À MADELEINE
Je puis bien recevoir, puisque je suis Jésuite, votre PREMIER PÉCHÉ, Mais je ne pourrai jamais, si Jésuite que je sois, absoudre une Madeleine impénitente, Et vous l'êtes, impénitente, vous savez combien, et combien je vous souhaite de l'être.
Ne demandez donc pas un pardon qui ne saurait être qu'un éloge et dont vous n'avez c'e faire, Laissez plutôt vos lecteurs, beauc:up ::lecteurs, vous assurer que votre PREMIER PÉCLE est un premier succès et un bel exemple de travail et de constance. Et s’il se trouve parmi eux quelqu'un que ce succès et ce bel exemple ne suffisent pas à satisfaire, vous accepterez ses critiques avec douceur, et ce sera là votre pénitence de Madeleine impénitente,
Sur ce, voici votre Préface ; allez en paix et recommencez bientôt.
Louis LALANDE, S, J,
otre Chambrette
Sorties du couvent, le matin m esprit content, délivrées d'un poids : elles s’installèrent avec leur bagage scientifq ser,—dans une immense mansarde. On avait sur le plancher raboteux,
il bois brut, avec une infinité là avant ces Pauvrettes..
fenêtres, il fallait grimper
il est vrai, l’on voyait le grand fleuve, ui accordèrent un long regard, qui disait toi !”
ivrait peut-être le courant...
Deux petits lits, tout près l’un
de l’autre, couchette à ciel. Ce sera pour
les amies, qui avait des instincts hospitaliers. Puis, avi-
sant une espèce d'anfractuosité, très sombre, la Pauvrette ajouta : “Ca me fait Peur, ce coin noir, ”
—Ne dis rien, fit l’autre, plus brave, moi je trouve tout cela charmant ; Sa vous a un petit air bohème !.. J'ai toujours rêvé de vivre dans une mansarde ! Une mansarde. et son cœur! Jt nerveusement, elle riait. C'était laid, tout à fait, cette grande chambre triste, où les ravalements occupaient une si grande place, Aussi le papa, en les installant, leur disait dans de bons baisers :
—Mes chéries, ce n’est pas beau, mais que voulez-vous, il n'est pas facile de trouver, ici, une bonne maison où des fillettes de votre âge seront bien traitées. ..La maîtresse de pension est excellente,
Puis, s'attendrissant : Mes petites, ce nest pas gai, lorsqu'il n'y a plus de maman |
Il s'enfuit pour ne pas pleurer,
Pas de maman ! C'était toute leur vie, cela. Sans cesse, elles
6 Premier Féché
avaient senti la tristesse du berceau si vite déserté. Pas de maman ! Mon Dieu, comme elles comprenaient l'horreur de ces mots, petits oiseaux frileux qui n'avaient jamais eu de nid! Avoir appris à voler seuls...et sur leurs ailes, les pauvres sentaient encore des meurtrissures. Elles avaient au cœur des trésors de tendresse enfouis pour jamais. Est-ce que l’on donne cela à d’autres ? C'était leur cimetière, et une tombe blanche disparaissait sous les in: urtelles... Et toujours ce deuil terrible briserait leur vie, elles auraient, sans cesse, des larmes à donner à la douce vision, qui hantait parfois leurs rêves, pour caresser de ses lèvres le front des petites abandonnées...
—“ La caisse est là, sœurette. Regardons, veux-tu ? Nous y trouverons toutes ces choses que notre petite mère aimait ?”
À genoux, elles soulevèrent le couvercle Pour regarder ces précieuses reliques, qu'on leur confiait, Le premier objet : un album.
Elles l’ouvrirent avec émotion, et sur la première page, lurent le suprême adieu de la chère morte. C'était un testament d'amour : il parlait de Dieu, d'amour filial et d'amour patriotique, car cette mère expirante rêvait, pour l'avenir, ses enfants toujours fidèles à trois cultes : la religion, la famille et la patrie :
“ Du ciel, je vous regarde et je vous aime...
Il n'y avait plus rien, la plume avait peut-être glissé dans le dernier soupir.
Les fillettes sanglotaient pendant que de leur gorge contractée s'échappait, en un déchirement, ce seul mot : Maman ! Maman !
C'était la première fois que la mère leur parlait, cette voix d'outre-tombe, suavement, disait de grandes choses.
Le cher petit cahier !... T'en souviens-tu, Lizette ?...
La fete Nationale
Restons Canadiens ! Il y a deux cents ans nos pères le disaient à leurs fils, et la génération d'aujourd'hui se groupe encore, et pousse ce cri qui résume la fierté, l'amour et les espérances de rCtre race : restons Canadiens !
Avec quel enthou:
fête nationale ;
aucestrales ?
Nous avons du sang dans les veines, du plus noble! Nous avons de la foi et de l'amour au cœur, et hautes aspirations, et c'est ains groupés, les yeux fixés sur I les saints espoirs. Oui, ligence et nous avons la
pères ; w'avons-nous plus la croya: t veillé sur le berceau de la race
Oui, nous avons tout cela, nous avons le souvenir du passé, nous avons le culte de Ja patrie, nou: :.vons l'amour du pays qui envoya à la terre canadienne, les créateurs de notre race ; nous avons foi en l'avenir et d’ailleurs ne nous sentons-nous pas une nation sortie de l'enfance, et prête maintenant à poursuivre tous les nobles buts ?
Hier, dans l'air électrisé, passait une brise d'enthousiasme, tout le souffle de la nation canadienne qui exultait, Célébrant sa fête à elle, bien à elle ; avec Pompe nous l'avons chanté notre Canada, hymne de joie d’un peuple en liesse, promenant son bonheur, voulant le crier à tous les échos, et éprouvant l’impérieux désir de dire ses chants patriotiques. Le ciel rayonnait de la fête de la terre, en ce soir du 24 juin ; les fusées et les feux resplendissants montaient vers lui, flammes pures semblant sortir du cœur même des Canadiens, —étincelles jaillies d’un foyer immense
où brûlent sans se consumer toutes les ardeurs, tous les enthousiasmes, toutes les espérances d'âne race.
Tous les ans, nous appôrtons un éclat plus 1 : à la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, comme une frappante preuve que la nationalité canadienne se fortifie d'année en année, et se sent devenir de plus en plus grande ; de là, le besoin de se réunir, de s'affirmer, et de se dire avec un légitime orgueil : “ Nous grandissons !” La Saint-Jean-Baptiste, beaucoup protestent contre cette date de fête nationale, ont-ils raison ? je n'en sais rien, mais une touchante coutume nous réunit depuis longtemps, ce jour-là, et la changer nous Pparaïtrait porter atteinte à nos traditions. Qu'importe le jour, puisque c'est la fête de la race que nous chômons avec tant d'enthousiasme ; puis le 24 juin est une fête qui embaume les lilas, la nature est en coquetterie, et les érables balancent amoureusement leurs branches parées de ces fines et élégantes feuilles si jolies à nos yeux, si chères à notre cœur, Il fait si bon de chanter la joie, quand tout autour de nous respire la plus pure allégresse. 1
Et dire que nous marchons avec un drapeau emprunté, n'y a-t-il pas de quoi protester ? Ne pouvons-nous voir flotter sur nos têtes le drapeau canadien, celui qui enflamme les courages et inspire les héroïsmes ; celui dont nous pourrions dire, avec amour, aux soirs de luttes, lorsque les balles l’auront sacré grand, à nos fils curieux : “Ce chiffon-là, c’est la patrie 1” Oui, ce morceau d'étoffe qui se balance dans les airs, c'est la patrie !
