NOUVELLFS DE LA GUERRE AVEC LES ANGLAIS
10 Décembre 1702.
M. de Lamothe reçut une lettre, le 18 juillet 1702,de M. le chevalier de Callières, qui luy marque que le Roy a accordé le poste du Détroit et le fort Frontenac à la Compagnie de la Colonie, et luy escrit aussi de nommer ce fort, Fort Pontchartrain.
Le 21 de Juillet, M. de Lamothe est party du Fort Ponchartrain pour aller à Québec, où il fituntraité avec la Compagnie, par lequel elle s'engage, par ses soins, de le nourrir avec toute sa famille, et de luy payer, par chaque année, la somme de deux mille livres, argent de France; cet accord fut passé par Chambalon, notaire de Québec, et signé de M. de Callières, Gouverneur général, et de Beauharnois, Intendant. Le mesme traité parle que le sieur de Tonty, capitaine, sera aussi nourri avec sa famille, et qu'il luy sera payé, par an, la somme de treize cent trois livres.
M. de Lamothe arriva icy le 6 de Novembre de la mesme année; 1l trouva que tous les Sauvages estoient allés en chasse,
Paroles de M. de Lamothe aux Hurons et Outaouas qui arotent resté à leur village. — Puisque vous voulez que je
vous raconte des nouvelles, je vous diray ce que j'en scais :
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la plus considérable est que nous avons la guerre contre les Anglois. Elle est venue par un gros navire de cent pièces de canons, dans lequel il y avoit quatre cents hommes. Il a pris dans la route deux vaisseaux Anglois, qu'il a menés à Québec.
Quatorze Iroquois des plus considérables de chaque nation ont esté voir Onontio à Montréal. Les Agniés y estoient aussi et ils luy ont dit que les Anglois les ont invités à se joindre à eux pour prendre le casse-teste contre le François, mais qu'ils leur avoient respondu qu’ils regardoient faire, et qu’ils resteroient paisiblement sur leurs nattes,
Les quatre nations Iroquoises ont exhorté les Agniés àestre fermes et à ne point se laisser esbranler par les Anglois, parce que si leur cœur se rendoit mal fait, ils leur déclaroient qu'ils se joindroient à Onontio pour leur fairetla guerre.
Quatre Anglois sont venus à Montréal quelque temps avant que j'en sois parti; ils avoient apporté des marchandises qu'ils vouloient vendre à si bon marché, que les François en eurent du soupçon. M. Maricourt, les ayant regardées, reconnut qu'il y avoit de la médecine 1. On mit des couvertes rouges sur des chiens, des cochons et des chevaux, qui en crevèrent le lendemain. Pour moy, je ne l’ay point veu, parce que j'estois à Québec dans ce temps-là ; mais les François du Montréal et des environs me l’ont ainsi raconté. Ils vouloient massacrer les Anglois ; mais le Gouverneur les renvoya, sans qu'il leur fist
faireaucun mal. Il leur défendit seulement de revenir davantage.
t, C'est un tour de M, de Lamothe pour leur oster l'envie, que quelques-uns avoient, d'aller chez les Anglois, y estant invités par des colliers du Gouverneur général de la Nouvelle-Angleterre,
J'ai veu faire de grands mouvemens à tous les capitaines et aux soldats ; lesgens du pays nettoyoient aussi leurs armes. Il paroissoit qu’on se disposoit à quelque grande entreprise. Les mains démangeoient beaucoup au Gouverneur de Montréal, mais estant venu une nouvelle par un François qui venoit d'Orange, que la maladie estoit grande et que les Anglois mouroient en grand nombre, il peut se faire qu’on aura hiverné paisiblement, parce qu'Onontio a dit que, puisque la maladie les faisoit crever , il n’estoit pas besoin de les aller tuer. Tous les enfans ct alliés d'Onontio, qui sont aux environs du Montréal, de Québec et mesme ceux de l’Acadie, sçachant qu’il doit faire la guerre aux Anglois, sont venus s'offrir à luy pour rendre la balle, s’il vouloit la leur mettre en main. Mais il les a ramenés, leur disant qu'il estoit assez fort, et que, dans les suites, il leur feroit sçavoir sa pensée.
Onontio a ramassé par des colliers, qui sont venus sous l'eau, toutes les mauvaises paroles, qu’on a laissées tomber chez les Iroquois en descendant à Montréal, et en s’en revenant ici; rien ne luy a esté caché 1. Voici maintenant ce qui regarde le Détroit. Le Jésuite, qui fait la prière à Missilimakinak, viendra ici ce printemps prochain ?. Il se cabanera au
village des Outaouas ; je l'enverray chercher par un canot.
Il en viendra aussi un autre qui fera la prière chez les Hurons, il est maintenant à Sonnontouan; il viendra cet été. Je crois qu’il viendra aussi cinq à six familles de François
1. Cet article a fait un si bon effet que les Sauvages généralement ont cru que toutes les résolutions qu'ils ont prises en secret ont esté découvertes, et c'est par ce moyen que M, de Lamothe a découvert ce que le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre leur a envoyé dire, (L. C.)
2, On l’a envoyé chercher par un canot, mais il n'a point voulu venir, quoy qu'il ait reçu l’ordre de M. de Callières, Il n'y a point de missionnaire icy, ce qui sait voir la bonne volonté des Jésuites, (L. C.)
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pour commencer cet establissement; elles arriveront dans le temps que les grains seront meurs, et peut-estre plustost, si elles ont envie de venir.
Tous les François et les missionnaires, qui sont respandus dans cette terre, escouteront ma parole et m'obéiront. C'est ainsiqu'Onontiol’a réglé !, et on ne manque jamais d'exécuter tout ce qu'il veut.
Les mesmes paroles ont esté répétées dans un conseil du
10 Avril, où les Sauvages estoient assemblés, estant de retour de leur chasse.