‹ Premier voyage de Jacques Cartier au Canada [microforme]Chapitre 9 sur 10 · PER · texte numérisé non relu

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terres basses et de peu de fond, nous n'y peusmes aller et moins y descendre d’autant que le vent nous estoit contraire, et ce icur nous fismes quinze lieuës.

De l'Isle d'Alezay et du Cap S. Pierre.

LE lendemain allasmes le long desdites terres viron dix lieuës iusques à vn Cap de terre rouge qui est roide et coupé comme vn roc, dans lequel on voit un entredeux qui est vers le Nord, et est un pays fort bas, et y a aussi comme vne petite plaine entre la mer et un estang, et de ce Cap de terre la mer et vn estang, et de ce Cap qui paroissoit, y a viron quatorze lieuës, et la terre se fait en façon d’un demy cercle tout enuironné de sablon comme vne fosse sur laquelle Ion void des marais et estangs aussi loin que se peut estendre l'œil. Et auant qu'arriuer au premier Cap lon trouue deux petites Isles assez pres de terre, à cinq lieuës du second Cap y a vne Isle vers Surouest, qui est treshaute et pointue laquelle fut nomymee Alezay, (1) le

premier Cap fut appelé de S. Pierre, par ce

(1) Voir note XIX à la fin du volume.

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que nous y arriuasmes au jiour et feste dudit sainct,

Du Cap «d'Orleans, du fleuve des Barques.

du Cap des Sauuages, et de la qualité et

temperature de ces pays.

Depuis l'Isle de Brion iusques en ce lieu y à bon fond de sablon, et ayans sondé esgalement vers Surouest iusques a ap-

procher de cinq lieuës de terre nous trou-.

uasmes vingt-cinq brasses, et à vne lieuë près, douze brasses, et pres du bord, six plus que moins et bon fond. Mais parce que nous voulions avoir plus grande cog:

noissance de ces fonds pierreux plains de roches, mismes les velles bas et de trauers. Et le lendemain penultiéme du mois le vent vint du Su et quart de Surouest, allasmes vers Ouest iusques au Mardy matin dernier jour du mois, sans cognoistre et moins descouurir aucune terre, excepté que vers le soir nous aperceusmes vneterre qui sembloit faire deux Isles qui de meuroit derrière nous vers Ouest et Surouest à viron neuf ou dix lieuës. Et ce iour

L'on ed ie Le

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allasmes vers Ouest iusques au lendemain

leuer du Soleil quelque quarante lieuës :

Et faisant ce chemin cogneusmes que ceste terre qui nous estoit apparue comme deux Isles estoit à terre ferme situee au Su-Surouest et Nort-Norouest iusques vu tresbeau Cap de terre nommé le d'Orleans. Toute cette terre est basse et possible de

Pr Cap

plate, et la plus belle qu'il est voir, plaine de beaux arbres et prairies, 11 est vray que nous nv peusmes trouuer de port, parce qu'elle est entierement plaine de bancs et sables. Nous descendismes en nos barques, et entre

plusieurs lieux auec dans vn beau fleuué

autres nous entr'asimes de peu de fond, et pource fut appellé Île fleuue des barques (1) d'autant que nous y vismes quelques barques d'hommes sauuages qui trauersoyent le fleuve, et n'eusmes autre cCognoissance de ces sauuages, parce que le vent venoit de mer et chargeoit la coste, si bien qu'il nous fallust retirer vers nor nauires. Nous allismes vers Nordest iusques au leuer du soleil du lendemain premier de Juillet, auquel temps

s'esleua vn brouillas et tempeste à cause

QG) Yoir note XX à la fin dun volume,

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dequoy nous abbaïissasmes les velles, 1usques à viron deux henres anant midi, que le temps se fist clair, et que nous apperceusmes le Cap d'Orleans, auec vn autre qui en estoit esloigné de sept lieuës vers le Nord vn quart de Nordest qui fust appellé Cap des Sauuages: Du costé du Nordest de ce Cap à viron demi-ieuë y a un banc de pierre tres-perilleux. Pendant que nous estions pres de ce Cap, nous apperçeusmes vn homme qui couroit derriere nos barques qui alloyent le long de la coste, et. nous faisoit plusieurs signes que deuions retourner vers ce Cap. Nous voyans tels signes commençasmes à tirer vers Iuy, mais nous voyans venir, se mist à fuir, estans descendus en terre mismes deuant luy un cousteau et une ceinture de laine sur vn baston, ce fait nous retournasmes- à nos nauires. Ce jour nous allasmes toûrnoyans ceste terre neuf à dix lieuës cui dans trouuer quelque bon port, ce qui ne fut possible d'autant que comme ray desia dit toute ceste terre est basse, et est un pays enuironné de bancs et sablon. Neantmoins nous descendismes ce Iour en qua-