Et notre patrie à nous !
Le Canadien aime les “trois couleurs ”, c'est la France des anciens jours qu'il vénère dans la nouvelle, il est habitué à regarder ce pavillon comme sien, et n'y aurait-il pas cruauté à le lui ravir ?—I1 semblerait que c'est un morceau de son cœur qu'on lui arrache violemment, et il aurait une nostalgie désespérée de ce “bleu, blanc, rouge.” Oh! laissons-le lui, mais seulement, mettons sur l’étenc'ard glorieux, des feuilles canadiennes, et, les larmes aux yeux, en le baisant, nous verrons l'enfant reposer sur le sein de la mère. Oh! dormir là, toujours, c'était jadis notre souhait, nous avons été réveillés brutalement, et fils orphelins, il nous à fallu lutter un combat terrible, où nous avons tremblé souvent de laisser la vie,
Maintenant nous sommes sauvés, et là, tout au fond du cœur, nous gardons l'image attendrie et souriante de la Mère chérie : la miniature est toujours ravissante, et le temps, loin d’en effacer les contours, semble aviver l'éclat de ses couleurs. Nous l'avons placée dans un cadre d'amour et rien n'en ternira les ors délicats : un enfant n'oublie pas sa mère, un Canadien aime toujours la
France | Et cette fleur au par: inaltérable, qui s'épanouit sous les climats canadiens, doit, dans ise très douce, embaumer le vœur français. Hommage du pré: u passé |!
Fille du sol canadien, quel est l'aïeul préféré. Demandez à un enfant s'il peut choisir 24 juin, je chante le Canada Français avec tout m de fille heureuse ; je fête ma mère !
Tombee du Kid
C'est dans le grand dortoir du couvent.
Une fillette pâle, d'une joliesse triste et attachante, est là, debout, dans sa toilette sombre, car pour ombrer l'auréole de ses boucles blondes, on a endeuillé le doux petit visage ; elle porte sa première livrée de deuil et si vous voyez ses yeux cherchant dans l'au-delà, pris d’une immeuse pitié, de vos deux bras, vous retiendrez sur votre seia l'enfant sans mère. Car tout : la désolante expression des jolis regards, l’'amertume du sourire, le désenchantement imprimé dans ses traits enfantins ; tout, enfin, nous crie que cette petite pleure le plus cruel des deuils,
Elle est là, seule, debout à « 1& de tous ses bagages, attendant elle ne sait quoi, tant tout lui est levenu indifférent ; son pauvre petit cœur est tout brisé, et il lui semble qu'elle en a mis les parcelles au tombeau. Une tombe ?
Elle ignorait ce que ce gouffre béant appelle de notre âme, et né comprénait pas encore, naïve chérie, ce qu'est un seul mot, dans sa signification terrible, d“ éternelle.” La mort même avait pour la petite un sens limité.
Morte, sa pauvre maman, oui morte. Et dans son petit cœur d'enfant inconsciente, elle répétait : “ Lorsque maman viendra, je lui dirai ceci, cela, et Pauvre maman verra bien comme je l'aime ; elle ne me laissera plus !” Pour la mignonne de cinq ans, la mort était un voyage !
Le dortoir du grand cowvent est toujours silencieux, et la petite pensionnaire attend ; on ne vient pas, et la solitude étreint cette petite âme de son inexprimable angoisse. 11 Jui semble que dr tous les lits blancs, va se lever un fantôme, tant son imagination est prise par ce côté blanc de la mort ; et elle qui a baisé le front de la maman chérie, sans une crainte, se prend à trembler devant tous ces morts imaginaires.
Elle veut échapper à l’horrible vision, et il lui semble que partout s’agitent des apparitions. Elle est affolée, la pauvrette, et pour fuir la vision horrifiante, elle se jette sur ses paquets, et se plonge parmi tout ce qu’elle aime, prise encore d’une nouvelle douleur, Toutes ces choses ainsi empilées, c’est sa vie à la mignonne. On » dégarni sa petite chambre b:anche ; on a défait les rideaux de la couchette enfantine ; on a décroché l'image de la
Premier Péché zu
Vierge, qui recevait matin et soir la prière dictée par maman ; on a aussi Ôté le portrait de la chère disparue, pour que la petite püt lui donner encore le baiser quotidien ; tout ce qu’elle a aimé, tout ce qui lui a souri, est 1à, dans cet informe, où la frêle créature se tord pendant que se perçoit ce cri d'infinie détresse : Maman ! Maman !
Et du paquet, monte comme un parfum du ciel, l'odeur favotite de la chère pleurée, et la petite oublie que sa maman a laissé dans tous les replis des objets chers à la mignonne, sa senteur €'amour et il lui semble percevoir le frou-frou de sa robe, et sur sa joue humide, le rayon qui sèche tout : le baiser d'une mère !
Et ne sentant rien sur ses lèvres avides, la petite assoiffée de la caresse, dont elle jeûne depuis quatre jours, a une révolte terrible, et étreignant de ses bras mignons, avec une force extracrdinaire, tout ce qui de sa vie ancienne est ramassé là, elle le serre Sur son cœur frémissant, pendant que les sanglots se pressent dans sa gorge contraciée.
Une sensation d'isolement la prend ; elle souhaite mourir, l, dans le linceul de ses premières joies ; à quoi bon attendre sa mère ; pourquoi ne la pas rejoindre ?
Et l'enfant ayant clos ses yeux purs, s'élève vers les voûtes idéales, riant aux anges surpris, pour s’en aller cacher 3a joie céleste dans les replis du manteau merveilleux qui rend sa mère plus belle encore.
Sur la terre, son petit corps frissonne des sanglots..,
À travers la rangée des lits blancs, une enfant de dix ans s'avance grave, elle aussi blonde, et si jolie. Elle voit la mignonne masse noire abattue sur des malles de nouvelle pensionnaire, et dans ses yeux bruns, se lit une douleur, dont le premier chapitre a été vécu.
Elle s’agenouille, et sur le cou, qui seul est sans larmes, pose sa bouche, dans une douce caresse ; puis elle met sa tête tout près de celle de la petite P'eureuse, et leurs chevelures se confondent en la même cascade d’or. Le soleil vient se jouer dans cet éblouissement blond et jette des sourires dans cette première douleur.
