‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 11 sur 25 · DE CHÉCY A ORLÉANS · texte numérisé non relu

DE CHÉCY A ORLÉANS

§ l". — l'entrée du convoi dans ORLÉANS, PAR BATEAUX.

Un dernier effort restait encore à faire, un dernier obstacle à franchir ; ce fut l'œuvre de la journée du 29.

Les bateaux avaient pu, sans être inquiétés, remonter à voiles jusqu'à Chécy.

Le convoi, arrivé au bord du fleuve, le 28 au soir, stationnait vers l'île aux Bourdons, selon le récit des chroniques.

Jeanne, à Chécy avec quelques troupes, protégeait, contre toute tentative des Anglais de Jargeau l'embarquement des vivres et munitions dans les chalands envoyés de la ville.

Que le guet de Saint-Jean-le-Blanc eut été évacué, comme l'affirment Jean Chartier et la Chronique de la Pucellc [[), ou, comme le dit Simon Beaucroix, que les Anglais s'y fussent maintenus pour défendre le passage du fleuve, l'escorte française échelonnée sur le rivage, aux environs du port du Bouchet, tenait en respect toutes les garnisons de la rive gauche.

Ainsi protégé, avec une sage prévoyance, en amont par Jeanne d'Arc et le petit détachement qui l'avait suivie,

(1) Jean Chartier, HisL de Charles VII, édit. 1661, p. 20. — Chronique de la Pacelle, édition Vallet de Viriville, pag. 283.

en aval par le reste de l'armée campée au porl du Bouchet, le transbordement s'opérait sans inquiétude et presque sans danger. \ ^ ^

Les assiégés n'attendaient que le signal pour attaquer la bastille Saint-Loup, selon qu'il avait été convenu à l'avance, afin de paralyser, par cette utile diversion, les efforts que les ennemis, cantonnés dans cette redoute, avaient^ disait-on, l'intention de faire, pour arrêter au passage la flottille qui portait les provisions du convoi.

Les chalands, aux bords peu élevés, chargés à l'île aux Bourdons ou à l'ile aux Bœufs, n'avaient plus ainsi qu'à descendre le courant, dans le bras méridional qu'ils avaient remonté sans obstacle à la voile, les larges îles boisées, de Saint-Loup , qui les séparaient du bras septentrional, les dérobant aux regards des Anglais, auxquels d'ailleurs la « grosse escarmouche des Orléanais devait donner à entendre ailleurs ^i). »

Au débouché de ces deux îles, il était loisible à la flottille de s'engager entre la plage de l'église Saint-Aignan, sur la rive droite, et les îles aux Toiles et des Martinets qui protégeaient les bateaux contre l'artillerie des T(»urelles; d'atteindre, sans trop de difficultés, la Tour- Neuve, qui formait l'angle sud-est des murs de la ville, et de s'abriter en toute sécurité dans les fossés de la porte de Bourgogne, alimentés par les eaux du ilcuve auquel ces fossés venaient aboutir.

Ce plan paraît si clairement indiqué, il ressort si complètement de l'état des lieux à cette époque et de l'ensemble des dispositions militaires constatées dans les récits de l'expédition, qu'on est tenté de s'étonner qu'aucun doute sérieux ait pu s'élever à cet égard.

Aussi de graves historiens : MM. de Barante, Henri

(1) Journal du Siège. — Quicheraf, t IV, pag. 151.

Martin, Lebrun dos Cliarmeltes et M. le président Manlellier, n'ont-ils pas hésité à adn:ieltre, au moins en principe, ce mode d'entrée du convoi dans la ville assiégée.

Mais je ne dois pas laisser ignorer qu'un savant ingénieur, M. JoUois, dans son Histoire du siège d'Orléans, a cru devoir lui substituer une autre hypothèse, que des auteurs également rccommandables : MM. Barthélémy de Beauregard, Wallon, Abel Desjardins, Villiaumé, etc., ont, d'après lui, trop facilement, pcut-ctre, accueillie (1).

Selon M. JoUois, la Loire étant basse alors, les bateaux^ qui avaient pu facilement remonter d'Orléans à vide, eussent manqué d'eau pour dériver à charge. Ils eussent été, de plus, foudroyés au passage par les bastilles de Saint-Jean-le-Blanc et de Saint-Loup.

Sous cette double crainte, dit l'honorable ingénieur, le convoi, au lieu de redescendre le fleuve, dut le traverser vers Chécy ; puis, par les chemins de la rive droite, atteindre le faubourg Saint-Vincent, afin d'échapper à la bastille Saint-Loup, et, se glissant enfin entre les redoutes des assiégeants, pénétrer dans la ville par la porte de Bourgogne.

Cette hypothèse de M. Jollois repose, je suis forcé de le dire, sur de graves inexactitudes.

Pasquerel déclare, il est vrai, que les eaux de la Loire

étaient basses ; mais l'auteur, Orléanais et contemporain, de

la Chronique de V Etablissement de la fête du 8 mai, dit

/| au contraire, on ne l'a pas oublié, que la rivière coulait à

' plein chantier (2). Entre ces deux affirmations opposées,

la question reste au moins indécise.

(1) JoUois, Hislo'we du siège d'Orléans, 1833, p. 74.

