‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 175 sur 267 · A LA RADE DE L'ISLE DAUPHINE · texte numérisé non relu

A LA RADE DE L'ISLE DAUPHINE

Au commencement de cette année, M. de Bienville, ayant examiné ce qu'il y avoit de vivres dans les magasins et ayant veu qu’il n'y avoit environ que pour quatre mois de farine, donna ordre à M. de Bécancourt de monter le traversier avec vingt hommes pour aller à La Havane chercher des provisions de vivres. Pendant ce temps-là, il donna permission à cinquante hommes volontaires d'aller à la chasse pour vivre, où ils pourroient, chez les nations des Sauvages de nos amis, avec ordre de revenir quand ils apprendroient l’arrivée des vaisseaux.

Comme j'estois jeune et que j'aimois avec passion à courir, je me mis de ce nombre. Nous allasmes avec plusieurs canots jusqu’à la baye de Saint-Louis, tous ensemble, où nous fismes très bonne chasse et pesche, avec quoy nous vivions. Au bout de quelquesjours, je proposay à vingt de mes camarades des plus jeunes d'aller ensemble, en remontant le Mississipy, voir quelques-unes des nations du bord du fleuve, Je con-

noissois toutes ces nations, parce que, pour mon particulier, je l'avois remonté desjà trois fois : la première fois avec M. de Bienville jusques vis-à-vis le lac de Pontchartrain; la deuxième avec M. d’Iberville jusqu'aux Taensas, et la troisième avec M. Lesueur jusques au sault de Saint-Antoine. Depuis cinq ans aussi que j'estois dans la Louisiane, j'avois appris assés bien leurs langages, surtout le Mobilien, qui est le principal et qu'on entend par toutes les nations.

Nous partismes donc une vingtaine, sans en rien dire à nos autres camarades, avec trois canots et une chaudière. Nous montasmes jusqu'au Soupnatcha, où nous trouvasmes les Biloxis, petite nation qui demeuroit auparavant auprès du premier fort que nous avions en arrivant dans le pais. M. de Saint-Denis les avoit fait venir depuis pour s’establir dans cet endroit, parce qu’estant plus proches de son fort, il en tiroit quelquefois des vivres pour subsister plus aisément dans son establissement. Après que nous eusmes couché dans leurs cabanes, nous en repartismes le lendemain matin. Ayant pris quelques petites provisions de vivres qu'ils nous donnèrent, nous portasmes nos canots par terre jusqu'à une demi-lieue de là, où est le Mississipy, sur lequel nous nous embarquasmes. Quand nous fusmes au Baston-Rouge, nous mismes pied à terre pour chasser; nous entrasmes dans un bois, environ douze que nous estions ensemble, les autres ayant resté aux canots pour les garder et tenir du feu allumé. Au bout du bois où nous estions entrez, nous trouvasmes une prairie. Je n’ay jamais veu de ma vie une si grande quantité de bœufs sauvages, cerfs et chevreuils, qu'il y en avoit dans cette prairie. Nous y tuasmes cinq bœufs, que nous dépouillasmes et coupasmes par morceaux pour porter à nos camarades qui

alier, avec n; la troioine.

avois

, qui

à nos Nous es les lu pre- M. de ans cet a tiroit ns son leurs nt pris èrent, i-lieue rquasismes is, ent resté bout du prairie.

