‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 42 sur 267 · RER · texte numérisé non relu

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monter aux Iroquois, ils venoient se jeter sur Montréal, où nous n'aurions rien à leur opposer, outre que j'ay tousjours jugé nécessaire d'avoir un lieu d'entrepost pour y laisser une partie des vivres, dont on ne peut se passer pour une expédition aussi éloignée, et pour servir de retraite, en cas qu'on trouvast plus de résistance qu'on ne se seroit persuadé, et que les Anglois, se joignant aux roquois, comme il leur seroit facile pour peu que l'entreprise durast, on fust poursuivy en se re-

tirant, Je n’ay jamais aussy bien compris quelle grande utilité cela

nous apporteroit, puisque, si les ennemis ne nous attendoient pas dans leurs villages, comme il se pourroit faire en cas qu’ils n’eussent pas eu le temps d'appeler les Anglois à leur secours, nous ne pourrions au plus brusler que quelques pieux de palissades, qu'ils reviendroient planter quinze jours après, ou fourrager leurs bleds d'Inde dont les nations voisines, en les assistant, leur répareroient bientost la perte.

L'exemple de ce qui est arrivé après l'expédition que fit M. de Denonville aux Tsonnontouans, justifie assez ce que je dis, puisqu'on a veu le peu d’effect qu'elle a produit dans la suite, et fait connoistre que la destruction d’un village iroquois n'est pas ce qui nous délivrera de leurs incursions, puisqu'ils seront autant à craindre pour nous, quand ils se seroient retirez à trente lieues au delà de ceux qu'ils ont, et nous moins en estat de les y aller chercher de nouveau, mais que le moyen, le plus facile et de moindre despense pour en venir à bout, est de continuer à les tourmenter et inquiéter si fort par de continuels partis, qu'ils n’osent sortir de leurs villages, ce qu'ils feroient plus facilement s'ils s’enfonçoient davantage dans les terres, et estoient à une plus longue portée de nous; de sorte

que je ne doute point qu’en suivant cette conduite ct les faisant harceler incessamment par nos Sauvages d'En Haut, on ne les force de venir bientost de bonne foy nous demander la paix, parce qu’ils connoistront que leur seureté et leur subsistance dépendent de bien vivre avec nous et d’avoir nostre protection.

Le rétablissement du fort Frontenac me mettra en pouvoir d'exécuter ce que je marque, puisque, si une fois je puis y faire transporter assez de vivres pour la subsistance des troupes que je jugeray à propos d’y faire monter, je seray en estat de tout entreprendre avec moins de risque, d'engager plus facilement nos Sauvages à de continuels partis contre les Iroquois, se voyant asseurez d’une retraite,et mesme de leur y donner un rendez-vous juste, lorsqu'on jugera à propos de les joindre à nos troupes pour une marche générale, ce qui autrement ne pourroit réussir que par hasard et par une espèce de miracle.

Ce sont ces considérations qui m'ont tousjours persuadé que le restablissement de ce poste estoit d’une indispensable nécessité. Je pourrois encore y en ajouter beaucoup d’autres, si elles n’estoient pas d’une trop longue discussion, et qui vous feroient connoistre que dans le nombre de ceux qui l’ont improuvé, et qui peut-estre l'improuveront encore, il y entre de la passion et de l'intérest particulier, peu d’esgards pour le bien public, et moins encore pour le succez des armes du Roy.

J'espère que les avantages qu'on en retirera dans la suite me justifieront auprès de vous du trop grand attachement que j'ay tousjours eu à cette pensée, et que je ne pus m’empescher de témoigner à feu M. de Seignelay lorsque je revins en ce pays, et qui se rendit à mes raisons après qu'elles eurent esté

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bien discutées. En tout cas, si vous n'estes pas dans les mesmes sentimens, je suis prest de subir toute la correc-

lion que vous voudrez m'en faire.

Lex LES IROQUOIS ASSIÈGENT LE FORT FRANÇAIS

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