Sentant une sympathie tout près d'elle, par un besoin de se confier entièrement, la mignonne pleure plus fort, et des larmes se mêlent aux siennes. Alors, séchant ses grands yeux, elle regarde la douce fée consolatrice. Les deux enfants s’enlacent, dans une grande caresse qui dit : Aimons-nous, puisque toutes deux nous n'avons plus de mère |
Et ainsi unies, sur cet amas informe, elles ressemblent à ces pauvres enfants livrées au hasard de la rue...elles sont livrées au hasard de la vie, cette vie qui n'a pas voulu de leur premier sou-
p2) Premier Péché
rire, et brutalement leur a Ôôté la joie suprême des petits et des grands : l'amour de la mère |
La religieuse descend à petits pas, la grande allée ; elle s’arrête près de cette enfance bri et l'on voit ses yeux s'embuer de la pluie fine de son âme 3: clléPresse convulsivement sur ses lèvres, sa croix d'argent, Puis s’agenouillant à son tour, elle ramène, sur son cœur, dans une caresse Puissante, les chères affligées.
—“ Mère,” dit l'ainée, familière avec ce mot exquis donné à ces douces femmes, qui ont assez d'amour pour en Prodiguer à tous les êtres souffrants,
“Mère,” répète la toute petite, dans une extase baignée de larmes. “ Mère :
Ce n'est plus sa maman, mais c'est une mère qui l'aimera, Car ce mot-là est sacré, et la mignonne ne croira jamais à une profanation.
Ce seul mot a versé l'apaisement dans trois âmes !
SP ETS
Un Eden
La Malbaie est une pierre précieuse enchâssée dans les Laurentides, offrant ses mille scintiliements aux baisers du grand fleuve qui, fou d'amour, vient déferler ses vagues sur les granits énormes avec des caresses de fauve en délire.
Qu'elle est séduisante Ja jolie Maibaie, gracieuse et fine, petite coquette toujours parée pour la fête, et qui sourit perpétuellement au grand aman agenouillé à ses pieds mignons, dans une dévote admiration.
Sur le pont blanc d'un beau bateau, nous la saluons de loin, avec un grand battement de Cœur, c'est qu’elle nous a déjà enivrés d: ses beautés, et que nous revenons encore, assoiffés des joies an-
Nous voilà au petit quai, et de la main nous disons bonjour yeux brille le plaisir du revoir, en ces mains, qui se tendent déjà, — Des bois couronnés de sapins sem-
ns une expansion amicale, et nous surplombant de sa magnifique hauteur, le Manoir Richelieu
Là-haut règne le Manoir et au pied du mont touffu de sapins, où s’accrochent dans une étreinte désespérée de gigantesques blocs de Pierre, on remarque quelques huttes indiennes, où des Sauvagesses, genre 1901, offrent au voyageur mill: petites fantai.
rtiste par ces enfants des bois,
“ dremier Péché Puis après avoir escaladé une côte immense, nous entrons dans le village si joyeusement nommé : la Pointe-à-Pic : succession de jolies villas, nichées au bord du chemin, dans un cadre verdoyant, ou enfouies dans des nids d'arbres, belles qui jouent à cache-cache, et nous découvrent soudain le sourire de leur toit rouge, ou de leurs verts volets,
La fantaisie est à l'ordre des temps, il semble qu'un peuple d'artistes ait choisi cet endroit tout de poésie étrange, douce souvent, rude parfois, tant on s'est efforcé de ne mettre dans ce ctdre au charme puissant que des merveilles de goût et d'élégance.
Tout est gentil, frais, coquet, reposant, et la monotonie est inconnue dans ce coin fleuri, exquis et délicat où les mille surprises d'une nature toujours belle, s'offrent sans cesse aux regards. Tout €: que le pittoresque invente de merveilleux a été jeté là, dans une prodigalité folle, et l'on avance, ravi de ces joliesses qui se laissent admirer avec une grâce non dépourvue de cette coquetterie qui ajoute aux charmes, un charme nouveau,
Après une course rapide, dans ces voitures berçantes que l'on nomme calèches et qui font les délices des citadins en villégiature à la Malbaie ; après avoir monté, descendu bien des côtes, tourné € contourné une baie splendide, l'on aperçoit le clocher d'une petite église toute jolie ; à côté un vieux cimetière à murs décrépits où quelques tombes isolées penchent leur vieil's tête dans leur désespoir solitaire.
Puis, le couvent, le cher petit couvent, où j'appris à lire. . et à murmurer contre l'autorité ! Je m'arrête, ici, émue du flot de scuvenirs qui agitent mon Cœur, et après un regard aux deux statues dressant dans le parterre leur immobilité blanche, je monte mm'agenouiller là-haut sur les dalles de ma petite chapelle, si humblement jolie. .et 1à, je me souviens... Dans leurs robes grises, les religieuses font la Procession...je souris aux unes | et je ne regarde pas les autres ne voulant évoquer dans cette minute revécue des jours passés, que les douceurs d'antan ; à quoi bon les mauvais souvenirs, chassons-les, comme ces vilains papillons qui viennent étendre leur ombre terne sur la page blanche où s'esquissent de délicieuses peintures.
Lentement je parcours les classes silencieuses dans ce besoin de me revoir enfant, et de me montrer, devenue sérieuse, aux lieux témoins de mes lutineries. les Pauvres semblaient consternés ! Ex je recueille miette à miette les bribes de ma petite jeunesse, en ramassant partout au dortoir, au réfectoire, à la salle de récréation, dans un corridor, dans le parloir...ma moisson faite, richesse sans nom que le cœur est avide d'amasser, je m'en vais, plus fortunée, car dans quelques instants j'ai goûté du pur bonheur.
En immenses
Premier Plché 45
Ma calèche est conduite Par un cocher fin et gouailleur, un vieil ami” connu depuis toujours, et qui manifeste énergiquement #4 satisfaction de me promener encore sur nos chemins rocailleux ; la voiture poursuit sa marche au milieu du p : village, où chaqu: figure, chaque maison, je pourrais dire chaqu. jierre (et il y en a des milliers) me crient : bonjour ! Je ne trouve pas assez de sourires pour remercier cette vieille et chaude amitié, mais des sœurs plus éloquentes parlent pour eux, les larmes de joie ne sont-elles pas le plus touchant merci ?
La petite rivière Malbaie chantait, chantait, et les cailloux sur lesquels elle miroitait claire et limpide, avaient aussi un air de fête, et me mirant dans l'onde calme, je disais : me reconnaissezvous ? et les petits poissons qui ont gracieuse mémoire, murmutaient à l'envie : “ oui, oui l” Elle était si gentille, avec son gazouillis d'amoureuse, la fine rivière, que j'oubliai les terribles colères qui la faisaient sortir de son lit, grondeuse, écumante, renversant tout sur son passage, et portant la désolation dans les paisibles hameaux ; car les terres qu'elle arrose se subdivisent en une infnité de villages. 11 y en a de tous les genres, conséquemment de tous les goûts.
À la voir ainsi couler, la rivière Malbaie, calme et chantante, se perdant parfois dans les sinuosités d'un terrain capricieux, effleurant à peine des blocs énormes, se cachant ensuite sous un ciel opaque d'aulnes et de jones, on ne se douterait jamais de sa malice tant elle parait dormeuse et insouciante. Méfiez-vous de l'eau qui dort.