bœufs e praimes et es qui

RELATION DE PÉNICAUT, 443

estoient restez à nos canots, et, commeil y avoit du feu allumé, nous en fismes cuire à la broche et nous en fismes bouillir pareillement dans nostre chaudière, Nos camarades firent des cabanes sur le bord du Mississipy, pendant que nous estions allés chercher le reste de nos bœufs, que nous apportasmes dans nos canots, Nous nous trouvasmes si bien dans cet endroit que nous y restasmes plus de dix jours. Il y en avoit tousjours quelques-uns d’entre nous qui alloient tous les jours À la chasse, surtout le soir dans les bois, où l’on trouve ordinairement des outardes et des poulets d’Inde, qui y viennent se percher sur les arbres : ainsy nous changions de temps en temps de mets. Le temps ne nous paroissoit long que la nuit, parce qu'entre nous autres, quoique jeunes, nous avions élu un chef à qui nous obéissions, et qui nous posoit en sentinelles, deux à la fois, quand la nuit estoit venue. Une de ces sentinelles estoit avancée à la demi-portée de fusil de l’autre, qui gardoit ceux qui dormoient dans les cabanes. Chacun à son tour faisoit une heure de faction. Au reste, la prière se disoit exactement soir et matin. Au bout de dix jours, après avoir fait cuire ce qui nous restoit de viande, que nous portasmes dans nos canots, nous partismes pour aller aux Oumas, qui est une autre nation de Sauvages, amis des Francois, qui demeure sur le bord du Mississipy, à trente lieues du Baston-Rouge. Ils nous receurent parfaitement bien, nous donnant de leurs vivres en abondance. Nous n’y restasmes que six jours, au bout desquels nous en partismes pour aller aux Natchez, qui est la nation qui m’avoit paru la plus affable et la plus polie des bords du Mississipy. Nous y arrivasmes au bout de trois jours à midy; nous y fusmes receus avec toutes les marques possibles de bon visage et d'amitié. Tout

le monde y estoit en joyce, parce que c'estoit le commencement d’une feste des danses, dont je feray la description, Nous restasmes très longtemps dans leurs villages, où nous oubliasmes presque les ordres de M. de Bienville, par les plaisirs que nous y receusmes.

Le village des Natchez est le plus beau qu l'on puisse trouver dans la Louisiane. Il est situé à une lieue du bord du Mississipy. Il est embelli par de très belles promenades, que la nature y a formées sans artifice. * sont des prairies à l'entour, garnies de fleurs, entrecoupées de petits costeaux, sur lesquels sont des bosquets de toutes sortes d’arbres odoriférans. Plusieurs petits ruisseaux d’unc eau très claire sortent de dessous une montagne, qui paroist à deux lieues de ces prairies, et, après avoir arrosé en quantité d'endroits, ils se ramassent en deux gros ruisseaux, qui font le tour du village, au bout duquel ils se joignent ensemble, en forme d’une petite rivière, qui court sur un gravier fin et va passer par trois villages, qui sont à une demi-lieue l’un de l’autre, et ensuite il tombe à deux lieues de là dans le Mississipy. L'eau en est

très agréable à boire, parce qu’elle est en esté froide comme

de la glace, et en hiver elle est tiède.

Ce village a eu autrefois un missionnaire nommé M. de Montigny, un des quatre qui estoient venus du Canada. Mais il n'y est pas resté longtemps; n'y ayant pu faire aucun progrès, il a passé en France. On trouve dans ce village tout l'agrément possible pour la société avec cette nation qui n'a point les manières farouches des autres Sauvages. On y trouve toutes les choses nécessaires à la vie, comme bœufs, vaches, biches, cerfs, chevreuils, poules et poulets d'Inde, et quantité d'oyes. Il y a aussi du poisson en abondance de

nenceiption, ù nous par les

puisse ord du es, que airies à SteauX, es odoire sors de ces s,ils se | village, ne petite rois vilnsuite il Lu en est

comme

é M. de da. Mais un proage tout

quin'a s. On y

bœufs, Inde, ct ance de

toutes sortes ; il y a des carpes pesant plus de vingt livres, qui, sont d’un goust exquis. À l’esgard des fruits, il y en a plus qu'en aucun endroit de la Louisiane. Ils ont beaucoup de cerises, qui y croissent en grappes, comme nos raisins en France. Elles sont noires et ont une petite pointe d'amertume, mais elles sont excellentes à l’eau-de-vie. Il y a partout dans leurs bois beaucoup de peschers, de pruniers, de meuriers et de noyers. Ils ont de trois sortes de noyers : ilyena dont les noix sont grosses comme le poing, et qui servent à faire du pain pour leur soupe, mais les meilleures ne sont guères plus grosses que le poulce; ils les appellent pacanes.

