‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 13 sur 25 · LA BASTILLE DE FLEURY · texte numérisé non relu

LA BASTILLE DE FLEURY

Lorsque, sortant d'Orléans par le côté nord est, on remonte le faubourg Saint-Vincent jusqu'à la Croix-de-Fleury, on voit à ce point le chemin se bifurquer en deux directions divergentes : à droite, la route de Chanteau ou pavé de Saint-Marc; à gauche, celle de Sainl- Lyé ou de Neuville, ancienne route de Paris par Saclas.

(1) Voir, au plan ci-annexé, la bastille de Fleury u' 12 et sa légende.

Entre ces deux voies principales, un chemin vicinal intermédiaire conduisant, comme les deux autres, k la forêt, continue l'axe du faubourg. 11 est connu, de temps immémorial, sous le nom de rue des Fossés.

A un kilomètre et demi au-delà de la Croix-de-Fleury (trois kilomètres environ d'Orléans), cette rue franchit un petit coteau qui court de l'est à l'ouest, puis, sur le versant septentrional, elle traverse une ruelle étroite dite rue de IHermilage.

\ cinquante mètres plus loin encore, en un terrain déprimé, au revers du coteau, la rue des Fossés coupe, à angle droit, une énorme tranchée de 34 mètres d'ouverture à la crêle, sur 15 mètres de largeur au fond, et 4 mètres et demi de profondeur. Cette tranchée, toujours à sec et parfaitement rectiligne, me.sure 403 mètres de longueur (163 à l'est de la rue, 240 à l'ouest). Des taillis, entremêlés d« beaux et vieux chênes, recouvrent en partie le fond et les pentes. Elle se prolonge, à l'occident, jusquà une faible distance de l'église de Fleury et d^ la route de Sainl-Lyé; à l'orient, elle vient aboutir à une enceinte quadrilatérale dont la sépare une chaussée de 7 mètres de largeur.

Les fossés dont est enclos ce quadrilatère un peu irrégulier, d'une contenance de 1 hectare 25 ares ou à peu près, ont 7 mètres et demi d'ouverture sur 2 mètres et demi de profondeur. Leur longueur, prise au dehors, est de 11b mètres au levant, 106 au couchant, 131 au nord, 100 au midi ; vers le milieu du côlé sud, une petite chaussée transversale permet de communiquer avec la rue de l'Hermitage.

A l'intérieur, et à l'angle nord-ouest du quadrilatère, une seconde enceinte, complèltmeut indépendante de la première, qui l'enveloppe de toutes parts, quadrangulaire et entourée de fossés comme elle, enferme un terre-plein exhaussé de 2 mètres 30 au-dessus du sol environnant, et d'une étendue, entre fossés, de 33 à 34 mètres de l'est à l'ouest, sur 24 du nord au sud. Ce mamelon intérieur communique, lui aussi, avec le grand quadrilatère, par une petite chaussée jetée en travers de la tranchée méridionale, et très-distincte encore, malgré le nivellement des terrains.

Les fossés de la clôture intérieure, très-rapprochés, au nord et à l'ouest, de ceux de l'enceinte extérieure, leur sont sensiblement parallèles; mais leurs dimensions sont beaucoup plus considérables et donnent les mesures suivantes :

Fossé nord intérieur. — Largeur : 18 mètres ; profondeur acluelle : 4 mèlres 50 à 5 mètres.

Fossé ouest intérieur. — Largeur : 12 mèlres; profondeur; 3 mètres 20.

Ces deux fossés sont en ban état de conservation. De beaux taillis couvrent leurs crêtes et leurs pentes. Ceux de l'est et du sud, en partie comblés, sont livres à la culture : mais la dépression des terres laisse facilement reconnaître leur direction et leur largeur, qui diffèrent peu de celles des fossés (jui subsistent encore.

A l'mtérieur, d'autres excavations à demi-remblaj'ées paraissent avoir formé lenclôture d'un second mamtlon symétrique au premier: mais l'élude de leur destination ne donnerait lieu qu'à de vagues conjt'clures.

Enfin, au dehors, et à l'angle nord-est du quadrilatère, une large tranchée, symétrique à celle de 403 mèlres de longueur, se dirigeait, au levant, vers la roule de Chameau. Elle a été com.blée à une époque inconnue. Sa trace seule est restée apparente.

En cet ensemble de longues et vastes tranchées, qui, parlant d'une redoute centrale, enclose d'une double ligne de défense, se projellent à droite et à gauche vers les deux grandes routes forestières qui, de ce côté, conduisent à Orléans, il semble difficile de méconnaître un ouvrage militaire qu'à dessein on aurait caché dans la profondeur des bois, en un terrain masqué par le pelit coteau méridional.

Les caractères, à peu près constants, des constructions militaires du moyen âge se retrouvent dans sa forme et ses détails.

Or, aucun fait historique auquel puisse se rattacher, en ce lieu, une redoute de celle importance, n'est mentionné J.ms les annales de l'Orléanais, si ce n'est l'investissement de 1428 1429.

Les traditions locales, bien que fort confuses, ont conservé quei- (jues traces dt^ celte attribution. Selon les anciens du pays, cet ouvrage daterait des guerres des Anglais et de l'époque de la Pucelle.

Le précieux document conservé à la Bibliothèque d'Orléans, et déjà cité à la page 11 du texte de cette étude, donne à ces souvenirs une haute confirmation.

Sous le n" 451 du Catalogue des mjnuscriisde la Bibliothèque, est inscrit, en effet, un ouvrage ayant pour litre : Remarques sur l'Hisloire du siège mis par les Anglais devant la ville d'Orléans, en 1428.

Ce manuscrit, du commencement du xviiie siècle et non signé, est

écrit en entier de la main de notre savant Orléanais, Daniel Pollucha, qui, selon toute vraisemblance, en est. non le copiste, mais lautear. 11 se compose d'observations détachées et intéressantes sur 17/is-toire et discours au vray... ou Journal du siège d'Orléans (1).

Or, au folio 46, et à l'occasion de l'expédition du 16 avril, à Fleuryaux-Choux, on lit en ce manuscrit l'annatation suivante :

Fleury-aux-Choux est une paroisse de campagne à une lieue d'Orléans. Dans une maison de cette paroisse, appelée IHermitage, on voit de grands fossés en manière de retranchements, qu'on appelle encore aujourd'hui le Camp-des- Anglais.

Cette tradition, recueillie, il y a plus d'un siècle et demi, et acceptée par un de nos plus éminents antiquaires Orléanais, donne à mes déductions l'appui d'une autorité considérable.

J'en ai signalé l'importance dans le mémoire, sur les ouvrages militaires de Fleury, que je soumettais, en 1857, à l'appréciation de la Société archéologique.

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