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tre lieux pour voir les arbres qui y estoyent tres-beaux, et de grande odeur, et trouuasmes que cestoyent Cedres, Yfs, Pins, Ormeaux, Blancs, Fresnes, Saulx, et plusieurs autres à nous incogneus, tous neantmoins sans fruit. Les terres où il n'y a point de bois sont tresbelles et toutes plaines de poids, de raisin blanc et rouge ayant la fteur blanche dessus, des fraizes, meures, froment sauuage comme seigle qui semble y auoir esté semé et labouré, et ceste terre est de meilleure temperature qu'aucune qui se puisse voir et de grande chaleur, l'on y voit vne infinité de griues, ramiers et autres oiseanx, en somme il n’y a faute d'autre chose que de bons ports.

Du golfe nommé de S. Lunaire et autres goljes notables et Caps de terre et de la qualité et bonté de ces pays.

Le lendemain second de lIuillet nous descouurismes et apperceusmes la terre du costé du Nord à nostre opposite laquelle se ioignoit auec celle cy deuant dite, apres que nous l'eusmes circuite tout au-

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tour, trouuasmes qu’elle contenoit en ron.

deur ’ de profond et autant de diametre. Nous l'appellasmes le golfe $S. Luuaire, et allasmes au Cap avec nos barques vers le Nord, et trouuasmes le pays si bas que par l'espace d’vne lieuë il n'y auoit qu'vne brasse d’eau. Du costé vers Nord est du Cap susdit viron sept ou huit lieuës y auoit vn autre Cap de terre, au milieu desquels est vn golfe en forme de triangle qui à tresgrand fond de tant que pouuions estendre la veuë d’iceluy, il restoit vers Nordest. Ce golfe est enuironné de sablons et lieux bas par dix lieuës, et n’y a plus de deux brasses de fond. Depuis ce Cap iusques à la riue de l’autre Cap de terre y a quinze lieuës. Estans au trauers de ces Caps, descouurismes vne autre terre et Cap qui restoit au Nord vn quart de Nordest pour tant que nous pouuions voir, toute la nuict le temps fust fort mau uais et venteux, si bien qu'il nous fust be.

soin mettre la Cappe de la velle iusques au lendemain matin ïij de Tuillet que le vent vint d'Ouest, et fusmes portez vers le Nord pour cognoistre ceste terre qui nous res-

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toit du costé du Nord et Nordest sur les terres basses, entre lesquelles basses et hautes terres, estoit vn grand golfe et ouuerture de cinquante cinq brasses de fond en quelques lieux, et large viron quinze lieuës, pour la grande profondité et lar geur et changement des terres eusmes esperance de pouuoir trouuer passage comme le passage des Chasteaux: Ge golfe regarde vers l’Est-Nordest, Ouest.

Surouest. Le terroir qui est du costé du Su de ce golfe, est aussi bon et beau à cuitiuer et plain de belles campagnes et prairies que nous ayons veu, tout plat comme seroit vn lac, et celuy qui est vers le Nord est vn pays haut auec mont?gnes hautes plaines de forests, et bois treshauts et gros de diuerses sortes. Entre autres y a de tresbeaux Cedres et Sapins autant qu'il est possible de voir, et bons à faire Mats de Nauire de plus de trois cens tonneaux et ne vismes aucun lieu qui ne fut plain de ces bois, excepté en deux places que le pays esloit bas plain de prairies auec deux tresbeaux lacs, le mitan de ce golfe est au xlvi}: degré et demy de latitude.

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Du Cap @Esperance et du lieu S. Martin, et comme ces barques d'hommes sauuages approrñez de notre barque el ne se voulans retirer, furent espouuantez de quelques coups de passe-volans et de nos dards, ct comme is s'enfuirent à grand haste.

