurés, Pn autre nous demande Si nous nous crovons autorisés, en qualité de délégués an Congres, à siener un engagement monctaire au nom des universités que nous représentons, Un troisième croit que les pouvoirs des délégués se bornent à exprimer le désir de la formation d'un Bureau contrat.
La première partie (10) du projet Parkin est néanmoins adoptée, mais cette entente ne finit pas le débat; car il reste à fixer le nombre des membres du Bureau et à répartir ceuxci proportionnellement à l'importance des colonies. C’est alors que notre salle de délibération, si calme, si froide même jusqu'à ce moment, prend tout-à-coup un aspect insoupçonné. Tout le monde est debout. Tout le monde veut parler. Les propositions se croisent, les interruptions se multiplient. Le président agite sa sonnette, retire la parole à celui-ci, la donne à celui-là. Bref, la chaleur d'un soleil méridional semble envahir nos confrères anglais, Un moment, nous nous crûmes transportés au Palais Bourbon, lorsque les Chambres françaises se paient le luxe d'un bon quart d'heure de tumulte. A peine le docteur Sadler a-til eu le temps de soumettre que le comité pourrait se composer de sept délégués du ropaume-uni et de sept autres pour les universités d'outremer, dont deux pour le Canada, que Sir Joseph MeGrath est levé et s'efforce de démontrer que les universités ce l'Irlande, avec leurs trois mille étudiants, ont droit à trois délégués... mais Sa Voix se perd dans le brouhaha. Finalement le chiffre de quatorze membres est accepté par la majorité des congressistes, Le président invite ensuite les délégués des colonies à faire, Séance tenante, le choix de leurs propres représentants. Les Australiens se groupent à droite, les Canadiens à gauche, les délégués de l'nde au centre, et l'assistance est aussitôt partauée comme en plusieurs famvnles où se débattent des questions spéciales, Les noms de Sir Thomas Holland (Inde), et des MM. Falconcr (Toronto), Tory { Alberta), Brigy (Adélaïde), Joyut {Nouvelie-Zélande), Hoernle (Cap) et Tauliaferro Cpour les autres colonies) sortent des délibérations et ces Messieurs sont appelés à constituer, avec les délégués des universités du royaume, le comité de préparation du Bureau central.
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Les discussions ont prolongé la séance finale jusqu’à une heure inaccoutumée. Aussi les remerciements d'usage aux divers présidents de nos séances, ainsi qu'au secrétaire-général du Congrès, le docteur all, se font-ils brefs, sans laisser pour cela d'être chaleureux.
On aura remarqué, en lisant les pages qui précèdent, qu’il ne fut question, au cours du Congrès, ni de médecine, ni de droit, ni de polytechnique, ni de haute littérature, ni de rien en un mot de ce que, en notre milieu canadien, nous mettons au programme des universités. Ce fut plutôt un congrès de l'enseignement secondaire, dira-t-on. Comment cela s'explique-t-il ? Ilest bon de savoir que chez les Anglais, chez les Américains, et je crois aussi chez les Allemands, le rôle de l'université commence après l'enseignement des rudiments du grec et du latin, c'est-à-dire après la classe que nous nommons versification ou troisième, C'est après ce grade académique que s'obtient l'immatriculation, et l'élève immatriculé entre ausSitOU au cours universitaire qu'il poursuit à travers les classes dites: freshman, sophomore, junior et senior, correspondantes à nos classes de belleslettres, rhétorique, philosophie première et seconde. Je note à dessein cette concordance entre la nomenclature étrongère et la nôtre. Maintes fois j'ai constaté chez mes interlocuteurs l'embarras, la difficulté même, de se retrouver dans notre programme et de distinguer entre le cours académique et le cours classique unive:sitaire. — Quelle est l'étendue de votre examen d'immatriculation ? Quand se passe-t-il et dans quelles conditions ? — Ces questions m'ont été posées vingt fois. L'immatriculation est la pierre de touche de l'étudiant de langue anglaise. C'est cet examen que visaient la plupart des discours des orateurs du Congrès.
Une autre remarque sur laquelle je me permets de retenir l'attention du lecteur, c'est que dans le corps professoral des universités de l'empire anglais il à une grande variété d'esprits et de tendances. Ivy à des conservateurs et des libéruux, des optimistes et des pessinistes, des progressifs et des retatdatuires. Le quicla non morere parait être le motto des vieilles universités. Les jeunes universités, au contraire, aumbitionnent le changement, l'évolution, la réforme en un mot ; elles ne semblent pas redouter les faux pas dans lesquels linexperience pourrait les précipiter.
