Premier siècle de l'Académie royale de Belgique [microform]
Enlrainés par le lorrenl des âges, arrélons-nous un instant, et cherchons, après un siècle de travaux, à reconnaître si nous avons su répondre au vœu de la patrie; si nous avons surtout dignement concouru à développer les sciences, les lettres et les arls dont les plus chers intérêts nous étaient confiés.
Ne craignons pas d'être justes et de signaler les lacunes que nous avons néglige de combler dans notre marche. Conservons, avant tout, ce noble sentiment, celui d'être vrai , sentiment que le Belge à toujours recherché comme une des qualités auxquelles il attache le plus de prix.
Mais qu'il me soit permis d'abord de vous rappeler, en quelques mots, ce que nous devons à nos pères : c'est un devoir sacré; et peut-être, dans la crainte de rappeler leurs mérites, serionsnous injustes à leur égard, et je dirai injustes envers nous mêmes.
INTRODUCTION
Les savants étrangers que nous avons appelés à nos fêles, ceux surtout dont les noms sont inscrits parmi nos associés, et qui, en se rendant à nos invitations, nous ont fait preuve de leurs sentiments affectueux, verront, sans doute, avec intérêt, que ce petit peuple, qui les a reçus en frères, est heureux de pouvoir leur montrer qu'il n'a point démérité de ses aïeux.
Nos ancêtres n'ont commencé à paraître sur la scène du monde, qu'à l'une des époques les plus mémorables pour l'Europe entière, celle où l'ancienne puissance des Grecs et des Romains cessait ses triomphes fastueux sur le reste de l'humanité, pour oublier bientôt ses dieux mythologiques et les fers dont elle chargeait les peuples vaincus. En pénétrant dans les Gaules, leur chef le plus illustre, Jules César, avait répandu la terreur sur son passage : il vint, pour la première fois, apprendre sur nos frontières à connaître les nouveaux ennemis qu'il aurait à combattre. Une partie des Belges se présenta audacieusement à lui sur les bords de la Sambre, et le guerrier romain ne put s'empêcher de s'écrier, en voyant à quels adversaires il avait affaire : Horum omnium fortissimi siint BeUjœ. Ces mots prophétiques sont restés; et quelques années après, quand César alla vaincre Pompée dans les plaines de Pharsale, la majeure partie de son armée était composée de ces mêmes guerriers dont il connaissait la valeur et dont, à Rome, il forma l'une des fraclions de sa garde.
Je ne parlerai pas des dernières luttes qui marquent l'époque célèbre où le culte du paganisme , si favorable aux rêves de l'imagination , fit enfin place au culte sévère du christianisme , ni du changement prodigieux que cette métamorphose produisit dans
INTRODUCTION
tout le monde connu. Nous voyons alors disparaître ces grands mouvements de l'intelligence, si frappants, si merveilleux au point de vue où nous nous plaçons, pour les sciences, les lettres et les arts. Ajoutons même que ce renversement complet des idées et des choses se conserva pendant un temps bien long, car pendant dix à douze siècles, l'intelligence humaine se trouva entièrement resserrée et contrainte de détourner ses moyens vers d'autres sources.
Le développement du culte catholique, et surtout le besoin des combats sous l'apparence d'aller sauver le tombeau du Christ, firent naître plus tard les guerres désastreuses des croisades. Nous n'avons pas à juger ces temps si rudes et si difficiles: nous savons seulement que la Belgique y prit toujours la part la plus grande. C'est elle qui déploya, dans les temps orageux, ses drapeaux militaires avec le plus de constance et de fermeté; et parmi toutes les nations de l'Europe, il n'y en eut point qui montrât plus de valeur.
Ce sont là nos temps héroïques : l'illustre Godefroid de Bouillon , vainqueur et roi de Jérusalem , ainsi que l'un de ses prédécesseurs, le puissant Charlemagne, se montrèrent comme les deux figures les plus poétiques et les plus imposantes du moyen âge. Ces deux guerriers, illustres par leur valeur et leurs connaissances législatives, forment en effet le type le plus pur du héros chrétien. Tous deux nous appartiennent : ils méritaient d'avoir pour chantres l'Arioste et le Tasse, les deux poètes les plus célèbres de l'Italie, les auteurs de YOrlando furioso et de la Gerusalemme liberata (*).