Dès le commencement de May leurs prairies sont esmaillées de toutes sortes de fleurs et d'herbes odoriférantes. Il y vient une infinité de fraises, qui sont grosses comme le poulce et d'un goust exquis. Ils ont du raisin dans leurs bois, qui vient en treille ; la tige s'attache aux arbres, qui croist en tournant tout à l’entour. Ce raisin est petit et un peu aigre; on en fait du vin qui ne se garde que huit ou dix jours.

Cette nation possède neuf habitations ou villages ; mais le village, où nous estions, est le premier de tous et le plus considérable, parce que c'est la demeure du Grand Chef; on le nomme Soleil, c'est-à-dire noble. Ils sont logés beaucoup plus proprement que toutes les autres nations des Sauvages. Ils ont vis-à-vis leurs maisons des peschers en plein vent, dont les fruits sont excellens, qui font un ombrage agréable à leurs maisons.

Les hommes et les femmes de Natchez sont très bien faits et assez proprement vestus. Les femmes y sont couvertes d'une robe de toile blanche, qui leur traisne depuis le col jus-

qu'aux pieds, à peu près faite comme nos Andriennes des

dames de France. Elles font cette toile de l’escorce d’ortie ct d’escorce de meuricr. Elles les préparent ainsy : quand clles ont mis tremper ces escorces dans l’eau pendant huit jours, elles les font sécher fort long-temps au solcil, et quand ces escorces sont bien sèches, elles les battent jusqu’à temps qu'elles soyent en filasse, Elles les mettent ensuite à la lessive et les lavent trois ou quatre fois, jusqu’à ce qu’elles soient blanches. Elles les filent ensuite et en font de la toile, dont elles se servent pour leur usage.

Les hommes sont habillez avec des peaux de chevreuils, qui sont faites comme nos vestes, et leur descendent jusqu’à la moitié des cuisses. [ls ont un braguet ct des mytes en dessous qui les couvrent depuis les pieds jusqu'aux hanches. Ils sont assez beaux de visage et leurs femmes aussv. Ils ont le parler assez agréable, ne parlent pas du gosier si fortement que les autres Sauvages. L'habillement des filles est différent de celuy des femmes; elles ne portent que le braguct, qui est fait comme ces petits tabliers de taffetas que les demoiselles portent en E‘rance au-dessus de icurs jupes. Les braguets des filles sont ordinairement faits d’un vaisseau de fil blanc et n2 couvrent que le devant de leurs nudités, depuis la ceintrre jusqu'à la moitié des jambes. Elles Pattachent par de:rière avec deux cordons, au bout de chacun desquels il pend un gland qui leur tombe par derrière. I] y a par devant des franges cousues au bas du braguet, qui pendent jusqu’à la cheville du pied. Les filles portent ce braguet jusqu'à ce qu'elles soient réglées, car alors elles prennent la robe de femmes. Elles sont fort gracieuses ct aiment fort les François. C’estoit pour nous un charme de les voir danser pendant le temps de leurs fes-

tes, où clles mettent leurs plus beaux braguets, et les femmes

rtie ct d elles jours, nd ces temps lessive soient

, dont

rreuils, jusqu'à en deshes. Ils s ont | tement ifférent qui est oiselles ets des cetn:

cintre de: rière end un franges heville s soient es Sont ir nous rs fes-

emimes

RELATION DE PÉNICAUT. 447 leurs belles robes blanches, toutes nu-teste, avec de grands cheveux noirs qui leur pendent jusqu'à la moitié des jambes, et à beaucoup jusqu'aux talons.

