SOCIÉTÉ LITTÉRAIRE
Les Pays-Bas, depuis leur origine jusque vers le milieu du seizième siècle , c'est-à-dire jusque vers les derniers temps du règne de Charles-Quint, avaient joui presque constamment de l'existence la plus noble et la plus vigoureuse. La division violente, qui partagea le christianisme en Église catholique et en Eglise réformée , ne porta pas seulement un coup désastreux au culte; mais elle divisa, presque en même temps, notre pays; elle sépara nos provinces occupées par les Espagnols de celles de la Hollande où régnait la liberté et nous ravit, ainsi, cette communauté si précieuse, la source de notre bien-être. Sous le vain prétexte de venger l'Église, l'Espagne ruina nos provinces, cl couvrit notre sol du sang de ses fils les plus distingués.
Quand la séparation de la Belgique et de la Hollande fut entièrement exécutée, l'Espagne, qui l'avait produite, se vit for-
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cée de céder nos provinces à l'Aulriche^ ou plutôt elle livra la victime, après lui avoir en quelque sorte arraché la vie : le mal, en effet, fut doublement sensible, car non-seulement il anéantit physiquement la force de nos provinces, mais il leur enleva en même temps leur puissance intellectuelle et morale.
Ce double dépouillement fut d'autant plus à regretter, qu'il se présenta au moment où s'annonçaient, dans le monde intellectuel , les plus belles facultés de la rénovation. L'époque de la Renaissance proclamée avec tant de chaleur, avec tant d'enthousiasme, par toutes les nations éclairées, ne trouva point d'écho dans nos provinces. Un sommeil léthargique semblait les avoir enveloppées : nos hommes d'État et nos guerriers les plus distingués, nos savants, nos gens de lettres, nos citoyens les plus dévoués au bien de la patrie, tous avaient dû fuir ou s'exposer au danger d'être indignement décapités sous les yeux de leurs compatriotes. Quelques réserves semblaient avoir été faites en faveur des artistes, dont le langage muet, et porté d'ailleurs sur d'autres temps, n'éveillait pas la colère de ces farouches vainqueurs. Anvers put jouir assez tranquillement du talent de ses grands peintres comme aussi du savoir de celte série de géographes et de mathématiciens qui ont laissé un nom, au milieu de ce siècle si malheureux pour notre pays.
Dans les autres États, c'était l'époque la plus féconde pour le développement des connaissances humaines : c'était le siècle où Newton, Descartes, Pascal, Leibnitz, etc., publiaient leurs admirables travaux mathématiques et les résultats peut-être plus remarquables encore qu'ils en avaient déduits pour la mécanique, l'astronomie et en général pour toutes les sciences appliquées. A côté des sciences exactes, les sciences naturelles, la philosophie et les lettres se développaient avec non moins d'éclat. En même temps la découverte que l'on venait de faire de la rotondité du globe et de ses propriétés les plus importantes, excitaient partout l'émulation la plus vive : nos provinces seules durent cesser de prendre part à ces grands travaux , auxquels
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elles s'étaient associées d'abord avec ardeur; mais privées désormais des hommes qui, par leur savoir et leur position, honora.ent le plus leur patrie, elles se virent reléguées dans u„7at de marasme où elles eurent à gémir pendant longtemps.
Apres plus d'un siècle de souffrances et de privations intellectuelles, le Belge put mieux comprendre son état de déchéance • •I put connaître aussi le vide affreux qui s'offrait devant lui" Non-seulement il n'avait su s'associer aux savants étrangers ni suivre es pas de géants qu'avaient faits les sciences et les Mr" chez nos voisms; mais il n'avait plus même les moyens de comprendre la langue nouvelle dont on se servait. En clTleclZ
.nfinues.mal,cettelanguescientifiquc,basedelascienc„^^^^^^^^^^^ manquait entièrement à nos aïeux. Il fallait, avant tout, en p e,^:
mar hTd'ir,-^ '' '^"«'^,^*'''— «"--^ Pour ;âcher d" marcher d intelligence et d'un pas sûr avec les autres peuples
Cet état déplorable fut enfin reconnu par nos pères,'comme par les princes chargés de veiller à leurs destinées Le giuveZ
de 1 Autriche. Ce dernier Etat tourna des yeux sympathiques ve^ nous : la noble et puissante Marie-Thérèse, en^769 ent
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1 application de ses idées sympathiques
e professeur SchopOin de Strasbourg, qui communiqua ses vues éclairées au comte de Cobenzl, ministre plénipotentlire de lapenltr '^''^"""; ^« '^'^'^^ P— «' applaudit à
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Cobenzl toutefois attendit le retour du président comte de Neny, qui était alors a Vienne, pour discuter avec lui les plans qu'il
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voulait soumettre, après les avoir mûrement examinés. Ces deux personnages distingués jugèrent à propos de prendre les avis de quelques hommes remarquables, et leurs vues se portèrent en particulier sur M. de Nélis, chanoine de Tournai, et sur l'abbé Needham, Anglais d'origine et membre de la Société royale de Londrcs(*).
La première séance de la Société littéraire eut lieu le 5 mai 1769. Les membres présents étaient :
MM. Van derVynckt, conseiller en Flandre; Van Rossum, docteur en médecine à l'Université de Louvain ; Paquot, conseiller historiographe de Sa Majesté; Nélis, chanoine de la cathédrale de Tournai; Gérard, secrétaire perpétuel de l'Académie; Verdussen, échevin delà ville d'Anvers; Vounck, docteur en médecineàl'Université de Louvain; Seumoy, physicien demeurant à Bruxelles.
