L'ÉCHO MERVEILLEUX
Ces jours passez, chez madame Arabelle, Damis vantait un écho merveilleux,
— Bah ! lui répond certain marquis joyeux, Un tel écho n'est qu'une bagatelle.
— Mais savez- vous, marquis, pour en parler, Qu'il redit tout, neuf ou dix fois ? — Tarare ! C'est dans mon parc, c'est là qu'il faut aller, Lorsque l'on veut entendre un écho rare.
— Plus rare? — Oh, oui — Parbleu! nous Pentendrons, Car dès demain sans faute nous irons . . .
— A demain, soit! j'y compte ; point d'excuse. — Le marquis sort, méditant quelque ruse, Kentre'à l'hôtel, et demande Sancho,
Son vieux laquais. — Tu passes pour habile : S'il le fallait, ferais-tu bien l'écho?
— Oui-dà, monsieur, car rien n'est plus facile. Dites-moi ho ! je vais répéter ho !
— Ecoute donc l'ordre que je te donne : Demain matin nous irons au château :
Dans un bosquet, près de la pièce d'eau, Va te cacher, sans rien dire à personne : Là, par degrés affaiblissant ta voix, Comme un écho répète au moins vingt fois Ce que viendra te crier l'un et l'autre.
— Suffit, monsieur : vous serez satisfait ; J'entends cela mieux que ma patenôtre.
Le lendemain, placé dans un bosquet, L'oreille en l'air, Sancho faisait le guet. Voici venir toute la coterie.
Chacun disait: C'est une raillerie
Qu'un tel écho. — Vous l'entendrez. — Chansons I
— Quand nous serons près de cette clairière, J'aurai bientôt dissipé vos soupçons.
Nous y voici, madame, commençons.
Interrogez mon écho la première ; Mais songez bien qu'il faut enfler vos sons, Et les enfler d'une bonne manière.
— A vous, marquis, pour cette épreuve-là Les grosses voix sont toujours les meilleures. Lors le marquis de crier : Es-tu là?
L'écho répond : J^y suis depuis deux hetires.
Pons de Verdun.