Leurs danses se font ainsy : les femmes dansent avec les hommes et les garcons avec les filles. Ces danses se font tousjours de vingt ou trente ensemble, tant garçons que filles. Il n'est pas permis à un homme marié de danser avec les filles, ny aux garçons de danser avec les femmes. Après qu'ils ont allumé un grand flambeau , qui est ordinairement le tronc sec d’un vieux pin, qui brusle pour éclairer la grande place du village, et un autre vis-à-vis la cabane du Grand Chef, le maistre à danser, à la teste d’une centaine d'hommes et femmes, au sun d'un petit tambour et des voix de, spectateurs, commence la danse au soleil couché, et chacun danse à son tour jusqu’à minuit. Après quoy les hommes se retirent chez eux avec leurs femmes et cèdent la place aux garçons et aux filles, qui dansent depuis minuit jusqu'au matin au grand jour. Ils se livrent à ce plaisir à plusieurs reprises, chacun à son tour, Leur danse est à peu près semblable au nouveau Cotillon de France, avec cette différence que, quand un garcon a dansé dans ce pais-là avec la fille qui se rencontre à costé de luy ou devant, il luy est permis de la conduire au bout du village, dans un des bosquets de la prairie, où il danse avec elle un autre cotillon à la Mississipienne, puis ils reviennent dans la place du village danser à leur tour comme auparavant. Ils continuent ainsy leurs danses jusqu'au grand jour, de sorte que le matin, les garçons surtout sont comme des déterrez, tant pour avoir perdu le sommeil que pour s'estre fatiguez avec les filles à danser.

Je ne suis point estonné si ces filles sont lubriques et qu'elles

n’ayent aucune retenue, puisque leurs père et mère ct leur religion leur enseignent qu’au sortir de ce monde il y a une planche très estroite et diflicile à passer pour entrer dans les grands villages, où ils prétendent qu'ils vont après leur mort, et il n'y aura que celles qui se seront bien diverties avec les garçons qui passeront facilement ceste planche. On voit la suite de ces détestables leçons, qu'on leur inspire dès leur bas âge, appuyées de la liberté et de l’oysiveté où elles sont entretenucs, puisqu'une fille, jusqu'à l'âge de vingt ou vingtcinq ans, ne fait rien autre chose, les père et mère estant obligez de leur tenir leur manger tout prest, et encore selon leur goust et ce qu’elles demandent, jusqu’à ce qu'elles soient mariées.

Si par ces infâmes prostitutions elles deviennent grosses, ct qu’elles accouchent d'un enfant, leurs père et mère leur demandent si elles v:ulent avoir leurs enfans; si elles respondent que non et qu'elles ne peuvent pas les nourrir, on estrangle hors la cabane aussitost ce pauvre petit malheureux nouveau-né et on l’enterre, sans que cela fasse la moindre impression; mais si la fille veut avoir son enfant, on le luy donne, et elle le nourrit.

Quand un garçon est convenu de se marier avec une fille, ils vont dans les bois ensemble, et pendant que le garçon est à la chasse, la fille fait une cabane de feuillage dans les bois et clle allume du feu proche la cabane. Quand le garçon est revenu de la chasse, qu’il a tué un bœuf ou un chevreuil, il en porte un quartier à la cabane, et ensuite ils vont chercher le reste. Quand ils sont revenus à la cabane, ils en font rostir un morceau qu'ils mangent à leur souper, et Le lendemain ils

portent ensemble cette chasse à leur village, dans la maison

t leur a une ins les mort, rec les joit la :s leur es sont vingtestant e selon

soient

ses, ct eur de-

respon-

main ils

maison

RELATION DE PÉNICAUT. 449 du père et de la mère de la fille. Ils avertissent les parens, à chacun desquels on donne un morceau de la chasse, qu'ils

emportent chez eux. Le garçon et la fille disnent avec le père

ct la mère de cette dernière, et ensuite le garçon l'emmène,

comme sa femme, chez luy, où elle reste, Alors il ne luy est plus permis d’aller aux danses des garçons et filles, ny d’avoir commerce avec aucun autre homme qu'avec son mary. Elle est obligée au travail du dedans de la maison. Il est permis au mary de la répudier, s’il s'aperçoit qu’elle luy fasse une infidélité, jusqu’à ce qu’elle ayt eu un enfant de luy.