(2) « Le dimanche 27 février, dil le Journal du siège, creut la rivière tant et si grandement, jusques aux canonnières des boulevers.

Quanl à l'artillerie de Sainl-Jean-lc-Blanc, cet ouvrage militaire, fùt-il encore au pouvoir de l'ennemi, n'était, d'après le Journal du siège, qu'un simple guet construit par les Anglais vers le 20 avril. En huit jours ils n'avaient pu certainement le rendre bien formidable, et c'est pour ce motif, sans doute, que Jean Chartier, d'accord avec la Chronique de la Pucelle, affirme que, dès l'arrivée des troupes françaises, il avait été évacué par les assiégeants.

Les menaces de la bastille Saint-Loup, bien qu'occupée alors à se défendre elle-même contre l'attaque des Orléanais, étaient assurément plus sérieuses. Mais il ne faut pas oublier que le chenal navigable était sur la rive gauche et que dès lors les chalands, qui descendaient à la rame, se trouvaient préservés de l'artillerie anglaise, par toute rétendue du fleuve et par les îles larges et boisées, de Saint-Loup, qui en occupaient le milieu. C'est ainsi que la veille, ces bateaux avaient pu, au témoignage de Dunois, embarqué sur l'un d'eux, remonter vers Chécy, à vide et à pleines voiles, sans être inquiétés par l'ennemi.

Il faut surtout ne pas perdre de vue qu'au commencement du xv<^ siècle, l'artillerie naissante était encore à ses débuts. Sa construction était aussi imparfaite que son tir mal servi ; un habile pointeur était assez rare pour que l'admiration des contemporains lui donnât, comme au célèbre artilleur des assiégés, Jean le Lorrain, une place et un nom dans l'histoire. Les grosses bombardes de l'époque, reliées par des cercles de fer à des pièces de charpente, faisaient, en réalité, d'après les récits du Journal du siège, beaucoup plus de bruit que de mal.

La descente par bateaux était évidemment le mode le

que les François d'Orléans cuidèrenl fermement que les deux boulevers faiz par les Angloys sur celle rivière au droict deSaincl-Laurent et aussi celluy des Tourelles, fussent tous mynés el aballus... »

moins périlleux de pénétrer dans la place; on ne voit donc pas pour quel motif on eût voulu, de gaieté de cœur, braver le danger de faire passer un gros convoi de voitures et de bétail à travers les redoutes si serrées du blocus, difficulté considérable qui, précisément, avait motivé le choix de la rive gauche pour y conduire l'expédition.

De précieux documents, jusqu'à présent inédits, que j'ai rencontrés en nos archi\es municipales d'Orléans, semblent, au surplus, préciser définitivement de quelle manière et par quelle voie les vivres, partis de Blois le 27 avril, sont entrés dans la ville.

La déplorable mutilation de nos registres de comptes communaux, et particulièrement de ceux si précieux de l'année 14-29, a, par bonheur, épargné un certain nombre de mandements originaux de paiement de cette époque, délivrés par les procureurs de la ville, sous le sceau de la prévôté et le contre-seing de Jehan Cail'y, leur notaire. Or, sur quelques-unes de ces feuilles volantes de parchemin, si heureusement conservées, se trouve précisément inscrit le détail des sommes payées par le receveur des deniers communs, pour le déchargement, le transport, l'emmagasinage et le mesurage des blés venus de Blois^ le 29 avril 1429; et ces titres constatent formellement que les blés éiaient entrés par chalands, dans les fossés de la porte de Bourgogne, alimentés parla Luire.

La question paraît donc souverainement résolue par ces documents officiels.

Le savant abbé Dubois a, le premier, recueilli ces intéressants détails dans nos archives municipales et en a transcrit une notable partie dans le second volume de ses manuscrits. La mort ne lui a pas permis d'en déduire les

conséquences, en rectifiant ses premiers écrits, restés malheureusement inachevés. M. le président Manlcllier les a de nouveau révisés. Je les ai vérifiés et complétés à mon tour avant de les classer en ordre pour les publier ici (1).

Ces mandements, dont sont extraits les articles de paiement ci-après, sont tous datés du 14 oclobre1429.

Ils m'ont paru mériter d'être textuellement reproduits.

V 1" Blé, du 29 avril, amené par bateaux.

« A Jehan Le Camus, pour baillera quatre hommes qui « cowchèrewi au chalan au blé, la nuit que on l'amena : viii « sous parisis.

« A Jchcin Le Camus, pour bailler à certains compaignons « qui apportèrent le blé ihtcliaian à la porte Bourgoigne et « qui aidièrent à charger les voitturèsTxn s! p.

« A Colin Nolet, sergent, et Jehan Caseau,nottaire, pour « leur sallaire d'avoir fait informacion, pour la ville, du blé « emblé (pris) aux chalans : XLiiii s. p. n

2° Louage de greniers, pour recevoir le blé.

« A Gilet Gueret, pour le louaige de son grenier où a « esté mis et distribué partie du blé amené de Blois aux « deux fois, par composition faicte avec lui : lxiiii s. p.

(4) Chacun de ces mandements de paiement, inscrit sur une feuille séparée, comprend une longue strie de créances véiifiées et ordonnancées par les procureurs de la ville pour être acquittées parle receveur des deniers communs.

