‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 180 sur 267 · RENCONTRE DE QUINZE SAUVAGES CHACTAS · texte numérisé non relu

RENCONTRE DE QUINZE SAUVAGES CHACTAS

CONTRE CINQUANTE ALIBAMONS.

Au commencement de cette année, le fort de la Mobile et l’'establissement des habitans des environs du forc furent inondés par le débordement de la rivière, de telle sorte qu'il n’y eut que les hautes élévations qui n’en furent pas endommagées.

MM. d’Artaguiette et de Bienville voyant, suivant le rapport que leur en firent les Sauvages, que nous serions souvent exposez à ces sortes d’inondations, résolurent de faire changer le fort de la Mobile. Ils choisirent la place, où nous avons mis les Sauvages Chactas, sur l’anse de la baye de la

Mobile, à la droite. On donna aux Sauvages de qui nous V. 31

prenions la place un autre endroit pour y faire leur demeure, deux lieues plus bas, à nostre droite, en descendant à la mer, sur le bord de la Rivière aux Chiens.

M. Paillou, aide-major, alla avec nos officiers à cet endroit, où l'on avoit arresté de faire faire le nouveau fort. Il en traça l'enceinte nécessaire pour le dedans, et ensuite la distance pour les vuides de la descouverte des dehors du fort; il marqua aussy, plus loin que ces distances, aux habitans le lieu de chaque famille, leur donnant à chacun douze toises de large de terrain sur vingt-cinq ‘de longueur. — Il marqua en mesme temps l'endroit des casernes pour les soldats ; l'habitation des prestres estoit à la gauche du fort et regardoit la mer. On travailla toute l’année à cet establissement.

Pendant ce temps-là, M. Lavigne-Voisin, capitaine de Saint-Malo, vint aborder à l’isle Dauphine, où il mouilla, et vint ensuite à la Mobile voir MM. d’Artaguiette et de Bienville, et, après y avoir demeuré quelques jours, il leur demanda permission de faire bastir un fort à l'isle Dauphine, ce qui leur fit plaisir. Il ne manque pas d’y faire travailler, aussitost qu'il y fut arrivé; il fit faire à son fort des embrasures pour y mettre du canon, qui défendoit l’entrée du port à tous les vaisseaux qui seroient venus pour y aborder.

Il fit bastir parcillement une église fort belle dans l’endroit, où demeuroient les habitans de l’isle, — La face de l’église regardoit le port où estoient les vaisseaux, de sorte que ceux qui estoient dans les vaisseaux y pouvoient venir en un moment entendre les messes, ce qui fut cause que plusieurs habitans des environs de la Mobile allèrent s'establir à l'isle Dauphine. M. de Lavigne-Voisin, au bout d’un mois, s’en retourna en France.

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l'endroit, de l’église que ceux

un moeurs habiir à l'isle mois, s'en

Cette année une nation sauvage, nommée les Oumas, abandonna son habitation pour venir demeurer sur le bord du Mississipy, proche la Rivière des Chetimachas.

Une autre natior. sauvage, nommée les Tonicas, chez qui demeuroit M. Divion, ce prestre qui avoit pensé perdre la vie pour avoir brisé leurs idoles, alla s'establir à la place qu'avoient quittée les Oumas.

Cette année, un party de quinze Chactas, qui estoient à la chasse des ours, fut rencontré dans les bois par un party de cinquante Alibamons, leurs ennemis. Le chef des Chactas, nommé le Dos Grillé, homme de cœur, ne fut point estonné du nombre des Alibamons, et quoy qu’il eust d'abord un coup de fusil de fort loin, dont la balle luy avoit percé la joue, il retira la balle qui luy estoit restée dans la bouche, qu’il mit dans son fusil, dont il tua celuy qui l’avoit blessé. Il fit dans l'instant rassembler ses quinze hommes dans un endroit un peu élevé, d'où, chacun s'estant posté derrière un arbre, ils tuèrent plus de trente Alibamons, qui n'osèrent pas résister davantage et s'enfuirent abandonnant leurs morts et blessés. Les Chactas n'eurent que trois hommes de tuez et trois ou quatre de blessez fort légèrement; ils apportèrent à nostre fort, à MM. d'Artaguictte et de Bienville, les trente chevelures des Alibamons, et deux chevreüils qu'ils avoient tuez en venant, On leur fit des présens de marchandises et on leur donna beaucoup de poudre et de balles pour les récompenser de leur bravoure.

Le chef de ces Chactas en avoit tué huit pour sa part, tout blessé qu’il estoit, comme je l’ay dit, d'un coup de balle dans la bouche.

Plusieurs habitans de la Mobile allèrent cette année s’es-

tablir sur le bord de la mer, dans un endroit appellé Miragouin, à 5 lieues de la Mobile, en tirant du costé de l’isle Dauphine, une lieue au-dessus de la Rivière aux Poules.

Le reste de l’année se termina à perfectionner le nouveau fort que l’on faisoit sur le bord de la rier; on y fit deux batteries en dehors le fort, chacune de douze pièces de canon, qui regardoient la mer.

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