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Dimanche

Hier, je passai toute la journée au faubourg Saint- Germain. — Allé chez de Brezé. — Vu un logement chez madame F... avec Bourdonnel, — et dîné chez Thébaut avec M. B... et madame H... Elle a les yeux (elle n'a que des yeux, mais enfin elle en a!) indécents comme une nudité. — Lu le second volume de Jacques II dans mon lit.

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Aujourd'hui passé le temps à mille choses, incapable d'attention. — Lu à bâtons rompus les lettres de Frédéric 1 1 à Voltaire. — Dans ces lettres le grand Frédéric est un sot. — L'admiration pour les écrivailleurs le rogne jusqu'à l'idiotisme.

Qu'ai-je fait encore? Rien qui vaille la peine d'être rappelé. C'est aujourd'hui Dimanche et le temps est superbe. J'ai bien pensé à aller voir la jolie Indienne de G... mais pourquoi? — Pour lui? il n'en veut plus et ma négociation est inutile à présent. Pour moi? quoique je ne puisse pas aimer qui m'aimerait, je suis trop indolent dans ce moment-ci pour tenter de me faire aimer d'une jeune fille. Et d'ailleurs j'ai un mal de pied qui m'empêche de mettre une chaussure étroite et d'user ainsi de tous mes avantages. Donc, bonsoir !

G... ! Il faut pourtant que je lui écrive. J'ai reçu de ses nouvelles ces jours derniers. — Il n'en est encore avec ... qu'aux éléments. — Ils correspondent, et pour G... qui ne s'est jamais peint à une femme, c'est une excellente occasion de se donner un plaisir très vif dans la jeunesse. Oui ! très vif et même le plus vif de tous. — Mais en séduction, ce n'est qu'un moyen vulgaire. Il ne faut jamais se révéler entièrement aux femmes. — On tuerait bientôt l'intérêt.

On frappe chez moi. C'était L. B. — Discussion d'une heure à propos de ses idées politiques qui

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n'existent pas avec la prétention d'exister. — Habillé. — Sorti. — Dîné au Palais-Royal. — A Corazza. — Puis à Tortoni. — Rentré.

17 Août.

Travaillé tous ces jours autant que je l'ai pu avec les contrariétés, les inquiétudes et les soucis de toutes sortes du moment présent. — Il est des instants où je comprends jusqu'au plus grossier libertinage; on n'en a pas moins de la fierté, des puretés plein la poitrine, un souvenir qu'on n'abjurera jamais, mais on a besoin de se soustraire à la réalité en se plongeant aux gouffres des réalités les plus abjectes. Ah! tortures, tortures! Je me rappelle l'image sublime de Richter : « Le bison qui se roule dans la fange pour se guérir de ses blessures. »

Je me travaille rame pour que rien ne paraisse au dehors de mes pensées. Qu'y a-t-il de plus ridicule que de souffrir? Il n'y a que les femmes à qui cela aille bien et ce que j'écris là me rappelle ma soirée d'hier, passée de nonchalance et d'ennui chez la maîtresse deT... Cette femme a du cœur. Elle est malheureuse, le cache mal, mais enfin fait effort pour le cacher.

Vu hier aussi M. de L. R. qui ne m'ouvrira sa bibliothèque qu'à son retour de la campagne; — contrarié aussi, par là, pour qu'il soit dit que dans les petites choses comme dans les grandes, je n'échapperai pas au damné guignon de ces jours-ci.

Aujourd'hui levé à neuf heures. — Travaillé, c'està-dire lu jusqu'à six heures. — Dîné, — point de viande ni de poisson. — Écrit une longue lettre à G... puis ceci.

î9 Août.

Hier rien noté. — Ma journée s'écoula chez moi au travail. — Lu les Mémoires de Brandebourgs la plume à la main et la carte sous les yeux. Il n'y a pas d'autre manière de lire l'Histoire politique et militaire. — Supprimai le dîner. — A huit heures m'habillai et allai chez le libraire au faubourg Saint-Germain. — Comme je crains ma disposition intérieure du soir, laquelle dans ce moment est intolérable, je ne rentrai pas immédiatement. — Au café de Paris trouvé M. de B... avec lequel j'allai à Tortoni, lui pour une glace moi pour l'accompagner. — Rencontrai M. F. et tutti quanti. — Rentré, j'avalai un volume in-8® en attendant ce grand seigneur de sommeil qui prend si bien les airs de se faire attendre.

Aujourd'hui levé à neuf heures et à la demie au travail. — Lu, comme hier, la carte sous les yeux, les Mémoires de Frédéric depuis la paix de Huberstsbourg (1673) jusqu'à la fin du partage de la Pologne (lyyy).

— Déjeuné avec appétit. — Repris mon travail, mais un peu de stupeur et de pesanteur. — J'ai essayé d'une sieste, et comme je n'ai pu dormir malgré une chaleur accablante, me suis mis à écrire mille doléances à A. L. F., aimable fille malgré tous les travers de l'esprit et dont je ne puis me détacher.

G. . . est venu. — M'a raconté son aventure d'hier soir qu'on peut appeler la chasse aux maîtresses, — Quand il en aura une en pied et en titre, il sera tout-à-fait bourgeois de Paris. Au fait, c'est du mariage, aux présentations officielles près. — Travaillé jusqu'au dîner. — Mangé une salade sans poisson ni viande, repas digne d'une intelligence et dont la sobriété a confondu mon vieux Louis, — Repris les Mémoires de Frédéric,

— Mais distrait par les gracieuses coquetteries de ma voisine, et par un air sur un orgue (la Cachucha). — Explique qui pourra la machine humaine! cet air entendu tant de fois cet hiver avec des trépignements d'animation et une envie folle de danser, m'a fait pleurer presque à chaudes larmes. — Je ne me croyais pas si accessible aux sensations en général et à celles de la musique en particulier. B... est venu» — Il est

venu me proposer avec une affection de procédé qui m'a extrêmement touché un service que je ne lui demandais pas. — Accepté ! — Je le devais, ne fût-ce que pour la grâce de la démarche qui a été parfaite. — Causé longtemps. — Quand B... a été parti, fini les Mémoires de Frédéric. — Commencé Ryno. — Écrit ceci, ma fenêtre ouverte par un clair de lune Élyséen, au bruit de l'eau du canal et au chant par et juste de blanchisseuses qui travaillent fort tard aujourd'hui parce que c'est Samedy. — Triste! triste! triste!

Dimanche. 20.

Habillé. — Allé chez la marchesa. — Revenu chez moi. — Dîné chez Gaudin. — Le soir ennuyé et... — Passé la soirée chez la St-L...

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