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sont descouverts, leur perte est quasi toujours assurée et infaillible. On a beau faire pour s'eschapper, qu'on marche sur la mousse, sur Îles feuilles, dans les marais, sur les rochers mesmes, toutes les précautions qu'on prend pour sauver sa route sont fort inutiles, parce que ceux qui poursuivent tombent rarement en défaut. Ce qui est de plus particulier, c'est qu'ils connoissent par l'impression ou la tournure du pied de quelle nation sont ceux qui marchent devant eux.
Lorsqu'ils inférent qu'ils sont assez proches de leurs ennemis, ils détachent les meilleurs coureurs et les plus légers de leur troupe pour aller observer leur campement, c'est-àdire là où ils doivent coucher, comme aussi quelles sont leurs armes et la situation du lieu. Il est nécessaire que les descouvreurs ayent de la ruse, de la pratique et de la fermeté, car il faut sçavoir que tous les partis de guerre, pendant leur campagne, font faire ainsi la descouverte à trois ou quatre lieues aux environs de l'endroit où ils veulent camper ou coucher, et, les descouvreurs estant de retour dans leur campement, ceux qui n'ont rien veu en font leur rapport, et tous les autres, s’en remettant à eux, reposent et dorment tranquillement toute la nuit, leur coustume n'estant point de faire ny garde ny faction.
Ceux au contraire qui ont descouvert l'ennemy, après avoir beaucoup observé, se rendent au gros ou rendez vous qui leur est marqué, et sur leur rapport on tient conseil, Après quoy s'ils se jugent assez forts pour attaquer, ils marchent incontinent et ordinairement de nuit, ayant les descouvreurs à leur teste, qui ne perdent point idée du chemin qu'ils ont fait, ny du cabanage de leurs ennemys. Lorsqu'ils les ont approchés à
une distance, ils se jettent sur le ventre ayant tousjours l'œil et
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l'oreille au guet et des descouvreurs devant et derrière et sur les ailes. En cet estat ils attendent la pointe du jour, comme estant l'heure où l'homme est plus apesanti par l'envie et la démangeaison qu'il a de dormir, et pour mieux voir aussy à faire leur coup et pouvoir profiter du reste de la journée à faire leur retraite. Leur manière est de se traisner à quatre pattes comme des chats, et faire leurs approches à la portée du pistolet ; — ils se lèvent ensuite tout debout avant de faire leur descharge. Le chef du party fait son signal par un petit cri. Le reste fait en mesme temps une grande hiée et, s'ils ont des fusils, ils font feu tout d'un coup sur l'ennemy, sinon ils décochent leurs flesches. Leur première descharge faite, s'ils voient l'ennemy troublé et en déroute, ils foncent dessus, la hache ou le casse-teste en main; s'ils sont victorieux, ils lèvent la chevelure à ceux qui ont esté tuez. S'ils ont fait des prisonniers, ils les lient et garrottent si bien que les liens enfoncent dans la chair. Ils marchent après cela nuit et jour jusqu'à ce qu'ils soyent hors de danger et à couvert de leurs ennemis. Lorsqu'ils sont proches de leur village, ils détachent du monde pour donner advis de tout ce qui s'est passé dans leur campagne, après quoy on se prépare à recevoir les guerriers et à les haranguer avant d'entrer dans le lieu ; mais en mesme temps l'on se dispose à faire l'entrée des prisonniers, qui commence tousjours par un salut de trois à quatre cents coups de bastons, qui leur fait donner cent fois du nez à terre, avant d'entrer dans la cabane de triomphe qu'on leur prépare et qui leur est destinée.
