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48 DISCOVRS.
Comme apres que les nostres eurent enuoyé deux hommes en terre auce des marchandises, vinarent trois cens saauages en grande üioye, de la qualité de ce pays, de ce qu'il produit, du golfe et de sa chaleur.
LE Ieudy vi]. du mois parce que le vent ’estoit bon pour sortir hors auec nos Nauires, appareillasmes nos barques pour al ler descouurir ce golfe, et courusmes en ce iour vingt-cinq lieuës dans iceluy. Le len demain ayans bon temps nauigasmes, iusques à midy, auquel temps nous eusmes cognoissance d’vne grande partie de ce golfe, et comme sur les terres basses il v auoit d’autres terres auec hautes montagnes. Mais vovans qu'il n'y auoit point de passage commençasmes à retourner faisans notre ehemin le long de ceste coste, et nauigans vismes des sauuages qui estovent sur le bord d’vn lac qui est sur les terres basses, lesquels sauuages faisoyent plusieurs feux. Nous allasmes à et trouuasmes qu'il y auoit vn canal de mer qui
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entroit en ce Lac, et mismes nos barques:
en lPvn des bords de ce canal, les sauuages s’approcherent de nous auec vne de leurs harques et nous apporteront des pieces de Loups-marins cuites, lesquelles ils misrent sur des boises, et puis se retirerent nous donnans a entendre qu'ils nous les donnoyent. Nous enuoyasmes des hommes en terre auec des mitaines, couteaux, chapelets et autre marchandises, desquelles choses ils se resiouyrent infiniment, et aussi tost vindrent tout à coup au riuage où nous estions auec leurs barques appor.
tans peaux et autres choses qu'ils auoyent pour auoir de nos marohandises, et estoyent plus de trois cens tant hommes que femmes et enfants. Et voyons une partie des femmes qui ne passerent, lesquelles esfoyent iusques aux genoux dans la mer, sautans et chantans. Les autres qui auoyent passé là ou nous estions venoyent priuément à nous frotans leurs bras auec leurs mains, et apres les haussoyent vers le ciel sautans et rendans plusieurs signes de resioussance, et tellement s'asseurerent auec nous qu'enfin ils traffiquoyent de main à main
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50 DISCOVRS.
de tout ce qu’ils auoyent, en sorte qu'il ne : leur resta autre chose que le corps tout nud, parce qu'ils donnerent tout ce qu'ils auoyent qui estoit chose de peu de valeur Nous cogneusmes que ceste gent se pour:
roit aisément conuertir à nostre foy, ils
vont de lieu en autre, viuans de la pesche, leur pays est plus chaud que n'est lÆEspas| {tt
voir, tout esgal et vny, et n'y a lieu si petit où il ny ait des asbres combien que ce soyent sablons, et où il n’y ait du froment sauuage qui a l'espy comme le seigle et le grain comme de lauoine, et des poid® aussi espais comme s'ils auoyent esté .se mez et cultivez, du raisin blanc et rouge
| | HA [A gne, et le plus beau qu'il est possibie de fl
À meures, roses rouges et blanches, et au- |
auec la fleur blanche dessus, des fraises, « tres fleurs de plaisante douce et agreable odeur. Aussi il y a là beaucoup de belles
| prairies, et bonnes herbes et lacs où il | y à grande abondance de Saumons. Ils appellent vne mittaine en leur langue Cochi, et vn couteau Bacon. Nous appel-
lasmes ce golfe, golfe de la chaleur.
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D'une autre nation de sauuages, de leurs coustumes et de la maniere tant de leur viure que du vestement.
Esraxs certains qu'il n'y auoit aucun passage par ce golfe fismes velle, et partismes de ce lieu de $S. Martin le Dimanche xij, de Juillet pour descouvrir outre ce golfe, et allasmes vers Est le long de ceste coste viron xviij. lieuës, iusques au Cap du Pré, où nous trouuasmes le flot tres-grand et fort peu de fond, et Ia mer courroucee tempestueuse, et pource il nous fallust retirer à terre entre le Cap susdit et vne Isle vers Est à viron vne lieuë de ce Cap; (l)et là nous mouillasmes l'ancre pour icelle nuict:
Le lendemain matin nous fismes velle en inten tion de circuir ceste coste, laquelle est situee vers le Nord et Nordest, mais vn vent suruint si contraire et impetueux qu’il nous fut necessaire retourner au lieu d’où nous eshons partis, et là y demeurasmes tout ce iour iusques au lendemain que nous fismes velle, et vinsmes au milieu d’un fleuue esloigné cinq ou six lieuës du
,(Q) Voir note XXI à la fin du volume.