Ces diverses créances ne sont pas inscrites, en ces mandemenis, selon Tordre chronologique des faits auxquels elles se rapportent, mais, d'ordinaire, à la date de leur vérification.

Il arrive dune souvent que le détail des paiements d'un même acte administr lit se trouve scindé en plusieurs mandements, soit du même jour, soit de dates rapprochées. Il faut les y recueillir, puis les classer méthodiquement, pour connaître IVnsemhle des faits el le total de la dépense.

« A Guiot Boilleve, pour le louaige de son grenier où a « esté mis la plus grant partie du blé de la ville et mesuré : a IIII 1. p. »

3° Portage de ce blé :

« A Jehan le Camus, pour paier deux hommes qui ontai- « dié à porter le blé derrenièrement amené : iifi s. vu « deniers parisis.

« A Jaquet Compaing, pour bailler aux porteurs de la « porte Bourpoigne, pour ce qu'ilz aidièrent à descharger « lesblez qui derrenièrement furent amenez en cette ville : « XYIS. p.

« A Chariot TUillier, pour despence faicte en chargeant « ledit blé à la porte Bourgo'igne, et pour une femme qui « eouzoitles poiches qui estoient despecées : ii s. viii d. p.

« A Guillot Toët, porteur, pour le sallaire de lui et de « xxiiii porteurs qui ont porté le blé delà ville, de la porte « Bourgoigne en grenier, par marchié fait avec eulx : vu 1. « mis. p. »

4" Transport par voitures.

« A Colin Gallier, pour huit voiclures de ses chevaulx et « charrette d'avoir mené de la porte Bourgf^gne en « l'ostel Guiot Boilleve partie du blé de la ville naguières « amenés de Blois : à xvi d. p. la voitture, valent x s. « VIII d. p.

« A Bernart du Puy, voicturier, pour trois arres (1) de « sa voicture à amener ledit blé : iiii s. p.

« A Caseau, pour deux arres de semblable cause : « Il s. VIII d. p.

(1) Arres, arroy. du mot laiin arraiare. hrirnaclur un cli'\al. — Voir Du Cange. Glos&aire. aux mois arraiare, arrayameuturu. arrer.

« A Jehan Le Camus, pour bailler au varlet de Sainl- « Marc pour trois arres, pour semblable cause : un s. p. »

5^ Contrôle du transport :

« A Raoulet de Recourt, pour despense faite par lui, « Fouqucl Rose et autres, qui tailloient {marquaient sur « des tailles) les arres duditblé au long des rues, un s. p. »

6" Mesurage du blé, dans les greniers :

« A Pierre Novion, pour son sallaire de douze journées « qu'il a vacquées à mesurer le blé de la ville, à nn s. p. « par jour, valent : XLvni s. p.

« A Jehan Cailly, notaire, pour plusieurs journées « d'avoir vacqué à mesurer le blé, etc. vi 1. p.

« A Guiot Boilleve, pour despense faicte en son hostel « quand on mesura le blé, par Jehan Marchoasne, Jehan « Martin, Cailly et autres : nn s. p. (1). »

/ A côté de ces précieux renseignements sur l'entrée \/par bateaux du convoi du 29 avril, un détail inattendu est tombé sous mes yeux, lequel, malgré sa brièveté et bien que se rattachant au convoi du 4 mai, c'est-à-dire à des faits postérieurs à ceux qui concernent cette élude, m'a paru mériter d'être particulièrement signalé.

Dans l'un de ces mandements de paiement du 14 octobre l'^29, on lit renonciation suivante :

« Item payé à Jehan de la Rue pour despense faicte « en son hostel par les nottoniers [bateliers] qui ame- « nèrent les blés qui furent amenés de Biais le ini^ jour « de may : xni livres xni s. p. »

Ce texte est formel, et le chiffre relativement élevé de la dépense montre que les nottoniers qui transportè-

(1) Mandements de paiement du 14 octobre 1429. — Archives municipales d'Orléans.

rent les blés amenés le 4 mai étaient en grand nombre,' et conséquemmentque l'arrivage était considérable.

On a pu déjà remarquer, dans un des paiements cidessus reproduits, que Gilet Guéret avait loué son grenier pour y mettre partie du blé amené de Blois aux deux fois.

Or, on avait regardé comme certain, jusqu'ici, que le second convoi, amené de Blois à Orléans sous le commandement de Dunois, le 4 mai l^SO, était entré en ville en suivant la voie de terre, à travers les bastilles de la rive droite.

La note inscrite dans les comptes publics, et dont l'aflirmation si précise ne peut admettre d'équivoque, tendrait à prouver, au contraire, que, le 4 mai, de même que le 29 avril, les blés descendirent encore par la Loire.'

'jC Ce fait curieux, et jusqu'à présent inconnu, fournirait au besoin une preuve nouvelle du complet investissement de la ville, puisque le 4 mai au matin (l'attaque et la prise de la bastille Saint-Loup n'ayant eu lieu que le soir) (1), Dunois, lui-même, marebant à la tête d'un corps de troupes considérables, accompagné du maréchal de Raiz, du maréchal de Sainte-Sévère, etc., et secondé par une sortie de cinq cents hommes de la garnison commandés par La Ilire, Villars, Florent d'Illiers et la Pucelle (2), n'aurait pas osé faire passer à travers les redoutes ennemies le convoi de b!é qu'il amenait de Blois et l'aurait expédié par le fleuve.