Est-ce sous la poussée de ses Soeurs cadettes que FUÜniversité d'Oxford a vu le penchant à lt nouveanté pénétrer dans ses Vieux murs et se révéler au cours d'une controverse récente à propos du grec? IT est connu que le grec est en crand honneur à Oxford. Pour entrer à Ja faculté de droit, pr exemple, Fétudiant doit justifier de sa connaissance du grec par la traduction d'auteurs non désignés d'avance aussi
bien que des autenrs inserits au programme Or, dans une
assemblée d'un millier d'oxfordiens, tenue le printemps der. nier, plus de 499 assistants proposèrent un adoucissement notable à la rigueur de cet examen. Le projet fut repoussé, ais il transpira que les deux tiers des membres du conseil étiient disposés à Faccepter,
La vieille Université de Paris expérimente, à l'heure présente, Les inecrtitudes d'un éhangement qui ne date pas de bien loin. L'étudiant d'une d'eade passée ne se reconnaît plus dans les eveles et Tes Sections qui fractionnent aujourd'hui lenscignement Secondaire de Lt Sorbonne, Les élèves peuvent choisir entre quatre programmes différents conduisaint pareillement aux professions libérales. I x a : la section oreclatin: a Section tafin-Sciences: la section latin-lanques virantes: et la section moderne (sans grec ni latin). J'ai appris que dans la classe de rhétorique de deux grands
collèges dirigés par des ecclésiastiques, 15 à 20 pour cent des
élèves font partie de la première section; tandis que 50 pour cent appartiennent à la section latin-sciences. Les latin-grec sont incontestablement les plus forts, et, au début, les mieux préparés aux études philosophiques, mais les latin-sciences ne tardent pas à les rejoindre et même à les dépasser. Ces derniers se glorifient de compter le plus grand nombre d'admis aux examens du baccalauréat. N'empêche que les professeurs n’ont qu’une voix pour déplorer ce fractionnement et les impedimenta de toutes les sortes qui en résultent. Ils espèrent qu'on reviendra prochainement aux anciens programmes.
A propos de cours et de grades, je veux noter ici la situation particulière des universités coloniales vis-à-vis les vieilles universités du royaume. Règle générale, celles-ci n'admettent pas les étudiants étrangers ad cumdem gradum. Celui qui aspire à leurs diplômes de droit ou de médecine doit être un senior agrée par le bureau des examinateurs, si non il subira un examen d'entrée portant sur un ensemble de matières connues sous le nom de responsions. Ces réponses correspondent sensiblement au programine du baccalauréat de Laval. Elles sont moins étendues en philosophie et en sciences; par contre, elles sont plus sévères en grec et en mathématiques. Quelques universités d'outre-mer — une quinzaine — ont obtenu que leurs élèves gradués soient admis dans la catégorie des seniors. Les élèves des autres universités, quel que soit leur grade, n’ont droit qu'au titre de junior et ce titre ne les exempte pas d'un examen d'entrée.
Il ne faudrait pas croire, toutefois, que cette distinction repose sur la valeur absolue des programmes d'enseignement, Elle nait plutôt de la parité ou de l’imparité apparente des cours de juelques universités avec les cours d'Oxford et de Cambridge, D'où qu'elle dérive,elle gêne notablement certains étudiants coloniaux, les boursiers de Rhodes en particulier. Oxford et Cambridge s'occupent à l'heure présente de refon-
mu JA de
dre en un seul règlement plus compréhensif leurs divers statuts de faveur et projettent de les étendre à un plus grand nombre d’universités d'outre-mer.
Il convenait que les délégués de Laval, à l'occasion du Congrès, s'employassent à faire admettre leur vieille université dans la catégorie la plus privilégiée. Pour atteindre
cette fin nous allâmes à Oxford, M. Marceau et moi — M. l'abbé Gariépy de Québec étant ergagé ailleurs — faire con-
vaître nos désirs au secrétaire du bureau des examinateurs. Dès les premiers mots de la conversation, nous apprimes que les décrets de faveur dont jouissent quelques universités coloniales ne s'appliquent qu'à leurs étudiants qui ont mérité les honneurs du premier ou du deuxième ordre (who have taken honours of first or second rank). Quels sont exactement ces honneurs? 11 n’est pas facile de le dire, vu que chaque université possède sa série d'honneurs sujets à des règlements particuliers, que les examens qui ÿ conduisent portent tantôt sur une matière tantôt sur plusieurs, et que ces matières varient d’une année à l'autre. Il y a des honneurs en mathématiques, en grec, en latin, en biologie, en minéralogie...
