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RELATION DE PÉNICAUT. 559
de M. de Saint-Denis que sur le midy, où ils firent apporter à dîner et dinèrent ensemble avec dona Maria. Après le repas, don Pedro tira à part son gendre, et, après bien des marques d'amitié et luy avoir tesmoigné qu'il estoit ravy de le revoir chez luy, il luy dit qu'il le prioit instamment de luy accorder une grâce. M. de Saint Denis, qui n'avoit rien à luy refuser, luy dit qu’il estoit prest à luy rendre tous les services qu'il pourroit, mesine aux despens de sa vie. « Je ne vous aurois pas fait cette prière, ajouta don Pedro, si ce n'estoit que vostre vie est en danger aussy bien que la mienne, dans le cas où vous ne suivriez pas l'avis que j’ay à vous donner. » En mesme tems, don Pedro luy apprit qu'on avoit ordre du Vice-Roy du Mexique de l'arrester, s'il venoit voir dona Maria , qu'un officier de cavalerie avec vingt-cinq cavaliers, de la part du gouverneur de Caoüil, estoit depuis six mois dans le village à l'attendre; qu'il falloit absolument que luy et son valet de chambre ne sortissent point de la maison, parce qu'autrement, luy disoit son beau-père, si l'on vous aperçoit, vous serez mené au Vice-Roy, des mains duquel vous ne sortirez pas si facilement que la première fois. J'ay moi-mesme ordre de vous arrester, ce que je ne feray jamais, deust-il m'en couster la vie : c'est pourquoy, luy répéta encore don Pedro, je vous prie de ne point sortir de ma maison, où personne ne vous a veu entrer et où on ne vous descouvrira pas seurement, surtout dans la chambre de dona Maria, où personne n'entre jamais. » M. de Saint-Denis le remercia de son conseil et défendit en mesme temps à Jalot, son valet de chambre, de sortir, soit la nuit, soit le jour, du petit salon où il couchoit au-dessous de sa chambre. Ce qui est surprenant, me dit Jalot, c’est que M. de Saint-Denis passa près
d'un an de cette sorte, sans sortir seulement de la chambre de sa femme que le soir fort tard qu'il alloit se promener avec elle sous une allée d'arbres dans le jardin de la maison. Dona Maria, sa femme, devint grosse pendant ce temps-là de son second erfant. Je crois que c'est ce qui empeschoit M. de Saint-Denis de s'ennuyer, car ils s'aimoient plus tendrement que jamais.
« Pour moy, me contoit Jalot, je n'ay jamais passé de tems qui m'ait semblé plus long, surtout dans l’hyver que l’on ne pouvoit plus se promener dans le jardin à cause des froids. Je me chauflois quelquefois sur le soir, quand la porte de la maison estoit fermée, dans la cuisine, près du feu, avec une grande, maigre et laide servante qui s’appeloit Luce, plus fière que la fille du plus célèbre barbier de Mexico. » Au bout de dix mois, dona Maria accoucha d'un garçon qui fut nommé don Juan, du nom de l'oncle de la femme de M. de Saint-Denis, qui en fut le parrain avec dona Isabelle, la sœur de sa femme. L'enfant fut baptisé secrètement dans la maison, dans la chambre de don Pedro, par un cordelier. M. de Saint-Denis estoit resté, pendant le baptesme de son fils, dans la chambre de sa femme, et il ne parut pas devant ce moine, de crainte d'estre descouvert. Dona Maria voulut nourrir son enfant elle-mesme. Il ressembloit tout à fait à M. de Saint-Denis.
Au bout de six semaines, le beau tems estant desjà bien avancé, don Pedro, un matin, vint trouver M. de Saint-Denis dans la chambre de sa femme et luy dit, avec un visage qui paroissoit fort inquiet, qu'il estoit averti qu'on soupçonnoit qu'il estoit caché dans sa maison, et que l'officier qui estoit dans le village l’étoit venu voir et luy avoit demandé à voir
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