S'il était vrai, comme le veulent quelques historiens, qu'au nord-est de la place et à l'entrée de la forêt, précisément au point par où Dunois arrivait avec ses capitaines et ses hommes d'armes, une large trouée de prés

(1) Journal du siège, et lettre de Charles VII aux habitants de Narbonne. — Quieherat, t. IV, p. 156, et t. V, p. 101.

(2) Journal du siège. — Ibid.

(le quatre kilomètres fût demeurée ouverte et inoccupée par l'ennemi, il faut reconnaître que le Bâtard si bien accompagné de généraux et de soldats, et si bien soutenu par la Pucelle, n'osant faire entrer son convoi de blé par cette béante ouverture et préférant le confier aux basards du fleuve, aurait fait preuve d'une timidité qu'on n'est pas accoutumé de rencontrer en lui.

C'était au contraire une sage et prudente prévoyance, si, comme tout l'indique, le blocus était devenu complet par la construction de la bastille de Fleury.

Une autre observation pourrait ressortir encore du fait constaté par les comptes de ville. La première attaque de la bastille Saint-Loup avait été, le 29 avril, concertée à v l'avance, pour favoriser, par une utile diversion, la descente [de la flottille cbargée de vivres. Les blés du second convoi ayant, paraît-il, descendu aussi par le fleuve, la nouvelle attaque du 4 mai qui débuta par un échec, puis, grâce à l'intervention de la Pucelle, devint la première de ses victoires, n'aurait-elle pas eu, cette fois encore, pour but primitif, une simple diversion destinée à faciliter, comme au 29 avril, le passage de ce second convoi ?

Je me borne à ce rapide aperçu d'une question étrangère, je le répète, à l'objet de cette étude, et dont l'examen approfondi m'entraînerait hors du cadre que je me suis tracé.

§ 2. — JEANNE d'arc A CHÉCY. — SON KNTRKK A ORLEANS.

Les promesses de Jeanne s'accomplissaient à la lettre. Elle avait dit à Poitiers : « Nous mettrons les vivres dedans Orléans, à notre aise, et il n'y aura Angloys qui fasse

— (il —

semblant de l'empescher (1). » Et, selon qu'elle l'avait annoncé, un convoi considérable venait de franchir, sous les yeux de l'ennemi, la chaîne de forteresses dont il croyait avoir scellé les derniers anneaux.

Les assiégés renaissaient à l'espérance; ce succès inattendu était pour eux comme l'aurore du salut. Ils appelaient de leurs prières et de leurs vœux la libératrice envoyée du ciel.

Jeanne, non moins impatiente d'achever l'œuvre que lui avaient confiée ses voix, comptait, pour les combats qu'elle allait soutenir, sur la petite armée dont elle avait épuré les mœurs.

Aussi, lorsque les chefs de l'escorte, jugeant leur tâche accomplie par l'entrée du convoi dans la ville, donnèrent h leurs troupes l'ordre du retour à Blois, Jeanne se mon- Ira-t-elle «émue et courrouchiée, » racontent les chroniques.

Elle ne voulait pas se séparer de ces hommes qui, sur ses vives instances, avaient mis ordre à leur conscience {in bono statu) et s'étaient rendus dignes d'accomplir les desseins de Dieu sur la France. Avec eux, disait-elle, elle ne craignait rien de la puissance des Anglais ; — sans eux, elle refusait d'entrer dans la ville.

Mais les ordres étaient formels. Les conseillers du roi, dans leur circonspection, souvent excessive, ne voulaient rien tenter pour la levée du siège, avant d'avoir réuni des forces imposantes (2).

(1) Chronique de la Pucelle, publiée par M. Valletde Virivillc. — Chap. 42, pag. 278

(2) On lit dans plusieurs historiens njodernes que le retour de l'.irniée à B'ois avait pour but d'y trouver un pont qui lui permît Je traverser la Loire , les ponts d'Orléans, de Meuug, de Beaugency et de Jargeau étant au pouvoir de l'ennemi. Cette explication semble, il faut l'avouer, assez peu vraisemblable. Sil'escorle française eut réel-

Le Bâtard s'interposa entre Jeanne et les chefs. Il la conjura de ne pas résister aux vœux des habitants qui la demandaient avec tant d'ardeur, et fit promettre aux capitaines de revenir immédiatement, avec un second convoi.

Jeanne se rendit enfin à ces instances. Après avoir obtenu que les prêtres et son aumônier Pasquerel retournassent avec l'armée jusqu'à Blois, elle entra dans une barque avec Dunois, La Hire, ses deux frères, etc., et suivie d'une escorte d'environ deux cents lances, elle traversa la Loire et aborda à Cbécy.

Des bourgeois d'Orléans, des capitaines, des hommes d'armes l'y avaient déjà précédée.