A première vue, le programme de Laval ne présente rien qui approche de ce partage entre les élèves d’une même classe. Tous nos élèves étudient les mêmes matières, les mêmes auteurs, avec la même étendue; ils ne se distinguent les uns des autres que par une supériorité relative. En regardant de près néanmoins, on ne tarde pas à découvrir une démarcation réelle entre les gradués de Laval; démarcation qui ne repose pas seulement sur une ou plusieurs matières d'étude, mais qui porte sur tout le cours — lettres, philosophie et sciences — et qui se traduit par deux notes finales sonnant bien. En effet, les aspirants au baccalauréat de la faculté des arts de Laval qui ont conservé, dans le premier et dans le deusième examen universitaire, les quatre-cinquième (80 pour cent) dé points alloués ont droit au diplôme de bachelier ès-arts orné de la
mention avec grande distinction (cum summa laude). La mention plus courte avec distinction (cum laude) est méritée par l’aspirant possesseur des quatre-cinquièmes des points dans l’un on l’autre examen, Que ces mentions honorifiques ne soient pas faciles à décrocher, on le concédera en apprenant qu'eux examens finals de juin dernier (1912) auxquels 245 candidats ont participé, 8 seulement de ceux-ci (3 pour cent), ont mérité la première mention et 51 la seconde.
Le secrétaire du Bureau des examinateurs d'Oxford et de Cambridge a bien voulu reconnaître, dans cette notation académique, l'équivalent des honneurs du premier et du second ordre conférés par les universités anglaises, et il nous a laissé espérer qu’il tenterait de la faire valoir, lorsque son bureau étudiera la pétition de l'Université Laval.
Je n’ai écrit que peu de chose, jusqu'à présent, touchant les récréations préparées par les organisateurs du Congrès. Elles ne faisaient pas défaut cependant et celui qui, sans être averti autrement, verrait la douzaine et plus de cartes d'invi- “ations -— toutes de grand style — dont quelques-unes nous arrivèrent avant même la traversée, jugerait que le Congrès s'est passé en banqrets et en promenades. Une chose certaine c'est que la société de Londres s'est appliquée à nous faire joyeuse fête.
J'ai mentionné déjà les divertissements :u premier jeur du Congrès : banquet du gouvernement, réception à l’Université de Londres, réception chez Lord Strathcona. Ajoutez un thé offert par la marquise de Bute.
Le deuxième jour les laboratoires de l'Université de Londres nous furent ouverts et les instruments les plus rares fonctionnèrent pour notre enseignement. J'eus le plaisir de voir chez le docteur Waller un oscillographe d'une sensibilité
inouïe, lequel enrégistre le courant électrique produit par la contraction des ventricules du coeur. L'opérateur voulut bien me tirer, séance tenante, une photographie qui ferait les délices d’un pathologiste !
Les photographies et les plans des universités du royaume et des universités d'outre-mer couvraient les murs d'une vaste salle voisine et attiraient les regards des visiteurs, Nous aurions aimé y trouver l'image de notre beau palais de la rue Saint-Denis, encadré de la Polytechnique et de la maison de Théologie, et surtout le tableau du groupe majestueux des édifices de Laval assis sur le haut promontoire de Québec,
Le soir venu, les congressistes, par groupes d'une c;n- Quantaine, se rencontrèrent à diner dans les somptueuses salles des corporations marchandes. Les gros négociants de la métropole, réunis sous les noms de drapiers, de poissonniers, de tailleurs, se glorifient de continuer les confréries ouvriéres, les guildes du moyen âge, La charte de la * vénérable Corporation des poissonniers (fishmongers) dont nous fûmes les hôtes, M. Marceau et moi, date du treizième siècle. La sollicitude de ces messieurs pour les habitants des eaux se borne aujourd'hui à empêcher Ja pollution des rivières et des lacs, mais leurs armoiries, soulignées de la pieuse devise AU worship be 10 God only, sont couvertes de poissons. IIS conservent aussi dans leurs agapes quelques pratiques et traditions antiques, entre autres la cérémonie de la coupe d'amitié, une coupe d'un demi-gallon, dans laquelle chaque convive, debout, fait mine de tremper les lèvres et qu'il passe ensuite à Son voisin en l'accompagnant de gestes aussi amusants que désuètes, Le repas présidé par Lord Portsmouth—un colosse à la barbe rousse qui me faisait penser à Eric le Rour—se termina par quelques toasts et par le chant, religieusement exécuté, de l'action de grâce: Deum laudate propter beneficia sua — Do-
minum in excelsis laudate. Ensuite, nos collègues se rendi-
rent à la réception de la comtesse de Beauchamp.