Le village principal est bâti sur les deux rives reliées par un beau pont de fer, et à la suite s'étendent de superbes chamss, quelques-uns grimpant dans les montagnes ; on y voit des ravins, des buttes, des mamelons ; les troupeaux paissent dans les vallons £ mais en dépit de cette nature accidentée, les terres sont très productives. Ces inconvénients ne sont rien pour l’ardeur des braves Malbaiens, aidés de ces petits chevaux du nord à jarrets d'acier, qui font l'ascension des côtes les plus escarpées avec une sorte de désinvolture,
La Malbaie est, dit-on, la Suisse canadienne ; vous gravissez encore, toujours, et vous ne vous lassez pas de ces pentes raides, sachant que sur le haut des monts, vous découvrez une splendeur inconnue, Dans les grands bois, vous entendez parfois de sourds grondements, et vous apercevez ensuite une énorme chute surgie d’on ne sait où, et qui cascade ses blancs bouillonnements sur les grosses roches, comme dans une rage de ces obstacles posés sur “1 route. Et ces spectacles se renouvellent à perpétuité ; la Malbaie est inépuisable, vous la Voyez encore et toujours, mais vous ne
“ Premier Piché
Parmi toutes ces merveilles, js sais rien de plus ment beau, de mieux réussi en fait d'imprévu que cet endroit unique que les habitants de Ja Malbaie ont parfaitement appelé, en le nommant dans leur langage bien simple : le7rou. Le nom man-
enfonçant un peu sous bois vous admirez une &rosse chute se divi-
de soi, et dans les airs flottent des écharpes dont Ja frange se mouille aux gouttelettes d'eau qui rejaillissent jusque là-haut, caresses de l'onde aux êtres aériens.
Le Trou est visité Chaque an, par un no bre considérable de touristes, c'est un des endroits recherchés des Pique-niqueurs, et combien d'amoureux ont gravé dans un cœur, sculpté sur l'écorce des bouleaux, les noms que l'avenir a unis souvent, désunis parfois. Il est dans ces lieux resté quelques parcelles des âmes, car on sent mille mystères causer bien bas. --et tout cela émeut et trouble.
Sens tranquilles, qui abordent la Malbaie avec la ferme intention d'y goûter le repos. Le Cap-à-l’Aigle regarde la Pninte-à-Pic, en face, avec un air d'assurance et de défi, comme pour dire à la
jolie ; je suis beau de ma grâce rustique et fière, et dans une lutte, je te vaincrais !” 1] l'écraserait même si l'Aigle furieux lançait les rochers de son Cap énorme sur sa fine et gracieuse vis-à-vis.
Je ne crois Pas que nulle part ailleurs, on retro, 3 un cndroït plus fièrement isolé, pour y Sémir, pour y pleurer, pour y dormir toujours. On est là seul, bien seul avec a douleur, et si À
fuites te répondent d'autres ranglots, ce seront jes petites feuilles pleurantes de Ja rosée du matin.
On ne retrouve Pas au Cap-à-l'Aigic la Saieté et l'animation Qui règnent à la Pointe, et aussi dans le Charmant village ; c'est la tranquillité absolue et calmante, celle qui vit au milieu d'une nature étrangement solitaire, et qui semble dire : « Ne faites pas de bruit ; ne troublez pas mon sommeil.” L'écho répercute solennellement les éclats de tire, aussi y rit-on tout bas, par crainte de cette clameur grondante qui s'élève au-dessus des grands bois.
Une route boisée vous conduit au cœur d'une forét, vous la suivez en voiture, pour sentir les feuilles légères vous caresser au Passage, de leurs joues humides, Les oiseaux Y chantent leurs
joyeuses, et leurs trilles harmonieux mettent de l'allégresse
cette nature discrètement voilée de gazes vertes. Ce chemin
s'appelle le chemin de fer. Ne me demandez Pas pourquoi, La
fantaisie malbaienne ne se traduit pas, ell- se devine difficilement, ...
Maintenant, je m'en vais, ai-je bien tout vu ? ai-je bien tout regardé ? et ai-je déposé dans les trésors de mon Cœur, toutes ces miettes de m ïi, que j'ai redemandées aux buissons des sentiers, ux qui m'ont parfois lacéré les chairs jusqu'au sang. Mais m'ont-
de revoir le passé... Pourtant une force irrésistible me Pousse en avant, et dans la serrure je mets la clef.. ‘elle tourne avec un bruit triste, grincement qui me serre le cœur, et je revois...jadis ! J'évoque dans chaque chambre, une ombre disparue, et il me semblr que tout s'anime, que tout sourit, que tout Chante. Dans une txtase débordante, je songe à mille souvenirs radieux, mon âme semble s'être dédoublée, et les tableaux anciens se déroulent devant moi ; je suis petite, l'on m'embrasse, l'on me Caresse, l'on me berce, j'écoute les mots de tendresse, je suis toute tremblante de soie émue, et le radioscope de mon cœur déroule ses radieuses images. Soudain la perspective s'assombrit. . et de plus en plus...j'y vois du crêpe. .des funèbres draperies. . et dans un brouillard de larmes une lignée de cadavres est là... je les reconnais tous et à genoux au milieu des dépouilles chéries, je pleure en un instant de douleur éperdue tous ceux que j'ai aimés.
Puis, affolée, je fuis ; mes pas résonnent dans ce silence avec le bruit sourd des cercueils que l'on descend dans les fosses. Dans
le jardin, des fleurs ont poussé seules, elles sont blanches, de celles que l'on cueille sur les tombes !
C'est fini, je m'en vais, mes amis sourient à mon départ, mais ce n'est pas le regard épanoui du retour. Mon Dieu, pourquoi s'en aller ?...Et mes lèvres grimacent gaiement, mais je sens tout mon moi qui pleure. ..et je ris !
Avec mille grâces, le bateau incline sa fine coque : son salut d'adieu...les mouchoirs s'agitent dans le dernier bonjour. D'un regard j'embrasse toutes les merveilles étalées devant nous, puis je ferme les yeux pour ne plus voir que dans mon âme.