La société s'occupa immédiatement de la rédaction d'un programme de concours, contenant deux questions, l'une pour l'histoire et l'autre pour la physique. Les mémoires devaient être remis avant le l*»* septembre de la même année, et les prix distribués le 16 octobre suivant.
M. Gérard donna ensuite lecture du projet de règlement, qui fut adopté sous l'agréation du gouvernement; et, avant de lever la séance, la Compagnie nomma M. Needham comme directeur.
La Société, pendant le cours de cette année, n'eut que quatre séances : celle dans laquelle furent rédigées les deux questions du concours; les trois autres, tenues les 14, 1 S et 16 octobre, furent consacrées au jugement qu'on eut à en formuler.
Pendant l'année 1770, on en compta moins encore; elle n'eut que deux séances : l'une le 26 avril et l'autre le ^ 6 octobre (*). Le décès du comte de Cobenzl porta un coup mortel à l'institution naissante: « aussi, dit le procès-verbal, elle députa le directeur
(») La lettre circulaire, écrite le \" février 1769, par le comte de Cobenzl aux personnes destinées à composer la Société littéraire , pourrait être regardée comme répoque de cet établissement. — Voyez les notes.
(*) C'est dans cette séance du 16 octobre 1770, que V Académie de Bruxelles reçut les premières invitations pour concourir au grand système d'observations
PAR M. A. QUETELET. g
et le secrétaire perpétuel pour demander l'appui de S E le prince de Starhemberg, que Sa Majesté venait de nommer son mmistre plénipotentiaire. Ce prince s'étant fait remettre un écrit détaille qu, présentait l'origine et la situation actuelle de cet
I action. Des lors il s'occupa des moyens qui pouvaient faire réussir cette entreprise. »
La Société, de son côté, s'occupa, dans la même séance, de former son nouveau programme; et elle ne se réunit qu'une année après le 16 octobre 1771, pour prononcer son jugement ('). « Cette séance, dit le procès-verbal, fut la dernière de toutes celles qui ont été tenues sous le nom de la Société littéraire. Dans 1 intervalle qui s'écoula jusqu'au temps où Sa Majesté érigea cette société en académie impériale et royale, les assemblées furent interrompues; mais les membres ne laissèrent pas de travailler souvent en comité, pour concerter les arrangements à prendre et préparer les principes constitutifs de la nouvelle Académie » Au reste, si les assemblées, dans ces premiers temps, ont été peu fréquentes, si la Société a produit peu de mémoires, on ne doit 1 attribuer qu'aux circonstances où elle se trouvait. Peu nom-
météorologiques qui s'était établi à Manheim. . Le secrétaire, est-il dit dans les - P--verbaux après avoir informé la Société qu'il avait reçu, de la part de fl
fait imprimer et après en avoir fait ses remercîmens au nom de la Société lut « un mémoire qui lui avait été remis par M. Robert Limbourg, nouvellement nommé
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oSol^r T" '''"''' ^" ^'"^^ '"' ' ^^^™^"^'' ""« q»*^«««n qui se présente parfois dans les concours des corps littéraires : . On mit en délibération disent
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obtenu trois prix ainsi que cela se pratiquait dans quelques autres A adém"" c
on jugea que cela éUit absolument nécessaire, parce que les questions surt u
nés concernant l'Histoire, roulant toujours sur des points d'hltoire d moyen
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PREMIER SIÈCLE DE l'aCADÉMIE , ETC.
breuse à son origine, incertaine sur sa destinée, distraite par les mesures à prendre pour sa conservation, elle devait nécessairement perdre de vue son principal objet, et trouver peu de loisir pour rédiger des travaux et pour les présenter au public.
Si nous parcourons le discours préliminaire inséré en tête du premier volume des anciens Mémoires, nous remarquerons que Sa Majesté assigna les fonds nécessaires pour la distribution de deux prix annuels et pour les autres besoins de Ce corps. On fut convaincu, dès le premier concours, que la littérature belge n'était pas si profondément ensevelie, qu'il ne fut facile de la ressusciter. Mais la mort inopinée du comte Gobenzl donna une nouvelle preuve du peu de fond qu'on peut faire sur les apparences les plus flatteuses. La société naissante, faible, sans appui, sans chef, se vit à deux doigts de sa perte, et le public ne douta plus qu'elle n'allât tomber dans un oubli éternel, dès la seconde année de son existence. Le zèle de deux ou trois de ses membres, qui se roidissaienl contre les obstacles, ne pouvait, en effet, produire que des efforts impuissants (').
Heureusement pour les lettres, le comte de Gobenzl avait été remplacé par le prince de Starhemberg. Dès son arrivée à Bruxelles, on sentit renaître un rayon d'espérance, et bientôt ce prince réalisa les légitimes aspirations de la nation. S'étant fait rendre compte del'étatde la Société littéraire, il comprit facilement que le corps n'était engourdi et faible, que parce qu'il était privé de cette influence heureuse qui émane du trône, et qui porte la vie et la force dans tousles Etats.Il connaissait les intentions bienfaisantes de Marie-Thérèse; personne ne savait mieux que lui, combien cette auguste princesse désirait et combien elle était digne de régner sur des nations éclairées. Il employa par conséquent tous ses moyens pour atteindre le but qu'il se proposait (*).
(*) Mémoires de VAcad. Imp, , t. I, 2« édil. , p. 10 de Tlntrod.
(*) Voyez plus loin, dans les notes, les pièces principales qui concernent la Société littéraire : quelques-unes ont été publiées dans les écrits anciens, d'autres ont été réservées dans les archives , et jettent des lumières sur une époque généralement peu connue.