C'est ordinairement le Grand Chef qui ordonne la feste des danses, qui dure huit ou dix jours de suite plus ou moins pour tous les villages de sa domination. Ces festes se font ordinairement, lorsque le Grand Chef a besoin de quelques denrées, comme des farines, fèves et autres semblables, qu'ils mettent à l’entrée de sa cabane, en un tas, le dernier jour de la feste. Ce Grand Chef commande à tous les autres chefs des huit autres villages. {1 leur envoye ses ordres par deux de ses laquais, car 1] en a jusqu’à trente, qu'on appelle des loüés, en leur langue, ‘Pichon. Il à aussi plusieurs servantes, qu'ils :0pellent Oulchil Fichon, qui luy servent à plusieurs fins. Les chefs des autres villages luy envoyent ce qui est parvenu des danses de leurs villages. Sa maison est très grande, on y peut tenir jusqu'à quatre mille personnes. Ce Grand Chef est aussy absolu qu’un roy. Ses gens n'approchent pas de luy, par respect; lorsqu'ils luy parlent, ils en sont esloignés de quatre pas. Son lit est à droite en entrant dans la cabane; ce sont quatre piliers de bois de deux pieds de haut, à dix pieds de distance sur la longueur et à huit sur la largeur. Il y a des barres qui vont d’un pilier à l’autre, sur quoy ils mettent

des planches, qui forment comme une espèce de table bien unie, de la,mesme longueur et largeur que le quarré du lit qui est rougi partout. Sur cette espèce de table il y a une natte faite de cannes fines et un grand traversin de plumes d’oyes, et pour couverture ce sont de peaux de chevreüils pour l'esté et des peaux de bœufs sauvages ou d'ours pour l'hyver. Il n’y a que sa femme qui ait le droit d’y coucher avec luy. Il n’y a qu’elle aussy qui puisse manger à sa table. Quand il donne ses restes à ses frères ou à quelques-uns de ses parens, il leur pousse les plats avec les pieds. A son lever, tous ses parens ou quelques vieillards de considération s'approchent de son lit, et, levant les bras en haut, ils font des hurlemens affreux. C'est ainsy qu'ils le saluent, sans qu’il daigne les regarder.

11 faut remarquer qu'un Grand Chef noble ne peut espouser qu'une roturière, mais que les garçons qui en sortent, soit garcons ou filles, sont nobles; que, s’il vient à mourir avant sa femme, il faut que sa femme soit estranglée, pour l'accompagner dans l’autre monde. De mesme une fille noble, c'est-à-dire fille d’une femme de chef noble, quand elle veut se marier ne peut espouser qu’un roturier, et si elle meurt après qu’elle est mariée, avant le mary, il faut que celui-ci soit fait mourir aussy pour l'accompagner en l'autre monde. Les enfans qui proviennent de ces mariages sont réputés nobles ou Soleils.

Leur noblesse est bien différente de celle de nos Européens, puisque, en France, plus elle est ancienne, plus elle est estimée. Leur extraction, au contraire, n’est plus estimée noble à la septiesme génération; de plus, ils tirent leur noblesse de la femme et non pas de l'homme. Je leur en ay demandé la raison ; ils m'ont respondu que la noblesse ne pouvoit venir

e bien lit qui e faite et pour et des ÿ a que qu’elle s restes pousse ou queln lit, et, x. C'est

espouser soit garir avant our l'acle noble, le veut se urt après j soit fait de. Les és nobles

ropéens, e est estiée noble blesse de mandé la

oit venir

RELATION DE PÉNICAUT. 451

que de la femme, parce que la femme estoit plus certaine que l’homme à qui les enfans appar' :noient.