Je croyais tout emporter...et je sens que j'ai laissé là une partie de mon cœur, celle que l'on ne saurait enlever des lieux où l'on a été heureuse, où enfant, on a connu la vraie, la chère affec-
tion bien tendre, celle qui rayonne de l'enfance à la vieillesse,
as
Autour du Saguenay
Il pleuvait des étoiles de la nue diamantée, pâles fusées s'echappant en étincelles, et égrenant leurs feux du firmament jusque dans la mer, la belle mer éblouie par cette caresse venue du ciel. Il en rayonnait sur tous les points pour mettre un resplendissement dans le sombre de la nuit, et avant de rendre leur dernier soupir d'étoiles, les pauvrettes mourantes filaient un regard : le suprême adieu, vers les jeunes sœurs encore lumineuses de leur étincelante beauté. Si tôt mourir, semblaient-elles gémir, et dans un flot d'argent, les jeunes mourantes s’ensevelissaient à jamais ; la vague souriait à ces blanches funérailles, et bientôt après, elle se refermait encore, irradiée, un moment, par la grâce d'une dernière expirante,
Il pleuvait de la mort, et le Paysage avait un aspect funèbre, De sombres montagnes dressaient leur immense hauteur, abritant de leur masse imposante le joli S.,4enay, et donnaient l'illusion d’un immense précipice, pendant que côtoyant l’abime imaginaire, notre gracieux bateau s'avançait majestueusement dans la grande rivière, qui semblait de neige sous la blancheur tombant d’en haut. Nous croyions toucher aux gigantesques granits qui dans une attitude menaçante, semblaient de leur insolente hauteur, défier ironiquement le petit bateau : nain s'agitant au pied des géants, et qui, sans les braver, se riait tout de même de leur impuissance,
Nous apercevions de petites anses, nous devinions des grottes, naus imaginions des mondes irréels vivant sur ces rochers, génies du bien, génies du mal, que sais-je ? Peut-être les deux. Et toutes ces merveilles s'étalant ainsi dans leur beauté rude et sauvage, avec ce charme de l'inconnu qui planait sur nous, nous mettaient à l'âme, une sensation nouvelle, profonde et admirative, L'on éprouvait le besoin de regarder sans un mot, sans un souffle, de crainte qu'un mouvement même fit disparaître, comme par une n:alicieuse magie, les décors incomparables qui se déroulaient sous nos regards. Il y avait de l’extase, du rêve, et de la réelle grandeur dans le silence de cette belle nuit, où la nature dormait les yeux
ouverts,—des yeux splendides,—par gracieuseté pour les petites cioiles si finement jolies.
C'était beau !
Au pied des caps Trinité et Eternité, nous éprouvons une
sensation de vertige. C'est terrible, mais si gravement beau, nous en avons du recueillement, Pauvres tout petits qui nous rappelons bien notre nom d'atomes. Le sifflet du bateau reste silencieux, mais je crois entendre par delà les hauteurs effrayantes, l'écho me renvoyer sept fois, son cri moqueur : réminiscence d’un autre voyage. Je cherche à retrouver les impressions anciennes, et j’entends dans l'air des chuchotements ironiques. . Peut-on songer ainsi au passé, ai-je compris, lorsqu'on peut ressentir un bonheur tout nouveau, et encore plus ravissant ? Et je souris à cette faiblesse de regarder en arrière, quand tout nous rit «n avant. Pauvres mortels, est-il drôlement fait notre cœur...
Ce soir-là, il planait dans les airs, un mystère de bonheur, il fallait en jouir quand la nature nous l'offrait, et l'âme s'épanouissait sous les effluves heureux, S'il y avait un moyen d'en faire Piovision—hélas !
Trop tôt, Chicoutimi nous apparut dans un sommeil charmant, quelques lumières Y brillaient seules, sans tristesse de la solitude, leur devoir était de nous sourire, C'était gentil l’arrivée dans la jolie ville, envahie Par une troupe voyageuse et pour laquelle elle rayonna le lendemain, le soleil lui ayant doré la chevelure de mille reflets.
Sur la terrasse du splendide Château Saguenay, nous admirons de féeriques spectacles ; ce site est enchanteur, de là nous contemplons la pittoresque côte de Sainte-Anne, et là-bas d’autres paysages s'estompent dans le lointain en masses d’un bleu sombre,
Chicoutimi est une toute coquette ville, qui se perche sur des hauteurs, pour se plaire parfois à bâtir un nid auprès des fots, afin de mieux entendre leur caressant roucoulement. Gracieusement bâtie, ses élégantes villas sont fleuries et parfumées des mille attraits d’une nature en beauté. L'église, style corinthien très pur, est pieusement attirante, on y remarque un tableau décorant le maître-autel, grande œuvre que l'on attribue à Rubens.
L'hôpital de Chicoutimi est situé dans le plus bel endroit de la ville, les blanches religieuses qui y exercent, avec un si admirable dévouement, la mission de charité, disent éprouver devant cette féerie sans cesse étalée sous leurs yeux, un avant-goût du
paradis. De cette grande hauteur, l’on domine la ville entière, et !e regard se perd au loin, si loin que l’on ne voit plus qu’un morceau d'azur se mariant avec une émeraude resplendissante. A nos pieds, un bocage charmant avec ses frêles arbustes, ses grosses roches, ses parfums enivrants ; le point de vue y est superbe, l’on ne doit jamais s’en lasser, c'est si beau et si consolant d'admirer les œuvres signées par Dieu.
Chicoutimi est une ville très moderne, dirigée de manière
intelligemment Progressive, les industries y sont en grand succès, lon y visite une grande manufacture de pulpe, bâtie au pied d’une énorme chute qui gronde sans cesse en bouillonnant ses blanches cascades ; grâce à ses Pouvoirs d'eau remarquables, la ville du Saguenay est destinée à progresser comme centre industriel ; c’est dire que la fortune a des réserves charmantes et généreuses pour les heureux habitants du Nord. Le: affaires en général, y sont en plein développement, et les succès sont si remarquables qu'ils donnent. sans doute, un plein bonheur aux Chicoutimiens, un bonhe : qui rayonne autour d'eux si aimablement que je suis encore sous le charme de la courtoisie charmante qui nous accueillit dans la séduisante cité.
tiquement canadienne de Chicoutimi, trop fière de son cachet Pour l'altérer jamais. Les Chicoutimiennes sont 1à Pour veiller sur ses précieux trésors, et nulle crainte que rien périsse : ce que garde le sourire d’une femme est bien gardé !
Nous avions aperçu Saint-Alphonse au Passage à travers un brouillard de sommeil ; quand il se dissipa, nous étions loin, seule ment, nous avions emporté un souvenir de rêve, qui devint ui: réalité idéale, quand, après une magnifique promenade en voiture À travers les pittoresques sentiers qui mènent de Chicoutimi à la jolie paroisse, nous admirâmes des hauteurs de l'hôtel McLean une splendeur inouie. De là, la vue est incomparablement belle, c'est un spectacle inoubliable, celui de cette grande baie bleue se jouant au milieu de monstres noirs. Les vagues gémissent leur Plainte, ce rest plus un rire, mais bien un sanglot qui vient à nous, et navre de sa tristesse. C'est beau de cette grandeur qui met des larmes déns les regards, nous éprouvons un besoin de solitude, tout est tranquille autour de nous, la voix de la mer seule se fait entendre, et elle semble raconter une pénible histoire, avec des mots doux et voilés. En bas, la petite église, joli sanctuaire de campagne, dresse son clocher aimé, et à travers les vitraux, nous apercevons 1: reflet pâle de l’éternelle veilleuse, toujours en adoration, amante av cœur brûlant. A côté, le presbytère, maison bien simple, une
nos fins paysages, habitées par de grandes âmes dévouées pour les humains, heureuses de semer le bien avec une prodigalité inépuisable. Les cottages, les spacieuses résidences, les maisonnettes se groupent
s'étonne pas de retrouver des touristes perdus ici, c'est un endroit ravissant où il fait bon de s'égarer pour y vivre des heures de douce tranquillité.