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02 DISCOVRS.
Cap du Pré, et estans au trauers du fleuue eusmes derechef le vent contraire auec vn grand brouillas et obscurité, tellement qu'il nous fallut entrer en ce fleuue le Mardy xiij. du mois, et nous y arrestasmes à l’entree jiusques au saiziéme attendans le bon temps pour pouuoir sortir.
Mais en ce xvi iour qui estoit le leudy, le vent creut en telle sorte qu'vne de nos Nauires perdit vne ancre, et pource nous fut besoin passer plus outre en ce fleuue quel que sept ou huit lieuës pour gaigner vn bon port où il y eust bon fond, lequel nous auions esté descouurir auec nos barques, et pour le mauuais temps, tempeste et o6bscurité quil fit demeurasmes en ce port ius.
ques au xXXv. sans pouuoir sortir. Cependant nous vismes ve grande multitude d’hommes sauuages qui peschoyent des tombes desquels y a grande quantité, ils estoyent enuiron quelque quarante barques, et tant en hommes, femmes, qu’enfants, plus de deux cens, lesquels apres qu'ils eurent quelque peu conuersé en terre auec nous, venoyent priuement au bord de nos Na.
uires auec leurs barques. Nous leur don-
unions des couteaux, chappelets de verre, peignes, et autres choses de peu de valeur dont ils se resiouyssovent infiniment leuant les mains au ciel, chantans et dansans dans leurs barques. (Ceux-cy peuuent estre vrayement appelez sauuages d'autant qu'il ne se peut trouuer gent plus pauure au monde, et croy que tous ensemble n'eussent peu auoir la valeur de cinq sols excepté leurs barques et rhets. Ils n’ont qu'vne petite peau pour tout vestement, auec laquelle ils couurent les parties honteuses du corps auec quelques autres vieilles peaux dont ils se vestent à la mode des Ægyptiens. Ils n'ont ny la nature ny le langage des premiers que nous auions trouuez. Ils portent la teste entierement rase horsimis vn floquet de cheueux au plus haut de la teste, lequel ils laissent croistre long comme vne queue de cheual qu'ils lient sur la teste auec des csguillettes de cuir. Îls n’ont autre demeure que dessous ces barques lesquels ils renuersent et s’estendent sous icelles sur la terre sans
aucune couuerture. Ils mangent Ia chair
presque crüé et la chauffent seullement le
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. ! la moins du monde sur les charbons, le mesme est du poisson. Nous allasmes Je iour de la Magdaleine auec nos barques NL au lieu où ils estoyent sur le bord du fleuue, et descendimes librement au milieu d'eux, dont ils se resiouyrent beaucour, et tous es hommes se misrent a chanter et danser en deux ou trois bandes, faisans grands signes de ioye pour nostre venuë., [ls anoyeut fait fuir les ieunes femmes dans le bois horsmis deux ou trois qui estoyent restees auec eux, à chacune desquelles donuassent vn peigne, et vne clochette d'estain, dont ils se resiouyrent beaucoup, remercians le Capitaine et luy frottans les bras et la poitrine auec leurs propres mains. L2s hommes voyans que nous auions fait quelques presens à celles qui estoyent restees, firent venir celles qui 4 s’'estoyent refugiees, au bois, afin qu'ils eussent quelque chose comme les autres, elles estoyent enuiron vingt femmes les- Ù quelles toutes en vn monceau se mirent sur ce Capitaine, le touchans et frottans auec les mains selon leur coustume de caresser, et donna à chacune d'icelle vne clo
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chette d’estain de peu de valeur, et incontinent commencerent à danser ensemble disans plusieurs chansons. Nous trouvasmes Là grande quantité de tombes qu'ils auoyent prises sur le riuage auec certaines rhets faites expres pour pescher, d'vn fil de chanure qui croit en ce pays où ils font leur demeure ordinaire, pource quil ne se mettent en mer qu'au temps qui est bon pour pescher, comme Fay entendu.
