PHENOMENES
périodiques.
flatter de voir les hommes les plus distingués de presque toutes les nations prendre Bruxelles pour centre de leur activité. Nous n'avons plus à parler ici des travaux nombreux et savants qui ont été exécutés à cet égard, par les naturalistes, qui voulurent bien, pendant quelques années, nous prendre pour leur point de rencontre commun : mais on put alors, une fois de plus, reconnaître les avantages immenses que présentent les efforts de plusieurs hommes de talent, réunis et luttant ensemble contre les mêmes obstacles, se trouvant secondés par le même langage et le même esprit de recherches. Se présentait-il une difficulté mathématique, arrivaient aussitôt de nombreuses réponses : elles donnèrent naissance à des propositions nouvelles et importantes que Ton citait avec plaisir au moment de leur nouveauté. En résumant ensuite, en 1829, tous ces travaux géométriques, qu'il sut augmenter de ses propres trésors, M. Ghasles présenta, comme œuvre d'ensemble générale, son excellent Aperçu historique des méthodes en géométrie^ et son mémoire Sur deux principes généraux de la science : La dualité et l'homographie (').
Il est un autre genre d'observation qui fut entrepris en 1839, et qui fut secondé puissamment, dès son origine, par un des penseurs les plus profonds et les plus éminents de ce siècle, par sir John Herschel. Au moment de son départ pour le cap de Bonne- Espérance, où l'appelait son étude favorite, celle de l'astronomie, il avait donné une partie de son attention à l'observation des lois périodiques des plantes et des animaux. Il voulut bien m'engager à faire, de mon côté, ces mêmes observations et à lui en transmettre les résultats : ce système de recherches, qui m'avait séduit autant que mon illustre ami , me porta à en suivre attentivement les manifestations. Bientôt je pus, avec le concours des savants collègues de notre Académie, dans l'espace
(^) Ces travaux de M. Chasles, couronnés, en 1829, par rAcadémie royale de Bruxelles, forment ensemble, comme nous Pavons déjà dit, le tome XI des Mémoire* couronnés j { vol. in-i<*, qui ne parut qu'en 1837, par suite des difficultés causées à la suite de la révolution. (Voyez du reste plus haut, pages 56 et suivantes.)
PAR H. A. ttUETELET.
de deux à trois ans (1839 à 1842), parvenir à trouver dans les différentes parties de l'Europe soixante à quatre-vingts observateurs parfaitement exercés; et à y joindre encore toutes les stations que me fournit M. Kupffer, l'habile directeur des observatoires de physique de l'empire de Russie. Je pus obtenir, en même temps, les observations que me communiqua l'Amérique du Nord. J'eus la constance de poursuivre ce genre d'études pendant plusieurs années, avec des amis qui voulurent bien m'aider et agrandir le cercle de mes recherches. Nous avions admis, comme l'indiquait notre programme qui fut communiqué à tous les observateurs, que la constatation des phénomènes serait faite de la manière la plus régulière et la plus comparable; que les instruments pour les mesures météorologiques et que les heures d'observation seraient les mêmes; que les unités seraient de mesure uniforme, et qu'on éviterait, en un mot, toutes les corrections à faire. Les résultats de ces premières observations furent imprimés, avec des planches nombreuses, dans les Annales de l'Observatoire roy al de Bruxelles y ^i reproduits dans un ouvrage spécial in-4o en deux volumes, intitulé Sur le climat de la Belgique, i8i9 à 1857 («).
L'importance que prirent ces recherches et rimpossibililé de continuer des travaux aussi grands, avec les moyens dont je pouvais disposer, me flrent demander alors à mes nombreux correspondants de consentir à continuer, chacun séparément, ces travaux, mais en priant chaque pays de publier ceux qui le concernaient. Mes amis voulurent bien prendre mes prières en considération : non-seulement ils y eurent égard, mais, dans plusieurs stations même, on poussa le travail plus loin que nous ne l'avions fait en Belgique. Il est vrai que, dans de nombreuses
(*) Les plus anciennes observations sont celles de Tillustre Linné, qui les fit dans le siècle dernier. Malheureusement ce grand observateur ne trouva pas les naturalistes de son époque assez habitués à la pratique de Tobscrvation et du calcul pour pouvoir se servir de leurs nombres : et il faut bien en convenir, c'est encore le cas, aujourd'hui, dans bien des occasions.
localités, on perdit de vue YObservation générale des phénomènes périodiques^ pour n'observer que certaines manifestations, et quelquefois avec des instruments gradués par des échelles différentes et sans les précautions nécessaires pour marquer la même époque du phénomène, la reprise de la végétation, par exemple (*).