Il y a dans ce village un temple fort estimé parmi les Sauvages pour sa grandeur. Il peut avoir trente pieds de haut et vingt toises en quarré par dedans. Il est en rond en dehors; les murailles ont bien trois toises d’espaisseur ; il est basty avec des arbres de noyers, gros comme la cuisse par en bas, tous d'une mesme hauteur. On les plie en haut comme un demy-cercle, en joignant les bouts ensemble; puis ils attachent des cannes, faites et taillées comme nos lattes, de demi-pied en demi-pied depuis le bas jusqu’en haut. Ils maçonnent et remplissent les vuides entre les lattes avec de la terre grasse et la couvrent de paille; puis ils mettent encore d'autres lattes qu'ils lient ensemble comme les premières par les bouts d’en haut en cercle pour tenir en estat la paille qui est dessous; ensuite ils couvrent le tout avec des nattes de canne feiidues en quatre. Ces nattes sont longues de dix pieds et de six de large ; elles sont à peu près comme des clayes, dont ils couvrent le temple; tous les ans, ils en renouvellent la couverture. Dans ce temple, ils ont un feu continuellement entretenu; c'est le soleil qu'ils disent que ce feu représente et qu'ils adorent. C’est pourquoy tous les matins, au lever du soleil, ils font un feu devant la porte du temple, et le soir au soleil couchant. Le bois pour entretenir le feu continuel du dedans du temple doit estre de chesne ou de noyer, dont on a osté l’escorce ; les busches ne doivent pas estre moins longues que de huit pieds, coupées au commencement de chaque lune. Il ya quatre gardes du temple, qui y couchent chacun par quartier et qui entretiennent le feu continuel. Si, par malheur, ils le laissoient esteindre, on leur casseroit la teste avec des mail

lets de bois, qui restent tousjours dans le temple pour cette belle expédition. Toutes les nouvelles lunes, ils font au temple des présens de pain et de farine, qui sont le profit de ses gardes. C'est dans ce temple que l’on enterre les trois premières races des nobles. Il y a dans le temple la figure d'un serpent qu’ils nomment le serpent à sonnettes. On en voit de pareils dans le pays, qui portent des espèces de sonnettes vers la queue et dont la piqueure est mortelle. Ils ont aussy dans ce temple quantité de petites figures de pierre, qui sont enfermées dans un coffre. Ils ont pareillement un collier de perles fines qu'ils tiennent de leurs ancestres; mais elles sont toutes gastées, parce qu'ils les ont percées avec un fer chaud. Ils en mettent deux ou trois au col des er'ans nobles, quand ils viennent au monde ; ils les portent jusqu’à l’âge de dix ans et ensuite on les remet au temple. A toutes les réceptions des femmes chefs on leur met au col ce collier, jusqu’à ce que la cérémonie soit faite, puis on le reporte au temple. On le garde dans un coffre comme une très précieuse relique. Soir et matin le Grand Chef et sa femme, qui seuls ont le droit d'entrer dans le temple, y viennent pour ‘rendre leur culte à leurs idoles, et, lorsqu'ils en sortent, ils racontent au peuple, qui les attend devant la porte, mille mensonges comme il leur vient en pensée.

Il arriva de nostre temps que, la Grande Cheffe (sic) noble estant morte, nous vismes la cérémonie des obsèques, qui est bien la plus horrible tragédie qu’on puisse voir. Cela nous fit frémir d'horreur, moy et tous mes camarades. Elle estoit femme chefle noble par elle-mesme. Son mari, qui n’estoit point noble, fut aussitost estranglé par le premier garçon qu’elle avoit eu de luy, pour accompagner sa femme dans le

cette emple S garmières erpent pareils rers la ans ce ermées >s fines es gas- Ils en and ils « ans et ons des que la e garde t matin d'entrer à leurs ble, qui B il leur

