‹ Premier livre de lecture des écoles BerlitzChapitre 25 sur 69 · LA BONNE PREUVE · texte numérisé non relu

LA BONNE PREUVE

On sait que, dans les pièces de théâtre, on appelle a parte les mots qu'un acteur dit de manière qu'ils soient entendus des spectateurs, mais qui sont censés ne l'être pas des autres acteurs qui sont en scène. Un soir, Molière, Boileau et La Fontaine soupant ensemble, la discussion s'engagea sur Topportunité des a parte, La Fontaine disait que les a parte n'avaient pas le sens commun, qu'il était absurde de supposer que des mots entendus de toute une salle, et qui contiennent souvent une réflexion plus ou moins injurieuse pour l'interlocuteur, ne parvinssent point aux oreilles des gens qui étaient à quelques pas de celui qui les prononçait. Boileau, au contraire, soutenait qu'il y avait des circonstances qui pouvaient rendre cette supposition très-vraisemblable, que la préoccupation, le passion, la chaleur de la discussion pouvaient bien empêcher un homme d'entendre ce qu'on disait tout près de lui. Comme la dispute s'échauffait entre ces deux auteurs, Molière, qui avait écouté tranquillement, se mit tout à coup à dire tout haut, mais en se tournant d'un autre côté : La Fontaine est un coquin; puis, voyant que la Fontaine, tout occupé à convaincre Boileau, n'en-

tendait rien, il répéta ce propos trois ou quatre fois, en élevant la voix toujours davantage. A la troisième fois, Boileau avait souri ; mais telle était la préoccupation de La Fontaine, que Molière dut le tirer par le pan de son habit pour lui faire entendre ce qu'il criait depuis cinq minutes. L'illustre fabuliste dut conveuir qu'il avait tort.

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