LA SOCIETE A PARIS
, . . Paris, il m'ennuie à la niort,
Et je ne vous fais pas un fort grand sacrifice En m'éloignant d'un monde à qui je rends justice. Tout ce qu'on est forcé d'y voir et d'endurer Passe bien l'agrément qu'on y peut rencontrer ; Trouver à cha(^ue pas des gens insupportables. Des flatteurs, des valets, des plaisants détestables, i)es jeunes gens d'un ton, d'une stupidité! Des femmes d'un caprice et d'une fausseté ! Des prétendus esprits souffrir la suffisance. Et la grosse gaieté de l'épaisse opulence. Tant de petits talents où je n'ai pas de foi ; Des réputations, on ne sait pas pourquoi ; Des protégés si bas ! des protecteurs si bêtes ! Des ouvrages vantés qui n'ont ni pieds ni têtes ; Faire des soupers fins où l'on périt d'ennui ; Veiller par air ; enfin se tuer pour autrui ! Franchement des plaisirs, des biens de cette sorte
Ne sont pas, quand on pense, une chaîne bien forte ;
Et pour vous parler vrai, je trouve plus sensé
Un homme sans projets, dans sa terre fixé.
Qui n'est ni complaisant, ni valet de personne.
Que tous ces gens brillants qu'on mange, qu'on friponne,
Qui, pour vivre à Paris avec l'air d'être heureux.
Au fond n'y sont pas moins ennuyés qu'ennuyeux.
Gresset.