Semblablement croit aussi en ce pays du mil gros comme poids, pareil à celui qui eroit au Bresil dont ils mangent au lieu de pain, et en auoyent abondance, et l'appellent en 1eur langue Kapaige. Ils ont aussi des prunes qu'ils sechent comme nous faisons pour l'Hyuer et les appellent Honesta, mesmes ont des figues, noix, pommes et autres fruits, et des febues qu'ils nomment Sahu, Les noix Caheya, Les figues, *
Les pommes * Si on leur monstroit quelque chose qu'il n'ont point et qu'ils ne pouuoyent savoir que c’estoit branlans la teste, ils disoyent Nohda, qui est a dire qu'ils n'en ont point, et ne sçauent que c'est Ils nous monstroyent par signes le
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moyen d'accoustrer les choses qu'ils ont et comme ïls ont coustume de croistre. Ils ne mangent aucune chose qui soit salee, et sont grands larrons, et desrobent tout ce qu'ils peuuent.
Comme les nostres planterent une grande Croix sur la pointe de l'entree du port, el comme le Capitaine de ces sauuages estant en fin appaisé par vn long pour parler auec nostre Capitaine, accorda que deux de ses enfans allassent auec luy.
LE xxiiij}, du mois fismes faire vne croix haute de trente pieds, ei fut faite en la presence de plusieurs d’iceux sur la pointe de lentree de ce port, au milieu de laquelle mismes vn eseusson relevé auec trois fleurs-de-Lys, et dessus estoit escrit en grosses lettres entaillees dans du bois, Vive LE Roy DE France En. apres ja plantasmes en leur présence sus ladite pointe, et la regardoyent fort, tant lors qu'on la faisoit que quand on la plantoit.
Et l’ayans leuee en haut, nous nous agenoüillions tous ayant les mains jointes,
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l'adorans à leur veuë, et leur faisions signe regardans et montrans le ciel, que d’icelle deppendoit nostre redemption de laquelle chose, ils s'esmerueillerent beaucoup, se tournans entr'eux, puis regardans ceste croix. Mais estins retournez en nos Nanires, leur capitaine vint auec vne barque à nous vestu d’une vieille peau d'Ours noir auec ses trois fils et vn sien frere, lesquels ne s'approcherent si pres du bord comme ils auoyent accoustumé, et y fit vne longue harengue monstrant ceste croix, et faisans le signe d'icelle avec deux doigts. Puis il monstroit toute la terre des environs, comme s'il eust voulu dire qv'’elle estoit toute à luy, et que nous n'y devions planter ceste croix sans son congé. Sa harangue finie nous Juy monstrasmes vue mittaine faignans de luy vouloir donner en eschange de sa peau, à quay il prit garde et ainsi peu à peu s’accosta du bord de nos Nauires; mais vn de nos Coinpagnors qui estoit dans le bateau, mist Ja main sur sa barque, et à linstant sauta dedans avec deux ou trois, et le contraignirent aussi tost d'entrer en nos a uires, dont ils furent tous estonnez. Mais
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le Capitaine les asseura qu'ils n'auroyent aucun mal, leur monstrant grand signe d'amitié les faisant boire et manger auec bon accueil. En apres leur donna-on a entendre par signes que ceste croix estoit là plantee, pour donner quelque marque ét cognoissance pour pouuoir entrer en ce port, et que nous y voulions retourner en bref et qu'apporterions des ferremens et autres choses, et que desirions mener auec nous deux de ses fils, et qu’en apres nous retournerions en ce port. Et ainsi nous fismes vestir à ses fils à chacun vne chemise, vn sayon de couleur, et vne toque rouge, leur mettans aussi à chacun vue chaisne de laton au col dont ïls se contenterent fort, et donnerent leurs vieux habits à ceux qui s’en retournoyent. Puis fismes present d’vne mittaine à chacun des trois que nous renuoyames et de quelques couteaux, ce qui leur apporta grande: jiove.
Iceux estant retournez à terre, et ayans raconté les nouuelles aux autres enuiron sur le midy vindrent à nos Nauires six de leurs barques ayans chacune cinq ou six hommes qui venoyent dire adieu à ceux
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que nous auions retenus, et leur apporterent du poisson et leur tenoyent plusieurs parolles que nous n'entendions point, faisans signe qu'ils n'osteroyent point ceste Croix.
Comme eslans hors du port susdit cheminans derriere ceste coste allasmes pour chercher la terre qui est situce vers Suest et Norouest.
Le lendemain xxv. du mois se leua vu bon vent, et nous mismes hors du port.
Estant hors du fleuue susdit tirasmes vers Est-Nordest, d'autant que pres de l'embouchure de ce fleuue, la terre fait vn cir.
cuit, et fait vn golfe en forme ’vn demvycercle, en sorte que de nos Nauires nous voyons toute la coste, derriere laquelle nous cheminasmes, et nous mismes à chercher la terre situee vers Ouest et Norouest, et y auoit vn autre pareil golfe distant vingt lieuës dudit fleuue.