(*) Je ne puis m'cmpêchcr de cilcr, à côté de ces grands noms, celui de Baudouin de Conslantinople : s'il n'avait le grand génie législateur ni de Charlemagne, ni de
lT«iTK0DUGT10N.
Déjà vers le milieu du cinquième siècle, Pharamond, Clodion, Mérovée, Clovis(*), dont Tournai a conservé les souve-
Godefroid de Bouillon, il en avait certes la valeur. H semblait que la force et la vaillance fussent les qualités naturelles des Belges. Je laisse à l'un de nos confrères, h Tun de nos meilleurs historiens, le soin de rappeler ce qu'étaient nos aïeux.
« Si l'on jette, dit M. iMoke, un coup d'œil sur les progrès qu'avait faits la Belgique dans l'intervalle qui avait séparé ces deux guerriers illustres (Godefroid de Bouillon et Baudouin de Constantinople, 4100 h 1204), on est frappé de la grandeur des changements qui s'étaient accomplis dans le cours d'un siècle. Mais quoique la civilisation eût marché partout, elle n'avait pas fait les mêmes progrès dans les diverses provinces. Ce n'était guère que dans un seul art qu'une sorte de supériorité générale avait été acquise, et, chose remarquable, c'était dans l'art militaire. Ce que chaque État s'était approprié avec le plus d'empressement, c'était le moyen de vaincre découvert dans les États voisins. Les auteurs allemands de cette époque avouent que la chevalerie lorraine entendait mieux que toute autre les manœuvres de la cavalerie. Quant aux fantassins de Brabant et de Flandre (et il n'y a aucune raison de douter que ceux du llainaut et de Liège leur ressemblassent sous tous les rapports), les écrivains de France ne parlent qu'avec surprise et admiration de l'intelligence avec laquelle ils combattaient, se formant en gros bataillons arrondis, qui offraient de toutes parts comme une haie de fer. Les piques de ces piétons n'étaient pas armées de pointes simples; c'étaient des hallebardes, munies d'un fer en forme de hache, pour frapper d'estoc , et d'un crochet pour trouver prise dans l'armure des cavaliers et les renverser de leurs chevaux. En avant des bataillons ou dans leurs intervalles se plaçaient les arbalétriers, dont l'arme, peu usitée hors de nos provinces, portait plus loin que l'arc et frappait plus juste. Mais c'était surtout dans l'emploi des machines de guerre que les Belges surpassaient les autres peuples. Les mangonneaux, sorte d'arbalètes gigantesques qui lançaient des traits immenses, étaient encore inconnus aux guerriers de Philippe-Auguste, tandis que les Lorrains cl les Flamands les avaient déjà employés au siège de Lisbonne (en 1147). L'on y joignait d'autres instruments qui lançaient de grosses pierres. Le progrès des arts mécaniques rendait l'exécution et le maniement de ces machines faciles aux ouvriers qui peuplaient nos grandes villes; et ce qui paraissait ailleurs au-dessus des forces humaines, devenait un jeu pour des hommes familiarisés avec les prodiges de l'industrie. (Ces hallebardes étaient appelées en flamand Gordendag , c'est-àdire bonjour, ou plutôt adieu. C'est à tort qu'on les a prises pour des massues). » H.-G. Moke, Histoire de la Belgique, p. 161 ; in-8«, 1839.
, (') Clodion, Mérovée, Clovis paraissent être de Tournai et du pays avoisinant; les Pépins, Charles-Martel, Charlemagne étaient originaires des environs de Liège, où Ton trouve encore les constructions qui rappellent leur lieu de naissance.
INTRODUCTION
nirs, se montraient hardiment et se plaçaient sur le trône de France.
A deux siècles de là, Pépin de Landen, Pépin d'Herstal, Charles Martel, Pépin le Bref fécondaient à leur tour la seconde race des rois francs, qui bientôt devaient être suivis par les héros dont je viens de rappeler les noms glorieux.
Si Ton considère les limites étroites de la Belgique, l'on reconnaitra, sans peine, je pense, combien il était glorieux pour ses fils de briller aux premiers rangs des guerriers du moyen âge. Je n'insisterai pas davantage sur celte époque belliqueuse.
