‹ Première amoureuseChapitre 1 sur 28 · A MOU8 1. V S F · texte numérisé non relu

A MOU8 1. V S F

de fort belles robes, que je ne puis vendre puisqu'elles me sont nécessaires pour le théâtre ; un bracelet qui ne me quitte jamais, et auquel je ne toucherais pas pour nourrir ma mère. Vous savez, chère amie, que ce n'est pas le cœur qui me manque ; mais je suis au fond de ma bourse en ce moment, je vous assure. Que deviennent Edgar et Léon? Que devient Paris? Je n'ai rien a vous dire. Je vous écris absolument pour que vous me répondiez. Au revoir, ma chère Louise ; je vous embrasse comme autrefois.

Màtbilde.

Dijon, décembre 1S46.

Enfin, ma chère Louise, une bonne et grande lettre de vous ! J'en ai été toute surprise, et j'en suis toute réjouie.

Votre lettre me rejoint à Dijon, où je compte passer l'hiver, attachée au théâtre, vous pensez bien. Il y a fi longtemps que nous n'avons causé ensemble, et tant de fortunes diverses me sont arrivées depuis, que je pourrais facilement vous envoyer un in-octavo sur les impressions par moi éprouvées depuis huit mois. Qu'il vous suffise de savoir, pour le moment, que j'ai été heureuse à la Haye

au delà de ce que je pourrais vous dire ! que ce pays maussade, brumeux, sans soleil ni éclat, garde pourtant mes plus précieux souvenirs, mes plus chères ivresses ; que je l'ai quitté désespérée, éperdue de chagrin, y laissant désormais tout l'amour et le vrai bonheur que je puis avoir en ce monde ! Je vous expliquerai tout plus tard ; j'ai voulu vous répondre immédiatement pour vous dire que je vous remercie d'avoir songé à moi, et que je suis aise de votre lettre et de vous avoir retrouvée.

Je suis contente que vous ayez rompu avec Théodore :

un vilain nom d'abord ! et puis il doit aimer comme son

ami Edouard, qui prend ses maîtresses à proximité du café où il déjeune. — Gustave fait-il toujours des vers? Le brave garçon ! il est ennuyeux comme un album. Embrassez - Je de ma part. — Camille est ruiné? Je le crois bien. Il faut avoir trop d'oncles pour hériter tous les ans. Je me rappelle quand nous avons été déjeuner au pavillon d'Henri IV, au sortir d'un bal de l'Opéra, et qu'il voulait allumer son cigare à un réverbère, vous souvenez-vous?

Que ne vous mettez-vous au théâtre? vous feriez merveille. C'est une vie animée, pleine de péripéties, de détails émouvants et grotesques, et de

dîners de carton qui donnent à manger. Le théâtre ici manque de femmes ; on n'exige ni talent ni habitude : de la grâce et de la beauté, voilà tout! Si vous le vouliez je vous y ferais entrer avec moi.

Quelque chose , quelqu'un vous retient-il à Paris? — J'ai mille choses à vous dire ; mais on m'attend chez un correspondant. Je vous quitte.

Je vous embrasse.

Mathii.de.

Dijon, janvier 1S4J.

Mon réengagement est signé

d'hier. Je ne veux pas tarder, chère belle, à vous écrire cette bonne nouvelle, sachant toute la part que vous y prendez.

J'ai eu affaire à un directeur presque amoureux : c'est vous dire que j'ai tiré à moi la couverture. Comme je ne suis pas d'aujourd'hui au théâtre, et que je sais sur le bout du doigt tout le sous-entendu de ces messieurs, j'ai tout précisé, Je ne dois jouer que trois fois par semaine; et j'ai de plus, un congé de quinze jours à prendre quand il me plaira.

Vous concevez, ma mignonne, que j'attendrai un succès, et que le lendemain je me ferai racheter mes quinze jours ce que je voudrai.

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