c) noble , qui est nous fit Le estoit

n’estoit

garçon dans le

RELATION DE PÉNICAUT, 453

grand Village, où ils croyent aller. Après un si beau commencement, l'on mit dehors la cabane du Grand Chef tout ce qui y estoit. Comme c’est l'ordinaire, on fit une espèce de char de triomphe dans la cabane, où l’on mit la morte et son mari cstranglé. Un moment après, l’on apporta douze petits enfans morts, que l'on avoit estranglés, et que l’on mit à l’entour de la morte. Ce furent les pères et les mères qui les y apportèrent, par ordre de l’aisné des enfans de la femme cheffe morte, et qui alors, comme Grand Chef, commande autant de personnes qu'il veut faire mourir pour honorer les funérailles de sa mère. On fit dresser dans la place publique quatorze eschaffauds, qu’ils ornèrent de branches d'arbres et de toiles remplies de peintures. Il se plaça sur chaque eschaffaud un homme qui devoit accompagner la deffuncte en l’autre monde. Ils sont sur ces eschaffauds, entourez de leurs parens les plus proches; ils sont prévenus quelquefois plus de dix ans avant leur mort. C’est un honneur pour leurs parens. Ils ont ordinairement offert leur mort du vivant de la défuncte, pour la bonne amitié qu'ils luy portoient, et ce sont cux-mesmes qui ont filé la corde avec laquelle on les estrangle. Ils sont habillez de leurs plus beaux habits, avec une grande coquille à la main droite, et le plus proche parent, par exemple, si c'est un père de famille qui meurt, son fils aisné marche après luy, portant la corde sous son bras et un casse-teste dans sa main droite. Il fait un cri affreux qu'ils appellent le cry de mort. Alors toutes ces malheureuses victimes, de quart d'heure en quart d’heure, descendent de dessus leurs eschaffauds et se joignent au milieu de la place, où ils dansent tous ensemble devant le temple et devant la maison de la femme Cheffe morte, puis ils remontent sur leurs

eschaffauds se remettre à leur place. Ils sont fort respectez ce jour-là, et ont @hacun cinq domestiques. Leur visage est tout rouge de vermillon. Pour moy, j'ay cru que c’estoit afin de ne pas laisser paroistre la peur qu’ils pourroient avoir de leur prochaine mort.

Au bout de quatre jours, ils commencèrent la cérémonie de la Marche des Cadavres.

Les pères etles mères, qui avoientapportéleursenfans morts, les prirent et les tinrent sur leurs mains; le plus âgé de ces enfans ne paroissoit pas avoir plus de trois ans. Ilsse placèrent à droite et à gauche dela porte de la cabane de la femme Cheffe morte. Les quatorze victimes, destinées à estre estranglées, s’y rendirent dans le mesme ordre; les chefs et les parens de la morte y parurent de mesme en deüil, c’est-à-dire les cheveux coupez. Ils firent alors des hurlemens si effroyables que nous crusmies que les diables estoient sortis des Enfers, pour venir hurler dans cet endroit. Les malheureux destinez à la mort dansèrent, et les parens de la morte chantèrent. Quand on commença la marche de deux à deux de ce beau convoy, l'on sortit la morte de sa cabane, que quatre Sauvages portoient dessus leurs espaules, comme sur un brancard. D'abord qu'elle fut sortie, l’on mit le feu à la cabane (c'est la grande mode des nobles). Les pères, qui portoient leurs enfans morts sur leurs mains, marchoient devant, à quatre pas de distance les uns des autres, et au bout de dix pas de marche, ils les laissèrent tomber par terre. Ceux qui portoient la morte passoient par-dessus et faisoient trois fois le tour de ces enfans. Les pères ensuite les ramassoient, et se remettoient en marche en leur rang, et de dix pas en dix pas ils recommencèrent cetteaffreuse cérémonie, jusqu’à ce qu’on

tez ce t tout in de e leur

monie

morts, de ces cèrent Cheffe nglées, rens de es che- )yables Enfers, estinez itèrent.

