‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 204 sur 267 · ABANDON DE L'ISLE DAUPHINE · texte numérisé non relu

ABANDON DE L'ISLE DAUPHINE

Au mois de Février arrivèrent à la rade de l’isle Dauphine trois vaisseaux qui venoient de France, nommés le Comte de Toulouxe, le Maréchal de Villars et le Saint-Louis, commandez par M. de Sérigny. MM. de Villardeau, Le Gac ct du Chambeau ! estoient venus pour directeurs à la place de M. Rogcon, qu’ils relevèrent. Il y avoit aussy M. de Montplaisir, chef d'une compagnie de trente ouvriers du Clérac, pour travailler à une manufacture de tabac, et M. de Catillou?, gentillomme irlandois, qui avoit emmené sous ses ordres

1. Une autre relation dit : Larchebault, — 2. Et de Cantillon.

soixante hommes pour travailler à une concession qu'il y venoit establir.

Cette concession fut placée dans la fourche des Ouachitas, sur le bord de la rivière Rouge, à huit lieues, à la droite, en montant dans cette rivière depuis son embouchure, à soixante et quatorze lieues de la Nouvelle-Orléans.

La concession de M. de Bonne, qui estoit venu en qualité de procureur général avec toute sa famille et quinze personnes, fut placée à deux lieues, à la droite, au montant de la rivière d'Orléans.

La concession de MM. Pellerin et Bellecourt, avec quinze personnes et leur famille, fut placée au village des Natchez.

M. de Sérigny avoit emmené plus ces trois vaisseaux beaucoup de soldats, d'ouvriers et deux cent cinquante nègres qui furent employez d'abord à la décharge des vaisseaux ct à transporter les munitions et les marchandises dans les magasins de l’isle Dauphine.

Quand M. de Sérigny eut mis pied à terre à l’isle Dauphine, il déclara, quelques jours après, que la guerre estoit ouverte avec l'Espagne. C’est pourquoy il tint conseil avec M. de Bienville et les autres officiers ; là il fut conclu qu'on iroit assiéger le fort de Pensacola, qui est le plus proche que les Espagnols ayent du costé de la Mobile. Il y envoya pour ce sujet M. de Bienville, afin de faire avertir tous les habitans de se tenir prests pour venir à cette expédition : il fit avertir en mesme temps les Sauvages de nos amis les plus proches et leur marqua un jour préfixe pour se rendre à la Mobile. Quand tous les soldats françois et les Sauvages y furent arrivez, MM. de Bienville et de Chateaugué avec les autres officiers et toutes ces troupes partirent de la Mobile pour aller par terre assié-

ee

u'il y ve-

uachitas, lroite, en soixante

n qualité nze perant de la

C quinze atchez.

ux beauègres qui aux ct à

>s Maga-

auphine, | ouverte de Bien- : assiéger spagnols jet M. de se tenir n mesme eur marand tous MM. de et toutes re assié-

RELATION DE PÉNICAUT. 567

ger Pensacola, pendant que M. de Sérigny alloit par mer avec quatre vaisseaux attaquer le fort. Les Espagnols ne firent pas de résistance et se rendirent dès le mesme jour par composition qui fut telle :

Premièrement qu'on leur fourniroit deux vaisseaux pour les conduire à la Havane avec les vivres nécessaires ;

Deuxièmement qu'ils laisseroient tous leurs armes et munitions tant canons que fusils, poudres, boulets et vivres qui estoient dans le fort.

Ce fort n'ayant presque rien cousté à prendre et les fortifications n'estant presque point offensées, on y laissa M. de Chateaugué pour gouverneur avec trois cens François et les munitions de guerre et de bouche nécessaires, — On renvoya tous les Sauvages chez eux, et MM. de Sérigny et de Bienville ramenèrent les troupes à la Mobile et à l'isle Dauphine.

Peu de jours après on envoya à la Havane les quatorze cens Espagnols qui devoient y estre renvoyez par composition; on lesfit partir dansles deux vaisseaux le Comte de Tou. louxe etle Maréchal de Villars, mais le gouverneur ayant fait armer dix bélandres et fait soulever les prisonniers, que nous y avions conduits dans nos deux vaisseaux, ils s'en emparérent ct firent nos gens prisonniers, et aussitost revinrent mettre le siège devant Pensacola. MM. de Sérigny et de Bienville, qui ne s'estoient point attendus à une pareille trahizon, n’eurent pas assez de tems pour faire assembler les troupes et les Sauvages qu'ils avoient congédiez, pour pouvoir aller au secours de Pensacola ; d’un autre costé M. de Chateaugué ne s’estoit pas préparé à estre assiégé sitost. Il eut encore le chagrin de voir que de trois cens hommes qu'il ävoit pour toute garnison, il en déserta quatre-vingt-dix dès le premier

jour qu'il fut assiégé, et que toutes ses exhortations estoient inutiles aux deux cens qui luy restoient, quoyqu'il les encourageast le mieux qu’il pust par ses paroles et son exemple à se bien défendre; ils se défendirent en effet si mal, qu'il fut obligé au bout de quatre jours de se rendre prisonnier de guerre avec sa garnison.

Les Espagnols mirent nos soldats à fond de cale, les mains et les pieds liés. Pour MM. de Chatcaugué et de Chambeau, ils furent d’abord conduits à la Havane dans une de leurs bélandres.

Après que les Espagnols eurent repris Pensacola, ils descendirent par le conseil des déserteurs françois du costé de l'isle Dauphine, se flattant d'y entrer et de mettre pied à terre pour la piller, par le moyen de neuf bélandres qu'ils montoient et de nos deux vaisseaux qu'ils avoient armez et garnis de beaucoup de troupes. M. de Bienville, ayant prévu cet événement, avoit envoyé ordre à plusieurs nations différentes des environs de la Mobile de descendre à l'isle Dauphine. M. de Saint-Denis y descendit du Biloxi, conduisant avec luy grand nombre de Sauvages des environs où il demeuroit, ce qui fut d’un très-grand secours pour l'isle Dauphine. Il y vint aussy beaucoup de monde des concessions, qui la défendirent aux endroits, où ils furent postez, avec beaucoup de courage, de sorte que les Espagnols furent repoussez de tous les costez de l’isle, à toutes les descentes qu’ils tentèrent de faire pendant douze jours et douze nuits consécutifs.

Une des plus fortes de leurs bélandres, dans laquelle estoient les quatre-vingts déserteurs françois, envoya ses hommes à terre en un endroit qui est au commencement de la baye de la Mobile, appellé Miragouin, où ils sçavoient qu'il y

es

ses

HRGERAES

Page 1