Le Cap de ceste terre du Su fut appelee Cap d'Esperance, pour lesperance que nous auions d’y trouuer passage. Le quatrieme jour de luillet allasmes le long de ceste terre du costé du Nord pour trouuer port, et entrasmes en vn petit port et lieu tout ouuert vers le Su où n’y a aucun abry pour ce vent, et trouuasmes bon de l’appeler le lieu $S. Martin, et demeurasmes là depuis le iii. de Tfuillet iusques au xij. Et pendant le temps ue nous estions en ce Feu allasmes le Lundy sixiéme de ce mois apres auoir oy la Messe avec vne de nos barques pour descouurir vn Cap et pointe de terre, qui en estoit esloigné sept ou huit lieuës du costé d'Ouest, pour voir de quel costé se tournoit cestekterre, et estans à

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demi-lieuë de la pointe apperçceusmes deux bandes de barques d'hommes sauuages qui passoyent d’vne terre à l'autre, et estoyent plus de quarante où cinquante barques desquelles vne partie approcha de ceste pointe, et sauta en terre vn grand nombre de ces gens faisans grand bruit et nous faisoyent signe qu'allassions à terre mons-* trans des peaux sur quelques bois, mais d'autant que n'auions qu'vne seule barque nous n'y voulusmes aller, et nauigasmes vers l’autre bande qui estoit en mer. Eux nous voyans fuir, ordonnerent deux de leurs barques les plus grandes pour nous suyvre, auec lesquelles se ioignirent en.

semble cinq autres de celles qui venoyent du costé de mer, et tous s’approcherent de nostre barque sautans et faisans signe d’allegresse et de vouloir nostre amité, disans en leur langue, Mapeu ton damen assurtah, et autres paroles que nous n’entendions. Mais parce que comme nous auons dit, nous nauions qu'vne seule barque, nous ne voulusmes nous fier en leurs siunes, et leur donnasmes à entendre qu'ils se retirassent, ce qu'ils ne voulurent faire,

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ains venoyent avec si grande furie vers on DE nous qu’aussitost ils enuironnerent nostre

barque auec les sept qu'ils auoyent. Et

parce que pour signes que nous fissions ils > ne se vouloyent retirer, laschasmes deux | passe-volans sur eux, dont .espouuantez retournerent vers la susdite pointe faisans tres grand bruit, et demeurez là quelque peu, commencerent derechef avenir vers «nous comme deuant, en sorte qu'estans approchez de la barque, descochasmes deux de nos dards au milieu d’eux, ce qui , les espouuenta tellement qu'ils cemmencerent à fuir en grand haste, et n’y voulu.

rent oncques plus revenir.

DS Rent re eme

Comme ces sauuages venans vers nos .Nauires el Les nostres venans vers ‘ les leur, descendirent les uns et les autres en lerre, el comme ces sauuages se misrent & traffiquer en grande allegresse 4 auec les nostres.

Le lendemain partie de ces sauuages vindrent auec neuf de leurs barques à la \ pointe et entree du lieu d’où nos Nauires

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estoyent partis: Et estans advertis de leur venue, allasmes avec nos barques à la pointe où ïls estoyent, mais si tost qu'ils nous visrent ils se misrent en fuite, faisans signe qu'ils estoyent venus pour traffiquer auec nous, monstrans des peaux de peu de valeur, dont ils se vestent. Semblablement nous leur faisions signe que ne leur voulions point de mal, et en signe de ce deux des nostres descendirent en terre pour aller vers eux, et leur porter cousteaux et autres ferremens auec un chappeau rouge pour donner à leur Cappitaine. Quoy voyans descendirent aussi à terre portans de ces peaux, et commencerent à traffiquer avec nous, monstrans vne grande et merueilieuse allegresse d’auoir de ces ferremens et autres choses, dansans touiours et faisans plusieurs ceremonies, et entre autres ils se iettoyent de l'eau de mer sur leur teste auec les mains. Si bien qu'ils nous donnerent tout ce qu'ils auoyent ne retenans rien, de sorte qu'ils leur fallut s'en retour ner tous nuds, et nous firent signes qu'ils retournerovent le lendemain et qu'ils apporteroyent d’autres peaux.

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