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DISCOVRS.
Des Caps de S. Louys et de Mommorency, el de quelques autres terres, el comme vne de nos barques ayant heurté a vn escueil, ne laissa de passer outre.
Le Lundy xxvij. au soleil couchant allasmes le long de ceste terre qui est comme nous avons dit situee au Suest et Norouest iusques au Mercredy, auquel iour vis mes vu autre Cap où la terre commence a se tourner vers l'Est, et allasmes le long d’icelle quelques xvi lieuës, et de là ceste terre commence a tourner vers le Nord, et a trois lieuës, de ce Cap y a fond de xxiiij, brasses à plomb. Ces terres sont plates, et les plus descouuertes de bois que nous ayons encores peu voir, il y à de belles prairies et campagnes tres-vertes.
Ce Cap fut nommé de $S. Louys, pource qu'en ce iour l’on celebroit sa feste, et est au xlix. degré et demy de latitude et de longitude * Le Mercredy matin, nous estions vers l'Est de ce Cap, et allasmes vers Norouest pour approcher de ceste terre, estant presque nuict, et trouuasmes
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qu'elle regardoit le Nord et le Su. Depuis ce Cap de S. Louys iusques à vn autre nommé le Cap de Mommorency y a quelque xv. lieuës, Ia terre commence à tourner vers Nurouest. Nous voulusmes son der le fond a trois lieuës pres de ce Cap:
mais nous ne le peusmes trouuer auec cent cinquante brasses, et pource allasmes le long de ceste terre enuiron dix lieuës iusques à la latitude de cinquante degré. Le Samedy ensuyuant premier iour d'Aoust au leuer &Gu soleil cognusmes et vismes d’autres terres qui nous restoyent du costé du Nord et Nordest, lesquelles estoyent treshautes et coupees, et sembloyent estre montagnes, entre lesquelles v auoit d'au.
tres terres basses ayans bois et rivieres.
Nous passasmes autour de ces terres tant d'vn costé que d’autres tirans vers Nor ouesh, pour voir sil y auoit quelque golfe ou bien quelque passage iusques au v. äu mois. D'vne terre à l’autre il y a viron xv. lieuës, et le mitan est au cinquante et vn tiers degré de latitude, et nous fut tres. diffieile de pouuoir faire plus de cinq lieuës à eause de la maree qui nous estoit con-
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traire et des grands vents qui y sont ordinairement. Nous ne passames outre les cinq lieuës d'où l’on voyoit aisément Ja terre de part en part laquelle commence là a s'eslargir. Mais d'autant que nous ne fai.
sions autre chose qu'aller et venir selon le vent, nous tirasmes pour ceste raison vers la terre pour tascher de gaigner vn Cap qui est vers Su, quiestoit le plus loin et le plus auancé en mer que nous peussions descouvrir, et estoit distant de nous enuiron quinze lieuës: Mais estans proches de là trouuasmes que c’estoyent rochers, pierres et escueils, ce que nous n'auions entores point trouué aux lieux où nous auions esté au parauant vers le Su, depuis le Cap de S. Jean, et pour lors estoit la maree qui nous portoit contre le vent vers l'Ouest:
De maniere que nauigans le long de ceste coste vne de nos barques heurta contre vn escueil et ne laissa de passer outre, mais :l nous fallut tous sortir hors pour la mettre à la maree.
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Comme ayans consullé re qui esloit le plus expedient de faire, nous deliberasmes nostre retour, du Destroit de S. Pierre et du Cap de Tiennot.
Ayans nauigé le long de ceste coste environ deux heures, la maree suruint auec telle impetuosité qu'il ne nous fut iamais possible de passer auec treze auirons outre la longueur d’vn jet de pierre. Si bien qu’il nous fallut quitter les barques et y laisser partie de nos gens pour la garde, et marcher terre par quelque dix ou douze hom.
mes iusques à ce Cap, où nous trouuasmes que ceste terre commence là a s’abbaiser vers Surouest. Ce qu'ayans veu et estans retournez à nos barques, reninsmes à nos Nauires qui estoyent ja à la velle qui pensoyent tousiours pouuoir passer outre:
mais ils esltoyent auallez à cause du vent de plus de quatre lieuës du lieu où nous les auions faissez, où estans arriuez fismes assembler tous les Capitaines, mariniers, maistres et compagnons pour auoir l’aduis et conseil de ce qui estoit le plus expedient
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DISCOVRS.
