‹ Premier siècle de l'Académie royale de Belgique [microform]Chapitre 9 sur 35 · LE PRÉSENT ET L'AVENIR DE L'ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LE PRÉSENT ET L'AVENIR DE L'ACADÉMIE

Dans ce qui précède, nous nous sommes occupés plus spécialement de ce qui concerne Thomme isolé, en ne considérant le phénomène que sous l'une de ses faces. Mais quelquefois le phénomène à observer exige l'influence de plusieurs observateurs, qui s'identifient, en quelque sorte, pour l'examiner successivement sous toutes ses faces et dans tous les rapports que les mêmes parties présentent entre elles pendant un même instant. L'homme n'agit plus comme individu, mais comme partie intégrante d'un vaste ensemble qui embrasse , au même instant , les différentes parties qui peuvent se manifester simultanément et sous les formes les plus inattendues.

Ainsi, lorsque l'Académie des sciences de Paris, sous Louis XV, voulut reconnaître expérimentalement la courbure de la terre près du pôle, comparativement à ce qu'est la courbure près de réquateur, elle envoya plusieurs de ses membres, les uns vers le pôle nord, les autres vers la ligne équatoriale et au Pérou, pour y déterminer respectivement la longueur d'un degré du méridien et en déduire la courbure du globe. Celte vaste opéralion, qui exigea le concours et, pour ainsi dire, l'identification de plusieurs géomètres et observateurs habiles , produisit , par sa

BlAÉHfiMr

'."B. . li' . -i •»(•. i --'^-i.

GEOLOGIE.

simultanéité scientiflque, un résultat des plus importants qu'il eût été difficile d'obtenir autrement. On pourrait croire que de semblables identités de travaux sont, en quelque sorte, l'objet principal des Académies. On les rencontre rarement cependant dans les sociétés savantes, dont la formation semble spécialement réservée à leur étude.

Sans embrasser cependant des travaux d'une aussi vaste étendue que la détermination respective de grandeur des différents degrés du méridien, il se présente beaucoup de problèmes où le concours simultané d'un grand nombre d'observateurs devient nécessaire. Permettez-moi d'appeler, à cet égard, l'attention sur plusieurs exemples semblables qu'a présentés successivement notre Académie des sciences, par exemple. Que l'on examine avec quelle activité, avec quelle importance , elle s'est attachée à figurer dignement dans l'ensemble des sociétés savantes des différents pays, qui ont pu se former autour d'elle, pendant les années qu'elle a dû traverser.

Je rappellerai, en premier lieu, l'ardeur avec laquelle nos savants naturalistes ont entrepris d'étudier la constitution géologique des différentes parties de notre pays. Avant la formation de l'Académie, la géologie de nos provinces, malgré ses richesses, était à peine connue : MM. Mann, de Limbourg, Needham, De Beunie, l'abbé Witry, Burtin , etc., s'étaient déjà occupés de ces travaux; mais ce n'est que dans le siècle actuel que l'active et savante entremise de notre illustre doyen rouvrit dignement la carrière; et cette fois un groupe de jeunes travailleurs suivit avec une nouvelle ardeur les pas du géologue qui, le premier, donna une carte géologique de la Belgique et d'une partie de la France. A côté de M. d'Omalius, s'avancèrent MM. Kickx, Vanderlinden, Cauchy,De Koninck, Davreux, De Hemptinne, Drapiez, Van Beneden, Steininger, André Dumont, de Selys Longchamps, Galeotli, Nyst, Sauveur, Dewalque, Chapuis, Houzeau, Lchon, Engeispach-Larivière, Bosquet, etc. La géologie de chacune de nos provinces devint l'objet d'un concours. Les travaux couronnés parurent successivement dans nos mémoires, comme les

PAR M. A. QUETELET

œuvres d'une collection d'amis et de frères ; et après ces examens consciencieux de chacune de nos provinces, M. Dumont, l'un des auteurs couronnés, fut choisi pour mettre tous ces précieux documents en ordre (*). Sa carte fut construite avec les plus grands soins, et chacun des savants qui avaient donné des documents pour l'édifier, se fit un véritable plaisir d'aider notre confrère dans ce vaste travail. La carte géologique du royaume, qui avait été assemblée avec de si précieux documents collectifs, parut à la première exposition universelle de Paris; et quoique Dumont eût à disputer la palme à plusieurs des géologues les plus célèbres de notre époque, il fut couronné dans ce glorieux concours.

Le pays eut malheureusement la douleur de perdre ce remarquable et habile savant; mais, grâce à l'état d'avancement où la carte était parvenue par ses travaux, la carrière de la géologie n'a point été fermée; ceux de nos collègues qui ont le plus contribué à l'enrichir ont continué à lui donner les mêmes soins et ont cherché à agrandir la place acquise à cette science dans le domaine des connaissances. Ce vaste travail, en quelque sorte improvisé sous nos yeux, formera, par son caractère d'unité, l'un des titres les plus honorables de la Belgique.

Presque au même instant où s'établissait ce grand concours géométrie. de travaux géologiques, notre Académie essayait d'organiser une œuvre semblable pour les sciences mathématiques. Des travaux immenses avaient été faits pour la géométrie, spécialement par l'illustre Monge, qui avait créé une branche loule nouvelle en mettant au jour son traité de Géométrie descriptive^ et son Application de V Analyse à la Géométrie. Déjà plusieurs écrits remarquables avaient été publiés depuis, et il semblait possible d'en espérer encore, en excitant une généreuse émulation de recherches entre les géomètres les plus habiles, sans sortir même du cercle de ces travaux. Des appels furent faits aux mathématiciens de notre royaume et de l'étranger : notre pays put se

(^) Voyez plus haut, page 53.

"^MJ^Ji-'MliB.feMlJtJ -■ ^'J-,

Page 1