‹ Première expédition de Jeanne d'ArcChapitre 14 sur 25 · DÉTRESSE DE LA VILLE ASSIÉGÉE · texte numérisé non relu

DÉTRESSE DE LA VILLE ASSIÉGÉE

«... Aprè.s la journée des Harens, dit Perceval de Cagny, les « Anglois des bastilles devant Orliens gardèrent que nulz vivres ne « pussent venir à ceulx de dedens, et tant que ilz avoient très-grans « deffaults de pain et pour y pourvoir envoyèrent plusieurs fois devers « le roy qui assembla ses capitaines pour adviser par quelle manière «t on leur pourrait mener des blés et autres vivres. Nulz d'iceux n'osa <t entreprendre la charge, pour la double desditz Anglois qui estoient, « d'un costé et d'autres, à bien grand nombre en leurs bastilles et, <t avecques ce, tenoient les villes et places au dessus de la rivière et au « dessoubz. »

(Perceval de Cagny, Chron. du duc d'Alençon.—Qulcherai, IV, p. 4.)

Un notable habitant d'Orléans, Jehan LiiilUer, entendu dans l'enquête du procès de réhabilitation, s'exprime en termes semblables :

« Les Orléanais, dit-il, et tous ceux qui s'étaientVenus joindre à eux « étaient réduits par les assiégeans à de telles extrémités qu'ils ne « savaient plus de qui attendre du secours, sinon de Dieu seul...

«... ipsi autem cives et omnes habitantes erant in iantâ necessitate <i positi, per adversarios tenentes dictam obsidionem, qnod nesciebant « ad quem recurrere pro remedio, nisi soluni ad Deum. » (Déposition de Jehan Luillier, bourgeois d'Orléans — Quicherat, t. III, p. 23).

On a pu remarquer également le passage, ci-dessus cité, de la Chronique de la Pucelle (édition Vallet de Viriville, page 266) :

« ... Et ainsi appert que la ville fut enclose, tant de la partie de « Beauce que de Soulongne, de treize places fortifiées, tant boulevarts « comme bastides, dont la cité fut en telle destresse qu'il ne peurent « avoir secours de vivres par eaue ny par terre »

Jean Chartier, historiographe de France et contemporain du siège, dit à son tour :

« Après que ledit siège eust esté tenu par iceux Anglois, devant « icelle ville d'Orléans, par l'espace de sept mois, et qu'il y eust esté « fait plusieurs grandes vaillances d'un costé et d'autre, ladite ville « estoit en si grande nécessité, que bonnement ne pouvoit plus durer, « pour la grande nécessité de vivres qui là estoit... » (Jean Chartier. — Histoire de Charles VIL — Édition de 1661, page 18.)

Cette extrême détresse des assiégés constatée par tant de témoignages ; l'impossibilité à laquelle ils se trouvaient réduits, d'avoir secours ÉÎc vivreSt par eau ni par terre; le refus des capitaines de Charles VII d' entreprendre d'y mener des blés et autres vivres , ne suffiraient-ils pas à prouver que l'investissement de la ville était complètement achevé lorsque survint la Pucelle, et que la large lacune de quatre kilomètres laissée libre, à l'apparence, entre Saint-Pouair et Saint-Loup, était, en réalité, interceptée par l'armée assiégeante ?

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