‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 200 sur 267 · ARLES ANNE, RP · texte numérisé non relu

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RELATION DE PÉNICAUT. 555

M. Dubuisson, qui commandoit, on le sait, la concession de M. Päris, establie dans le vieux village des Bayagoulas, sur le bord du Mississipy. Par cette lettre, il luy marquoit qu'il n'estoit point en seureté dans sa concession, tant que les François seroient en guerre contre la nation des Sauvages, nommée les Chétimachas, qui estoient tous les jours en party aux environs de sa concession. Pour peu que ses gens s’en esloignassent, ils estoient exposez tous les jours à estre pris ou tuez, comme cela estoit déjà arrivé à deux des sergents; ils estoient obligez d'estre nuit et jour, les armes à la main, ce qui les empéchoit de pouvoir travailler à leur concession. Sur cet avis, M. de Bienville m'’envoya seul chez les Chétimachas pour parler à leur chef et l’engager à faire la paix avec les François. Quoique cette commission me parust fort périlleuse, je ne laissay pas de l'entreprendre, parce que je parlois assez bien leur langue et que je connoissois quelques-uns de ces Sauvages. Je conceus le dessein, non pas d'aller droit au village des Chétimachas, mais de monter au village des Oumas, où j'espérois de rencontrer quelques Sauvages des Chétimachas, qui viennent assez souvent, parce que ce sont leurs plus proches voisins. Je ne fus point trompé dans mon attente; j’en trouvay trois, à qui je parlay. Je leur dis que j'avois ordre de M. de Bienville d'aller trouver leur chef pour leur faire faire la paix avec les François. Ces trois Sauvages furent fort resjouis d'apprendre ces nouvelles, parce que, tant qu'ils ont eu la guerre avec nous, ils ont eu pour ennemis les Sauvages, amis des François, qui estoient tous les jours en party contre eux par ordre de M. de Bienville et qui leur ont tué beaucoup de monde. C’est pourquoy ces trois Sauvages n'hési-

tèrent pas à me suivre, quand je leur dis de venir avec moy jusqu'à la concession de M. Pâris, qui n'’estoit qu'à sept lieues de là. — Quand nous y fusmes arrivez, M. Dubuisson leur donna quelques petits présens’ pour porter à leurs chefs, avec des vivres pour leur voyage. Je les invitay à revenir dans dix jours au plus tard, en leur donnant dix morceaux de bois, qui sont des marques avec lesquelles les Sauvages comptent par nuits, de mesme que nous comptons par jours. Ils ne manquèrent pas de revenir au bout de dix jours, mais ils restèrent sur le bord de leur rivière, qui est à cinq lieues de la concession de M. Päris. IL n’y eut que les trois Sauvages que j'avois envoyés, qui vinrent à la concession m'avertir que le Grand Chef avec sa femme et quarante Chétimachas m'attendoient à cet endroit pour me parler. J'hésitay un peu à y aller seul. C'estoit courir des risques. Cependant je pris ma résolution, ne voyant personne qui voulust m’y accompagner. Je partis avec les trois Sauvages. D'abord que je fus arrivé au bord de la rivière et qu’ils m'aperceurent, ils firent un cri espouvantable. Je crus alors estre trahi et que c'estoit le dernier jour de ma vie, mais ce cry si estrange n’estoit qu’un cry de joye, car le Grand Chef me receut parfaitement bien et me dit que cela luy feroit grand plaisir à luy et à toute sa nation de faire la paix avec les François. Je luy dis qu'il falloit pour cela qu'ils vinssent à la Nouvelle- Orléans pour y chanter leur calumet de paix à M. de Bienville, nostre commandant. Ils me dirent qu'ils me suivroient partout où je voudrois les mener. Je les conduisis d’abord à la concession de M. Pâris, où M. Dubuisson leur donna des vivres, et, après qu'ils y eurent passé la nuit, nous partismes le lendemain dès la pointe du jour pour descendre à

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la Nouvelle-Orléans, où ils restèrent huit jours, parce qu'il fallut attendre la response de M. de Bienville, qui manda à M. de Pailloux de leur faire chanter leur calumet de paix et de la conclure aux conditions suivantes :

Premièrement, qu'on ne leur rendroit pas les esclaves qu’on avoit faits sur eux pendant la guerre et qu'ils rendroient tous les François qu'ils pouvoient avoir pris ou qui seroient dans leurs villages.

Secondement, qu'ils quitteroient l’habitation où ils estoient dans leur rivière, pour venir s’establir sur le bord du fleuve de Mississipy, dans un endroit qu’on leur marqua, une lieue au-dessous de la concession de M. Pàris, conditions qu'ils acceptèrent tous et qu'ils ont tenues fidèlement dans la suite, puisque quinze jours après ils descendirent avec leurs familles et leurs bestiaux chargez de leurs e‘fets pour s’y venir establir, Avant de les renvoyer, M. de Pailloux leur fit les piésens que M. de Bienville avoit marqué qu'on leur fist, dont ils furent très contens.

Cette paix, que l'on fit avec les Chétimachas et qui les avoit obligés à venir s'establir sur le bord du Mississipy, fut la cause de plusieurs changemens d'habitations d'autres nations Sauvages, qui vinrents’'establir sur le bord du Mississipy. Les premiers furent les Chaouachas, qui estoient de vingt lieues esloignez du bord du fleuve, et qui vinrent s’establir trois lieues au-dessous de la Nouvelle-Orléans, à la droite en montant, sur le bord du Mississipy. Les Ouachas pareillement, qui estoient esloignez de vingt-cinq lieues du fleuve, vinrent s'establir onze lieues au-dessus de la Nouvelle- Orléans, à la gauche en montant, trois quarts de lieue audessus de la concession de M. de Mœuve.

Les Colapissas, qui demeuroient au bord du lac de Pontchartrain, vinrent faire aussy leur establissement sur le bord du Mississipy, treize lieues au-dessus de la Nouvelle-Orléans, à la droite. Toutes ces nations sont fort laborieuses et sont d’un très-grand secours pour les vivres qu'ils fournissent aux François, tant pour les troupes que pour les personnes des concessions.

Sur la fin de cette année, M. de Saint-Denis, avec Jalot, son valet de chambre, arriva à l’isle Dauphine, où il embrassa M. de Bienville, à qui il ne dit pas grand’chose de son voyage, parce que M. de Saint-Denis estoit fort réservé dans ce temslà pour M. de Bienville, depuis une pique qu'ils avoient eue ensemble. C’est ce qui l’obiigea à taire les circonstances que Jalot, son valet de chambre, m’a rapportées et dont j'ay commencé à parler dans l’année 1716. En voicy la suite.

Quand M. de Saint-Denis fut arrivé au village de la Rivière du Nord, dans la maison de don Pedro de Vilesca, son beaupère, et que dona Maria, surprise par luy dans le jardin, fut revenue de son évanouissement, après avoir reconnu son mary, ils entrèrent dans la maison de don Pedro, qu'elle alla avertir avec don Juan, son oncle, de l’arrivée de M. de Saint- Denis. Ils vinrent aussytost le trouver dans le petit salon du jardin où dona Maria avoit laissé son mary, et, après qu’ils se furent longtemps embrassez, ils montèrent ensemble à la chambre de dona Maria, qui estoit au-dessus de ce salon. L'on y apporta à souper à M. de Saint-Denis, qui mangea fort peu, puis, après bien des complimens de part et d’autre, ils le laissèrent reposer, voyant bien qu'il en avoit besoin et qu'il estoit très-fatigué. Le lendemain il resta fort tard au lit, c'est pourquoy don Pedro et don Juan n’allèrent à ia chambre

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