Puis, maintenant, tout est fini, des splendeurs nouvelles nous appelaient, nous avons suivi la iystérieuse attraction, et nous voguons à toute vapeur au milieu du Saguenay, La journée est ensoleillée, les paysages sérieux de l'autre nuit, sourient presque, et déjà nous apercevons le délicat profil de Tadoussac.
Tadoussac
La fée Saguenay se promenait, transformant tout ce que sa baguette effleurait en monts, caps, cavernes, précipices ; comme dans une colère furieuse, elle semait partout la terreur, et voilà qu'un souvenir heureux, une de ces douces réminiscences qui nous montent au cœur, sans aucun appel, fit palpiter la vieille fée, et elle sourit un regard de jeunesse ! Et voilà comment fut créé Tadoussac, ce coquet nid où la nature a jeté tous ses baisers, cette miniature d’un sourire renfermant tout le bonheur d'une fée, et c'est si gentiment séduisant, si coquettement fin, si radieusement attirant que l'on aspire avec delices l'air parfumé montant du fleuve et du Saguenay, pour éventer avec grâce les jolis arbres qui penchent leur vert feuillage sous la caresse de cette brise si douce.
Tadoussac est un rêve, une évocation radieuse placée au bord des flots pour enjôler à jamais, belle sirène, les voyageurs qui veulent passer sans lui donner un regard. La petite reine du Nord incline son sceptre.. et nous voilà à ses genoux ! Tu es trop belle ! lui soufflons-nous, Et la coquette laisse lire dans son petit air penché—Je le savais !
Oui, elle doit le savoir, la jolie séduisante, qu’elle est incomparablement belle et retenante. Depuis des siècles, on le lui chante, on ne saurait d’ailleurs le lui dire trop—n'a-t-elle pas toute la grâce modeste de la vraie grandeur ?
La religion lui a jeté son grand cri d'amour, et sur les bords de ces rives chéries, le berceau de notre foi a été fixé, on y retrouve le souvenir des premiers jours, alors que de pieux iaissionnaires y Construisirent une toute petite chapelle, qui élève encore dans l'air nouveau, le clocheton ancien. C’est une relique précieuse, monument du passé que l’on conserve religieusement à l'avenir, pour raviver l'amour de la foi qui a fait grand et prospère ce Canada que nous aimons tant.
On pénètre dans ce tout petit sanctuaire avec une ferveur attendrie, un je ne sais quoi d'émouvant nous remue jusqu’à l’âme : sur chaque dalle ne lit-on pas : “martyre et dévouement ? ” Ce qu'il a fallu d'amour et d’héroïsme pour retenir si cette terre jadis barbare, les cœurs français épris d’enthousiastes renoncements, on 1: sent bien dans la petite chapelle de Tadoussac, où tout est imprégné de patriotisme sublime, On y retrouve maints souvenirs
groupés là précieusement, et qui nous parlent du passé dans un langage ému. Le petit Enfant-Jésus de Tadoussac, offert par les dames de la cour de Louis XIV, sourit encore dans sa toilette de satin enrichie de fines broderies d'or ; il est toujours joli, et les mamans admiratives peuvent encore s’écrier en contemplant, avec amour, leur blanc mignon, tout rose de baisers : 11 est beau comme l'Enfant-Jésus de Tadoussac ! Et après cela, il n'y a plus rien À dire.
Nous remarquons aussi dans la petite chapelle, des toiles signées Beauvais et Foucher ; puis une pierre commémorative à la mémoire du R. P. de la Brosse, le saint missionnaire du Saguenay. Un minuscule chemin de la Croix a vu aussi bien des dévotes extases, et combien de pauvres âmes ont jadis pleuré devant cette auguste révélation de l’affreux martyre,
À quelques pas de ce pieux vestige d'anciens temps, se dresse dans toute la fierté moderne, l'hôtel de Tadoussac Le site est unique, et d'un gracieux achevé. Cet hôtel est bâti sur une petite élévation, avec à ses pieds le fleuve qui vient se bercer dans une superbe rade, placée là tout exprès pour servir de port d'hiver, et qui en attendant fait les délices d'un public admirateur. De légères embarcations se balancent avec grâce, dans le bassin, pendant que
sur la plage, s’agitent les gais baigneurs.
En face de nous, le Saint-Laurent promène fièrement ses vagues bleues, les inclinant avec la grâce d’un grand seigneur, devant la jolie souveraine qui l’enchante depuis des siècles. A notre gauche, les masses sombres du Saguenay se profilent dans ce clair paysage pour ajouter la note d'ombre nécessaire à la perfection d'un tableau.
Tadoussac est gentiment bâti, les villas y sont blanches et <oauettes, sises au milieu de frais bocages. On y remarque un superbe parc, séjour poétique où les ombrages tamisent le beau fleuve bleu, irradié des splendeurs ensoleillées. Le joli village nous réserve des surprises ravissantes, ici un petit bois où chante le ruisseau, là une miniature de lac bordé d'aulnes, plus loin une vallée ombragée où modulent les musiciens aériens, et c'est ainsi toujours joli, toujours aimable, Et dire, qu'il faut encore s'en aller... O vie!
Un bon mot du vieux, vieux presbytère de Tadoussac, une relique celui-là aussi, et modeste qui se dérobe entièrement derrière de gros arbres, comme ces vieillards se retirant de nous et qui, à notre appel secouent leur blanche tête. Nous ne somiaes plus du temps ! N'est-elle pas triste cette modestie-'à |
Mais le bateau lance son cri strident d'appel. Et vite. Un regard aux gros saumons qui s’agitent dans la petite anse, ils sont
là, par milliers. En vérité, la pisciculture est un grand succès ici.
Nous sommes partis après des heures agréables écoulées dans ce captivant Tadoussac, nous emportons un souvenir parfumé d'amitié, celle qui nous accueillit là-bas de son plus gracieux sourire, On n’admire bien toute chose qu’en pleine sympathie, un mauvais voisin nous gâte les plus merveilleux paysages, la nature a ses caprices, tout comme le cœur.
Ainsi songeai-je, en saluant de toute ma reconnaissante admiration le cher Tadoussac, où vivent si aimables gens. Dans la rade se balançait un tout petit yacht, blanche Hermine sur le flot bleu. Un dernier adieu aux amis laissés derrière nous, avec un sincère regret—et nous sommes loin !
N'est-ce pas une pitié que ceue constante séparation ? Si l'on pouvait grouper sous un coin du ciel tous ceux que l’on aime ? Hélas ! il est à jamais perdu le terrestre paradis !