Des changements nombreux suivirent les croisades, et bientôt après, l'alliance des vertus civiques aux vertus militaires trouva encore nos Belges placés aux premiers rangs. On les vit successivement développer tout ce qui donne à l'homme une suprématie noiivelle.
L'industrie, en premier lieu, l'industrie et l'agriculture leur conservèrent la place qu ils avaient déjà méritée par les armes- Les lettres ne fixèrent pas moins leur attention : la littérature flamande d'abord, et la littérature française ensuite, selon l'origine des deux idiomes nouveaux, prirent les développements les plus grands.
Nous voyons les Belges, comme les historiens anciens, prendre la plume et la manier avec la même facilité, avec la même vigueur que le glaive. C'est à cette époque que commencent à se montrer nos historiens et nos poètes qui , aujourd'hui même, font encore le charme de la littérature. Nos Froissart, nos Chastellain, nos Jean Le Bel, nos Monstrelet, nos Du Clercq, nos Molinet, nos Dynterus, nos Ph. de Commines réveillent, par leurs chants et par leurs récits, le souvenir de ces mêmes
Tl
LNTRODUCTION.
IJiTRODUCTION.
poêles et historiens qui ont célébré les premiers temps de la Grèce.
D'une autre part, Jacques Van Maerlani, Vondel, Melis Stoke, Jean Van Heelu, J. Calz (•), les égalaient par leurs compositions flamandes et avaient suivi glorieusement un égal
chemin.
A côté d'eux se développait, en même temps, cette admirable école de musique dont l'antiquité n'avait laissé que le souvenir, mais qui, chez nos aïeux, prit des formes tout à fait nouvelles, et qui, pendant près de deux siècles, fit appeler successivement, chez les dilTérenls peuples les plus civilisés, les musiciens belges comme les artistes les plus distingués. C'est un hommage que se plaisent à leur rendre les musiciens des divers pays, à partir de la fin du quinzième siècle jusqu'à la fin du siècle suivant. On vit, en en^et,dans les principales cours de l'Europe, et spécialement à Paris, à Rome, à Madrid, à Munich, à Vienne, les grands musiciens belges qui firent renaître les charmes de la mélodie. C'étaient particulièrement Tinctor,de Nivelles: Adrien Willaerl,de Bruges; Jean Okeghem,de Bavay ; Jacques Clément, de la Flandre: Josquin Deprés, du Hainaut; Arkadell, du Brabant; Thomas Crequillon,de Gand; Roland Lassus, de Mons; etc. Tous ces noms célèbres sont restés : et il est impossible de les oublier quand on cite les premiers pas et les progrès de la musique dans les développements qu'ont pris les beaux-arts et les lettres chez les modernes '.
• J. Van Maerlant, i235 à 1300; Vondel, 1587 à 1679; Mclis Stokc, du treizième au quatorzième siècle; Van Heeiu, de Saint-Trond; J. Catz, ne en Zclandc en 1577, mort en 4060.
' Le Belge a pu perdre, du côté de la musique, quand ce bel art a, pour ainsi dire, change de physionomie, en passant de l'église sur la scène théâtrale. Ce
La peinture, de son côté, avait reçu les développements les plus étendus : ici encore les Belges avaient su prendre cette glorieuse initiative; et c'est aux frères Van Eyck que l'on doit cet honneur. Ils inventèrent la peinture à l'huile et montrèrent le parti qu'on pouvait en tirer. L'enthousiasme fut le fruit de cette nouvelle manière de peindre. Des artistes vinrent même du fond de l'Italie jusqu'à Bruges, pour juger ces travaux; et de nombreux élèves se formèrent autour de ces grands maîtres.