Malgré mes soins , et afin de rester dans les conditions nécessaires pour l'observation, je fus forcé, au bout de quelques
(*) On peut voir, dans le Bulletin de rAcadémie royale des sciences du 15 janvier 1842, pp. 65 ctsuiv., que les premières observations furent commencées en 1839, et que je publiai, dès lors, les instructions préliminaires que voulurent bien coordonner avec moi mes collègues, MM. Cantrainc, de Selys Longchamps, Du Mortier, Kickx, Martens, Schwann, Morren, Gluge, Spring, Wesmael, Van Beneden, Donkelaer, Galeotti, Duprez, Leclercq, Landszweert, Dewalque, Bellynck, Bernardin, Malaise, etc. Je me servis de leurs lumières et de leurs conseils pour m'entourer des connaissances qui me manquaient dans une branche des sciences où ils pouvaient me prêter les plus utiles secours, et qu'ils me donnèrent, en effet, avec une bienveillante amitié. Le programme put cire imprimé et fut revu depuis avec soin, grâce aux obligeantes communications des naturalistes les plus distingués de cette époque, qui voulurent bien m'aider également de leurs recherches, tels que MM. de Humboldt, Berzélius, de Martius, Robert Brown, Tiedemann, De Buch, Decaisne, Hansteen, Martins, Bravais, Zantcdeschi, Dureau delà Malle, Kreil, Fritsch, etc. La difficulté de continuer cet immense travail , avec le peu d'aides que j'avais à rObservaloire, m'obligea de le diviser. Les résultats généraux parurent dans les Mémoires de V Académie royale de Bruxelles ^ jusqu'à l'année 18i7. Je me crus forcé alors d'invoquer l'appui de mes collègues. Chaque pays commença ensuite ses publications particulières, mais plus spécialement pour la météorologie et la physique. Les phénomènes naturels, ceux des plantes et des animaux, par exemple, furent généralement abandonnés. On peut regretter aussi que le mode d'observation et les divisions des instruments ne fussent pas les mêmes dans chaque pays où les observations prirent plus ou moins des caractères spéciaux. Ce manque d'unité, en même temps que l'étendue et la quantité des documents, ne permit plus de saisir avec une égale facilité nos observations. Toutefois, différents établissements, et spécialement rObservatoire de France, récemment, a cherché à y porter remède par différentes publications et par ses Atlas des mouvements généraux de l'atmosphère , dont les dernières livraisons ont paru en 1865.
Ce genre d'observations, semblable à celui que nous avions suivi à Bruxelles, est peut-être un des plus curieux, pour la différence qu'il peut établir entre un genre d'observations individuelles et un genre d'observations générales.
PAR M. A. QUETELET
années, de borner mes travaux à ceux de la Belgique^ et de prier les autres pays de tourner également leur attention et leurs calculs vers ce genre de phénomènes. Les résultats, que j'ai réunis depuis, ont été publiés dans les Mémoires de l'Académie royale de Bruxelles. M. de Selys Longchamps a publié, d'une autre part, les résultats de ses observations intéressantes : Sur les phénomènes périodiques du règne animal et particulièrement sur les migrations des oiseaux en Belgique^ de 1841 à 1846, dans le tome XXI des Mémoires.
Les exemples que nous venons de citer pour les Sciences sciences. montrent combien le Belge a toujours conservé Tesprit d'association et de confraternité, qualités si précieuses pour la culture des sciences et pour tout ce qui tient en général à nos facultés intellectuelles. Nous retrouvons ces qualités prononcées de la même manière, si nous parlons également des lettres et des beaux-arts.
Pour les Lettres^ par exemple, les travaux de la classe ont été, lettres. depuis le commencement de ce siècle, à peu près constamment consacrés aux recherches sur Charles-Quint et les funestes événements qui, après lui, ont désolé nos contrées; d'un autre côté, ils se signalent par la publication des documents historiques et littéraires des écrivains nombreux qui ont brillé aux époques littéraires les plus remarquables de notre pays depuis la Renaissance.
Les Beaux-Arts n'ont pas marché avec moins d'activité, animés beadx-arts. par l'attention légitime que devaient exciter leurs productions, lesquelles n'ont jamais manqué à la Belgique, même pendant ses plus grands malheurs. Les arts ont pris une place au milieu des sciences et des lettres; et, dès les premiers instants de cette association fraternelle, la section pour les sciences et les lettres dans leurs rapports avec les beaux-arts^ a tenu à lui payer sa dette légitime. Ce tribut, pour être acquitté, exige les soins les plus grands : les ouvrages qui ont été publiés, depuis la création de la classe, montrent avec quel zèle se réunissent les matériaux qui doivent lui servir d'éléments. Au milieu de cette dette d'honneur
PREiMIER SIÈCLE DE L*ACADÉM1E,