«... Au-devant d'elle, alla jusques au village de Chécy, « dit le Journal du siège, le Baslart d'Orléans, et autres « chevaliers, escuyers et gens de guerre, tant d'Orléans « comme d'autre part, moult joyeulx de la venue d'elle, « qui tous luy feirent grant révérence et belle chière et si « feist-elle àeulx.... et aussy des bourgoys d'Orléans qui « luy estoyent allez au devant... (1). »

La route pourtant n'était pas sans danger. Les garnisons des bastilles de Saint-Loup et de Fleury faisaient dans la campagne de fréquentes excursions, et destroussaient sans pitié les vignerons, les marchands et laboureurs qu'elles rencontraient désarmés (2).

lemenl voulu traverser la Loire près dOrli^ans, il lui eût suEQ, pour effectuer ce passage à Chécy, d'installer quelques bateaux, en va-etvient, sur les deux bras du fleuve.

La petite aru)ée qui escortait le convoi n'avait vraisemblablement pour mission que de le protéger jusqu'à son entrée dans la ville. Ce but atteint, elle retournait à Blois pour y recevoir de nouveaux ordres.

(1) Journal du siège. — Quicherat, t. IV, p. 152.

(2) /6id.,pag. 136 et 149.

Messeigneurs, qui vouldra venir Droit à Checy, nous y allons : Mes aussi, pour vous advenir, A Saint-Loup les Aiiglois y sont, Et ung grant bouloart y ont.

Dangier y est, comme je croy, Pour y passer, ne le ferons.

Mais yrons passer à Semoy (1) :

fait-on dire au Bâtard lui-même, dans le Mystère du siège d'Orléans (vers 11,616, page 453).

Mais nul obstacle ne pouvait arrêter l'élan qui entraînait les populations vers la Pucelle.

En touchant le sol de Chécy, commune fort considérable alors (2), la première pensée de Jeanne, selon sa pieuse habitude (3), fut, sans doute, d'aller se prosterner au pied des vénérables sanctuaires consacrés, en cette paroisse, par le souvenir de saint Germain d'Auxerre et de saint Louis.

A quelque distance et au nord-est des deux églises, existait, à Chécy, un antique manoir dont les seigneurs comptaient, dès le xii* siècle, parmi les chevaliers qui relevaient du roi par son Chàtelet d'Orléans i^t).

Deux notables Orléanais l'habitaient en 1429 : Guy de Cailly, dont un des proches, Jehan Gailly, a son nom inscrit

(1) Semo5', commune à cinq kilom. N.-E. d'Orléans.

Voir, sur le trajet par Semoy, la note XllI, page 97, aux Notes et éclaircissements.

(2) Voir, sur la commune de Chécy et ses deux églises, la note XIV, page 98, aux Notes et éclaircissements.

(3) Déposition de Jean d'Aulon. — Quicherat, t. III, page 218.

(4) Dès le xu' siècle, Hervé de Reuilly {Herveus de Rxiello) figure dans le cartulaire de Philippe Auguste au nombre des seigneurs qui, à Chécy, « tenaient du Roi, à cause de son Chastelet d'Orléans. > {Manuscrits d'Hubert a la Bibliothèque d'Orléans, t. I", p. 101 )

à toutes les pages des comptes municipaux de cette époque, cl Robin Boillève, frère de Guiol Buiilève, un des douze procureurs de la ville (1).

Là s'étaient réunis tous ceux qui, d'Orléans, accouraient au-devant de la Pucelle, « pour lui faire grande révérence et belle cbière, » suivant la naïve expression des chroniques, et ?e concerter avec elle sur son entrée dans la ville.

Jeanne, après tant d'épreuves, atteignait donc enfin le but do ses désirs : elle touchait aux portes d'Orléans ; elle allait passer, la tête haute, entre les redoutes ennemies, à cheval, la visière levée, sa bannière fièrement portée devant elle, bravant non-seulement les Anglais de la bastille Saint-Loup, mais ceux de Fleury et de Saint-Pouair qui voudraient leur venir en aide.

Les capitaines obtinrent toutefois de Jeanne qu'on attendrait la fin du jour pour se mettre en marche, afin, lui dirent-ils, d'éviter l'encombrement du peuple, à son entrée dans la ville; sans doute, aussi, par une sage mesure de prudence.

« ... Et là, conclurent tous ensemble qu'elle n'entrcroil ^< dcilans Orléans jusques à la nuict, pour éviter le tumulte « du peuple, et que le mareschal de Rays, et messire « Ambroys de Loré, qui, par le commandement du roy, « l'avoient conduicte jusques là, s'en retourneroyent à « Bloys, où estoient demourez plusieurs seigneurs et gens « de guerre Françoys : ce qui fut laict (2)... »

Un grave magistrat, Charles du Lis, avocat général à la cour des aides, nous a transmis, sur ce séjour de Jeanne

(1) Titres parliculiers du domaine de Reuilly.

(2) Journal du siège. — Qiiicherat, t. IV, p. 152.

d'Arc à Chécy, d'intéressants détails, appuyés sur des documents qui ne sauraient être contestés.

Ciiarles du Lis était neveu au cinquième degré de la Pucelle. Il descendait directement de Pierre d'Arc ou du Lis, frère puîné de l'héroïne, auquel le duc d'Orléans fit, en1M3, donation, en usufruit, de VIsle-cmx-Bœufs ; et, comme s'il eût voulu retremper son nom aux sources de son illustration première, Charles du Lis avait pris pour épouse Catherine de Cailly, arrière-petite-fille de Guy de Cailly, qui, le 29 avril 1429, eut l'heureuse fortune de recevoir, sous son toit, la libératrice de la France (1).

