‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 10 sur 25 · AS · texte numérisé non relu

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populalions tenues envers le souverain au service de la yucrrc, s'acquiltaienl de celle redevance féodale, sous les insignes religieux de la paroisse ou de la communauté. Le pieux caractère que Jeanne imprimait à son escorte, ses exhortations et ses exemples tendaient donc à relever le cœur des soldats, sans toutefois heurter les mœurs de l'époque.

Le soir de la première journée, on coucha dehors en pleine campagne, .leanne, avec cette virginale pudeur ({iii créait autour d'elle comme une atmosphère de décence et de respect, seule, au milieu de ces gens de guerre, ne voulut pas quitter son armure de fer.

Elle en eut le corp meurtri, dit son page Louis de Contes (':;, et toutefois le lendemain matin, ajoule-t-il, elle communia en présence de l'armée. Plusieurs soldats, paraît-il, suivirent, dés ce moment, son exemple.

Dans raprî:-midi du second jour, le jeudi 2(S avril, un

y arriva près d'Orléans : Jeanne, des hauteurs d'Olivet, put

apercevoir la ville, ohjet de sa mission spéciale et de

ses ardent3S préoccupations, où depuis longtemps, elle

le savait, les cœurs et les mains se tendaient vers elle.

La petite armée descendit alors du coteau pour se rapprocher de la Loire, et, selon la déclaralion du Bâtard, elle s'arrêta entre Sainl-Jean-le-Blanc et le port du notischct (2) ,' tandis que les chariots et le hétail continuaient leur marche, une lieue plus loin, vers les îles de Chécy.

Les assiégés avaient été prévenus par le mess.iger de ,y la reine de Sicile, JeiUL Lan"luis, houraeois d'Anucrs, -^ d'expédier des bateaux à Chécy, afin d'y recevoir les provisions de toute sorte qui leur étaient amenées. Pour

(1) Dcpoiitton deL. de Contes. — Qiiicherat, l. III, p. 67.

(2) Voir la pièce juslilicative B. page 106.

une cause aujourd'hui peu connue, peut-être uniquement par suite des vents contraires qui ne leur avaient pas permis de remonter à la voile, ces bateaux se Irouvaienl en retard.

Les sentinelles, qui, nuit et jour, faisaient le guet aux tours de Saint-Paul et de Saint-Pierre-Empont, avaient à peine signalé l'arrivée du convoi, que le Bâtard d'Orléans, accompagné de Thibaut de Termes et de quelques autres capitaines, se jeta dans une barque , traversa la Loire et vint, au port du Bouchet, se concerter avec les chefs de l'expédition.

Le vent continuait à souffler d'amont.

Jeanne, impatiente d'entrer dans la ville, voulait, avec le peu de bateaux qu'on eût pu se procurer, forcer le passage du fleuve, comme elle le fit victorieusement, le 7 mai, pour attaquer les Tourelles ; mais ces jours d'enthousiasme et de victoire n'étaient pas encore venus.

Les généraux et Dunois lui-même, ainsi qu'il le déclara plus tard dans sa déposition (1), ne se crurent pas en force suffisante pour celte hardie manœuvre; ils ne voulurent pas, si près d'atteindre le but, risquer, en un échec possible, le sort d'une expédition jusqu'à ce moment préservée de tout revers, et ne jugèrent pas devoir se départir du plan arrêté en conseil.

Jeanne, s'approchant alors du lieutenant général : « Est-ce donc vous qui êtes le Bâtard d'Orléans? lu; dit- « elle.

« — Moi-même, et bien heureux de votre arrivée.

^< — Est-ce vous qui avez donné conseil de nous faire « venir par ce côté de la rivière, au lieu d'aller direcv< tement où sont Talbot et les Anglais?

,1) Déposition de Danois. — Quieherat, t. IV, p. 3 et suiv.

— « Moi sans doute, mais de plus sages que moi ont « également émis cet avis, croyant la route que vous avez « suivie meilleure et moins périlleuse.

— « En nom Dieu, répliqua Jeanne, le conseil de « Dieu Notre Seigneur est plus sage et plus sûr que le a vôtre. Vous avez cru me tromper » (en me disant que sur cette rive gauche de la Loire il y avait moins de difficultés que sur l'autre), « et vous vous êtes trompé « vous-même ; car voici que je vous apporte le meilleur « secours que ville ou chevalier puisse obtenir, le secours « du Roi des cieux, qui, non pour l'amour de moi, mais « par sa volonté seule, à la prière de saint Louis et de « saint Charlemagne, a eu pitié d'Orléans, et n'a pas « \oulu souffrir que les ennemis eussent à la fois le « corps du duc et sa ville (1). »

Et tout aussitôt, comme si le ciel eut voulu justifier la confiance de cette pieuse jeune fille, le vent, dont la direction était contraire et retenait les bateaux inactifs, changea subitement, dit Dunois, et permit de tendre les voiles et de se diriger vers Chécy. Le Bâtard les voyant passer, enrra dans l'un d'eux avec Nicolas de Geresme, grand prieur de France en l'ordre de Rhodes , et, selon sa déposition, ce convoi de chalands vides put remonter à voiles par-delà l'église Saint-Loup, malgré les Anglais (2).

Le changement subit de la direction du vent fit, sur les personnes présentes à celte scène, une impression profonde qu'on retrouve mentionnée en toutes les chroniques et dans les principaux témoignages de l'enquête. Le départ des bateaux pour Chécy mit fin aux inquiétudes que leur retard avait suscitées d'abord.

(1) Dépoî-Uion de Dunois. — Quicherat, IM, p. 4 et suiv.

(2) Ibidem, p. 6. — Voir, sur ce point, la rectification proposée au texte de la déposition de Dunois, note XII, page 95.

Jeanne, à son tour, accompagnée de quelques chefs et d'une partie de l'escorte, remonta le fleuve en suivant lo littoral, et, comme dit le Journal du siàye : « feirent tant « que ilz vindrent jnsques à ung villaige nommé Chécy, « là où ilz geurent la nuict ensuyvant... >

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