Saysages du Sud
C'est le cœur plein de regrets que je regardais s'obscurcir, dans le lointain, les contours des hautes montagnes, dont la cime touche le ciel. Cette nature éminemment pittoresque, pleine de surprises et d'attraits, a tant de séductions...Son cachet a de la rudesse, sa rudesse a de la grâce, et tout cela charme, captive et retient l'âme. Oh ! le Nord, le joli Nord si séduisant, nous ne le voyons plus qu'à peine, emportés à toute vapeur sur un palais flottant, construit pour 1e plus grand bien-être des heureux mortels qui, épris des beautés de notre Saint-Laurent et de ses superbes rives, éprouvent le désir de les admirer. Le Canada mettait de la grâce dans sa démarche, il ondulait légèrement sur le ot écumant, comme pour endormir dans un doux bercement les regrets amers que nous mettait au cœur la dernière séparation.
Bientôt, devant nos regards se déroulait une nature coquette, en fête vraiment pour mieux nous consoler,—et nous abordions le joli quai de la Rivière-du-Loup. La Pointe est un des coins charmants du Sud. Un génie en liesse a dû passer par là, et semer dans cet endroit un peu d# sa gaieté. C'est gentil tout plein ; un peintre ferait les délices de son pinceau avec les mille délicats tableaux qu’une nature prodigue a disposés généreusement dans des cadres charmants. C'est un fouillis de verdure où nichent çà ct là de riantes villas, vous en découvrez partout, elles se cachent sans cesse à l'abri des gros arbres, se laissant deviner par le parfum de leurs parterres, et se charment de nos surprises ravies.
L'on comprend bien la préférence marquée des nombreux citadins qui ont choisi ces lieux charmeurs pour leur séjour de prédilection ; aussi tout un peuple gai vit et s’agite, pour enchanter de frais éclats de rire l'écho des bocages voisins. Une franche amabilité règne à la Pointe, est-ce l'effet bienfaisant du milieu ? On serait tenté de le croire, car, rezardant les visages gentiment réjouis qui nous sourient à l'arrivée, c'est à croire que la tristesse est inconnue dans ces régions, tant tout le monde semble heureux.
Un peu plus loin, la Rivière-du-Loup, petite ville où tout Progresse comme si elle avait été créée pour n'avoir que des bonheurs, Les gouvernements eux-mêmes qui n'ont pas toujours la générosité facile, ont montré une particulière bienveillance pour la jolie ville neuve appelée aussi F raserville, du nom de ses seigneurs. L'Intercolonial y a un de ses quartiers les plus importants.
en Ra rent ne st Em
Fraserville est fort joliement bâti, tout respire l'aisance ct le bien-être, on y sent la joie de vivre, et c'est déjà un grand bonheur. Les industries y sont florissantes, et le commerce est toujours à l'âge d'or !
En suivant le fleuve, et remontant un peu, c'est d'abord Saint- Patrice, coquet village, aimé des paisibles citadins, puis Notre- Dame du Portage, qui ne le cède en rien à son joli voisin, tous deux sont gracieux au possible, et finement appréciés. Plus loin, pius loin, Kamouraska avec ses galets énormes, ses paysages ravissants, son fleuve grondant, ses bosquets embaumés, ses superbes manoirs, ses jolies habitations, son gai Casino, et sa charmante population. Kamouraska, fier, modeste, qui se tient en arrière, mais que l’on a découvert dans un besoin d’admiration, et que l'on adule depuis. Kamouraska qui est en perpétuelle coquetterie avec sa captivante ;is-à-vis, la fine Malbaie, qui, sous les soleils éclatants, lui lance des éclairs de beauté, et Kamouraska de lui répondre en sauvage amoureux.
Kamouraska ne saurait être oublié. On y va tous les ans, par habitude et par goût. C'est tranquille et gai tout à la fois. La jeunesse s'y amuse, l’âge mûr s'y délasse, et la vieillesse s'y repose. On y danse ! on y rêve ! on y dort ! Tout le monde est heureux ! Veinards |
Je croyais avoir dépensé toute mon admiration pour les merveilles de la côte nord, et voilà que les décors du sud me plongent eu plein enthousiasme. Oh ! cela ne s'épuise jamais, le sentiment du beau et du noble, on le sent toujours en soi, et n'est-ce pas que l'âge ne saurait l’amoindrir ?
Oh ! jamais alors il ne faudrait vieillir.
CSD
Au Lays Natal
Cacouna a été longtemps la favorite du sud, on n'aimait qu’elle, on ne vantait que sa splendide plage et il semblait que pour cette rive fortunée, le Saint-Laurent eût une préférence marquée, tant il passait sous ses regards toujours radieusement paré de ce fier manteau bleu, pailleté de lames d'argent. J'ai toujours vu Cacouna riant au soleil, et si coquettement fine que mon esprit a gordé l'image d'une jolie radieuse en joie d'être belle, et fière de l'admiration qu'excitait sa grâce si frappante, son profit si délicatement dessiné, et sa parure splendide tissée par une nature généreuse.
Aujourd'hui, sans la délaisser, les admirateurs de nos belles rives se souviennent qu'elle n'est pas la seule digne d'être chantée, €: l'on va, prodiguant les faveurs un peu partout, pour reve: ‘r scuvent à la première aimée, avec cette force du souvenir qui nous entraine vers les lieux toujours connus.
Cacouna a des allures fantastiques de beau rêve, ses horizons scnt immenses, flottant dans l'infini, ses bosquets sont des nids où chantent les jolis habitants du ciel, ses villas sont des féeries...Il y règne une tranquillité douce et reposante, la nature y est en pleine émotion et l'âme s'imprègne d'attendrissement devant cette belle œuvre ombrée de verdure, enchantée par le flot bleu épanoui sous les splendeurs d’un sceptre ensoleillé.
Je regarde vite, j'admire à la hâte, trouvant tout délicieusement joli, mais écoutant une voix, qui d'abord timide, finit par crier bien fort : Viens! Et dans le train qui m'emporte à toute vapeur, je ferme les yeux pour recueillir mci âme de toute cette joie qui est en moi, et ne trouverait pas un mot pour se dire ; mon scuffle se fait doux pour ne rien laisser échapper de ce très plein di cœur.