e beau e Saubrancabane brtoient ant, à de dix eux qui ois fois t, et se iX pas

qu'on

RELATION DE PÉNICAUT. 455

fust au temple, de sorte que ces enfans estoient par morceaux, quand ce beau convoy y arriva. Pendant qu'on enterroit la femme noble dans le temple, les victimes furent déshabillées devant la porte, et, après qu'on les eut fait asseoir par terre, un Sauvage s’assit sur les genoux de chacune d’elles, pendant qu'un autre par derrière luy tenoit les bras. On luy passa alors une corde au col, et on luy mit une peau de chevreüil sur la teste; on fit avaler trois pilules de tabac à chacun de ces pauvres malheureux, et on leur donna un coup d’eau à boire, afin que les pilules se détrempassent dans leur estomac, ce qui leur fit perdre connaissance ; puis les parens de la défuncte se rangèrent à costé d’eux, à droite et à gauche, et tirèrent, en chantant, chacun un bout de corde, qui estoit passé à l’entour du col avec un nœud coulant jusqu'à ce qu'ils fussent morts, après quoy on les enterra.

Si un chef meurt et qu’il ayt encore sa nourrice, il faut qu’elle meure avec luy.

Cette nation suit encore aujourd’huy cette exécrable méthode, malgré tout ce qu'on a pu faire pour les en destourner. Nos missionnaires n’ont jamais pu y réussir : tout ce qu'ils pouvoient faire, c'estoit d'obtenir quelquefois de baptiser ces pauvres petits enfans, avant que leurs pères les estranglassent. Au reste, cette nation est trop entestée de sa religion, qui flatte les mauvais penchans de leur nature corrompue, pour qu'on y ait jamais pu faire aucun progrès de conversion et y establir le Christianisme.

Nous avions demeuré assez longtemps dans ce village et nous estions pour ainsy dire saisis de tristesse et d’horreur d’avoir veu un spectacle si affreux. C’est pourquoy nous ré-

solusmes de partir deux jours après pour retourner au fort de

la Mobile, après les avoir remerciez des bons traitemens dont ils nous avoient régalez pendant le temps que nous y avons esté; ils nous reconduisirent jusqu'à nos canots. C’estoit à qui nous fourniroit des vivres, nous priant de revenir le plus tost que nous pourrions. Nous partismes après les avoir embrassés encore au bord de l’eau, et nous vinsmes coucher au Baston-Rouge; nous faisions beaucoup de chemin par jour parce que les courans du Mississipy sont très rapides en descendant.

Nous arrivasmes au fort de la Mobile en quatorze jours, où nous trouvasmes un vaisseau, arrivé de France, qui nous avoit apporté des vivres; ce vaisseau se nommoit le Pélican, commandé par M. Ducoudray. Il avoit amené de Paris vingt-six filles ; ce sont les premières qui sont arrivées à la Louisiane. Elles estoient fort sages, aussy n’eurent-elles pas de peine à trouver à se marier; elles estoient sous la conduite d’un prestre appelé M. Huet, qui resta à la Louisiane, tant pour l'instruction des François que pour la conversion des Sauvages.

On releva peu de temps après deux compagnies de la garnison et l’on nous laissa d’autres soldats à la place qui ne valoient pas ceux qui s’en allèrent, qui estoient déjà au fait de connoistre le pays.

Les R. P. Dongé et de Limoges s’en retournèrent en France dans le Pélican. M. de Bienville chargea M. du Coudray, le capitaine du vaisseau, de plusieurs paquets de lettres pour la Cour.

ns dont avons stoit à le plus ir emher au ar jour ides en

Jurs, OÙ us avoit h, COMingt-six uisiane.

peine à un presour l'in- Luvages.

la garqui ne

fait de

France oudray, lettres

RELATION DE PÉNICAUT.

Page 1