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nuit, lorsqu'on scaura des vaisseaux à la coste, et ce, suivant le dessin ci-joint que vous aurez agréable de remarquer, de même que le mémoire des matériaux que j'ay dessein d’employer avant de repasser en France, afin de donner une forme à cet establissement, de sorte qu’on puisse le rendre comme imprenable, moyennant une bonne garnison de soldats affectionnez, ne se pouvant attaquer que du costé du chenal où passent les vaisseaux, qui en est parcillement éloigné de près de 200 toises, et cet intervalle estant un haut fond de vase molle, que la mer couvre toutes les vingt-quatre heures de 3 pieds, lorsqu'elle est haute, et découvre à sec, lorsqu'elle est basse, de sorte que les pirogues ne peuvent arriver que par le petit chenal du débarquement, dont le canon peut absolument empescher Papproche. Il seroit de mesme, Messieurs, de la batterie la plus dehors pour mettre les vaisseaux en seureté, estant projetée sur un islet qui est à 700 toises plus au large, et qu'il faut ranger à portée de fusil pour enfiler le chenal.
J'y ay fait mettre en batterietrois canons de 18 et deux de 12. I cénviendroit y en avoir à la place trente pièces de 36 ainsi que du canon de 24 ailleurs, et je crois M. de La Tour ct le Conseil disposés à’ m'approuver de la faire commencer en terre, s'ils m’envoyoient des nègres d'augmentation des derniers venus par ledit vaisseau l'£xpédition, estant le salut ou garantie des vaisseaux ct de cette colonie en cas de guerre, jusqu'à ce que l’on puisse revestir cette batterie de charpente avec une fausse braye qui luy serviroit de risberme et de défense, ou faire ce revestement de maçonnerie de briques, qui se peuvent faire des plus commodément sur une
autre isle qui en est proche de 50 toises, et où j'aurois desjà
commencé à en faire faire, si j'avois eu plus de deux briquetiers et un plus grand nombre de nègres, la terre yestant des meilleures et des bois échouez sur le lieu, comme à l'isle de la Balise. J'en ay construit le fort de la Boulangerie et la cheminée d’une grande forge, faite exprès pour y pouvoir travailler tout le gros fer qui s'employe dans ces sortes d’ouvrages, et celuy d’une drague pour creuser le chenal sur la barre, au moyen d'un petit bâtiment servant de ponton, fixé par des ancres, sur lequel il y aura un cabestan de frappé pour virer sur la drague, qui sera au bout d’un grelin ou haussière portée à une distance, jusqu’à ce qu'elle soit rendue contre ledit bâtiment et sera reportée de même sur la largeur dudit chenal par un canot, bien dix fois par jour, suivant la longueur des dragues et du monde pour y travailler, mon dessein estant de faire cette drague de manière qu’elle enlève les vases pour que les courants de l’eau les emportent dehors.
I est bien à souhaiter pour moy que ce projet, dont l’exécution va faire voir l’effet, ayt un meilleur sort que d’avoir pensé que de boucher quelques passes principales, par où se déchargent les caux du fleuve, avec de vieux vaisseaux coulés à fond, n’y ayant à l'entrée de ces passes que 8 à 9 pieds d’eau, cependant, grâce à ces vaisseaux, on pourroit arrester quantité d'arbres à racines pesantes que le fleuve entraine et qui formeroient des estacades ou embarras, et par la suite des isles, qui, bouchant les passes, augmenteroient indubitablement les eaux dans la principale, où entrent les vaisseaux, dans laquelle il y a un haut fond ou dépost de vase, par endroits endurcie qu'on appelle barre, sur laquelle il ne reste que 12 pieds et demi, 14et 15 pieds d’eau de mer basse. Cette barre n’est formée que par la rencontre de son flux et l’affoiblissement
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du courant en cet endroit des eaux du fleuve. Je l’avois démontré à M. Duché pour l’engager de vous faire connoistre, Messieurs, mon zèle au service, et, au contraire, J'ay veu, dans une lettre écrite au Conseil d'icy, cette idée méprisée, leur marquant de tâcher de me défaire de ces rêveries ordinaires aux ingénieurs de penser ainsy. Cependant c’est le sentiment de tous les connoisseurs, ainsy que celuy de M. des Moulins, qui est un marin sage et plein de capacité, qui vient dessus les lieux qu'il a examinés.
Nos avis sont plus favorablement receus à la Cour, qui nous a tousjours honoré de réponses obligeantes, en nous faisant connoistre que nous ne pensons pas juste, afin de nous engager à travailler pour penser mieux, pour ne pas rebuter ceux qui ne donnent leurs avisqu’en veue du bien du service. Il y a dans la même lettre un autre endroit: « Est-il possible qu'il y ait quatre ingénieurs à la Louisiane et qu’il n’y ayt pas encore un moulin pour écraser le mahys et moudre le rys ? » Surle-champ j'ay fait connoistre à MM. les Conseillers du Conseil supérieur qu'il y avoit en cette colonie vingt meuniers, charpentiers allemands, capables d'en faire, qu’il n’y avoit qu’à les payer pour en avoir, et leur menay, ainsy qu'à M. de La Chaise, deux entrepreneurs qui se sont oflerts d’en entreprendre l'exécution, soit à cheval ou à vent, ct en ayant demandé deux mille écus pour faire le premier, à tout fournir excepté les meules et la ferrure, qui conviendroit mieux à la Nouvelle-Orléans que l’autre, et qui auroit presque sufh, le payement partie en vivres pour leurs rations qu'en marchandises du magasin et en argent payable en France pour y faire subsister leurs familles. La cage de ce moulin devant estre une bonne maison sur sole de charpente de bois de cypres,
de 42 pieds de long, de 32 pieds de largeur et de 15 pieds de hauteur, bien liées par croix de Saint-André, colombage en écharpes, liernes ct de forts planchers, solidement assemblez pour que le rouage du moulin ne l’ébranle point; ce qu'un particulier ne feroit pas faire pour dix mille livres. Cependant MM. les Conseillers se sont récriez que cela estoit trop cher et qu'il falloit qu'ils eussent l'honneur de vous en escrire.
Cet entrepreneur a fait un modillon de moulin à scie pour des planches, très-bien entendu et comme ceux que j'ay veus dans des pays du Nord. On pourroit le faire aller avec des chevaux, n’y ayant point d'endroits connus pour le placer, à cause de la communication du fleuve au Lac Pontchartrain et surtout pour cette ville, que j’ai jugée par là ne pouvoir se placer ailleurs pour estre garantie de l'inondation, y ayant un écoulement d'eaux par le moyen de ce canal, et parce que les terres qui en sortiroient pour le creuser, estant jetées du costé de la ville, regalées en glacis et bien battues, empescheroient les eaux qui viendroient au-dessus de passer outre, feroient une écluse à l'entrée de ce canal pour y réfugier les bateaux et pirogues, afin de les sauver des ouragans qui les brisent et les font périr ailleurs, et garantiroient cette entrée, ainsi que le canal, d'être endommagée par ces coups de vent et le débordement des eaux.
Il seroit également nécessaire, Messieurs, de faire un quay ou digue de charpente depuis ce canal, qui continuast le long de la Nouvelle-Orléans, et qui se feroit par une ligne de pilotis jointifs bien enfoncez, pour servir de remplacement ou de berme à une palissade garnie de paux d'emplage, comme j'ay veu aux quays de Calais, de Dieppe et du Havre au deffaut de maçonnerie. — Cela est des plus indispensa-
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