L'école de peinture flamande prit place à côté des premières écoles qui existaient alors. Cette lutte était glorieuse pour notre patrie, qui sut se maintenir dans le haut rang où elle s'était placée par les nombreux artistes dont les tableaux ornent aujourd'hui les premiers musées. Mais le Belge n'a point l'habitude de se reposer et de s'endormir sur les résultats d'un premier succès. Même lorsque notre malheureux pays approchait de ses jours d'infortune, un génie puissant apparut. Ce n'était plus Part enchanteur de Raphaël qu'il cherchait à ranimer, mais la fougue de Michel -Ange et les riches peintures monumentales de Venise. Rubens créa l'école anversoise : il composa, d'une main vigoureuse, cette série de tableaux admirables qui ornent aujourd'hui les principaux cabinets de peinture de l'Europe; il développa, en même temps, le talent de ces grands peintres qui
n'était plus le talent seul qu'il fallait; Tart, en changeant de physionomie, avait crée des besoins pécuniaires auxquels un petit peuple ne pouvait plus satisfaire. La grande musique aujourd'hui ne se soutient guère que chez des peuples assez riches pour la faire valoir sur un théâtre, amplement paré de tous ses avantages. Le Belge, nous le voyons, n'a point perdu ces précieux organes, ce sentiment profond qui le portait, en première ligne, chez les musiciens; il a conserve toujours ses mêmes goûts, ses mêmes talents : on le retrouve encore chez les différents peuples; on le distingue encore comme musicien, soit compositeur, soit exécutant.
INTRODUCTION
prirent place à côté de lui : les Van Dyck, les Jordaens, les Teniers, lesQuellins,les Diepenbeek, les Breughcl, les Sneyders, etc.
Je ne parlerai pas de celte quantité de tableaux remarquables pour le paysage, pour la marine, pour le genre en général, ni des beaux travaux de sculpture, de gravure et d'archi lecture, qui ont complété, d'une manière si heureuse, la brillante carrière de l'arlisle belge.
Il est beau de voir un pays, petit comme le noire, rivaliser deux fois, et dans des genres tout à fait différents, avec rilalie qui marcha au premier rang dans cet art enchanteur, et qui lui a toujours tendu un main amie, comme à un digne rival, comme à un véritable frère.
Déjà, pendant que se formait cette école pour les arts du dessin, on voyait naîlre à Anvers l'un des plus beaux perfectionnements de la science, la construction des atlas et des caries de la géographie moderne. Le savant et ingénieux Mercalor, avec les habiles géographes qui suivaient ses pas, Ortélius, J. Hondius, Mylius, Pierre Montanus , Michel Cognet, etc., créèrent et donnèrent un vaste développement à cette partie de la science.
A côté de ces habiles géographes et de ces peintres distingués, s'était formée encore une autre école : celle des géomètres; elle appartenait généralement au corps des jésuites. Quelquesuns étaient d'un talent remarquable : nous citerons, entre autres, François d'Aiguillon, Grégoire de Saint-Vincent, Charles Malapert, Durand, le père De la Faille, Taquet, Théodore Moretus, etc.; mais le plus capable de tous de cette époque, le savant et ingénieux Simon Slevin, avait été forcé de quitter Bruges, sa patrie, et de se réfugier auprès du prince Maurice de Nassau (*).
(») Simon Slevin avait dû fuir sa pairie pour causes religieuses j ce grand géo-
INTRODUCTION
Les commencements de l'ère chrétienne, jusqu'à l'instant de la séparation du catholicisme et du protestantisme , c'est-à-dire l'intervalle de plus de quinze cents ans, constitue une période trèslongue, pendant laquelle notre pays s'est toujours montré dans les routes les plus avancées , malgré ses limites étroites, et il a su se maintenir au premier rang. Cet état difficile, mais avantageux, paraît dû autant à sa position géographique qu'à la bravoure et à la fermeté de ses habitants. De l'est à l'ouest, c'était un passage perpétuel des Allemands vers l'Angleterre et l'Ecosse ; et du nord au sud, c'était une hostilité presque continuelle entre les Etals de deux races opposées.
On peut dire, sans risque de se tromper, que ce qui éveille le plus l'activité intellectuelle, ce sont les mélanges les plus prononcés entre les peuples; et que les plus riches, intellectuellement, sont ceux qui font le plus d'échanges d'idées.
L'équilibre a pu exister jusqu'au moment de la séparation de l'Eglise romaine (époque célèbre pour l'histoire). On conçoit, en effet, les hésitations de Charles-Quint, si jeune alors ('), à décider la question du monde la plus difficile (*); question où
mèlrc brugeois clait devenu le commandant de l'artillerie du redoutable général hollandais Maurice de Nassau. Pendant ce temps, Ch. Van Lansberge, le célèbre astronome mathématicien gantois, allait finir ses jours à Middelbourg.
