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suis hâté de revenir, pour faire travailler audit magasin, telle dépense qu'il m'en puisse coûter, suivant le penchant de mon zèle ordinaire pour l'établissement de cette colonie, où jene me suis déjà que trop abîmé,sans qu’on y ait eu aucun égard autant que par la dépense que j’ay faite pour avoir engagé quatre-vingtdix ouvriers, dont j'en ay amené soixante-quatre en cette colonie, des meilleurs et des plus habiles que l’on y verra jamais. Cependant il n'y en a plus que vingt-cinq, les autres y estant morts de faim et de misère. A la vérité, je ne m'attendois pas à cela, lorsque j'ay pris tant de peine à les engager d'y venir: ce pays faisoit toute l'espérance du royaume de France et, pour ainsi dire, de l’Europe dans ce temps-là. Je préféray d'y venir en second plutost que d’aller en chef ailleurs, mais aux conditions que je remplacerois M. de La Tour en cas d’absence, soit par maladie ou autrement, au Conseil supérieur, suivant mon traité fait avec la Compagnie, signé de M. Law et des autres directeurs. C'est ce que l’on n’a nullement voulu reconnoistre en ce Conseil, et l’on en auroit fait de mesme à M. de La Tour, si vous n’y aviez pourveu, puisque l’on a mesme deffendu aux soldats de nous reconnoistre pour officiers; ce qui cause que le bien du service en a tousjours très souflert, et nous a fait trouver à nos fonctions un degoust, jusqu'à en tomber malades, quoique, grâce au ciel, j’aye évité ce malheur en entreprenant, pour réussir, d'obtenir par supplication et des peines infinies ce que le droit du service et mon caractère auroient dû faire exécuter avec agrément, mais bien loin de me rendre cette justice, vous aurez agréable, Messieurs, de remarquer, par les apostilles du mémoire ci-joint, si l'on ne m’a pas fourré un lieutenant pour comman-
dant d'un poste, qui n’est poste que parce que je suis venu
l'établir et le former, ce qui n’eut jamais d'exemple. — J'ay eu beau représenter que ce n'est point la règle en France que ce poste ne fust estably ; — que la Compagnie avoit mis aux ordres de M. Didier, mon cadet dans le service, pour l’établissement de Polo-Condor, le baron Dombourg, capitaine suisse, qui est icy,ainsy qu’à ceux de MM. de Bourmont et de La Harpe, les capitaines et lieutenans en ce pays, commandez pour establir la baye Saint-Bernard etle Missoury, entreprises bien inférieures à celle de cette embouchure, dont j'ay été chargé. Ainsy l’on n’auroit pas dû me faire cette injustice, ayant l'honneur d’être capitaine réformé au régiment de Navarre et chevalier de Saint-Louis pour mes services en France, et si j'en avois cru MM. de La Tour et de La Chaise, je ne serois pas revenu icy à de semblables conditions ; mais l'officier appelé M. de Reboul, ayant beaucoup voyagé et étant d’expérience du service, méritant mieux qu'aucun de la Colonie d’être capitaine, je n'ay nullement hésité à revenir, et à ne pas perdre l'avantage de perfectionner un poste qui, je compte, sera peut-être un jour le principal du golfe du Mexique, estant un port assuré et avantageusement placé pour les gros vaisseaux qui pourroient s'y réfugier en cas de forces supérieures de l'ennemy, et d'où ils en prendroient de nouvelles et choisir leur temps pour le détruire.
J'en borne volontiers toute la récompense en vous suppliant, Messieurs, de faire repasser en France ces vingt-trois ouvriers rechappez, la pluspart estant de chez moy, hommes qui y ont leurs femmes, enfans, ou père et mère qui meurent de faim et de chagrin par leur absence, et dont le tems de leur engagement sera fini le 25 Novembre prochain, où il est sti-
pulé qu'après lequel la Compagnie s'oblige à les faire repasser