‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 173 sur 267 · VILLE · texte numérisé non relu

VILLE

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RELATION DE PÉNICAUT,. 425

travailler à la construction de plusieurs magazins pour placer les marchandises qu'il avoit amenées dans les deux vaisseaux venus avec luy de France. Il y fit bastir aussy plusieurs casernes pour loger les soldats qui restoient à la garde des marchandises, M. d'Iberville y vint quelques jours après. Il nomma cette isle l’isle Dauphine, et l'isle Surgère fut nommée aussy depuis ce temps-là l’isle aux Vaisseaux, à cause que c’est le premier abord que l'on trouve pour les vaisseaux en arrivant dans le pays. Il retourna ensuite à la Mobile, où il fit faire plusieurs détachemens sur la rivière, en la remontant pour aller chercher les chefs des nations des Sauvages du païs d’alentour. On prit des Mobiliens pour guides, qui conduisirent nos gens, les uns aux Alibamons, nation sauvage dans la Caroline, les autres aux Chactas et aux Chicachas, qui sont des Sauvages du costé des Illinois. Les chefs de ces nations, avec d’autres plus voisines, les Mobiliens, les Thomez et les gens des Fourches, arrivèrent tous ensemble au bout d’un mois à nostre fort, où ils chantèrent le calumet de paix à M. d’Iberville. Celui-ci leur fit à chacun d’eux des présens avant de les renvoyer, et en leur marquant par un interprète de venir librement à nostre fort pour trafiquer leurs denrées et marchandises avec les François, et qu’ils en seroient très contens. Ils s'en retournèrent très satisfaits.

Dans ce mesme temps, M. d'Iberville avoit envoyé un traversier chargé de munitions de guerre et de bouche à M. de Saint-Denis, commandant du fort du Mississipy; ils y trouvèrent M. d'Eraque, avec les douze François qui estoient restez avec luy au fort L’Huillier. Il vint peu de jours après dans les traversiers à la Mobile, où cestoit

M. d'Iberville, qu’il salua, et à qui il rapporta que M. Le Sueur, l'ayant laissé au fort de L'Huillier, luy avoit promis en partant de luy envoyer des Illinois des munitions de guerre et de bouche, et qu'ayant attendu longtemps sans en recevoir aucune nouvelle, il avoit esté attaqué par la nation des Mascoustins et Renards, qui avoient tué trois de nos François qui travailloient dans les bois, à deux portées de fusil hors du fort, et que, ces Sauvages s’estant retirez, il avoit esté obligé, après avoir enterré les marchandises qui luy restoient, voyant qu’il manquoit de poudre et de plomb, d'abandonner le fort pour descendre avec ses gens à la mer; qu'il avoit rencontré à Ouisconsin M. Juchereau, lieutenant criminel de Montréal en Canada, avec trente-çinq hommes qu'il avoit emmenés pour establir une tannerie à Ouabache, qu'il avoit descendu avec luy aux Illinois, où il avoit trouvé le canot que M. de Bienville luy envoyoit, et qu’il estoit arrivé sur ce canot à l’Establissement de M. de Saint-Denis la veille que le traversier y arriva, et qu'ayant appris par M. de Saint-Denis l'arrivée de M. d'Iberville, il s’estoit servi de la commodité du traversier pour le venir saluer et luy offrir en mesme temps ses services; M. d'Iberville, après luy avoir fait bien des honneurs, l'engagea à rester à la Mobile.

M. d’Iberville passa ensuite à l'isle Dauphine pour y examiner les magazins où l’on avoit placé les marchandises ; il examina pareillement les casernes que l’on avoit basties pour les soldats de la garde des magazins.

Dans ce mesme temps, les Espagnols vinrent bastir un fort qu'ils nommèrent Pensacola, à douze lieues de l’isle Dauphine, sur la terre ferme, à l’est de la Mobile de trente lieues. Comme nous estions alors en paix et que c’estoit sur leur

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terrain, nous ne jugeasmes pas à propos de nous y opposer ; mais nous verrons par la suite que ce fort fut le sujet d’une guerre que nous eusmes pendant deux ans avec les Espagnols.

M. d'Iberville, après avoir donné tous les ordres nécessaires et dit adieu à nos officiers, partit au mois de Juin (sic) pour retourner en France.

Peu de jours avant son départ, M. de Tonty, gouverneur des Illinois, vint avec des marchands canadiens à la Mobile, croyant y trouver M. d'Iberville; il salua M. de Bienville, nostre gouverneur, avec qui il demeura pendant quelque temps.