Charles du Lis consacra les longues études d'une vie laborieuse et honorée aux souvenirs qu'il était fier de perpétuer. Mieux que personne, il put recueillir, en ses traditions et ses titres de famille, des renseignements précieux (2).

Dans son Traité sommaire, tant du nom et des armes

[l) Gattierine de Cailly était sœur de Jacques de Cailly, seigneur de Reuilly et de la Molte-Chécy, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi, père du chevalier de Cailly. l'aimable et gracieux poète du xvii" siècle, plus connu, dans le monde littéraire, sous le pseudonyme de chevalier d'Aceilly.

Voir, sur la famille de Cailly, la note XV, page 99, aux Notes et éclaircissements.

(•2j « ... Ou peut mettre les écrits de Charles du Lis au rang des « plus instructifs et des plus précieux pour lliistoire de la Pucelle. « Les renseignements qu'il a reunis sont d'un ordre sérieux, positifs « et puisés, pour la plupart, aux sources les plus respectables et les « plus pures. La manière dont l'auteur les met en œuvre atteste de « sa part un esprit droit, méthodique, éclairé, animé d'un amour sin-

« Gère de la vérité » (Notice sur Charles du Lis et ses écrits, par

M. Vallet de Viriville, professeur à l'Ecole des Chartes. — Paris, Aubry, 1856.)

que de la naissance et parenté de la Pucelte d'Orléans et de ses frères, publié en 1628, sous les auspices et presque avec le concours de l'illustre auteur des Recherches de la France, son commensal et son ami (1), il s'exprime ainsi qu'il suit :

«... Quand, par l'inspiration de Dieu, la Pucelle vint « pour faire lever le siège d'Orléans, elle arriva pre- « mièrement au village de Cliécy sur Loire, distant de « deux lieues de ladite ville, où elle fut logée au fort, qui « estoit lors en la terre de Reuilly, qui est le premier et « le plus ancien fief de la paroisse dudit Chécy, le sei- « gneur duquel lieu, nommé Guy de Cailly, fut tellement ^< espris des vertus célestes de la dite Pucelle, qu'il « s'adonna du tout à la suivre et servir en toutes les sail- « lies, assauts et combats qu'elle fit, jusques au der- « nier... (2).

« Ce qui fut cause que ladite Pucelle, peu de temps « après, en juin 1429, fit donner des lettres de confir- « mation de l'ancien annoblissement audit Guy de Cailly, ,'( avec permission de porter pour armes.... trois têtes de « chérubins ailées et barbelées de gueulles en champ « d'argent, comme elles se trouvent dès le mesme temps « peintes, gravées et conservées jusques aujourd'huy (3). . . »

Ces lettres-patentes, données par Charles VII en faveur de Guy de Cailly et datées de Sully-sur-Loire, en juin

(1) Lettres d'Eslienne Fasquier à Charles du Lys et à Catherine de Cailly. — Œuvres d'Est. Pasquier, t. Il, p. 643, 667, etc.

^2) Traité sommaire tant, du nom, etc., que de la naissance el parenté de la Pucelle... parCh. du Lis, in-4*. Paris 1628, p. 50 et 51, — et p. 90 et 91 de la nouvelle édition, avec notice sur Ch. du Lis, par M. Vallet de Viriville. Paris, Aubry, 1856.

(3) Ces armes, en effet, ont toujours été celles des diverses branches de la famille de Cailly.

1459, ont été publiées par M. Quicherat dans son savant recueil. On y lit :

« ... Informé des loyaux services dudit Guy de Cailly, « et sachant qu'il a favorisé de tout son pouvoir le zèle a de ladite Jeanne à notre égard, en l'accueillant en son a château de Reuilly, près Chécy, avant qu'elle n'entrât « dans Orléans... En considération, d'ailleurs, des autres « bons et nombreux services qu'il nous a rendus dans le « passé et promet de nous rendre à l'avenir, nous lui con- « ferons la noblesse, à lui et à ses descendants, et lui « accordons de porter pour armes : d'azur rehaussé « d'argent, à trois têtes de chérubins, ailées et barbe- « lées de couleur flamboyante, qui est d'or ombré de « gueules (i)... »

Les faits recueillis par Charles du Lis, confirmés, dès l'origine, par l'assentiment de l'illustre Estienne Pasquier (2), ont été acceptés et reproduits par Mathieu de Goussancourt (3), Lebrun des Charmettes (4-), l'abbé Dubois (5), Vergnaud-Romagnési (6)^ Lottin (7), et tout récemment par M. le président Mantellier, aujourd'hui membre correspondant de l'Institut, dans son érudit et substantiel ouvrage (8).

(1) Quieherat, t. V, p. 342 et suiv. — Voir, aux pièces justificatives, D, page 107, le texte latin de ce passage des lettres-patentes.

(2) Œuvres d'Estienne Pasquier, t. II, p. 643.

(3) Mathieu de Goussancourt : Marlijrologe des chevaliers de Saint' Jean de Jérusalem.

