S PREMIERE
amour nouveau! Je n'ai pas encore d'amant et n'en prendrai que par intérêt : c'est ignoble ! mais c'est ainsi !
Et vous, chère enfant, quelle nouvelle de bourse ou de cœur ? Avez-vous trouvé un filon? Croyez-moi, presque tous les hommes n'ont bien réellement qu'une valeur d'utilité. Étes-vous toujours aussi remplie d'Octave? Celui-là est au moins un loyal et excellent cœur ; et il offre à l'amour des circonstances atténuantes.
Envoyez-moi quelques notes de l'archet éblouissant de Musard. Cela me rappellera des jours de joyeuses folies, et d'ardentes fêtes, et de radieuses jouissances, jours que
je ne regrette pas d'avoir vécu, que je ne regrette pas de ne plus vivre. — ■ Mon entrée arrive.
Adieu, aimez-moi.
Mathildf.
Marseille, décembre 1S4J.
Je ne veux pas manquer à votre découragement, ma pauvre chère amie. Si vous étiez heureuse, gaie, je serais moins empressée. Mais vous êtes triste, accablée de soucis, je me dois donc à vous.
Hélas! je comprends votre situation, je la sais d'expérience, dans chacune de ses phases, dans la plus mysté-
rieuse de ses douleurs ! Moi aussi j'ai passé par là ! moi aussi j'ai supporté les gênes journalières, les privations silencieuses, les anxiétés résignées, les inquiétudes du lendemain, pour garder un amour en lequel ma folie avait foi, et qui empruntait surtout à mon imagination et à mes propres' délires ses attraits les plus séduisants, ses formes les plus charmantes! L'amour m'a quittée et la misère m'est restée. Ceci m'a été une déception profitable ; car j'ai compris l'ègoïsme des hommes ou leur insuffisance. On ne me reprendra plus aujourd'hui à avoir des transports d'ivresse dans une mansarde, à préférer
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une étoile à un diamant ! à porter des robes d'indienne vertueuses, à négliger d'avoir des bas de soie ! — Bien entendu que je ne parle pas d'Alphonse : son amour a été ma seule réalité vraiment enivrante, vraiment sincère et divine, sans- désenchantement, sans rien qui soit venu faire réfléchir mon esprit ni glacer ma tendresse ! Toute femme, quelque dépravée qu'elle soit devenue, porte en elle, dans un sanctuaire réservé, un nom, tin souvenir, une rêverie, une croyance ! Choses saintes et bénies qu'elle garde en elle, comme des perles au fond des vagues ! qu'elle préserve des souillures et des atteintes