‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 178 sur 267 · NE · texte numérisé non relu

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provision de vin, d’eau-de-vie et de viandes salées, qu'on fit placer dans les magasins.

Aussitost, M. de Bicnville fit donner ses ordres pour envoyer des Sauvages dans tous les endroits où nous estions allés pour vivre, avertir tout le monde de revenir à la Mobile. D'abord que nous le sçusmes, nous en fusmes fort chagrins, mais il fallut nous résoudre à partir, Ce ne fut pas sans peine non plus du costé des Sauvages, car ils nous aimoient véritablement, surtout les filles, qui regrettoient fort de nous voir partir, entre autres, celles à qui Picard avoit commencé à montrer à danser au son du violon Avant le départ ils nous firent présent de plusieurs peaux de chevreüils, qui nous servirent bien en descendant le Mississipy, car il faisoit bien froid ; ils nous fournirent aussy des vivres pour quatre jours. Après les avoir embrassés, nous entrasmes dans nos canots et nous partismes pour descendre à la Mobile, où nous arrivasmes en trois jours. Nous saluasmes MM. de Bienville et de Noyan, auxquels nous contasmes avec quel agrément nous avions demeuré chez les Colapissas, ce qui leur fit plaisir; mais ce qui nous en fit aussy à nous fut de voir les provisions qui nous estoient arrivées et d’y trouver du vin, que nous n'avions pas chez les Colapissas, ce qui nous consola de la perte des faveurs de leurs filles.

Le nombre des prestres estant augmenté, on fit bastir, à la gauche du fort, un plus grand presbytère que celuy qu'ils avoient, Il estoit situé sur une éminence d’où ils descouvroient tous les environs.

Pendant ce temps MM. de Rienville et de Noyan envoyèrent deux François Canadiens porter des lettres, par terre, aux

Hlinois Kaskaskias, parce que M. de Bienvilie désiroit de sça-

voir combien il y avoit de chemin par terre. On leur donna deux Mobiliens pour guides; ils allèrent de la Mobile aux Chactas, à soixante et deux lieues de la Mobile, ensuite ils passèrent par les Chicachas, qui sont cinquante lieues par delà les Chactas ; ils gagnèrent de là la Rivière d'Oüabache, qu'ils passèrent dessus un petit train qu'ils firent, et de là, à trente-trois lieues plus haut, ils trouvèrent les Illinois Kaskaskias, d'où ils revinrent au bout de six mois de voyage, en redescendant le Mississipy. D'abord qu'ils furent arrivez à la Mobile, ils rendirent à M. de Bienville les lettres de messieurs les R. P. Jésuites, et luy dirent qu'il n’y avoit que cent quatre-vingt-quinze lieues par terre, au lieu que par le Mississipy il y en a quatre cents. La nation des Illinois Kaskaskias est catholique. Ces Sauvages ont quitté depuis trois ans l'habitation qu’ils avoient sur le bord du lac Pimiteouy, soixante lieues en dedans la Rivière des Illinois, en montant depuis son embouchure, où elle se jette dans le Mississipy, et sont venus s’establir sur une petite rivière qui porte aujourd’huy leurs noms, à deux lieues du bord du Mississipy, à la droite en montant, quarante-trois lieues en deçà de la Rivière des Illinois. Cette nation est fort civilisée, nous en parlerons dans la suite.

M. de Noyan, au bout de deux mois de son arrivée, s’en retourna en France.

Nous allasmes, quelques jours après, à Pensacola avec M. de Chasteaugué reporter au gouverneur du fort les farines qu’il nous avoit prestées l'année précédente. En revenant de Pensacola, comme nous approchions avec nostre traversier de l’isle Dauphine, vers la petite isle de sable qui est devant, nous aperceusmes de loin comme un petit vaisseau marchand.

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avec M. de ines qu’il t de Penversier de ant, nous archand.