Dans ce mesme temps cinq de nos François demandèrent permission à M. de Bienville d’aller trafiquer chez les Alibamons pour avoir de la volaille ou autres denrées dont ils avoient besoin. Ils prirent occasion de partir avec dix de ces Alibamons, qui estoient à nostre fort de la Mobile et qui s’en vouloient retourner. En y allant, ils s’arrestèrent à cinq lieues de nostre fort, dans un village où il y avoit trois nations différentes de Sauvages assemblées qui y faisoient leur feste. On les nomme les Mobiliens, les Tomez et les Namabas; ils n’ont pas de temple, mais ils ont une cabane où ils vont ongler.

Jongler, en leur langage, est une espèce d’invocation à leur grand Esprit. Pour moy, qui les ay veüs plusieurs fois, je crois que c’est le diable qu’ils invoquent, puisqu'ils sortent de cette cabane furieux comme des possédez et qu'’alors ils font des sortilèges, comme de faire marcher la peau d'une loutre morte depuis plus de deux ans, et qui est pleine

de paille. Ils font plusieurs autres sortilèges qui paroistroient

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incroyables au lecteur. C’est pourquoy je ne veux pas m'y arrester. Je n’en parlerois pas mesme, si je n’en avois pas esté témoin, aussy bien que beaucoup d’autres François qui y estoient présens avec moy. Ceux qui font ces sortes de tours, qu’ils soient magiques ou autrement, sont fort estimés des autres Sauvages. Ils ont beaucoup de confiance en leurs ordonnances dans leurs maladies.

Ils ont une feste au commencement de Septembre, dans laquelle ils ressemblent par un costé aux anciens Lacédémoniens, c’est que le jour de cette feste ils fouëttent leurs enfans jusqu'au sang. Tout le village est alors assemblé dans une grande place. Il faut que tous y passent, garçons et filles, vieux et jeunes, jusqu’au plus bas âge, et quand il y a quelques enfans de malades, la mère est fouettée pour l’enfant. Après cela, ils font des danses qui durent toute la nuit. Les chefs et les vieillards font une exhortation aux fouettés, leur disant que c’est pour leur apprendre à ne point craindre les maux que leur pourroient faire leurs ennemis, et de se montrer bons guerriers, et de ne point crier ny pleurer, mesme au milieu du feu, supposé qu'ils y fussent jetez par leurs ennemis.

Nos cinq François, après s'estre reposez en voyant cette feste, partirent avec les dix Sauvages des Alibamons, qui les conduisirent jusqu'à dix lieues près de leur village. Ils dirent à nos François de rester en cet endroit, parce qu’ils alloient à leur village, devant avertir les chefs afin qu’on les vinst recevoir le lendemain pour les y conduire; mais pendant que les François dormoient, ils vinrent la nuit sans bruit, se saisirent de leurs armes et en tuèrent quatre, le cinquième s'étant eschappé. Comme il se sauvoit, s'estant jeté à l'eau

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pour passer la rivière à la nage, il receut un coup de hache à l'espaule qu'un des Sauvages luy jeta; il s'en vint quelques jours après à nostre fort, ayant pansé en chemin sa playe avec de la gomme de pin, qu'il maschoit et qu’il appliquoit dessus. Voilà le sujet de la guerre que nous fismes aux Alibamons,

M. de Bienville fit aussitost avertir les nations voisines de nostre fort, qui sont les Mobiliens, les Tomez, les gens des Fourches, les Chactas et autres, qui vinrent nous joindre au nombre de dix-huit cents hommes portant les armes, et soixante et dix François que nous estions. Nous avions pour officiers de ce parti MM. de Bienville, de Saint- Denis, de Tonty, ancien Capitaine de Canada. Les Sauvages Mobiliens nous servirent de guides. Ce fut au commencement de Septembre que nous partismes tous ensemble, pour aller contre les Alibamons; mais la meilleure partie de ces Sauvages, au bout de cinq ou six jours de marche, nous quittèrent, et les Mobiliens, qui nous guidoient, nous firent faire beaucoup de chemin inutile, désertans pareillement chaque jour, parce qu'ils estoient amis et alliez des Alibamons contre qui nous les menions en guerre, de sorte qu’au bout de dixsept jours de marche il ne resta que très peu de Sauvages avec nous, et qu'ayant esté mal guidez par les Mobiliens, nous n'avions pas fait trente lieues de chemin en dix-huit jours. M. de Bienville, voyant cette désertion des Sauvages, qui nous abandonnoient tous les jours, dit à nos autres officiers qu’il estoit inutile d'aller plus loin, puisque tous les Sauvages nous quittoient. Il commanda aux François de descendre à nostre fort de la Mobile, ce que nous fismes en quatre jours de droit chemin.