(4) Lebrun des Charmettes : Histoire de Jeanne d Arc, t. II, p. 17.

(5) Manuscrits de l'abbé Dubois à la Bibliothèque dOrléans.

(6) Vergnaud-Romagnési : Histoire de la ville d'Orléans, p. 628.

(7) Lottin : Recharches historiques sur la ville d'Orléans, t. I", p. 229.

(8) Slantellier : Histoire dti siège d'Orléans, page 86.

D'après ces graves témoignages dont aucun document historique n'a, jusqu'à ce jour, infirmé l'autorité, ce serait donc du vieux manoir de Reuilly que, le vendredi 29 avril lAîlQ, Jeanne, à cheval, armée de toutes pièces, accompagnée du Bâtard d'Orléans, du maréchal de Boussac, des capitaines, des bourgeois et de ses frères, serait partie, vers six heures du soir, pour entrer à Orléans par le faubourg de Bourgogne. Confiante en sa mission et en Dieu, elle passait ainsi hardiment au pied de la forte bastille de Saint-Loup, tandis que les Anglais, frappés d'une terreur secrète^ restaient immobiles en leurs remparts, sans rien oser, pour répondre à ce fier défi.

Le fidèle tableau de l'entrée de Jeanne d'Arc en nos murs nous a été retracé par le Journal du siège, en des termes simples et émus, que je craindrais d'affaiblir en y changeant un seul mot :

«... Ainsi, comme à huyct heures au soir, malgré tous les Angloys qui oncques n'y mirent empeschement aucun, elle y entra armée de toutes pièces, montée sur ung cheval blanc; et faisoit porter devant elle son estandart, qui estoit pareillement blanc, ouquel avoit deux anges tenans chacun une fleur de Hz en leur main; et ou panon estoit paincte comme une Annonciacion (c'est l'image de Noslre-Dame, ayant devant elle ung ange luy présentant un liz).

« Elle ainsi entrant dedans Orléans, avoit à son comté senesire le Baslarl tV Orléans, armé et monté moult richement. Et aprez, venoyent plusieurs autres nobles et vaillans seigneurs, escuyers, cappitaines et gens de guerre... et aussy des bourgoys d'Orléans qui luy estoient allez au-devant. D'autre part la vindrcnt recevoir les autres gens de guerre, bourgoys et bourgoyses

« d'Orléans, portant grand nombre de torches et faisant « autel joye comme se ilz veissent Dieu descendre entre « eulx, et non sans cause, car ilz avoient plusieurs en- « nuys, travaux et peines, et qui pis est grant double de « non estre secouruz, et perdre tous corps et biens. Mais « ilz se sentoyent jà tous reconfortez, et comme désas- « siégez, par la vertu divine qu'on leur avoit dit estre « en ceste simple Pucelle, qu'ilz regardoient moult affec- « tueusement, tant hommes, femmes que petits enfants. « Et y avoit moult merveilleuse presse à toucher à elle, « ou au cheval sur quoy elle estoit, tellement que « l'un de ceulx qui portoienl les torches s'approucha tant « de son estandart que le feu se print au panon. Pour- « quoi elle frappa son cheval des espérons, et le tourna « autant gentement jusques au panon, dont elle en estan- « gnit le feu, comme se elle eust longuement suyvy les « guerres ; ce que les gens d'armes tindrent à grans mer- « veilles, et les bourgoys de Orléans aussi; lesquelz l'ac- « compaignèrent au long de leur ville et cité, faisant « moult grant cliière, et par très grant honneur la con- « duisrent tous jusques auprez de la porte Regnart, en « l'hostel de Jacques Boucher, pour lors thrésorier du (( duc d'Orléans (1), où elle fut reçeue à très grant joye, « avecques ses deux frères, et les deux genlilzhommes et « leur varlet, qui estoient venuz avecques eulx du pays « de Barroys (2)... »

J'avais dessein de terminer ici le récit de la glorieuse expédition que je me suis proposé d'étudier ; mais, en cette page d'un intérêt si touchant, je ne puis passer sous silence

(1) Voir, sur le trésorier général Jacques Boucher, la note XYI, page 101, — et les pièces justificatives H et L, pages 108 et 109.

(2) Journal du siège. — Quicherat, t. IV, p. 152 et 153.

un détail que je n'ai vu signalé nulle part, et qui, tout minime qu'il paraisse, peint au vif, dans leur inconsciente naïveté, les sentiments des populations d'alors envers l'héroïque jeune fille pour laquelle battaient tous les cœurs.

« ... Elle ainsi, » venons-nous de lire au Journal du siège, « entrant dedans Orléans, avoit à son cousté senestre « le Bastart d'Orléans, armé et monté moult richement. « Et aprez venoyent plusieurs autres nobles et vaillants « seigneurs, escuyers, cappitaines, etc., etc. »

Les choses, ce me semble, n'ont pas dû tout à l'ait se passer comme les raconte le chroniqueur Orléanais.

Le Bâtard d'Orléans, lieutenant général du roi pour le fait de la guerre, frère et représentant du prince apanagiste(l), moult richement armé et monté, escorté d'environ deux cents lances, suivi vraisemblablement des canons amenés de Blois, s'était bien certainement, comme l'exigeaient son rang personnel et son commandement militaire, mis à la tête du cortège, et, par une flatteuse distinction, il avait placé Jeanne d'Arc à sa droite.

