LA DIRECTION ET LE COMMANDEMENT DU DÉTROIT
Lettre de M. de Pontchartrain à M. de Lamothe Cadillac,
commandant au poste du fort Pontchartrain au Canada.
À Versailies, le 14 Juin 1704.
J’ay reçu les lettres, que vous m'avez escrites les 30 et 31 du mois d’aoust dernier, avec les papiers qui y estoient joints. J'ay recu en mesme temps les plaintes de: Directeurs de la Compagnie de la Colonie sur les prétendues pertes qu’elle fait au Détroit, et comme vous les prévenez par l'offre que vous faites de vous charger de ce poste à vos risques et périls, si cette Compagnie veut vous substituer à ses droits, je l'ay proposé au Roi. Sa Majesté l’a agréé, et j'escris à ces Directeurs qu'Elle désire qu'ils vous l’abandonnent, en leur payant les marchandises qu'ils y ont actuellement, et les remboursant des establissemens utiles qu'ils y auront faits. Il faut, pour cet effet, que vous veniez à Québec pour traiter avec eux sur ce pied, et pour prendre les ordres sur cela de MM. de Vaudreuil et de Beauharnois.
L'intention du Roy est donc que vous ayez la direction aussi bien que le commandement de ce poste, et que vous en fassiez le commerce à vostre profit, comme la Compagnie auroit pu faire véritablement. Sa Majesté y met une restriction,
qui est que la Colonie ne pourra faire désormais que pour
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cent cinquante milliers de castor par an. Les nouveaux commissionnaires, avec lesquels on a esté dans la nécessité de traiter, n’estant obligés de payer des lettres de change que pour cette somme, Sa Majesté a réduit à 15 ou 20,000 livres au plus par an le commerce de castor que vous pourrez faire, vous laissant cependant la liberté de faire d’autres pelleteries pour la somme que vous jugerez à propos ; mais, d'un autre costé, Sa Majesté veut bien vous descharger de la somme de 10,000 livres, que vous offrez de lui payer annuellement, jusqu'à nouvel ordre.
Sa Majesté vous défend aussi d'envoyer des canots à Missilimakinak et sur les lacs, et des traitants dans la profondeur des terres, voulant que vous fassiez vostre traite au Détroit, où il vous est cependant libre d'attirer les Sauvages pour y porter lesdites pelleteries, et, pour éviter les plaintes que la Compagnie pourroit faire contre vous injustement, Sa Majesté luy permet d’avoir un inspecteur, qu'elle payera à ses despens.
Outre cela, Sa Majesté donne ordre à MM. de Vaudreuil et de Beauharnois de vous donner tous les secours et la protection qui pourra dépendre d'eux. Elle charge M. de Vaudreuil de vous donner autant de soldats que vous demanderez, et M. de Beauharnois de leur faire payer leur solde à l’ordinaire, bien entendu que vous ferez la dépense de leur transport. Elle leur ordonne aussi de permettre à tous ceux qui voudront s’y aller establir de le faire, d’exciter les Sauvages sur lesquels vous avez compté à s'aller establir au Détroit, et de vous faire donner auss! les missionnaires nécessaires à cet establissement.
Avec tous ces secours et tous les autres justes et raisonna-
bles, que vous demanderez et que Sa Majesté vous donnera,
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NÉ elle espère que vous parviendrez à remplir l’idée que vous HE
VE avez donnée de ce poste. Vous devez attendre de ce succès | ñ
PL des grâces de Sa Majesté, proportionnées au service que vous 1
np rendrez, et vous devez compter que je contribucray de ma à.
faire, part à vous les procurer, autant que je pourray. J'explique | |
eries | décisivement les intentions de Sa Majesté à cet esgard à 1 |
Autre MM. de Vaudreuil et de Beauharnois et aux Directeurs de la | |
1e de | Compagnie, afin que vous ne trouviez plus d'obstacle à l’ave- (f |
nebt nir dans cet establissement. 1 |
; Je suis persuadé que de votre costé vous en agirezen galant À
issili- homme et que vous ne donnerez aucun sujet de plainte contre {
ir des l vostre conduite, et particulièrement sur l'article du castor, |
où il 1 dont vous renfermerez le commerce dans lesdites sommes de |
Or ter | de 15 à 20,000 livres.
