DE MAÇON IO
seter ses diables d'étagères !
J'étais à la porte de madame Javet. J'entrai. Elle était à sa fenêtre et ne se retourna pas.
Il y avait près d'elle un charmant petit bonhomme aux cheveux blonds frisés, qui se haussait sur les pieds et tambourinait des doigts sur les vitres, recommençant sa chanson à mesure qu'elle finissait :
Grand-papa va mourir, J'aurai sa belle tasse bleue Qui est sur la cheminée.
La marchande, le cou tendu, était collée à la vitre, et son regard fixe allait de la fenêtre de la malade au bout de la rue. Je me penchai derrière elle. C'était un prêtre qui débouchait et qui s'avançait
vers la maison de madame L.... apportant l'extrême-onction. Madame Javet eut un sourire qui montra une rangée de petites dents jaunes et déchaussées. Elle marmotta, comme si elle grignotait ses mots : Ma souricière !
L'enfant chantonnait tou-
jours
Giaiiil-[«apa va mourir, J'aurai sa belle la-;e bleue Qui est 'ur la cheminée.
Ao
Le Passeur de Maçuelonne
Le Lez est une jolie rivière avec ses iris jaunes. Suivez-le une heure en sortant de Montpellier, et vous entrerez en un pars étrange. Passé les saules du hameau de Lattes, il n'y a
plus d'arbres, il n'y a plus d'ombre. Ici finit la terre de France. Il se déroule devant vous une lande sans borne toute coupée de flaques d'eau.
Ce ne sont plus, jusqu'à la Méditerranée, que des étangs envahis d'herbes et de steppes marécageuses où le ciel, en se reflétant, laisse tomber de loin en loin un morceau de lapis. Les joncs, les tamaris, les ronces, jettent leurmanteau vert sur les eaux qui fermentent. Les touffes de soude et de varech tachent de longues langues de sable. En ce lézardé par la mer envahissante, semé d'îlots de terre ■brûlée, et propice au mirage comme le Sahara, quelques