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RELATION DE PÉNICAUT. 569
avoit des marchandises de plusieurs personnes des concessions. Ils en pillèrent une partie, qu’ils portèrent dans des canots à leur bélandre, mais y estant revenus une seconde fois, ils furent surpris par un party de Sauvages mobiliens, qui en tuèrent une trentaine et en prirent dix-sept qu'ils conduisirent à la Mobile, où ils eurent la teste cassée. Au bout de douze jours, les Espagnols n'ayant pu réussir dans l'entreprise de l’isle Dauphine s’en retournèrent à Pensacola.
Dans ce mesme temps, M. de Champmeslin, chefd'escadre, arriva avec cinq bastimens de guerre à la rade de l'isle Dauphine; il fit avertir M. de Sérigny de faire assembler ses troupes pour aller par terre à Pensacola, pendant qu'il iroit avec son escadre dans le port pour attaquer le fort. Dès que M. de Sérigny eut receu cette nouvelle, il en escrivit à M. de Bienville qui estoit à la Mobile. M. de Saint-Denis s'y rendit pareillement avec plusieurs nations de Sauvages qu’il y conduisit. M. de Sérigny, ayant sceu que toutes les troupes y estoient assemblées, partit de l'isle Dauphine pour se rendre à la Mobile et mener toutes ces troupes par terre devant Pen-
sacola.
Quand M. de Champmeslin eut esté averti que M. de Sérigny avoit investi le fort de Pensacola par terre, il entra le premier dans le port avec son vaisseau nommé l’Hercule, et fut suivi de quatre autres, qui y entrèrent sans tirer un seul coup de canon. Il n’y eut que le dernier vaisseau, le Mars, qui fit feu de ses deux bords sur le petit fort, pendant deux heures, et le renversa entièrement ; ce petit fort se défendit
seul. Le gouverneur espagnol qui y commandoit, voyant que son fort n’estoit plus en estat de défense, au bout de deux heures fit battre la chamade.
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M. de Champmeslin avoit fait face au grand fort, qui ne se défendit aucunement et se rendit d'abord sans tirer un seul coup de canon, de sorte que la reprise de Pensacola ne dura pas plus de trois heures. MM. de Sérigny et de Bienville firent entrer les Sauvages dans le grand et le petit fort, qu'ils furent autorisés à piller pour les récompenser de leurs travaux. Les neuf bélandres des Espagnols et nos deux vaisseaux qu'ils avoient pris par trahison et armez furent pris après un petit combat qui dura tout au plus une heure. I] y avoit, tant dans le grand que dans le petit fort de Pensacola, quinze cens Espagnols, que l'on renvoya à la Havane. Après que les Sauvages eurent pillé tout ce qui estoit dans Pensacola, on fit raser les deux forts entièrement.
Pendant ce tems, M. de Saint-Denis fit donner à M. de Champmeslin et aux capitaines etofliciers de marine le divertissement de la danse des Sauvages, qui luy chantèrent un calumet de paix. Ensuite M. de Saint-Denis, de la part de M. de Champmeslin, leur fit une ha: ingue en leur langue, les exhortant d’estre tousjours les amis des François; après ce discours, il leur fit à tous des présens, dont ils furent trèscontens. Peu de jours après la démolition de Pensacola, M. de Champmeslin s’en retourna en France avec son escadre. On mena à l’isle Dauphine les bélandres espagnoles et nos deux vaisseaux. MM. de Bienville et de Saint-Denis congédièrent les Sauvages et conduisirent les troupes françoises à la Mobile et à l’isle Dauphine. Comme Pensacola estoit un poste avancé, on y laissa un sergent avec douze soldats pour donner avis des vaisseaux qui aborderoient de ce costé-là. Lorsque M. de Champmeslin arriva à l’isle Dauphine avec son escadre, il estoit venu une flûte nommée la Marie,
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RELATION DE PÉNICAUT, 571
dans laquelle estoit M. Arnoud :, capitaine de cinquante mineurs qu’il avoit amenés avec luy, comme aussi beaucoup de soldats, de munitions et de marchandises.
Le capitaine, qui commandoit dans la Marie, nommé le sieur Japy, avoit donné en arrivant une lettre à M. de Bienville, par laquelle la Compagnie luy mandoit de faire faire plusieurs bateaux plats pour transporter les effets de beaucoup de personnes, à qui la Compagnie d'Occident avoit accordé des concessions et qui arriveroient l'année suivante; ce qui obligea M. de Bienville d'envoyer des ordres, tant aux ouvriers de la Mobile que du Biloxi, de la Nouvelle-Orléans et partout ailleurs, d'en construire au plus tost et de les conduire au Biloxi.
M. de Sérigny partit environ ce temps-là sur les vaisseaux le Comte de Toulouse et le Maréchal de Villars pour s’en retourner en France.
Un mois après le départ de M. de Sérigny arriva un bastiment nommé les Deux-Frères, qui conduisoit sur son bord grand nombre d'Allemands et d'Allemandes. Il estoit de plus chargé de toutes sortes de marchandises et effets qui leur appartenoient. Ce bastiment fut mouiller à la rade de l'isle aux Vaisseaux ; on débarqua au Nouveau Biloxy leurs effets et marchandises, que l'on y transporta dans des bateaux plats avec toutes les personnes qui estoient dans le vaisseau,
Sur la fin de cette année plusieurs familles de l'isle Dauphine quittèrent pour aller s’establir au Nouveau Biloxy. On chargea en mesme temps le Neptune, petit vaisseau, de beaucoup de marchandises et de munitions de guerre et de bouche