On peut voir, dans la Mécanique analytique de Lagrange, et particulièrement dans la première partie, sections 1« et 0% la justice que l'illustre mathématicien que je viens de nommer, s'était plu à rendre à Simon Stcvin, dont le talent, dit-il, a contribué à développer plusieurs des belles théories devant lesquelles le célèbre Archimède s'était arrêté. Voyez aussi l'ouvrage Ifisloire des sciences maffiématiques et physiques chez les Belges, par A. Quelelet, Bruxelles, 186i, in-8»j et la notice Simon Stcvin, insérée dans le 5« volume des Belges illustres, par le même.
(») Né à Gand le 24 février 1500.
(*) La séparation de TKglisc réformée eut lieu principalement à la diète de Worms,où Luther fut appelé pour venir défendre sa cause. Cette assemblée fut tenue en 1521, l'Empereur avait conséquemment 21 ans; et c'est à cet âge qu'il fut appelé à se prononcer dans une question aussi grave !
INTRODUCTION
lui-même pouvait balancer, s'il n'avait été, en quelque sorte, le mandataire d'un des pays les plus puissants, et ajoutons des plus fanatiques. La question à résoudre était plus difficile que nous ne pouvons le supposer aujourd'hui : et, doit-on s'étonner, en effet, de voir un jeune prince du plus grand talent, du plus bel avenir, perdre en quelque sorte l'intelligence, quand il s'agît de questions aussi graves à discuter, au milieu des conseillers les plus rigides et les plus difficiles ? Doit-on s'étonner de voir un des hommes les plus instruits qui soit monté sur un trône, et je dirai l'un des hommes les plus capables, fléchir et dépasser enfin les bornes voulues, quand il s'est agi de veiller au sort de ses États ?
Que l'on compare Charles-Quint à Philippe, qu on a surnomme le Bon, quand celui-ci va punir la rébellion des Liégeois et qu'il se fait accompagner par son fils et par Louis XI : que l'on compare, dis-je, à ce prince ardent Charles-Quint, qui a tellement hâte de punir, que, sans veiller aux soins de sa personne, il traverse la France et arrive inopinément dans sa ville natale. 11 semble que tout va tomber sous sa vengeance : cette espèce de tigre pourtant réduit ensuite à quelques victimes principales, les crimes de lèse-majesté qu'ils auront à expier; et quand l'instant de frapper est arrivé, les dames qui l'accompagnent tombent à ses genoux, pour implorer un pardon que refusent même ces fières victimes. Malgré ces refus, le prétendu tyran cède cependant aux pleurs de son épouse et des femmes qui l'entourent.
Je ne veux certes pas excuser les condamnations nombreuses qui ont été prononcées ensuite, les châtiments cruels qui furent infligés, ni tous les désordres que ses descendants firent tomber plus tard sur nos malheureuses provinces. Ces temps déplora-
INTKODUCTION.
blés s'étendirent, depuis la moitié du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-huilième, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de la cession des Pays-Bas à l'Autriche.
Les temps devinrent plus calmes alors, mais la vie n'existait plus dans nos contrées; ce qui faisait leur richesse et leur force paraissait détruit sans retour. Cette Belgique si belle, si noble, toujours portée aux choses les plus grandes et les plus dignes, envoyait alors ses fils jusqu'au fond de l'Allemagne, pour disposer d'intérêts qui n'étaient point les siens, et pour les sacrifier aux caprices de princes étrangers.
Heureusement la grande et noble Marie-Thérèse changea cet ordre de choses : elle s'attacha à rendre aux Belges l'existence politique qu'on avait semblé vouloir leur ravir successivement. Elle fut secondée dans ses desseins par le comte de Cobenzl , son ministre plénipotentiaire au gouvernement des Pays-Bas. Ce ministre éclairé, qui savait honorer les sciences, cherchait à faire renaître l'ancienne splendeur dont elles avaient brillé dans nos provinces : il proposa à l'Impératrice de créer parmi nous de nouvelles institutions qui pussent ramener les sciences, les lettres et les arts à des idées plus grandes et plus dignes d'Elle.