‹ Premier livre de lecture des écoles BerlitzChapitre 69 sur 69 · LA MORT DE JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

LA MORT DE JEANNE D'ARC

A qui réserve-t-on ces apprêts meurtriers ?

Pour qui ces torches qu'on excite?

L'airain sacré tremble et s'agite . . . D'où vient ce bruit lugubre ? où courent ces guerriers Dont la foule à longs flots roule et se précipite ?

La joie éclate sur leurs traits.

Saûs doute l'honneur les enflamme ; Ils vont, pour un assaut, former leurs rangs épais ; Non, ces guerriers sont des Anglais Qui vont voir mourir une femme !

Qu'ils sont nobles dans leur courroux ! Qu'il est beau d'insulter au bras chargé d'entraves ! La voyant sans défense, ils s'écriaient, cee braves :

,, Qu'elle meure ! elle a contre nous Des esprits infernaux suscité la magie ..."

Lâches, que lui reprochez-vous?

D'un courage inspiré la brûlante énergie. L'amour du nom français, le mépris du danger :

Voilà sa magie et ses charmes ;

En faut-il d'autres que des armes Pour combattre, pour vaincre et punir l'étranger?

Du Christ avec ardeur Jeanne baisait l'image, Ses longs cheveux épars flottaient au gré des vents ; Au pied de l'échafaud, sans changer de visage,

Elle s'avançait à 'pas lents.

Tranquille, elle y monta ; quand, debout sur le faîte Elle vit ce bûcher qui Fallait dévorer, Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête, Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête,

Et se prit à pleurer.

Ah ! pleure, fille infortunée !

Ta jeunesse va se fié tir

Dans sa fleur trop trop tôt moissonnée ! Adieu, beau ciel ; il faut mourir!

Tu ne reverras plus tes riantes montagnes,

Le temple, le hameau, les champs de Vaucouleurs ;

Et ta chaumière, et tes compagnes.

Et ton père expirant sous le poids des douleurs. Chevaliers, parmi vous, qui combattra pour elle? N'osez-vous entreprendre une cause si belle ? Quoi ! vous restez muets ! Aucun ne sort des rangs ! Aucun pour la sauver ne descend dans la lice ! Puisqu'un forfait si noir les trouve indifférents,

Tonnez, confondez l'injustice, Cieux, obscurcissez-vous de nuages épais ; Eteignez sous leurs flots les feux du sacrifice,

Ou guidez au lieu du supplice, A défaut du tonnerre, un chevalier français.

Après quelques instants d'un horrible silence, Tout à coup le feu brille, il s'irrite, il s'élance . . • Le cœur de la guerrière alors s'est ranimé ; A travers les vapeurs d'une fumée ardente,

Jeanne, encor menaçante.

Montre aux Anglais son bras à demi consumé

Pourquoi reculer d'épouvante.

Anglais? sou bras est désarmé, La flamme l'environne ; et sa voix expirante Murmure encore : ô France ! ô mon roi bien-aimé !

Qu'un monument s'élève aux lieux de ta naissance, O toi qui des vainqueurs renversas les projets ! La France y portera son deuil et ses regrets,

Sa tardive reconnaissance ; Elle y viendra gémir sous de jeunes cyprès. Puissent croître avec eux ta gloire et sa puissance !

Que sur l'airain funèbre on grave des combats, Des étendards anglais fuyant devant tes pas ; Dieu vengeant partes mains la plus juste des causes Venez, jeunes beautés ; venez, braves soldats ; Semez sur son tombeau les lauriers et les roses! Qu'un jour le voyageur, en parcourant ces bois, Cueille un rameau sacré, l'y dépose, et s'écrie: ,,A celle qui sauva le trône et la patrie. Et n'obtint qu'un tombeau pour prix de ses exploits !'

Casmir Delavigne.

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