Les nobles et vaillants seigneurs, escwjers et cappitaines ne venaient qu'après eux.

Mais tel était le prestige qui déjà s'attachait à la Pucelle que, par une sorte de mirage intellectuel, l'imagination populaire absorbait instinctivement le chef lui-même et le héros du siège dans le rayonnement de la vierge de Domremy.

.leanne, pour celte foule émue, n'est donc pas à la

(1) Le Bâtard d Orléans recevait, à l'époque du siège, du duc Charles d'Orléans son frère, une pension annuelle de mille livres tournois, Fomme considérable pour le temps. — Voir pièce justificative E, page 108.

droite du Bâtard ; c'est le Bâtard qui est à la gauche (an cousté senestre) de Jeanne ; c'est Jeanne seule que le peuple voit à la tète du cortège, elle que le Bâtard accompagne, elle que suivent les seigneurs, capitaines et gens de guerre; le lieutenant-général du roi n'est plus, aux yeux de tous, que l'humble lieutenant de la libératrice envoyée du ciel.

Ce curieux déplacement des rangs et des personnes est si fortement gravé dans la pensée, qu'il vient naïvement se retracer sous la plume du narrateur.

Cette transformation delà réalité des choses, dans l'esprit des populations, n'est pas, d'ailleurs, un fait unique et isolé; j'en pourrais citer de nombreux exemples.

Ainsi, bien qu'en <:ette expédition, la Pucelle n'eût réellement aucun commandement effectif, l'auteur de la Chronique de V établissement de la fêle du 8 mai n'hésite pas à écrire: «... fut baillé à ladicte Jehanne, Mgr de Raiz, mareschal de France et plusieurs autres capitaines... »

Eberhard de Windecken dit à son tour : « La Pucelle partit avec sa bannière, conduisant avec elle le maréchal de Boussac, le sire de Gaucourt, le sire de Raiz, » etc.

Et le 0 mai 14-29, Guillaume Giraut, notaire au Châte- \ let d'Orléans, écrivait de sa main, pour ses souvenirs per- ' sonnels, sur son registre de minutes : :

« Le samedi après l'Ascension, par miracle le plus [ '-K « évident qui eust été apparent puis la passion de Nostre- « Seigneur , fut levé le siège que lesditz Anglois avoient « mis es thorelles du bout du pont d'Orléans »

Ces révélations instinctives des sentiments populaires, ces formules parfois excessives d'une enthousiaste gratitude, méritent d'être signalées et recueillies.

Elles constatent, mieux que ne le feraient de longs discours, un fait sans exemple dans l'histoire : le merveilleux prestige qui s'attachait à une jeune paysanne de dix-sept ans, sous l'unique influence de sa vertu, de son patriotisme et de sa foi ; l'éblouissante auréole dont semblait resplendir son front virginal, au point de fasciner les regards; l'action providentielle de cette pure et noble enfant sur les faits, les hommes et les idées de son temps.

CONCLUSIOiN.

J'achève ici la tâche que je m'étais imposée.

J'avais cru rencontrer, en des écrits très-recommandables d'ailleurs, quelques inexactitudes d'ensemble et de détail, dans le récit de la première expédition delà Pucelle.

Sans manquer à la juste déférence due à des travaux dignes de reconnaissance et de respect, j'ai cru pouvoir déduire d'un examen attentif, appuyé de documents nouveaux, des appréciations différentes en quelques points de celles émises par leurs honorables auteurs.

J'ai pu me tromper, à mon tour; l'amour de la vérité, qui m'a seul guidé au cours de cette étude, sera, du moins, mon excuse.

En ces recherches, qui n'ont pas été saris labeur, j'ai été heureux de retrouver, à chaque pas, l'irrécusable et glorieux témoignage de la généreuse abnégation des Orléanais, nos pères, de leur admirable dévouement aux grands intérêts du pays, de leur modeste et inépuisable munificence.

Si la Providence a daigné susciter, en leur faveur, la merveilleuse intervention qui restera l'éternel honneur de notre cité et le prodige de l'histoire, on peut dire, au moins, que par leur patriotisme et leur courage, ils avaient su mériter ce bienfait.

Ce n'est pas non plus sans quelque satisfaction que j'ai pu rattacher par des liens plus étroits, à l'immortel épisode de Jeanne d'Arc, le nom d'une commune rurale où vivent pour moi de chers et inaltérables souvenirs.

J'ai aimé à rappeler aux laborieux cultivateurs, au miheu desquels j'ai passé ma vie, que sous un toit de leur antique paroisse, Jeanne reçut les premiers hommages de la noble cité qu'elle venait affranchir; que dans leur belle et vénérable église, agenouillée, pour la première fois, au pied d'un autel Orléanais, elle y versa, sur la patrie en danger, ses prières et ses larmes (1).

Notre vieux sol de France est si profondement imprégné de gloire et d'honneur, qu'il n'est pas un simple village qui n'ait sa modeste couronne de récits dignes (le mémoire, pas un monument oublié qui, religieusement interrogé, ne redise l'echo lointain de pieux ou patriotiques souvenirs.

,1) Voir la pièce juslificalive M, page 110.

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