Quand nous fusmes de retour, M. de Bienville fit

faire, quelques jours après, dix canots, et d’abord qu'ils furent achevés, il nous fit embarquer cinquante François avec nos officiers, dont il estoit le premier, et nous partismes secrètement la nuit pour cacher nostre marche aux Sauvages. Au bout de quelques jours de marche, quand nous fusmes à dix lieues du village des Alibamons, à peu près à l'endroit où les quatre François avoient esté tuez, nous aperceusmes du feu. Il y avoit sur la rivière, à deux portées de fusil de ce feu, quatorze canots de ces Alibamons, qui estoient à la chasse avec leurs familles. Nous redescendismes un quart de lieue, parce qu’il estoit trop grand jour; nous restasmes à une demi-licue des Sauvages le reste du jour, dans un endroit où nos canots estoient à couvert derrière une hauteur. Nous montasmes six hommes sur cette hauteur pour reconnoistre l'endroit où estoient leurs cabanes, que nous découvrismes facilement de cette hauteur. Il fallut monter la rivière plus haut pour mettre pied à terre vis-à-vis. Lorsque nous aperceusmes que leur feu estoit presque esteint et qu'on les crut endormis, M. de Bienville nous fit avancer. Après avoir passé une petite hauteur, nous descendismes dans un bois, où il y avoit un fort mauvais chemin. Quand nous fusmes proche les cabanes où les Sauvages estoient couchez, un de nos François marcha sur une canne sèche, qui fit du bruit en se cassant. Un des Sauvages, qui ne dormoit pas encore, se mit à crier en leur langue un qui vive, ce qui nous obligea à garder le silence. Le Sauvage, au bout de quelque temps, n’entendant plus de bruit, se coucha. Nous avançasmes alors mais les Sauvages, nous entendant marcher, en s

firent le cry de mort et laschèrent un coup de fusil à un des nostres. Aussitost leurs vieillards, leurs femme. et leurs

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enfans se sauvèrent. Il n’y eut que les gens portant armes qui se retirèrent les derniers, en nous laschant plusieurs coups de fusil. De nostre costé, nous ignorions si nous en avions tué seulement un, parce que nous ne sçavions, dans la nuit, où nous tirions, Les Sauvages s'estant retirez, nous restasmes à leurs cabanes jusqu'au point du jour; nous les bruslasmes avant d’en partir, pour revenir à la rivière, où nous trouvasmes leurs canots que nous conduisismes, avec les marchandises qui estoient dedans, à nostre fort de la Mobile.

Nous trouvasmes là dix Sauvages de la nation des Chicachas avec un de leurs chefs, qui attendoient M. de Bienville pour luy demander un petit François, afin de luy apprendre la langue sauvage dans leur village. M. de Bienville leur donna le petit Saint-Michel, âgé de quatorze ans, fils de M. Saint- Michel, capitaine du port de Rochefort, qu'ils emmenèrent avec eux. On leur fit aussy quelques présens. Peu de jours après, M. de Saint-Denis, qui estoit retourné d'abord à son establissement du fort du bord du Mississipy, fit sçavoir à M. de Bienville que la nation des Sauvages, nommez les Bayagoulas, avoient esté défaits par les Taensas, qui avoient bruslé leur village; de sorte que les Bayagoulas, qui en estoient eschappez, estoient venus se réfugier, à deux portées de fusil de son fort, où il leur avoit donné un establissement pour y bastir des cabanes.

Sur le commencement de Décembre, M. de Boisbriand, voulant aller en parti contre les Alibamons, demanda quarante hommes à M. de Bienville. Il partit avec cinq canots et les vivres nécessaires pour ce voyage. [l rencontra à soixante et dix lieues, allant dans la rivière des Alibamons, à la

gauche en montant, six des canots des Alibamons; ce qui luy fit juger qu’il y en devoit avoir aux environs à la chasse. Il envoya un soldat françois avec un Canadien à la découverte pour tascher de reconnoistre l’endroit de leurs cabanes. Nos gens, les ayant aperceus de loin campés sur le bord d’un ruisseau, revinrent au plus viste en avertir M. de Boisbriand, qui alla à l'instant avec ses gens, sans faire de bruit, jusque sur eux, sur lesquels il fit faire une descharge. En arrivant, on tua tout ce qu'il y avoit de Sauvages, espargnant seulement les femmes et leurs enfans, qu’on emmena esclaves à la Mobile, avec leurs canots chargez de leur chasse. Les Mobiliens, nos voisins de six lieues, qui sent ailiez aux Alibamons, nous ayant veus passer avec ces esclaves en revenant à la Mobile, vinrent les demander à M. de Bienville, le suppliant de vouloir bien les leur accorder, parce qu’elles estoient de leurs parens, ce que M. de Bienville leur octroya. Cette générosité de M. de Bienville a esté la cause que les Mobiliens se sont joints, par la suite, avec nous dans les guerres que nous avons continuées contre les Alibamons.

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DÉTACHEMENT COMMANDÉ PAR M. DE SAINT-DENYS CONTRE LES SAUVAGES CHETIMACHAS. AUTRE PARTI DE GUERRE COMMANDÉ PAR M. DE CHATEAUGUÉ CONTRE LES ALIBAMONS.

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