‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 167 sur 267 · Mots passés dans le texte original · texte numérisé non relu

Mots passés dans le texte original

vontaux mines. Je ne parleray pointdes mœursdeshabitans des bords du Missoury, parcequejen'ay pointremontéle Missoury.

Après avoir passé vis-à-vis son embouchure, nous montasmes dans le Mississipy six lieues plus haut, où l'on trouve l'embouchure de la grande Rivière des Illinois, à la droite du fleuve. C’est par cette rivière que l'on va au Canada. Vis-àvis son embouchure est le commencement des plus belles prairies du monde et d’une très grande estendue. En poursuivant nostre route en montant, à dix-huit lieues plus haut à la gauche, nous tro'ivasmes la Rivière aux Bœufs t ; à la droite et à la gruche de son embouchureil y a deux rochers escarpés, !: s entrasmes une demi-lieue dans cette rivière et nous cures sur un de ses bords. Quatre de nos gens allèrent à la chasse ; ils tuèrent un bœuf et une vache sauvages à une der! lieue ie l'endroit où nous estions campez. Aussitost un des trois chasseurs vint chercher du monde pour apporter cette chasse à nostre camp, ce qui nous fit très grand plaisir dans le besoin où nous estions de manger, car nous avions fatigué toute la journée, sans avoir pris que très peu de nourriture. Quand cette viande fut cuite,nous en mangeasmes une partie, en vuidant plusieurs bouteilles d’eau-de-vie, ce qui nous remit beaucoup.

Je n’avois jamais encore bien fait attention à remarquer la manière dont sont faits les bœufs sauvages, qui sont beaucoup différents de nos bœufs de France. Ils ont les cornes basses, noires et fort courtes ; une grande barbe de crin sous la maschoire et une autre toupe dessus la teste qui leur tombe sur les yeux, ce qui les rend affreux. Leur poil est d’une laine

1. À 22 licues au-dessus de la Rivière des Illinois, Lesueur passa une petite rivière qu’il nomma Rivière aux Bœufs. (Autre relation.)

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plus fine que celle de nos moutons. Ils ont une bosse sur le dos, fort grosse, qui leur prend au-dessus des deux espaules, et qui va en diminuant jusqu’aux hanches. La première coste de devant est haute d’une coudée plus que les autres au-dessus du dos; elle est large de trois doigts; c'est où commence la bosse. Ils sont fort larges du devant et vont en rétrécissant par derrière. [ls ont la teste fort grosse et le col fort court, et sont le tiers plus gros qu’en France. Ils sont très meschants, surtout quand les vaches font leurs petits. Lorsque l’on va à la chasse de ces bœufs, il faut prendre le dessous du vent; on les approche de très près, autrement ils vous sentent d'un quart de lieue et s'enfuyent. Il y a quantité de loups dans cet endroit, qui sont beaucoup plus petits qu'en France et ont le poil plus noir, long et fin. On y voit aussy des tigres, et des renards surtout, d’une beauté extraordinaire, car leurs peaux sont d’une couleur argentine. Tous ces animaux s’enfuyent de fort loin dès qu'ils voyent du monde.

Estant partis de là, nous trouvasmes à trente-cinq lieues plus haut, en montant dans le Mississipy, une montagne qui est presque dans le milieu, un tant soit peu plus sur ‘a droite du fleuve. On la nomme, à ce sujet, la Montagne qui trempe à l’eau. De là à soixante lieues plus haut, à droite, on trouve une prairie charmante par sa beauté et sa grandeur, au bout de laquelle passe une petite rivière qui tombe dans le Mississipy. On la nomme la Rivière de Moingona, du nom d’une nation de Sauvages qui estoit establie sur ses bords. De son embouchure, montant une licue plus haut dans le Mississipy, on trouve un rapide entrecoupé de cascades. Ce rapide a sept lieues de long, pendant lesquelles, après avoir deschargé à terre nos marchandises et munitions, nous fusmes obligés de