Hipes Les choses estant ainsi ordonnées, vous n’aurez plus de |
é luy | desmélés avec les Jésuites ni avec personne. Si les Pères, qui 1
EE sont pourtant gens de secours, ne conviennent pas, vous prierez
treuil de vous donner d’autres ecclésiastiques. Mais qui que ce soit |
PAUR que vous demanderez, je vous recommande d’avoir soin que le
Vau- | service de Dieu se fasse avec décence, que les débauches, les lerez, blasphèmes et les mauvaises mœurs soient bannis de ce poste
ordi- | et que tout s’y passe dans l’ordre. En vous laissant le maistre |
Fans® absolu de toutes choses en cet endroit, j'espère que vous | x qui trouverez le moyen d'y attirer les Sauvages, sur lesquels vous ire avez compté, et que vous conduirez de manière que vous ne it, et donnerez aucune jalousie aux Iroquois, ni occasion de rupture à cet avec nous. Je dois vous avouer que c’est la seule chose qui a fait balancer Sa Majesté sur votre establissement du Détroit,
bnna- | pour éviter ce malheur, qui retomberoit sur le reste de la
era, colonie. |
J'ay parlé aux Directeurs de la Compagnie, qui sont en France, des peaux de bœufs, que vous dites qu’on ne paye pas assez ; ils prétendent qu’ils n’en sçauroient donner plus de six livres, parce qu'ils ne les vendent que dix en France, et qu'ils y perdroient s’ils en donnoient davantage. Comme il vous est permis de faire ce commerce par vous-mesme sans passer par les mains de la Compagnie, ce sera à vous à voir si vous pouvez en donner. Sa Majesté ne juge pas à propos que vous | alliez chercher la mine de cuivre dont vous m'escrivez. Vous | | aurez assez d’affaires au Détroit, sans vous dissiper par une
chose comme celle-là, qui est toujours sujette à beaucoup d’embarras et à beaucoup de faux frais qui n'ont pu estre prévus.
Il n’est point question non plus à présent de la concession que vous demande avec l'érection en Marquisat; cela ne pourroit compatir avec l’estabiissement du Détroit. Travaillez à faire réussir cet establissement, aprèsquoy vous ne manquerez point de concessions, nimesme de poste plus considérable que celuy que vous avez. Je suis bien aise d'apprendre que vous ayez eu une bonne récolte au Détroit l’année dernière.
Le plus seur moyen d’establir solidement ce poste, c'est que ceux qui y demeurent y aient leur subsistance assurée. | Il ne convient point que le chef des Hurons ni son neveu viennent en France, et encore moins de former des compagnies de soldats de ces Sauvages, à la solde du Roy. Je vous marque ci-dessus que M. de Vaudreuil vous donnera autant de soldats françois que vous voudrez.
Sa Majesté vous permet de concéder des terres au Détroit, comme vous trouverez bon et convenable au bien de la nou- f velle colonie, et que vous laissiez la liberté aux soldats ct S
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Canadiens, qui voudront s’y marier, de le faire, lorsque les ecclésiastiques, qui feront les fonctions des curés, n’y trouveront pas d’empeschement légitime.
Sa Majesté croit avoir prévu par les ordres qu'elle a donnés toutes les demandes que vous pourriez faire et remédié à tous les inconvéniens dont on s’est plaint. Je puis vous assurer encore que si vous réussissez dans l’establissement solide de ce poste, comme vous le promettez et comme je l'espère,
je me feray un plaisir de vous rendre service et de vous procurer des grâces de Sa Majesté.
Signé : PONTCHARTRAIN.