à faire. Mais apres qu'vn chacun eut parlé, l'on considera que les grands vents d’Est commençoyent a regner et devenir violens et lens, et que le flot estoit si grand que nous ne faisions plus que raualler, et qu’il n’estoit possible pour lors de gaigner aucune chose : mesmes que les tempestes commençoyent a s’eslever en ceste saison en la terre Neufue, que nous estions de lointain pays, et ne scauions les hasards et dangers du retour, et pource qu’il estoit temps de se retirer, ou bien s’arrester là pour tout le reste de l'annee. Outre cela nous discourions en ceste sorte, que si vn changement de vens de Nord nous surprenoit quil ne seroit possible de partir. Lesquels aduis ouys et biens considerez nous firent entrer en deliberation certaine de nous en retourner. Et pource que le iour de la feste de S. Pierre, nous entrasmes en ce destroit, nous l’appellasmes à ceste occasion Destroit de S. Pierre, ou ayans ietté la sonde en plusieurs lieux, trouuasmes en aucuns cent cinquante brasses, aux autres cent, et pres de terre soixante auec bon fond. De puis ce jour iusques au Mercredy nous
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eusmes vent à souhait et circuimes la dite terre du coste du Nord, Est-Suest, Ouest, et Norouest: car telle est son assiette, horsmis la longueur d’vn Cap de terres basses qui est plus tourné vers Suest, esloigné à viron xxv. lieuës du dit destroit. En ce lieu vismes de la fumee qui estoit faite par les gens de ce pays au dessus de ce Cap, mails pour ce que le vent ne singlait vers la coste nous ne les accostasmes point, et eux voyans que nous n'approchions d'eux douze de leurs hommes vindrent à nous auec deux barques lesquels s’accosterent aussi librement de nous comme si ce fus.
sent esté François, cet nous donnerent à entendre qu'ils venoyent du grand golfe, et que leur Capitaine esloit un nominé Tiennot, lequel estoit sur ce Cap, faisant signe qu'ils se retiroyent cn leur nays d'où nous estions partis, et estoyent chargez de poisson, nous appelismes ee cap C'p de Tiennot. (l) Passé ce Cap toute la terre est posee vers l’Est-Suest, Ouest et Norouest, et toutes ces terres sont basses, belles et enuironnees de sablons, pres de mer et y a plusieurs marais et bancs par lespace de
(2) Voir note XXII à la fin du volume.
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66 DISCOVRS.
xx. lieuës, et est apres la terre commence a se tourrier d'Ouest à l'Est, et Nordest, et en entierement enuironné d'Isles esloi gnees de terre deux ou trois lieuës. Et ainsi comme il nous semble y a plusieurs bancs périlleux plus de quatre ou cinq lieuës loin de ia terre.
| | Comme le ir. iour d'Aoust nous entras.
mes dans Blanc-sablon, et le cinquième
de Septembre arriuasmes au port de S. Malo. /
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rare ton sen Restos mimineree
Depvis le Mercredy susdit iusques au Samedy nous eusmes vn grand vent de Surouest qui nous fit tirer vers l'Est- : À.
Nordest, et arrinasmes ce iour là a la : terre d'Est de la terre-Neufue entre les Cabannes et le (Gap-double. Icy commença à le vent d'Est auec tempeste et grande impetuositué, et pour ce nous tournasimes Île Cap au Norouest et au Nord pour aller voir le costé du Nord qui est comme nous avon* dit entierement enuironné d'lsles, et estant pres d’icelles, le vent se changea et vint du Su, lequel nous conduit dans Je
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golfe, si bien que par la grace de Dieu nous entrasmes le lendemain qui estoit le ix. d’Aoust dans Blanc-sablon, et voilà tout ce que nous auons descouuert.
EN apres le xv. Aoust iour de l’Assumption de nostre Dame nous partismes de Blancsablon apres auoir ouy la Messe, et vinsmes heureusement iusques au mitan de la mor qui est entre la terre-Neufue et la Bretagne, auquel lieu nous courusmes grande fortune pour les vens d'Est, laquelle nous supportasmes par l'aide de Dieu,
et du depuis eusmes fort bon temps,
en sorte que le cinquiéme jour de Septembre de l’année susdite nous arriuasines au port de S. Malo d'où nous estions partis.
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