PROJET DE RÉTABLISSEMENT DU FORT
DE CATARACOUY.
Extrait d’une lettre du comte de Frontenac au Ministre.
15 septembre 1692.
Quand je vous ay parlé, Monseisneur, du fort Frontenac, et de l'utilité que j’en aurois pu tirer dans la continuation de cette guerre, ce n’a pas esté dans la pensée de le restablir incessamment, et aussitost que j’en aurois la permission de Sa Majesté. Je sçay bien que je ne suis pas en estat de le faire présentement par le peu de troupes que j’ay et qu’il ne faut pas séparer ny diviser; mais, j'ose vous dire, et le soustenir contre qui que ce soit et au péril de ma teste, que, quand l'occasion s’en offrira, je ne sçaurois jamais rendre un plus . grand service au Roy, ny rien faire de plus advantageux pour la colonie, que de restablir ce poste, qui est également nécessaire, et pendant la guerre, et pendant la plus profonde paix ; et que toutes les personnes qui diront le contraire, ou sont fort ignorantes de ce pays et n’ont guères profité du séjour qu'elles y ont pu faire, ou que des motifs de jalousie et d’intérests particuliers les obligent à vous avancer des choses dont il est fort aysé de faire connoistre la fausseté, quand il vous plaira de vous informer de l’utilité dont il m'a esté, pendant les dix premières années de mon gouvernement, n'ayant main-
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Enfin, Monseigneur, pour le dire en un mot, c'est un entrepost nécessaire pendant la guerre pour les expéditions esloignées, qui sert de retraite pour les partis des Outaouas et des autres Nations d'En Haut qui viendroient, plus librement et avec plus de confiance, harceler les Iroquois dans leur chasse et jusques aux portes de leurs villages, s'ils estoient assurés d’un lieu où ils pussent se retirer en cas qu'ils fussent poursuivis. Et, pendant la paix, c'est le seul endroit où un gouverneur puisse assembler les Sauvages, afin dé les maintenir dans de bons sentimens, et, pour me servir de leurs termes, leur remettre l'esprit quand ils l’ont gasté par de meschantes impressions que des brouillons leur ont données.
Pardonnez-moy, s'il vous plaist, la chaleur trop grande avec laquelle il vous paroistra peut-estre que je vous parle sur cet article, et ne me faites pas l'injustice de croire que j'y suis plus tost poussé par une espèce d’amour-propre et de souvenir d’avoir esté le fondateur de ce poste que par la connoissance certaine que j'ay de son utilité et de son :mportance, ce qui m'obligera à vous supplier de ne pas perdre la mémoire des raisons que je me donne l'honneur de vous marquer, toutes les fois qu'on voudra s’ingérer de vous en parler.