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M. de Chasteaugué fit voguer vers cet endroit pour reconnoistre si ce ne seroit pas des Anglois ; nous en estant approchés davantage, nous vismes que c'estoient des personnes qui nous faisoient signe de les venir secourir. M. de Chasteaugué fit avancer le traversier jusqu'à la portée de la voix. Alors nous les entendismes crier assés distinctement en françois d’avoir pitié d'eux et de vouloir venir pour leur sauver la vie. Aussytost, ne doutant pas qu'ils ne fussent Francois, nous allasmes à eux, et nous les secourusmes. Ils avoient eschoué sur la pointe de cette isle, où ils avoient esté poussez par une tempeste, qui les avoit battus pendant dix jours de suite. Plus de la moitié de leur monde estoit périe et tombée dans la mer. Ils avoient esté entièrement démastez; la proue du vaisseau avoit esté brisée par la violence de la tempeste. Ils avoient esté obligez de jeter en mer tous leurs canons et leurs munitions. Il y avoit quatre jours qu'ils n’avoient pas mangé ; ils estoient si transportez de joye du secours qui leur arrivoit, contre toute espérance, qu'ils baiscient la terre en arrivant dans l’isle Dauphine, où nous les portasmes dans nostre chaloupe. M. de Chasteaugué leur fit aussytost donner à manger, mais peu à la fois, de peur que la quantité ne leur fist mal. Le capitaine du vaisseau, qui se nommoïit M. de Saint- Maurice, estoit de la Martinique, et il en estoit parti avec son vaisseau pour aller trafiquer à la Havane et à la Vera-Cruz, où il avoit vendu très bien sa marchandise; mais, en s’en retournant, il eut un calme qui dura dix-huit jours. Comme les vivres commençoient à luy manquer, quelques matelots, tels qu'il yen a tousjours parmi ces gens-là qui vivent en impies, au lieu d’implorer le secours du ciel, se mirent à jurer et à faire des imprécations contre Dieu; ils jetèrent en

mer un petit saint Antoine, de sculpture de bois, avec une pierre attachée au col; c'estoit le nom du vaisseau sous la protection de ce saint, à qui le maistre du vaisseau l’avoit dévoué. Dès le lendemain ils eurent cette tempeste que je viens de rapporter, qui fit périr plus de cinquante de ces blasphémateurs qui furent la cause de la perte du vaisseau. C’est ce que M. Maurice, capitaine du vaisseau, dit à M. de Chasteaugué, et que j'ay entendu, comme je le rapporte. Il luy restoit encore quarante mille piastres, qu’il dit qu’on trouveroit à fond de cale du vaisseau dans le sable, et qu’il prioit M. de Chasteaugué de vouloir accepter pour le remercier de l'obligation qu’il luy avoit de luy avoir sauvé la vie à luy et à ses gens. [I luy restoit encore quarante-cinq hommes qui estoient plus morts que vifs la pluspart,quand nous les transportasmes à l’isle Dauphine, car à peine avoient-ils la force de se soustenir. M. de Chasteaugué envoya chercher les quarante mille piastres et tout ce qu’on put sauver de ce qu’il y avoit dans le vaisseau, qu'on apporta à l'isle Dauphine. Mais bien loin de recevoir, il remit au capitaine tout son argent et ses effets, et ne voulut pas permettre que personne n'en receust rien, luy disant qu’il en auroit besoin pour acheter quelque petit vaisseau pour retourner à la Martinique, ce qui n'arriva pas sitost : car il fut obligé de rester long-temps avec nous à la Mobile, où nous le conduisismes avec ses gens dans nostre traversier.

Cette mesme année plusieurs familles, qui demeuroient à la Mobile, demandèrent permission à M. de Bienville d’aller s’establir à l’isle Dauphine, ce que M. de Bienville leur accorda, Ils y firent bastir des maisons et cultivèrent des jardins; ils y menèrent leurs bestiaux et leurs volailles, ce qui

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fut dans la suite un grand soulagement pour les vaisseaux qui venoient de France aborder à la rade de cette isle.

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