Dès qu'ils sont là, on leur dit de danser et de chanter leur chanson de mort. Leur chant est fier et lugubre tout ensemble ; ils racontent pour lors ce qu’ils ont fait pendant leur vie,
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principalement le nombre de personnes qu'ils ont défait, leurs noms et quelles nations, l'endroit et comment ils ont fait leur coup. Tantost on les fait asseoir et tantost lever et tousjours chanter, surtout quand quelque considérable vient dans la cabane pour les voir ; mais pendant qu'ils chantent de la sorte l'un leur arrache un ongle, l’autre leur fume un doigt dans une pipe; on leur applique par intervalles un tison de feu sur la chair qu'on fait brusler jusqu'à l'os; quelques-uns luy enlèvent des lopins qu'ils font cuire, et les mangent incontuinent et s'en sucent les doigts comme d’un manger très exquis; ils se divertissent et passent ainsi le temps deux ou trois jours durant, après quoy, les anciens, les chefs de guerre ct les principaux du village s'assemblent pour délibérer de la vie ou de la mort de ces malheureux. Leur perte ou leur conservation dépend ordinairement des femmes, et voicy pourquoy. — C'est qu'il y en a qui ont perdu leur mary ou leurs enfans dans la guerre, et s'il s’en trouve qui, voyant des prisonniers bien faits ou plustost par boutade ou par caprice, les demandent pour remplacer les morts, en ce cas, le conseil ne les leur refuse jamais. D'abord qu'ils sont déclarez absous, on les délice, et les femmes ou filles qui les ont sauvez les aménent dans leurs cabanes; elles leur lavent leurs playes, les huilent, et les enjolivent le mieux qu'elles peuvent, ct à quelques jours de là on fait un festin dans Ja cabane, et les estrangers sont adoptés pour enfans de la maison, pour frères, gendres ou autres parens. Après quoy ils sont traitez honnestement, sans qu'on les insulte davantage, et ce qu'il y a de surprenant, c’est que ce sont les premiers qui vont en gucrre contre leur propre nation €t qui tuent ou amènent prison-
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eurs 1 ; ment, comme s'ils ne leur estoient rien du tout, faisant plus leur decas de la seconde vie qu'on leur a donnée que de celle qu'ils ours < ont receue de leurs pères et de leurs mères, qu'ils voyent sous la vent brusler et déchirer par morceaux, pour avoir la dureté de le la ne point leur rendre la liberté après les avoir pris, car,comme À doigt j'ay desjà dit, la vie ou la mort des esclaves dépend ou du con- 4 ù n de | seil ou des femmes; le conseil en distribue quelques-uns au 11 -uns + commandant des Francois, et d'autres à différentes nations, 4 0 Icon: ce qui confirme et ratific les alliances. Dès qu’ils sont livrez, ; é CX- à ils n'en sont plus les maistres, mais leur vie et leur mort dé- ; : trois “Æ pend de ceux-ci ou de la nation à qui ils sont donnez. Lecom- ; re ct mun usage est de les faire mourir, en la manière qu'on verra il Je la bientost, mais comme l’on a veu auc le conseil des Anciens | con- accorde la vie aux esclaves sur la demande des femmes, de (À our- mesme, siclles désirent leur mort, leur demande ne leur est : leurs jamais refusée, ct parce que la nature trouve mieux son | À pri- { compte ct se trouve plus contente ct plus satisfaite principales { lement dans le sexe par la voye de la vengeance que du par- ; Lil ne don, le sort en est quasi toujours malheureux. Si lesclave || ous, vitquelquefois, ilsemble que ce n'est que par un miracle de la À À 1 prédestination; le plus grand nombre des femmes aiment à ven- ù les gcr les parents qu'elles ont perdu, ce qu'elles prétendent LE uels faire en faisant mourir ceux que le sort des armes a | ; es- mis en leur pouvoir et à leur discrétion. Enfin, dès que ces | j res, pauvres malheureux François où barbares sont destinés à Ja E nes- mort, voicy de quelle façon estrange ct funeste manière ils y a de sont conduits.
erre Ces mégères remplies du souvenir et du ressentiment de la È os. 1 mort de leurs parens, à qui on a desjà fait le mesme sort, se |
Lm- À saisissent de ces patiens. Elles les caressent d'abord, les
amènent chez elles ; elles les huilent et leur donnent à manger et les excitent à se bien remplir le ventre, parce qu’elles prétendent qu'ayant à faire un grand voyage, ils doivent faire un bon repas, ou bien prendre des forces pour souffrir plus longtemps et avec plus de courage. A les voir faire, on diroit
qu’elles en usent ainsi par amitié, ou par compassion; mais ceux-ci, qui sçavent le contraire, ne se resjouissent point de ces sortes de gentillesses, car ils sçavent bien que ce qu'ils mangent leur sera de dure digestion. Pendant qu'on recoit toutes ces mignardises de la part de ces dames, la jeunesse plante des poteaux, où ces infortunez doivent estre attachez, et dispose les feux, les outils, les ferremens, et tous les instruments qu'ils peuvent inventer pour assouvir et rassasier leur rage et leur férocité.
Tout cet appareil estant prest et achevé, on le fait sçavoir à celles qui dorlotent ces pauvres victimes. Tout d'un coup on voit changer cette douceur féminine en désespoir et en rage diabolique, et voicy de quelle manière celie qui a demandé la mort d'un prisonnier luy signifie le désastre qui l'attend. Elle appelle l'esprit ou l'ombre de son mary ou de son fils, ou de tel autre de ses parens qui a esté tué ou bruslé, et elle se sert de ces termes:
« Approche-toy, mon fils, prends courage; je te fais aujourd’huy festin de viande fraische ; bois de ce bouillon; agrée le sacrifice que je te fais de ce guerrier. Resjouis-toy donc, mon cher fils, il sera grillé, bruslé, on luy arrachera tous les ongles, on grillera cette viande, on en mettra à la chaudière, on luy appliquera des colliers de haches rougies dans le feu, on luy fumera paisiblement les doigts; on luy arrachera les parties; on boira dans son cräne, on luy lèvera la chevelure. Sois
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