DE LA RIVIÈRE SAINT-JOSEPH
Extrait de la relation des évènemens de 1694 à 1695.
Les Iroquois ayant enlevé trois femmes et trois ou quatre enfans des Miamis avec le plus jeune fils de leur chefet fait ce coup pendant que ceux-ci estoient occupez à piocher leur champ, ce qu’on appelle icy désert, s’avancèrent vers le fort des François, où commandoit le sieur de Courtemanche, sans estre descouverts. Ils mettoient desjà leurs fusils dans la palissade, quand ils furent repoussez si vigoureusement, et on tira sur eux de telle sorte qu'après avoir laissé de leurs gens morts au pied de la palissade, ils se retirèrent en désordre dans leur camp, apres avoir crié plusieurs fois au sieur de Courtemanche qu'ils n’en vouloient pas à luy, mais seulement aux Miamis, parce que la paix estoit faite entre eux et Onnontio. Ils l’invitèrent ensuite à venir dans leur camp, où ils luy remettroient les esclaves qu’ils avoient faits, dont il seroit Ie maistre à sa volonté. À quoy ledit sieur de Courtemanche respondit de son costé en les invitant de venir à son fort, où il ne leur feroit aucun mal et que là on pourroit faire un eschange des esclaves de part et d'autre, mais ces conférences
à haute voix ct à pleine teste ne produisirent que des injures,
et les ennemis se retirèrent. Cependant le sieur de Courtemanche, voulant sçavoir quelle route ils tenoient dans leur retraite, envoya des descouvreurs qui trouvèrent au bas de la rivière quinze brancards, par lesquels il jugea qu’il pouvoit bien y avoir trente blessez, outre quoy on remarqua dans les broussailles sept ou huit places ensanglantées qui faisoient croire que les corps avoient esté levez à la manière des Sauvages, afin qu'on n'en eust point de connoissance. Il est certain que le sieur de Courtemanche a agi dans cette occasion avec toute la prudence, l’activité et la valeur qu’on pouvoit attendre d'un homme de cœur et de conduite, pendant que lesdits [roquois au nombre de trois ou quatre cents faisoient leurs efforts pour enlever les Miamis.