Nous saluons au passage Trois-Pistoles, une autre charmeuse, qui dans une heure de bouderie a fui vers les hauteurs, abandonnant son fleuve—et lui de sourire à cette marque de dépit enfantin. Nc savait-il pas que l'on ne pouvait oublier l'amour voué à sa beauté ? Tu reviendras, fredonna-t-il railleusement. C'était l'ironie suprême qui fit monter bien vite Trois-Pistoles, la belle orgueilleuse, se faire son séjour plus haut. Maintenant, tous les jours, elle reuescend réveuse sur la grève pour entendre comme
- sasmais D a re À mm om ep …
euttefois le ravissant murmur« des flots, elle s'endort sur les
énormes rochers et vit ses heures de rèverie dans l'enfoncement
de grottes idéales. Lorsqu'elle revient bercer sa mélancolie
aux accords tant aimés, le Saint-Laurent cache son sourire pour ne |
pas humilier la petite belle qui l'aime tant. Délicatesse profonde 1
pour l'amour vrai qui se fait toujours entendre même au cœur des
eaux. £ Plus loin...Mais fermez les yeux, puis doucement avec une
Caresse paresseuse de votre paupière, ouvrez-les pour regarder à
vos pieds tout ce qui se conçoit de joli, de fantaisiste, de fin, de
délicat. Un simple sourire du nord égaré dans le sud, et un sourire
qui est tout un poème : c'est le Bic. Imaginez dans une mignonne |
rivière, des islets chevelus, de sombres têtes de rochers où se sont
cramponnés les sapins dans une étreinte de noyé, tout cela dans les
vagues vertes, avec pour fond de tableau des érormes montagnes
Gui dressent leurs cimes altières jusqu'au ciel, dans leur éternel
défi ; et en avant les étendues incomparables d'un fleuve qui donne
l'illusion de l'Océan. Le Bic a un genre unique de beauté ; son
pittoresque a de la grâce, une grâce jeune, ravie d'être belle—petite }
sauvage, coquette sans le savoir avec ses rustiques atours. {
Puis une légende auréole d'une lueur de pitié une de ses îlettes, celle appelée Au Massacre et dont une sombre caverne presque inaccessible garde les cendres des morts (Micmacs, je crois) immolés par la férocité des Iroquois.
Le Bic était sans doute le séjour idéal des premiers enfants du pays, qui dans leur poésie primitive, ne connaissaient que la \ sublime mélodie : celle qui chante dans la nature ! |
Et filant toujours, un violent coup de sifflet ine fait sauter le ÿ cœur. C'est là !...Rimouski. Je suis dans les bras des amies, de ceux qui m'ayant vue sans cesse partir, n’ont pas oublié encor« que l'étais une des leurs, et que le besoin de respirer l'air natal me | ramènerait toujours là, où reste à jamais quelque chose de moi.
C'est avec ravissement que je le revois mon vieux Rimouski, qui, confiant en ses charmes toujours, s'est avisé, ces derniers il temps, de revêtir toilette nouvelle. C'est qu'il a l'air jeune, tout si jeune ainsi et nargue d'un sourire moqueur, sa vieille amie, l'Isle Saint-Barnabé, qui fait mine de ne pas le reconnaître. Elle lui en veut sans doute, de sa métamorphose, elle, condamnée à sa parure verte qui lui paraît peut-être surannée, et dont nous admirons, nous, si complètement la fraicheur.
Cher Rimouski! C'est tout ce qu me vient aux lèvres, pendant que j'aspire avec délices les brises salines, et que de tous ( mes yeux, je regarde les endroits à souvenirs. Et il y en a partout ! \
Belle p=" e ville !...Est-ce jolie ?...Le sais-je. .n'est-ce pas
30 Premier Piché
beau de tout notre amour le cher coin de terre qui a déroulé ses panoramas sous nos premiers regards. Et maintenant, lorsque se déploient à nos yeux les toiles anciennes, où les teintes ont gardé leur riche coloris, nous courbons le front sous le flot de nos per. sées, vague montante qui submerge le cœur dans une enveloppinte caresse.
Mon Dieu ! pourquoi faut-il sans cesse émietter le meilleur de sa vie et laisser ainsi des parcelles de son cœur le long de la route ?—Cela ne meurt pas !...Lorsque nous foulons les sentiers jedis parcourus, nous écoutons la voix des déchirements murmurer : Te souviens-tu ?
Si l'on se souvient ? Mais peut-on oublier que sous le sol natal, dans un blanc linceul est enveloppée la chère créature du nom de Maman, qui a dormi avant qu'on ne s'éveille, nous cachant à jamais l'éclat de ses chers yeux, voilant sous la mousseline blanche la tendresse de son sourire, en gardant pour des anges les caresses, qui font pleurer sur terre les petits êtres délaissés. Et cembien elle est appelée dans des sanglots, cette blanche vision si vite évanouie ! Elle revient dans des rêves, elle arrive doucement, se penche sur le petit lit, et de caresses humides de ‘armes elle couvre le cher visage. Son enfant en sourit...et ce dur êtr là le meilleur du ciel des mères que ce rayon né d’un baiser ! C'est dans ces nuits du paradis que l'enfant apprend à aimer sa mère, et le soir, en posant sa blonde tête sur l'oreiller, il sourit d'avance, dans un appel de toute son âme naïve: Oh! viens, petite maman !...Elle arrive...Comme elle est jolie, toute vêtue de blanc, avec cette grâce diaphane qui n'appartient qu'aux êtres aériens,
Petite mère, petite mère, embrasse vite ton enfant, les nuits sent courtes et bientôt lorsqu'il aura vieilli, tu 1. descendras plus baiser ainsi ses boucles blondes.
—Et lorsque l’on a rêvé d'elle, le matin, la chambrette est bien sombre, le premier regard est voilé de larmes...on ne pleure jamais assez sa mère ! Hélas ! pourquoi savoir ce nom, qui déchire, qui meurtrit, qui broie, qui ensanglante !
N'a-t-il pas une cruauté inouïie ce mot qui meurt aux lèvres, dans un besoin de le dire, même en un murmure. Le cœur vient aussitôt le reprendre, fleur d'amour qu'il faut mettre sur l'autel drapé de deuil où est enseveli le plus cher de notre vie...la mère !
Parti, aussi, l'être noble et grand dont on est si fière d'être la fille. Oh! son père, l'aimer, oui, mais l’admirer comme l’homme supérieur qui ne saurait faillir aux grands principes d'honneur, de devoir. Passe la silhouette de l’aimé: il est grand, il est beau, il est bon, dans ses yeux la caresse du paternel amour, sur ses lèvres, le
sourire dernier. 11 s'est endormi, lui aussi, fatigué de vivre près d'une tombe. On dort bien mieux sous la terre, solitude jamais troublée.…..
Et sur les mausolées silencieux, s'agenouillent maintenant des petites têtes blondes, commu ces rameaux verts naissant sur le tronc desséché. Printemps souriant à l'hiver enseveli ! Jeunes êtres s'ouvrant à la vie, pour rappeler aux chers endormis les petits visages de jadis. Auront-ils en les regardant, l'illusion d'une heure de sommeil, eux qui dorment depuis si longtemps ? © mort, at-tu de la vie, ou es-tu bien morte, glacée pour toujours, n'entendant même pas le ramage caressant de ces voix d'oiseaux répétant dans un innocent appel : Grand-père, Grand'mère ?
La terre a frissonné, Le cœur ne meurt pas, il bat toujours son grand amour, Ne laissons pas le cyprès seul, souffler sa plainte ; agenouillés sur le sol humide, de la plus pure rosée, partr... encore aux absents, de la vie, après la mort.
Dans l'air passeront des tressaillements d'âme... Ce sera toujours eux |!
2e Coast ET Pa mare
Fmpression Mocturne
“Hélas ! que j'en ai vu mourir de Jeunes filles !
C'est le d-stin, 11 faut une Proie au trépas,
11 faut que l'herbe tombe aux tranchants des faucilles, 11 fant que dans le bal, les folâtres quadrilles
Foulent des roses sous leurs pas !