‹ Première formation d'une chaine de postes entre le fleuve Saint-Laurent et le Golfe du Mexique (1683-1724) [microforme] (volume 2)Chapitre 50 sur 267 · HE · texte numérisé non relu

HE

Rs er

Sie

content, mon fils, repose-toy maintenant, tu seras vengé! »

Sur ces entrefaites, un des guerriers entre dansla cabane et dit à celuy qui est déjà instruitde son sort : « Prends courage, mon frère, on te va brusler. » L’autre luy respond : « Cela est bien, je te remercie de la nouvelle que tu m’apportes. » A ce mesme instant, il se fait un cri horrible dans tout le village. Ce cri s’appelle un Sakaküa. On prend, on amène, on attache au poteau par les pieds, par les mains et par le milieu du corps, celuy qui va représenter la scène la plus tragique que l'homme puisse jamais concevoir, car enfin la vieille sacrificatrice ne prédit qu’une partie des douleurs et des tourmens qu'on doit faire souffrir à sa victime en l’honneur de celuy à qui elle est sacritiée, Ce funeste appareil, qui devroit faire frémir celuy pour qui il est préparé, je parle des Sauvages, ne luy est cependant qu’un sujet de mépris pour sestyrans. Il n’est pas plustost serré au poteau qu'il chante d’un ton ferme et asseuré sa chanson de mort, répétant toutes les actions guerrières qu'il a faites pendant sa vie, et de quelle manière il a fait brusler ses prisonniers, animant ceux qui sont autour de luy à ne le point espargner et à le faire mourir en homme de guerre. Je pense bien que tous ces discours ne partent point du fond du cœur; il est pourtant certain que son âme n'en paroist point troublée, ce qui s'observe en ce que son regard est asseuré et sa contenance égale,

Mais il est temps de commencer le bal et de voir de quelle manière on fait danser les personnages. Le premier pas qu'on fait faire aux prisonniers est de leur arracher avec les dents les ongles des mains les uns après les autres. Leurs pipes et calumets sont faits d'une pierre qui se creuse aisément et qui

n'est point cassante; ils les emplissent de tabac et mettent le V. 7

doigt du patient dans le trou du calumet, qu'ils fument ainsi, les dix doigts l’un après l’autre. Après ce petit régal, cinq ou six ouvriers s'arment d’un tison ardent : les uns les appliquent sur la cheville du pied, sur les poignets et sur les tempes. Ils ne les ostent point que les nerfs et la chair n’en soit bruslée jusqu’à l'os ; c'est là le second pas du menuet. Le troisième est un collier de haches ardentes et rougies au feu, et qui tombent sur les espaules et sur l’estomach du captif; on ne les en oste que lorsqu'elles sont froides et sans chaleur, et parce que ceux qui font cet exercice sont des gens de bon appétit, chacun avec son cousteau lève un lopin des fesses, dont ils font une grillade, qu'ils mangent sur-le-champ sans aucun assaisonnement, et pour laver les plaies et le sang qui en découle, les femmes ont des chaudières prestes, remplies d’eau bouillante qu’elles renversent dessus. On luy perce de temps en temps le col et les aisselles, avec des ferremens chauds et rougis dans le feu. On luy brusle les parties avec une escorce de bouleau, qui fait une flamme très ardente et très pénétrante, et pour finir un si indigne détail, il suflit de dire qu'on ne luy laisse ny nerfs ny artères qui ne soient esprouvez par le feu vu par le fer. On luy lève en dernier ressort la chevelure, c'est-à-dire la peau, où les cheveux tiennent, et cela se fait avec tant d'art et d'adresse, qu’on l’oste tout d’une pièce, et on diroit que c’est une perruque. Cela fait, on jette sur cette chair vive et sanglante une poignée de cendre chaude et de sable bruslant, et lorsqu'ils voient que la chair est momifiée, ils luy donnent le coup de grâce, c'est-à-dire le coup de hache sur la teste, ou bien deux ou trois coups de couteau dans le cœur. On luy coupe la teste, en mesme temps qu'on fait entendre par tout le village de grands cris de joye et de

resjo

victoi Ce peine

maltra de ses trouve mais la blant d

lieu de

tyrisent

n’ont pe

eux quel

ct ils pi

commen

la grima

l’eau, ce

prendre

ennemys

leur parl

divertisse

ma natic pleurez p Il n'est p

guerrier «

qui e les arce étit, it ils acun 1 dél'eau mps auds css pédire uvez checela ‘une jette n ude mooup teau u'on kt de

resjouissance, comme s'ils avoient remporté quelque grande victoire.

Ceux qui verront ce petit détail, auront peut-estre de la peine à le croire, et à s« persuader qu'un mortel puisse tant souflrir et résister au feu sans mourir, mais on en doit estre très-convaincu, et c'est surtout la malice de la nation iroquoise, qui fait brusler ses esclaves, à petit feu, pendant cinq ou six jours consécutifs.

On pourroit encore s’imaginer qu’un personnage ainsi

maltraité doit verser quelquefois des larmes, ou dans la force de ses tourments faire des cris dignes de compassion. Il s’en trouve à la vérité quelques-uns qui ne peuvents’en deffendre, mais la pluspart semblent ignorer leur douleur et faire semblant de ne rien sçavoir de ce qui se passe chez eux, car au lieu de demander quartier, ils reprochent à ceux qui les martyrisent de la sorte, que ce sont des lasches etdes femmes, qui n’ont pas le cœur de les dépiécer par le menu, et s'ils ont sur eux quelque partie exempte du feu, ils l'indiquent eux-mesmes, et ils prient de ne les point espargner, essuyant depuis le commencement jusqu'à la fin toutes ces cruautés sans en faire la grimace. Ils demandent seulement à fumer ou à boire de l’eau, ce qu'on ne leur refuse jamais, et cela comme pour reprendre de nouvelles forces, afin de donner moyen à leurs ennemys d’exercer sur eux plus longtemps leur férocité, et ils leur parlent en ces termes : « Prenez courage, mes frères, divertissez-vous aujourd’huy, et si vous estes jamais pris par ma nation et que vous soyez bruslez dans mon village, ne pleurez point, ne criez pas, fumez paisiblement comme moy. Il n'est permis qu'aux femmes de verser des larmes ; un vray guerrier doit mourir comme je fais. »

Page 1