Lesueur, 10 Juin
2. Lesueur, 7 Juin, — Ni la chasse ni la pesche ne nous fut favorable, Il nous a fallu dire Bencdicite et Grâces tout à la fois... S Juin, J'ay distribué à tous mes gens un fromage de Hollande, que j'avois conservé jusqu'icy, — 9 Juin. Nous nous estions couchés sans souper, Îl nous fallut partir sans déjeuner... Je fis mettre à terre et piocher sur les bords du fleuve pour chercher des pommes de terre, que nous trouvasmes abondamment,
3. Lesueur, Vendredi 11 Juin. — Voyant que mes gens, au nombre de vingt, n'avoient plus la force de ramer, j'ay pris la resolution de rester quelques jours à pescher, en attendant le secours de vivres que j'avois demandé à un Jésuite de ma connoissance, résidant aux Outaouas,
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temps et que les caux estoient si hautes, qu'elles avoient inosä les bords en beaucoup d'endroits, Trois de nos camarades passèrent avec un canot de l’autre costé du bord du Mississipi, où, ayant mis pied à terre, ils attachèrent le canot au bord de l'eau à un arbre ‘, Là, s'estant séparez pour aller chercher à chasser chacun de son costé, ou tuer quelques oiscaux, un de nos camarades, nommé Polonois, aperceut de loin, dans un petit chemin creux où il marchoit, deux ours de suite qui venbient à luy. Il se cacha derrière un arbre, et, comme l'ours en estoit tout proche, il luy tira à la teste son coup de fusil, qui n'estoit chargé que de plomb, mais, par le plus grand bonheur du monde, il luy creva les deux yeux. L'ours, estourdy et ne voyant plus clair, ne faisoit que tourner, sans sçavoir où il alloit, ce qui donna le temps à nostre camarade de recharger son fusil à balle, dont il le tira une seconde fois et de ce coup le tua. Nous autres, qui l’avions entendu tirer deux coups, allasmes à luy. Nous fusmes fort surpris ct réjouis en mesme temps d’une si heureuse chasse, et, après avoir coupé l'ours par morceaux, nous le portasmes à nostre chaloupe, ce qui nous aida à subsister pendant sept à huit jours, car les ours du bord du Mississipi sont gros comme des vaches et très bons à manger. J'en parleray en son lieu, en marquant la manière dont on les prend. C’est une chasse très dangereuse.
Nous attendions tous les jours des vivres des [linois, parce
que nous avions rencontré, il y avoit quelques jours, un
prestre ?, vis-à-vis les Écores à Prudhomme, qui descendoit
1. Lesueur, Dimanche 13 Juin, 2, Losueur, Mercredi 18 Mai. — M, de Bouteville, prêtre canadien, est arrivé À notre cabanage avec deux hommes dans son canot, Il m'a dit qu'il estoit parti
à la mer pour aller voir M. d'Iberville; mais, ayant appris de nous qu'il estoit parti pour retourner en France, il avoit changé de dessein, et, avant que de remonter aux Illinois, M. Le Sueur luy ayant représenté le besoin que nous avions de vivres, il nous avoit assistés des siens, autant qu'il avoit pu, et mesme il s’espargna pour nous faire plaisir. M. Le Sueur l’avoit prié de nous envoyer un canot avec des vivres, en luy marquant que nous l’attendrions au cap Saint-Antoine, parce que nous estions si foibles, faute de vivres, que nous n'avions pas la force de ramer pour monter plus haut. Il estoit party à l'instant, et nous avoit promis de voguer nuit et jour pour arriver le plus tost qu’il pourroit aux Illinois, d’où il nous envoyeroit des vivres. Il ne manqua pas à sa parole, et d'abord qu'il y fut arrivé, il fit descendre un canot rempli de toutes sortes de vivres, qui nous arriva dans le tems de nostre plus grand besoin, au bout de vingt-deux jours. Il y avoit alors peu de monde dans nostre chaloupe, parce que la meilleure partie estoit alors allée chercher dans les bois de quoy subsister. Le R. P. Limoges, Jésuite, estoit dans ce canot avec quatre François pour le conduire,
Si tost que le R. Père fut débarqué, M. Le Sueur voulut luy faire compliment pour le remercier; mais le R. Père luy dit qu'avant de le complimenter il falloitsecourir les malades. A quoy M. Le Sueur luy dit que par la grâce de Dieu il estoit l'été dernier de Québec, qu'il avoit hiverné aux Tamaroas et qu’il descendoit aux Tonicas porter les choses nécessaires à M. Davion et à M. de Montigny. J’avois des lettres de ce dernier, je les luy donnay. Après qu'il les eut lues, il prit la résolution de rebrousser chemin, — Vendredy 21 May, Je me suis servy de l'occasion de M. de Bouteville pour escrire à un Jésuite de ma connoissance, que ce Monsieur m’avoit dit estre aux Tamaroas, et pour le prier de m'envoyer des vivres,
1. Lesueur. 16 Juin, — Vers les huit heures du soir, le Jésuite de ma connoissance-dont j'ay parlé, est arrivé dans un canot d’escorce, — 380 3° latitude nord,
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le plus malade et que tout le monde se portoit bien, ce qui surprit fort le R. Père ct les quatre François qui estoient venus avec luy. Quand nous fusmes de retour à nostre chaloupe, nous fusmes ravis de trouver une si grande abondance de vivres. Après les avoir sortis du canot pour les mettre dans nostre chaloupe, chacun se jeta dessus. Le R. Père croyoit que nous en allions tant manger que cela nous fairoit du mal, il fut fort estonné que nous ne mangeasmes pas chacun la pesanteur d'un quarteron de viande, et autant d’une espèce de galette ou tourte. Mais, en revanche, nous beusmes assez bien du vin d'Espagne. Après avoir resté trois jours dans cet endroit pour reprendre nos forces, nous en partismes et nous montasmes six lieues plus haut, à la gauche, où nous trouvasmes le cap Saint-Cosme. Ensuite, à huit licues, sur la droite en montant, l’on trouve l'embouchure de la rivière des Illinois. Les Kascaskias estoient venus s’establir depuis deux ans en cet endroit. En dedans le païs, à deux lieues proche le fleuve, il y a une petite isle déserte qui est vis-à-vis l'embouchure. A trois lieues de là plus haut, en montant à la gauche le fleuve Mississipi, l’on trouve la petite rivière de la Saline, nommée ainsy parce qu’il y a deux sources d’eau salée t, C’est là que les François et Illinois viennent prendre leur sel. Il y a présentement en cet endroit un establissement de François, dont nous parlerons dans la suite. Nous restasmes pendant quelques jours en cet endroit à la chasse aux chevreuils, où il y en a grand nombre parce que ces animaux aiment fort la saline.
Ensuite nous allasmes à huit lieues plus haut, où l’on trouve une petite rivière, qui est à la gauche, appelée Mara-