tirer à bras nostre chaloupe, Après nous estre mis dans l'eau, au bout de ces sept lieues, nous trouvasmes sept lieues navigables; mais, au bout de ces sept lieues, nous retombasmes dans le mesme inconvénient de trouver encore sept autres lieues d'eau basse ct de rapides, où il fallut, avant, derechefdescharger nostre chaloupe et nous mettre à l'eau pour la tirer encore pendant sept lieues. A la gauchedecesrapides sont des prairies découvertes de plus de dix lieues, depuis le bord du Mississipy. Les herbages de ces prairies sont comme du sainfoin et ne viennent tout au plus qu'à la jarretière. Il y a dans ces prairies une infinité de toutes sortes d'animaux. Quand nous cusmes passé ces rapides, qui nous causèrent beaucoup de fatigues, nous trouvasimes à droite et à gauche des mines de plomb qu'on appelle aujourd'hui encore les Mines de Nicolas Perrot, qui estle nom de celuy quiles a trouvées. A vingt lieues de là, plus haut à droite, on trouve l'embouchure d'une grande rivière, que l’on nomme Ouisconsin. Vis-à-vis de l'embouchure de Ouisconsinil y a quatreisles dans le fleuve du Mississipy ct une montagne vis-à-vis, à la gauche, fort élevée, qui contient une demi-lieue de long. On remonte par cette rivière jusqu'au portage de la Baye aux Renards, à soixante lieues du fleuve du Mississipy. Cette baye s'approche de quatre lieues du lac de Michigan. C’est par là que les François passent pour aller en Canada, lorsqu'ilsreviennent des Scioux. De l'embouchure de Ouisconsin, à dix lieues plus haut du mesme costé, l’on trouve le commencement d’une grande prairie longue de soixante lieues. Le long du Mississipy, à la droite de cette prairie, est nommée la Prairie aux ailes; les fonds de cette prairie vont aboutir à des montagnes, qui font une agréable

perspective. Vis-à-vis Ja Prairie aux ailes, à la gauche, il y a

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RELATION DE PÉNICAUT. 413 une autre prairie qui luy fait face, appelée la Prairie des Paquitancts, qui n'est pas de beaucoup si longue. A vingt lieues plus haut que ces prairies, on trouve le lac de Bon-Scecours, qui a sept licues de tour et une lieue de traverse, par lequel passe le Mississipy. À droite ct à gauche de ses bords, il y a encore des prairies; dans celle de la droite, sur le bord du lac, un fort qui a esté basti par Nicolas Perrot, porte encore son nom aujourd'huy. Au bout du lac l'on trouve l'isle Pelée, ainsy nommée parce qu'il n'y a aucun arbre. C’est sur cette isle que les François du Canada establissent leur fort et leur magasin, quand ils viennent pour trafiquer de la pelleterie ct autres marchandises ; c'est aussy dans cet endroit qu'ils hyvernent, parce que la chasse est fort abondante dans les prairies des deux bords du fleuve. Dès le mois de Septembre, par le moyen de la chasse, l’on y fait sa provision de viande que l'on met près de sa cabane, sur une espèce d'eschafaud élevé, après qu'elle est escorchée et vuidée, de sorte que le grand froid qu'il fait dans le mois de Septembre jusqu'à la fin de Mars empesche qu'elle ne se corrompe pendant tout l'hyver, qui est très rude en ce païs-là. L'on ne sort dans cette saison que pour aller à l’eau, où il faut casser la glace tous les jours, et Vostre cabane ordinairement est sur le bord de l’eau pour ne point aller loin. Quand le printemps est venu, les Sauvages viennent apporter à cette isle leur marchandise, qui consiste en toute sorte de pelleteries, comme castors, loutres, maries, loups-cerviers, péquants ct toute autre pelleterie de toute sorte, Les peaux d'ours servent ordinairement à couvrir les canots des Sauvages ct des Canadiens.

Souvent des Sauvages pillent les marchands françois cana-

diens. Entre autres les Sauvages d’un village, composé de cinq

nations différentes et qui sont distingués par leurs noms, sçavoir : les Scioux, les gens du grand village, les Mentontons, les Mendeouacantons, les Ouyopetons et d’autres Scioux des terres. À trois lieues plus haut, en sortant de cette isle, on rencontre à la droite la Rivière Sainte-Croix !, où il y a une croix plantée à son embouchure. Huit lieues plus haut, l'on trouve le Sault de Saint-Antoine, que l’on entend de deux lieues; c'est la chute du Mississipy tout entière qui tombe à plomb desoixante pieds de haut, ce qui fait un bruit semblable à celuy d’un tonnerre qui rouleroit dans l’air. En cet endroit, il faut porter les canots et chaloupes, pour les monter par terre au-dessus pour pouvoir continuer sa route dans le Mississipy. Ce que nous ne fismes pas, parce que, après avoir considéré quelque temps cette chûte de tout le Mississipy, nous retournasmes un quart de lieue en decà le Sault de Saint-Anthoine, à une rivière qui tombe à la gauche du Mississipy, qu’on nomme la Rivière Saint-Pierre ?. Nous prismes donc nostre chemin par l'embouchure de cette rivière que nous remontasmes quarante lieues, où nous trouvasmes une autre rivière à la gauche, qui tombe dans la rivière Saint-Pierre, dans laquelle nous entrasmes. Nous la nommasmes la Rivière Verte, à cause d’une terre qui se détache des mines de cuivre, s'y détrempe et la rend verte. À une lieue avant dans cette rivière, nous trouvasmes une pointe de terre esloignée des bois d’un quart de lieue. Ce fut sur cette pointe que M. Lesueur résolut de faire bastir son fort, parce que nous ne pouvions pas monter plus haut à cause des glaces, etque c’estoit le der-

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