Les délégués dinèrent, le troisième jour, au Collège du Roi, et le maire de Londres devait les recevoir plus tard à Mansion House. Plusieurs, parmi nous, se flattaient de voir le chef de la Cité sous le costume archaïque que la littérature et la caricature ont popularisé; mais il fut connu au cours de l'après-midi que le Lord-Maire avait été appelé soudainement à Dublin, et comme son substitut ne pouvait revêtir les parapharnalia qui piquaient notre curiosité, nous primes parti ailleurs.
Les distractions que je viens d'énumérer n'ont pas épuisé le programme des fêtes du Congrès. Celles-ci se sont poursuivies un long mois, hors de Londres, en récréations intellectuelles et joyeuses, par la visite des centres universitaires des Iles Britanniques.—OUrford, Cambridge, Bermingham, Manchester, Leeds, Edimbourg, Dundee, Aberdeen, Glasgow, Belfast, Dublin reçurent tour à tour les délégués, et les logèrent dans les chambres de luxe des étudiants universitaires. Banquet donné par l’université et visite de l’université, puis banquet donné par la ville 2t visite de la ville... tels furent les deux articles essentiels du programme de réception dans chaque localité. C'était vraiment trop de divertissements pour les délégués de Laval et la pensée de s'asseoir à ces tables multipliées leur fit craindre une révolution désastreuse dans leur régime habituel. Aussi, Orford seule eût-elle l'honneur de leur présence! D'ailleurs celui qui écrit ces lignes avait antérieurement visité les quatre plus grandes universités de la Grande-Bretagne.
Le lecteur qui a parcouru les pages qui précèdent à pu se faire une idée de la portée de ce Premier Congrès des Universités de l'Empire anglais. Je n'ajouterais rien en appuyant
plus longuement, où autrement, Qu'il me suffise de proclamer qu'il a dépassé de beaucoup notre attente et l'attente de tous ceux qui y ont participé.
Le prochain congrès renchérira certainement sur le premier, et par le nombre des délégués et par la solution pratique que recevront plusieurs questions mises à l'étude, Je souhaite qu'en y pensant bien, et longtemps d'avance, nous puissions y apporter un concours plus actif et contribuer par ce moyen à faire connaître plus au loin le nom de notre université canadienne-française.
Ce rapport ne serait pas complet, dans son raccourci, si je ne disais que j'ai constaté, après plusieurs autres visiteurs ‘anadiens, que nous avons, chez le peuple anglais, de grands et de puissants amis. Plusieurs, parmi ceux-ci, ne sont pas éloignés d'une véritable admiration à l'endroit des Canadiens français. * Restez français par votre *essonvenir, par votre culture intellectuelle et religieuse — me disait un noble lord, ancien ministre dans le cabinet Gladstone — nul n'y trouvera à redii, et personne ne doutera de votre loyauté. Ce n'est pas la moindre gloire de l'Angleterre d'abriter sous son drapeau de si nombreux groupements ethniques et d'y laisser parler tant de langues. Notre désir est que tous les sujets anglais jouissent de la paix dans la sécurité et la concorde. ” J'ai la ferme conviction que ce sentiment est celui de la grande majorité des intellectuels anglais. S'il en était autrement, il me semble que moi, ecclésiastique, je n'aurais pas trouvé partout la parfaite déférence dont le souvenir n'est encore une jouissance, Si, une toute petite fois, j'ai senti, je ne dirai pas une mésestime ni un manque de respect, mais une légère absence d'égard, cela m'est venu d’un Anglais d'outre-mer et cet Anglais n'appartient pas aux provinces de l'est du Canada.